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Eudes III de Champagne

samedi 19 septembre 2020, par ljallamion

Eudes III de Champagne (mort après 1115/1118)

Comte de Troyes et de Meaux de 1045/1048 à 1063/1065

En Angleterre, il est seigneur d’Holderness [1] de 1086/1087 à 1095. Fils d’ Étienne II , comte de Troyes [2] et de Meaux [3], et d’Adèle.

Il est encore mineur à la mort de son père, et son oncle Thibaut III, comte de Blois [4] assure sa tutelle.

Thibaud III de Blois en profite pour reformer la grande principauté bléso-champenoise qui existait du temps de son père Eudes II de Blois. Se faisant, il se rapproche du roi Henri 1er de France, notamment en participant aux nombreuses campagnes du roi contre la Normandie [5].

Du coup, à la fin de la minorité d’Eudes, qui doit se situer vers 1058, il obtient que celui-ci devienne son vassal et non celui du roi.

En 1063/1065, Eudes se révolte contre son oncle. Il compromet les efforts de celui-ci pour consolider sa principauté, en donnant au roi de France, par l’intermédiaire de l’évêque de Châlons [6], le contrôle total de la ville de Châlons. Peu après, Eudes s’enfuit de Champagne.

D’après la tradition, rapportée par la chronique de l’abbaye de Meaux, Eudes trouve refuge en Normandie après avoir été accusé du meurtre de l’un de ses principaux vassaux. Il est possible qu’Eudes ait envisagé, pour lui ou son fils Étienne, un retour à la tête de la Champagne. Quoi qu’il en soit, l’alliance bléso-normande, scellée en 1080/1085 par le mariage d’Étienne-Henri de Blois et Adèle de Normandie met fin à cette possibilité.

Entre 1065 et 1070, quelque temps après son arrivée en Normandie, Eudes obtient la main d’Adélaïde de Normandie, la demi-sœur de Guillaume le Conquérant, le duc de Normandie. Elle est veuve en premières noces d’ Enguerrand II , comte de Ponthieu [7], et en secondes noces de Lambert II de Lens .

Après leur mariage, il obtient du duc de ne pas retourner en Champagne, où la situation est trop dangereuse pour lui. Il obtient aussi, en droit de sa femme, la cité d’Aumale [8] avec dix chevaliers de l’archevêque de Rouen [9], charge à lui de porter l’étendard de l’archevêque lorsqu’il utilise ces hommes.

Dans les actes qui nous sont parvenus, seule sa femme est désignée comtesse d’Aumale, pour la première fois en 1082 lors d’une charte de donation de Guillaume le Conquérant et sa femme Mathilde de Flandre, en faveur de l’abbaye aux Dames de Caen [10]. L’acte mentionne les donations faites par Adélaïde et ses enfants, mais Eudes n’est pas mentionné comme bienfaiteur. De même, dans les chartes de donation de son fils Étienne, son père n’est jamais mentionné, mais uniquement sa mère.

En 1088 a lieu en Angleterre une rébellion de barons cherchant à réunir l’Angleterre et la Normandie sous un même commandement. Lorsque les terres de l’évêque de Durham [11] Guillaume de Saint-Calais sont saisies, son neveu Guillaume le Roux, roi d’Angleterre, donne à Eudes une partie de celles se trouvant dans le Yorkshire [12]. Il est plus tard l’un des lieutenants d’une force envoyée au nord par le roi pour arrêter l’évêque de Durham. Plus tard, il fait partie des 3 juges laïcs au procès pour trahison de l’évêque.

En 1095, il est impliqué dans une conspiration ratée contre son neveu Guillaume le Roux. D’après le chroniqueur Jean de Worcester, les conspirateurs avaient l’intention de tuer leur suzerain et de le remplacer sur le trône par Étienne, le fils d’Eudes.

Il est puni par le roi, peut-être emprisonné, et ses terres anglaises lui sont confisquées. Arnoul de Montgommery reçoit l’année suivante les terres du Yorkshire et du Lincolnshire [13] qui avaient auparavant appartenu à Eudes. Lorsque Arnoul est lui-même banni d’Angleterre, en 1102, le roi Henri 1er les donne à Étienne d’Aumale.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Pierre Bauduin, La première Normandie (xe-xie siècles), Presses universitaires de Caen, 2e édition (2006)

Notes

[1] Yorkshire de l’Est

[2] La vicomté de Troyes était le titre et le fief alors situé à Troyes dans la Champagne, où elle avait son siège. Au 13ème siècle le fief était partagé entre la famille comtale, Jeanne de Plancy, Jean II de Dampierre. Le siège de la vicomté était à Troyes entre la porte de Croncel et l’église Saint-Nicolas de Troyes. Les revenus provenaient des halles de Châlons, le minage des grains, le forage des vins, des droits de tonlieu sur la porte de Croncels et de Saint-Jacques à Troyes. La plupart des terres étaient à Villechétif

[3] Meaux fut dès le 10ème siècle la possession des comtes de Champagne qui s’appelaient aussi comtes de Meaux ; elle revint à la couronne sous Louis X. En 1235, le capitulaire de Thibaut IV de Champagne (conservé à la médiathèque de Meaux) mentionne l’existence du canal Cornillon, qui sert à la fois de défense du marché de Meaux qui se tient sur la presqu’île formée par la boucle de la Marne, et aussi de passage pour les bateaux, leur évitant de passer sous le pont encombré par des moulins.

[4] Le comté de Blois est un ancien comté du Nord de la France. Le comté de Blois était une juridiction féodale du Royaume de France née vers 900. Le premier vicomte est Garnegaud, décédé en 906. Son successeur était le chevalier bourguignon Thibaud l’Ancien qui reçut également la vicomté de Tours en 908 et en 940, il devint vicomte de Blois et de Tours. Il mourut en 943 et son fils Thibaut le Tricheur prend le titre de Comte de Blois et s’empare du comté de Chartres. Son fils Eudes 1er devient Comte de Blois et de Chartres, de Tours, de Châteaudun, de Provins et de Reims. Son fils Thibaut II lui succède de 996 à 1004 . Son frère Eudes II rajoute à son domaine le comté de Meaux et le comté de Troyes. Il meurt en 1019, date à laquelle les domaines sont divisés. La dynastie continua jusqu’à la mort de Thibaut VI, donnant le comté à sa fille Marguerite de Blois. Le comté passe alors dans la Maison d’Avesnes puis de Blois-Châtillon. En 1397, le comté est intégré au Duché d’Orléans par manque de descendance.

[5] Le duché de Normandie est un duché féodal du royaume de France qui a existé de 911 à 1469, d’abord comme principauté largement autonome, puis après sa conquête par le roi de France en 1204, comme partie du domaine royal ou comme apanage. Louis XI supprime le duché en 1469. Toutefois, il subsiste pour sa partie insulaire (les îles Anglo-Normandes) comme dépendance de la couronne britannique. Le duché de Normandie fait partie, comme l’Aquitaine, la Flandre ou la Catalogne, de ces principautés qui émergent au milieu du Moyen Âge avec l’affaiblissement du pouvoir royal carolingien.

[6] Châlons-en-Champagne anciennement Châlons-sur-Marne, est une commune française, préfecture du département de la Marne. Siège des intendants de Champagne sous l’Ancien Régime, elle est devenue la préfecture par la volonté des révolutionnaires d’effacer l’importance historique de Reims, ville des sacres. Capitale politique et religieuse, dominée par l’évêque-comte et les chanoines du chapitre Saint-Étienne, peuplée de clercs et d’officiers de plus en plus nombreux au fur et à mesure que progressait le 16ème siècle, Châlons fut aussi une capitale économique grâce à la draperie et la tannerie.

[7] Le comté de Ponthieu est un ancien pays de France dont la capitale était Abbeville et la principale place-forte Montreuil. À l’époque du Duc Guillaume, le comté était borné par l’Artois à l’orient, la Normandie à l’occident, y compris le pays de Caux et le comté d’Eu. Au midi, se trouvaient le bailliage et le pays d’Amiens et le Boulonnois au septentrion (avant 960, par démembrement du comté de Flandre).

[8] Vers 1055 ou peu après, Aumale est définitivement rattaché à la Normandie. En 1194, Philippe II Auguste, roi de France, confisque Aumale à Guillaume des Forts. Il confie le comté en 1204 à Renaud de Dammartin, ancien comte de Boulogne. Le système de pairie d’Angleterre continuera à attribuer des titres de comte et duc liés à Aumale, mais en utilisant sa forme latine : Albemarle. Les « honneurs d’Aumale », un ensemble de terres dans le Yorkshire anciennement associé au titre normand, constituera le fief des comtes et ducs anglais.

[9] L’archidiocèse de Rouen est un archidiocèse métropolitain de l’Église catholique en France. Érigé au 3ème siècle, le diocèse de Rouen est élevé au rang d’archidiocèse métropolitain au 5ème siècle. C’est le siège primatial de Normandie, premier dans l’ordre de préséance dans la province de Normandie. Saint Mellon qui était probablement un disciple de saint Nicaise, devint le premier évêque de Rouen. L’archevêque de Rouen est primat de Normandie et porte aussi les titres de comte de Dieppe, Louviers, Aliermont et Douvrend, vicomte de Déville, baron de Fresne-l’Archevêque, seigneur de Gisors, Neaufle, Gaillon, Bouteilles, Cliponville, Envronville…

[10] L’Abbaye aux Dames est l’une des deux grandes abbayes de Caen. L’église abbatiale de la Trinité abrite depuis 1083 le tombeau de Mathilde de Flandre, épouse de Guillaume le Conquérant. L’abbaye est le siège du Conseil régional de Basse-Normandie depuis 1986.

[11] L’évêché de Durham est d’une importance particulière dans le Royaume d’Angleterre, car 15 ans après la conquête normande, le nord du royaume est toujours plus ou moins hors du contrôle royal. En 1069-1070, le Conquérant avait mené une campagne sanglante et dévastatrice dans le nord afin de le soumettre, mais la région n’était toujours pas pacifiée.

[12] Le Yorkshire est un comté traditionnel d’Angleterre. Ce comté, le plus vaste du Royaume-Uni, est administrativement divisé entre quatre comtés cérémoniaux : le Yorkshire du Nord, le Yorkshire de l’Ouest, le Yorkshire du Sud et le Yorkshire de l’Est. Malgré cela, le Yorkshire est toujours considéré comme une entité culturelle et géographique unique.

[13] Le Lincolnshire est un comté d’Angleterre situé sur le littoral de la mer du Nord. Il a pour voisins, du nord au sud, les comtés du Yorkshire de l’Est, du Yorkshire du Sud, du Nottinghamshire, du Leicestershire, du Rutland, du Cambridgeshire et du Norfolk. Son chef-lieu est la ville de Lincoln.