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L’histoire pour le plaisir

Anne Reine de Grande-Bretagne

jeudi 28 janvier 2016, par ljallamion

Anne Reine de Grande-Bretagne (1665-1714)

Reine d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande du 8 mars 1702 au 1er mai 1707-Reine de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1707 à sa mort

Anne avec son époux, le prince George de Danemark en 1706 (par Charles Boit)Née au palais St. James de Londres [1]. Elle était le quatrième enfant et seconde fille du duc Jacques d’York le futur Jacques II d’Angleterre et de sa première épouse, Anne Hyde . Le frère de Jacques était le roi Charles II qui gouvernait les royaumes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande et sa mère était la fille du Lord Chancelier [2] Edward Hyde .

Elle fut baptisée dans la religion anglicane dans la chapelle royale du palais St. James. Sa sœur aînée, Marie II , était l’un de ses parrains de même que l’archevêque de Cantorbéry Gilbert Sheldon et qu’ Anne Scott . Le duc et la duchesse d’York avaient huit enfants mais seules Anne et Marie atteignirent l’âge adulte.

Durant son enfance, Anne souffrit d’une maladie de l’œil qui se manifestait par des écoulements importants. Elle fut envoyée en France pour être soignée et elle résida avec sa grand-mère paternelle, la reine douairière Henriette Marie de France, au château de Colombes près de Paris. À la mort de sa grand-mère en 1669, Anne habita avec une tante Henriette d’Orléans et après son décès l’année suivante, elle rentra en Angleterre, sa mère mourut en 1671.

Comme cela était la tradition dans la famille royale, Anne et sa sœur furent élevées à l’écart de leur père à Richmond [3] à proximité de Londres. Sur les instructions de Charles II, elles furent élevées dans la religion anglicane.

Vers 1671, Anne rencontra pour la première fois Sarah Jennings qui devint par la suite une amie proche et l’un de ses conseillers les plus influents. Jennings épousa John Churchill le futur duc de Marlborough .

En 1673, la conversion du duc d’York au catholicisme fut révélée au public. Il se remaria avec la princesse catholique Marie de Modène qui n’avait que six ans de plus qu’Anne. Charles II n’avait aucun enfant légitime et le duc d’York était donc le premier dans l’ordre de succession suivi par ses filles issues de son premier mariage, Marie et Anne. Durant les dix années qui suivirent, la nouvelle duchesse d’York eut dix enfants mais tous moururent en bas-âge et Marie et Anne restèrent seconde et troisième dans l’ordre de succession après leur père.

En novembre 1677, la sœur aînée d’Anne, Marie, épousa son cousin hollandais, Guillaume d’Orange mais Anne n’assista pas au mariage car elle souffrait de la variole. Lorsqu’elle se rétablit, Marie avait déjà quitté l’Angleterre pour les Provinces-Unies. Un an plus tard, Anne et sa belle-mère rendirent visite à Marie en Hollande.

Du fait de l’hystérie anti-catholique, alimentée par le supposé complot papiste, Jacques d’York et son épouse se réfugièrent à Bruxelles en mars 1679 et Anne les rejoignit à la fin du mois d’août. En octobre, le duc et la duchesse se rendirent en Écosse ; Anne, qui était rentrée en Angleterre au même moment retrouva son père et sa belle-mère en Écosse de juillet 1681 à mai 1682. Ce fut son dernier voyage hors d’Angleterre.

Le 28 juillet 1683, Anne épousa le prince protestant Georges de Danemark , frère du roi Christian V de Danemark . Même si le mariage fut arrangé, l’union fut heureuse et ils restèrent fidèles l’un envers l’autre.

Le couple reçut comme résidence londonienne des bâtiments du palais de Whitehall [4] appelés Cockpit-in-Court [5] et Sarah Churchill devint l’une des dames de chambres [6] d’Anne.

Pour marquer leur amitié, Anne et Sarah s’appelaient respectivement par leurs surnoms affectueux de Mme Morley et Mme Freeman plutôt que par leurs titres officiels. Anne tomba enceinte quelques mois après le mariage mais elle accoucha d’une fille morte-née en mai. Elle récupéra dans la ville thermale de Tunbridge Wells [7] et elle donna naissance à deux filles, en 1685 et 1686.

Lorsque Charles II mourut en 1685, le père d’Anne devint roi sous le nom de Jacques II en Angleterre et en Irlande et de Jacques VII en Écosse. Il ne fut pas très bien accueilli par les Anglais qui s’inquiétaient de son catholicisme. Anne partageait ces craintes et elle continua de participer aux cérémonies religieuses anglicanes.

En quelques jours au début de l’année 1687, Anne fit une fausse couche, son époux contracta la variole et leurs deux jeunes filles succombèrent de la maladie.

Les craintes populaires concernant le catholicisme de Jacques II s’accrurent quand son épouse tomba enceinte pour la première fois depuis son accession au trône. Dans des lettres à sa sœur Marie, Anne suspecta que la reine feignait une grossesse pour essayer d’introduire un faux héritier.

Anne fit une nouvelle fausse couche en avril 1688 et elle quitta Londres pour récupérer dans la ville thermale de Bath [8]. La reine donna naissance à un fils, Jacques François Édouard , le 10 juin 1688, ce qui accrut la probabilité d’une succession catholique.

Au cours de ce qui fut appelé la Glorieuse Révolution [9], le beau-frère d’Anne, Guillaume d’Orange, envahit l’Angleterre le 5 novembre et déposa le roi Jacques II. Même si le roi lui avait interdit de se rendre en Hollande au printemps 1687, du fait de ses échanges avec Marie, Anne connaissait les ambitions de Guillaume. Sur les conseils des Churchill, elle refusa de soutenir son père après le débarquement de Guillaume auquel elle écrivit une lettre le 18 novembre pour approuver son action. John Churchill abandonna le roi impopulaire le 24. Le prince George fit de même dans la nuit et le lendemain soir, Jacques II ordonna que Sarah Churchill soit enfermée dans le palais St. James.

Anne et Sarah quittèrent le palais de Whitehall par une porte dérobée, passèrent la nuit dans la résidence de l’évêque de Londres, Henry Compton , avant de rejoindre Nottingham [10] le 1er décembre. Deux semaines plus tard, Anne se rendit à Oxford où elle retrouva son époux et fut accueillie par une large foule.

Le 19 décembre, Anne rentra à Londres où elle fut accueillie par Guillaume tandis que Jacques II était arrivé en France le 22. Anne ne se préoccupa pas de la fuite de son père et demanda simplement son jeu de cartes habituel.

En 1689, le Parlement se rassembla et proclama que Jacques II avait abdiqué lorsqu’il s’était enfui et que les trônes d’Angleterre et d’Irlande étaient par conséquent vacants. Le Parlement d’Écosse prit une décision similaire et Guillaume et Marie furent proclamés monarques des trois royaumes sous les noms respectifs de Guillaume III et de Marie II. La Déclaration des droits [11] et le Claim of Right Act [12] de 1689 définirent les modalités de la succession. Anne et ses descendants étaient les premiers dans l’ordre et étaient suivis par les descendants de Guillaume III.

Le 24 juillet 1689, Anne donna naissance à un fils, Guillaume de Gloucester , qui, bien que de santé fragile, survécut à son enfance. Comme Guillaume III et Marie II n’avaient aucun enfant, il semblait probable que le fils d’Anne lui succède sur le trône.

Peu après leur accession, Guillaume III et Marie II récompensèrent john Churchill en lui accordant le titre de comte de Marlborough et le prince George fut fait duc de Cumberland. Anne demanda l’usage du palais de Richmond et une pension parlementaire. Les souverains refusèrent la première demande et s’opposèrent sans succès à la seconde ce qui causa des tensions entre les deux sœurs.

Le ressentiment d’Anne s’accrut quand Guillaume III refusa que le prince George ne reçoive un poste actif dans l’armée. En janvier 1692, Marlborough fut démis de ses fonctions par les souverains qui le suspectaient de conspirer avec les jacobites, partisans de Jacques II.

Dans une démonstration publique de soutien à ce dernier, Anne emmena Sarah à un événement mondain au palais et refusa les demandes de sa sœur pour exclure Sarah de sa résidence. Sarah fut par la suite chassée de la résidence royale par le Lord Chambellan et Anne quitta en colère ses appartements royaux pour s’installer dans la Syon House [13] de Charles Seymour .

Elle perdit sa garde d’honneur, les courtisans ne pouvaient lui rendre visite et les autorités civiles reçurent l’ordre de l’ignorer. En avril, Anne accoucha d’un fils qui mourut quelques minutes plus tard. Marie II lui rendit visite mais au lieu de la réconforter, elle profita de l’occasion pour à nouveau critiquer son amitié avec Sarah. Les deux sœurs ne se revirent jamais.

Lorsque Marie II mourut de la variole en décembre 1694, Guillaume III continua de régner seul. Anne devint l’héritière présomptive car les enfants qu’il pourrait avoir avec une autre femme se trouveraient derrière elle dans l’ordre de succession.

Anne recouvra ses anciens honneurs et fut autorisée à revenir au palais St. James mais elle restait exclue des activités gouvernementales et Guillaume III évitait de la nommer régente pendant ses absences à l’étranger. Marlborough fut rétabli dans ses fonctions peu de temps après.

La dernière grossesse d’Anne se termina le 25 janvier 1700 par une fausse couche. Elle avait été enceinte au moins dix-sept fois et avait fait des fausses couches ou avait donné naissance à des enfants morts-nés au moins douze fois. Sur les cinq enfants vivants qui virent le jour, quatre moururent avant d’atteindre l’âge de deux ans.

En raison de l’Acte d’établissement de 1701 [14], près de cinquante prétendants catholiques au trône furent écartés et le successeur d’Anne fut son cousin issu de germain, l’électeur protestant du Hanovre, Georges 1er .

Le seul enfant survivant d’Anne, Guillaume de Gloucester, mourut à l’âge de onze ans le 30 juillet 1700. Elle ordonna à son personnel de respecter un jour de deuil chaque année pour l’anniversaire de sa mort.

Peu après son accession au trône, Anne nomma son mari Lord Grand Amiral, ce qui lui donna le contrôle nominal de la Royal Navy. Elle confia le contrôle de l’armée à Marlborough qu’elle nomma capitaine général. Ce dernier reçut également de nombreux honneurs de la part de la reine ; il fut fait chevalier de la Jarretière et élevé au rang de duc. La duchesse de Marlborough fut nommée Groom of the Stole [15].

Anne fut couronnée le 23 avril 1702, jour de la Saint Georges. Souffrant de la goutte, elle fut emmenée dans l’abbaye de Westminster [16] dans un palanquin ouvert pour permettre à sa traîne de dépasser. Le 4 mai, l’Angleterre rejoignit l’Autriche et les Provinces-Unies contre la France et l’Espagne dans le cadre de la guerre de succession d’Espagne [17]. Charles II d’Espagne était mort sans enfants en 1700 et la succession opposait le Bourbon Philippe d’Anjou et le Habsbourg Charles d’Autriche .

L’Acte d’établissement de 1701 adopté par le parlement anglais s’appliquait à l’Angleterre et à l’Irlande mais pas à l’Écosse où une importante minorité souhaitait préserver la dynastie Stuart et soutenait ses revendications au trône. En 1703, le parlement d’Écosse répondit à l’Acte d’établissement en adoptant l’Act of Security [18]. La personne choisie ne pouvait pas être le futur roi d’Angleterre à moins que l’Angleterre n’accorde une complète liberté de commerce aux marchands écossais.

Anne commença par refuser d’accorder une sanction royale à cette législation mais y fut contrainte l’année suivante quand le parlement écossais menaça de retirer son soutien aux guerres de l’Angleterre.

Le parlement anglais répondit à son tour par l’Alien Act [19] de 1705 qui menaçait d’imposer des sanctions économiques et de déclarer que les sujets écossais étaient des étrangers en Angleterre à moins que l’Écosse ne retire l’Act of Security ou ne progresse vers une union avec l’Angleterre. Le parlement écossais choisit cette seconde option et des émissaires furent nommés par la reine Anne pour négocier les termes de l’union. Les conditions de l’union furent approuvées le 22 juillet 1706 et ratifiées par les parlements écossais et anglais respectivement le 16 janvier et le 6 mars 1707. D’après l’Acte d’Union, l’Angleterre et l’Écosse furent unifiées au sein d’un seul royaume appelé Grande-Bretagne avec un unique parlement le 1er mai 1707.

Anne préférait les politiciens tories [20] qui étaient plus favorables à sa religion anglicane que leurs opposants whigs [21]. L’influence de ces derniers s’accrut durant la guerre de succession d’Espagne mais Anne en limogea beaucoup après 1710. Les relations étroites de la reine avec Sarah Churchill se détériorèrent du fait de leurs différends politiques.

Son premier gouvernement était majoritairement tory et était dominé par Sidney Godolphin , le duc de Marlborough et le président de la Chambre des Communes, Robert Harley .

Anne défendit l’Occasional Conformity Bill [22] de 1702 soutenue par les tories et rejetée par les whigs.

L’époux d’Anne fut mis dans une situation difficile quand la reine l’obligea à voter pour la loi même si en tant que luthérien, il était occasionnellement conformiste. Les whigs parvinrent à empêcher le passage de la loi.

La guerre de succession d’Espagne était vigoureusement soutenue par les whigs et ces derniers devinrent plus influents après la victoire de Marlborough lors de la bataille de Blenheim [23] en 1704. La plupart des tories, qui s’opposaient à la participation britannique au conflit, furent limogés. Godolphin, Marlborough et Harley qui avait remplacé Daniel Finch au poste de secrétaire d’État au département du Nord, formèrent un triumvirat. Ils furent obligés de compter de plus en plus sur le soutien des whigs qu’Anne détestait.

Sarah conseillait régulièrement à la reine de nommer plus de whigs pour réduire le pouvoir des tories qu’elle considérait à peine mieux que les jacobites [24] et la reine fut de plus en plus déçue par Sarah.

En 1706, Godolphin et Marlborough obligèrent Anne à accepter Sunderland, un whig et le beau-fils de Marlborough, en tant que collègue d’Harley au poste de secrétaire d’État au département du Sud. Même si cela renforça les soutiens du gouvernement au Parlement, la reine fut déçue par cette nomination et de plus en plus irrité par Godolphin et par la duchesse de Marlborough qui soutenait Sunderland.

La reine se tourna vers Harley pour obtenir des conseils privés ainsi que vers Abigail Masham , l’une de ses favorites, qui se rapprocha d’elle à mesure que ses relations avec Sarah se détérioraient.

Les divisions au sein du gouvernement atteignirent leur paroxysme le 8 février 1708 lorsque Godolphin et Marlborough insistèrent pour que la reine limoge Harley ou cesse de chercher des conseils auprès de lui. Lorsque la reine sembla hésiter, Marlborough et Godolphin refusèrent d’assister à une réunion du Cabinet.

Harley tenta de poursuivre ses activités sans ses anciens collègues et plusieurs présents dont Charles Seymour refusèrent d’y participer avant qu’ils ne reviennent. Contrainte par les événements, Anne limogea Harley.

Le mois suivant, le demi-frère catholique d’Anne, Jacques François Stuart, tenta de débarquer en Écosse avec le soutien des Français pour essayer de se faire proclamer roi. Anne refusa le 11 mars 1708 d’apposer une sanction royale à la Scottish Militia Bill créant une milice en Écosse de peur qu’elle ne soit déloyale et ne se range du côté des jacobites. Anne fut le dernier souverain britannique à apposer son veto à une loi même si cette action fut à peine commentée à l’époque. La flotte d’invasion fut repoussée par les navires britanniques commandés par George Byng .

Anne fut dévastée par la mort de son époux le 28 octobre 1708 et l’événement marqua un tournant dans sa relation avec la duchesse de Marlborough. Cette dernière arriva au palais de Kensington peu avant la mort de George et après son décès, insista pour qu’Anne quitte Kensington et se rende à St. James. Anne fut irritée par les actions intrusives de la duchesse dont le retrait d’un portrait de George de la chambre à coucher de la reine puis son refus de le rendre.

Les whigs exploitèrent la mort de George à leur avantage. La direction de l’Amirauté était impopulaire auprès des chefs whigs qui blâmaient le prince George et son assistant, George Churchill le frère de Marlborough pour la mauvaise gestion de la marine. Anne étant bouleversée par la perte de son époux, les whigs qui étaient maintenant majoritaires au Parlement l’obligèrent à accepter leurs chefs, Lords Somers et Wharton, au sein du Cabinet. Anne insista néanmoins pour assumer personnellement les fonctions de Lord Grand Amiral.

Les whigs ne furent pas découragés et demandèrent la nomination de Lord Orford, l’un des principaux opposants du prince George en tant que premier Lord de l’Amirauté. Anne préféra nommer le plus modéré Lord Pembroke le 29 novembre 1708 qui fut néanmoins obligé de démissionner moins d’un an plus tard du fait des pressions. Après un nouveau mois d’affrontements, la reine accepta finalement de nommer Orford à la tête de l’Amirauté en novembre 1709.

Sarah continua de critiquer Anne pour son amitié avec Abigail et en octobre 1709, la reine écrivit au duc de Wellington pour demander que son épouse cesse de la taquiner et de la tourmenter et se comporte avec la décence qu’elle doit à une amie et à une reine. Le Jeudi saint du 6 avril 1710, Anne et Sarah se virent pour la dernière fois.

L’administration whig devenait de plus en plus impopulaire en raison du coût de la guerre de succession d’Espagne. La destitution d’ Henry Sacheverell , un prêtre tory de la Haute Église anglicane, à cause de sermons anti-whigs aggrava le mécontentement de la population. Anne considérait que Sacheverell devait être puni pour avoir remis en cause la Glorieuse Révolution mais que la punition devait être modeste pour éviter l’agitation populaire. Sacheverell fut ainsi condamné à une peine relativement légère de trois ans d’interdiction de prêcher. Le jugement entraîna néanmoins des émeutes en faveur du condamné à Londres. Les seules troupes disponibles pour réprimer les violences étaient les gardes d’Anne mais Sunderland était réticent à l’idée de les utiliser car cela affaiblirait la protection de la reine. Anne déclara que Dieu serait son gardien et ordonna à Sunderland de redéployer les troupes.

La reine de plus en plus méfiante envers les Marlborough et son Cabinet, profita de l’occasion pour limoger Sunderland en juin puis Godolphin en août 1710. Les chefs whigs furent également limogés même si Marlborough restait temporairement à la tête de l’armée. Anne nomma un nouveau Cabinet présidé par Harley qui commença à négocier une paix avec la France.

À la différence des whigs, Harley et ses ministres étaient prêts à trouver un compromis par lequel ils accepteraient l’accession au trône d’Espagne du Bourbon Philippe d’Anjou sous le nom de Philippe V en échange de concessions commerciales. Les tories obtinrent une large majorité lors des élections parlementaires qui suivirent rapidement la nomination d’Harley.

En janvier 1711, Anne obligea Sarah à quitter ses fonctions à la cour et Abigail la remplaça en tant que gardienne de la bourse privée. Harley fut poignardé par un réfugié français mécontent, le marquis de Guiscard, en mars et Anne pleura à l’idée qu’il meure. Il récupéra lentement et fut nommé Lord Trésorier.

La fin de la guerre fut décidée par des événements extérieurs. Le frère aîné de l’archiduc Charles d’Autriche, l’empereur Joseph 1er , mourut en 1711 et Charles lui succéda à la tête de l’Autriche, de la Hongrie et du Saint-Empire romain germanique. Il n’était plus dans l’intérêt de la Grande-Bretagne qu’il monte également sur le trône d’Espagne mais le Parlement considéra que le traité de paix proposé n’allait pas assez loin pour contrer les ambitions des Bourbon.

À la Chambre des Communes, la majorité tory était inattaquable mais ce n’était pas le cas à la Chambre des Lords. Les whigs obtinrent le soutien du comte de Nottingham contre le traité en lui promettant de soutenir son Occasional Conformity Bill. Ayant besoin d’une action forte pour éliminer la majorité belliciste à la Chambre des Lords et ne voyant aucune alternative, Anne créa avec réticence douze nouveaux pairs.

L’époux d’Abigail, Samuel Masham, fut fait baron. Une telle création de Lords était sans précédents. Le même jour, Marlborough fut limogé du commandement de l’armée. Le traité de paix fut ratifié et l’implication militaire britannique dans le conflit prit fin.

En signant le traité d’Utrecht en 1713 [25], le roi Louis XIV reconnut la succession hanovrienne en Grande-Bretagne telle qu’établie par l’Acte d’établissement. Malgré les dénégations publiques et privées d’Anne, les rumeurs selon lesquelles elle favorisait la succession de son beau-frère plutôt que celle du Hanovre continuaient. Ces rumeurs étaient alimentées par ses refus répétés d’autoriser tout membre de la famille du Hanovre à se rendre ou à s’installer en Angleterre et par les intrigues de Harley et du secrétaire d’État Henry St John , vicomte de Bolingbroke qui menèrent des négociations secrètes avec Jacques François Stuart en vue d’une possible restauration jusqu’au début de l’année 1714.

Anne fut incapable de marcher entre janvier et juillet 1713. À Noël, elle souffrit d’une forte fièvre et resta inconsciente pendant plusieurs heures ce que certains interprétèrent comme l’imminence de sa mort.

Elle récupéra mais retomba gravement malade en mars. Le 27 juillet 1714, durant les vacances parlementaires d’été, elle limogea Harley de son poste de Lord Trésorier. Elle perdit l’usage de la parole après une crise cardiaque le 30 juillet 1714, jour anniversaire de la mort de son fils Guillaume de Gloucester, et sur les conseils du Conseil privé, accorda la fonction de Lord Trésorier au whig Charles Talbot .

Elle mourut d’une crise de goutte ayant engendré un érysipèle vers 7 h 30 le 1er août 1714. Elle fut inhumée aux côtés de son époux et de ses enfants dans la chapelle Henri VII dans l’aile Sud de l’abbaye de Westminster le 24 août.

L’électrice Sophie étant morte le 8 juin, son fils, George de Hanovre monta sur le trône britannique sous le nom de George 1er conformément à l’Acte d’établissement. Les possibles prétendants catholiques comme le demi-frère d’Anne furent ignorés. Ce changement dynastique se fit sans grande opposition et un soulèvement jacobite en 1715 fut rapidement écrasé. Marlborough fut rétabli dans ses fonctions et les ministres tories furent remplacés par des whigs.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Anne (reine de Grande-Bretagne)/ Portail du Royaume-Uni/ Monarque de Grande-Bretagne/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 76

Notes

[1] Le palais Saint James est l’un des plus vieux palais de Londres. Il est situé entre Pall Mall et The Mall, juste au nord de St James’s Park. Bien que les souverains britanniques n’y résident plus depuis 1837, date de l’accession au trône de la reine Victoria, il reste la résidence administrative officielle de la Couronne, toujours appelée Court of St. James’s.

[2] Le Lord Grand Chancelier ou Lord Chancelier est l’un des plus importants postes du gouvernement britannique. En tant que second Grand Officier d’État du Royaume-Uni, il est inférieur dans l’ordre de préséance au Lord Grand Intendant et supérieur au Lord Grand Trésorier. Il est nommé par le monarque britannique sur conseil du Premier ministre. La coutume veut qu’il soit toujours un Lord, bien qu’il n’existe aucun obstacle légal à la désignation d’une autre personne. Avant l’Union, il existait des Lords Chanceliers séparés pour l’Angleterre et l’Écosse. Le Lord Chancelier est un membre du Cabinet, et est responsable du bon fonctionnement et de l’indépendance des tribunaux. Il était autrefois Président de la Chambre des Lords et le chef du pouvoir judiciaire d’Angleterre et du Pays de Galles

[3] Richmond upon Thames (généralement abrégé en Richmond) est une ville du district de Richmond upon Thames, dans la banlieue sud-ouest du Grand Londres.

[4] Le palais de Whitehall fut la principale résidence des souverains anglais à Londres de 1530 jusqu’en 1698. Il était aussi devenu le plus grand palais d’Europe en comptant progressivement plus de 1 500 pièces. Il fut presque intégralement détruit en 1698 par un incendie, à l’exception de la maison des banquets d’Inigo Jones. Il se trouvait sur le site occupé aujourd’hui par le ministère de la Défense.

[5] Cockpit-in-Court (connu aussi sous le nom de Royal Cokpit) était l’un des premiers théâtres de Londres.

[6] La Lady of the Bedchamber (littéralement "Dame de la Chambre") est la dame de compagnie qui accompagne la reine régnante ou consort à la cour britannique. C’est une fonction distincte de la Maîtresse de la garde-robe, qui désigne l’aînée des dames de compagnies de la reine. Elle est aussi à distinguer de la Woman of the Bedchamber qui reste en permanence auprès de la reine. La Lady of the Bedchamber occupe des fonctions ponctuelles.

[7] Royal Tunbridge Wells (souvent appelé Tunbridge Wells) est une ville dans l’ouest du Kent et à la limite du Sussex en Angleterre.

[8] Bath est une ville du comté de Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre. Elle se situe à 180 km à l’ouest de Londres et à 25 km au sud-est de Bristol

[9] La Glorieuse Révolution d’Angleterre, aussi appelée Seconde Révolution anglaise, fut une révolution faussement décrite dans un premier temps comme « pacifique » (1688-1689). Terme à nuancer tout d’abord en raison des combats sévères qui opposèrent les partisans catholiques à l’armée néerlandaise de Guillaume III, ainsi qu’à cause de la sanglante contre-révolution qui s’ensuivit en Irlande peu de temps après. Elle eut pour conséquence de renverser le roi Jacques II (Jacques VII d’Écosse) et provoqua l’avènement de la fille de celui-ci, Marie II, et de son époux, Guillaume III prince d’Orange, à la suite de l’invasion néerlandaise de l’Angleterre menée par ce dernier. La révolution renforça la monarchie mixte et réaffirma le rôle du parlement face à la couronne.

[10] Nottingham est une ville située dans l’Est des Midlands en Angleterre. Elle était à l’origine, dénommée Snotingeham. La Leen et la rivière Trent, qui coule de Stoke-on-Trent jusque dans l’Humber, traversent l’agglomération.

[11] La Déclaration des droits (ou Bill of Rights en anglais) est un texte imposé en 1689 aux souverains d’Angleterre (Guillaume III et Marie II) à la suite de la Glorieuse Révolution. Il définit les principes de la monarchie parlementaire en Angleterre.

[12] Loi adoptée par le Parlement de l’Ecosse en Avril 1689. Il est l’un des principaux documents de droit constitutionnel écossais.

[13] Syon Park House Estate avec son parc de 80 ha est situé au sud-ouest de Londres, dans le quartier de Hounslow, en Angleterre. Ce château est la propriété des comtes de Northumberland et reste aujourd’hui leur résidence londonienne, l’ancienne demeure familiale, Northumberland House, se trouvant au centre de la capitale britannique.

[14] L’Acte d’Établissement, est une loi anglaise promulguée par le Parlement de Westminster en 1701, qui garantissait la succession de la couronne d’Angleterre aux membres de la famille protestante de Hanovre qui était liée aux Stuart par une fille de Jacques 1er. Cette disposition visait à exclure l’intronisation d’un roi favorable au catholicisme et à couper la route du pouvoir au prétendant Jacques Francis Édouard Stuart catholique, que Louis XIV reconnut roi d’Angleterre en 1701, sous le nom de Jacques III.

[15] maîtresse de la garde-robe et gardienne de la bourse privée

[16] L’abbaye de Westminster est l’un des édifices religieux les plus célèbres de Londres. Sa construction date pour l’essentiel du 13ème siècle, sous Henri III. C’est le lieu de sépulture d’une partie des rois et reines d’Angleterre et aussi des hommes et des femmes célèbres. Le « Coin des poètes » fait honneur aux écrivains du royaume. La quasi-totalité des couronnements des monarques anglais a eu lieu dans cette abbaye.

[17] La guerre de Succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[18] qui accordait au Parlement le droit de choisir le futur roi d’Écosse si Anne n’avait pas d’enfants.

[19] loi votée par le Parlement de l’Angleterre en 1705, comme une réponse à la Parlement d’Ecosse de loi de la Sécurité 1704, qui à son tour a été partiellement une réponse aux Anglais Act of Settlement 1701.

[20] Le terme Tories désigne les partisans d’une philosophie politique traditionaliste anglo-saxonne. Au Royaume-Uni, les Tories constituaient l’un des deux groupes parlementaires britanniques à partir du 17ème siècle, ancêtres du Parti conservateur. Réputés proches de la dynastie Stuart, ils étaient favorables à un pouvoir royal fort et défendaient les intérêts de l’aristocratie foncière. Inspirant la méfiance de la Maison de Hanovre, qui les suspectait de collusion avec la dynastie précédente, les rois du 18ème siècle leur préféraient les Whigs.

[21] Le parti Whig est un parti politique apparu au 17ème siècle en Angleterre qui, à compter de la fin du 17ème siècle, militait en faveur d’un parlement fort en s’opposant à l’absolutisme royal. Il s’opposait au parti Tory de l’époque.

[22] La législation visait à exclure les dissidents des fonctions publiques en supprimant une faille des Test Acts* qui limitait ces postes aux conformistes anglicans. Les textes alors en vigueur permettaient aux non-conformistes d’être nommés s’ils recevaient la communion anglicane une fois par an.

[23] La deuxième bataille de Höchstädt , également appelée bataille de Hochstett ou encore bataille de Blenheim, livrée le 13 août 1704, fut une bataille majeure de la guerre de Succession d’Espagne.

[24] Le « jacobitisme » historique est un mouvement politique proche des Tories entre 1688 et 1807, composé de ceux qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts et considéraient comme usurpateurs tous les rois et les reines britanniques ayant régné pendant cette période. Soutenu par les monarchies catholiques françaises et espagnoles, il était surtout implanté en Irlande et dans les Highlands d’Écosse qui furent le théâtre de plusieurs révoltes soutenues par la France. Plus marginalement, le jacobitisme disposait également d’un certain nombre de partisans dans le nord de l’Angleterre et au Pays de Galles.

[25] Les traités d’Utrecht sont deux traités de paix signés en 1713 qui mirent fin à la guerre de Succession d’Espagne. Le premier fut signé à Utrecht le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le second fut signé à Utrecht le 13 juillet entre l’Espagne et la Grande-Bretagne.