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Sumer

lundi 22 juin 2020, par ljallamion

Sumer

On peut distinguer trois phases principales dans l’histoire de Sumer. La première, qui va de 3360 à 2400 avant jc, a été appelée la période archaïque. Il s’agit pour l’essentiel de guerres entre cités-Etats qui s’affirment, qui disparaissent.

Des fortifications, l’emploi de la roue à des fins militaires et la mise au point de chariots mal dégrossis à quatre roues, sont les seuls témoignages qui nous restent de ces affrontements.

Vers le milieu de cette phase de 900 ans, des dynasties locales commencent à s’implanter avec un certain succès.

A l’origine, la société sumérienne semble avoir connu un régime représentatif et même démocratique, mais son développement, avec le changement d’échelle qu’il impliquait, entraîna l’apparition de rois, distincts des premiers prêtres dirigeants.

Il s’est probablement agi au début de chefs de guerre auxquels les cités avaient confié le commandement de leurs troupes et qui ne rendirent pas le pouvoir une fois passée l’urgence qui avait justifié leur nomination. Ils créèrent des dynasties qui se combattirent entre elles.

L’apparition soudaine d’un individu exceptionnel va ouvrir une nouvelle phase. Cet individu, c’est Sargon 1er [1], roi de la cité sémite d’Akkad [2], qui conquit la Mésopotamie en 2334 av. jc et instaura la suprématie des Akkadiens.

Il fut le premier d’une longue lignée de bâtisseurs d’empire. On pense qu’il a envoyé ses troupes en Egypte et en Ethiopie.

La façon dont Sargon exerçait son pouvoir ne reposait pas sur la supériorité relative d’une cité-Etat sur une autre. Le régime qu’il mit en place favorisait jusqu’à un certain degré l’intégration.

Son peuple figura parmi ceux qui, pendant des milliers d’années, firent pression depuis l’extérieur sur les civilisations des vallées fluviales. Ayant réussi à s’imposer, il emprunta à ces civilisations ce qui lui convenait. D’où un nouveau style dans l’art sumérien, caractérisé par le thème de la victoire royale.

L’Empire akkadien marqua la deuxième grande phase de son histoire. A l’époque de Sargon, un véritable Etat prend forme. La distinction entre autorité séculaire et autorité religieuse, qui avait fait son apparition dans les premiers temps de Sumer, est fondamentale. Même si le surnaturel imprègne encore la vie quotidienne à tous les niveaux, l’autorité des laïcs ne se confond plus avec celle des prêtres. La construction dans les villes sumériennes de palais situés à côté des temples en apporte la preuve matérielle.

Même si la façon dont les notables des premières cités se sont transformées en rois demeure obscure, l’évolution du métier de soldat a probablement joué un rôle. Une infanterie disciplinée, évoluant en phalange, avec des boucliers qui se superposent et des épieux dressés, figure à Ur [3] sur des monuments.

A mesure que s’accroissait la population, le principal devoir du gouvernant a dû être de mobiliser suffisamment de bras pour entreprendre les grands travaux d’irrigation et de protection contre les inondations. Y parvenir pouvait être aussi un moyen de se procurer des soldats. L’équipement, devenant de plus en plus complexe et de plus en plus coûteux. la professionnalisation n’a pas dû tarder à s’instaurer. L’une des raisons du succès des Akkadiens tient à une nouvelle arme, l’arc composite, fait de lames de bois et de corne. L’hégémonie des Akkadiens dura relativement peu.

C’est apparemment un peuple des collines orientales, appelé les Gutiens [4], qui y mit un terme 200 ans plus tard, sous l’arrière-petit-fils de Sargon. Ce fut le début de la dernière phase de Sumer, que les spécialistes appellent néosumérienne. Pendant 2 siècles environ, jusque vers 2000 av. jc, le pouvoir revint dans les mains d’authentiques Sumériens.

C’est Ur, cette fois, qui en fut le centre, et le premier roi de la troisième dynastie d’Ur à entrer en fonction choisit de s’appeler roi de Sumer et d’Akkad.

L’art sumérien qui caractérise cette phase montre une nouvelle tendance à exalter le pouvoir du Prince. La représentation de gens du peuple, qui était une tradition de la période archaïque, fut pratiquement abandonnée. On réaménagea les temples, qui devinrent plus vastes et plus beaux. Et les rois semblent avoir cherché à faire des ziggourats [5] le symbole de leur grandeur. Des documents administratifs montrent le rôle important que joua également l’héritage akkadien ; la culture néosumérienne présente bien des traits sémites et l’aspiration à une royauté élargie reflète peut-être cet héritage. Les provinces qui payaient tribut au dernier grand roi d’Ur s’étendaient depuis Suse [6], aux frontières de l’Elam [7], sur le cours inférieur du Tigre [8], jusqu’à Byblos [9], sur la côte du Liban.

Ainsi s’acheva l’histoire du premier peuple à avoir réussi à bâtir une civilisation. Les Sumériens, bien évidemment, ne disparurent pas, mais ils se fondirent, et leurs particularités avec eux, dans l’histoire plus générale de la Mésopotamie et du Moyen-Orient.

Aux frontières, les ennemis ne manquaient pas. Vers 2000 av. jc, les Elamites arrivèrent et Ur tomba entre leurs mains.

Sumer avait bâti en près de 15 siècles les fondements d’une civilisation en Mésopotamie, en s’inscrivant dans le droit-fil de ses prédécesseurs, c’est-à-dire de ceux qui lui avaient assuré son assise matérielle. Les Sumériens ont laissé derrière eux l’écriture, des constructions monumentales, une idée de la justice et de la légalité, les premiers rudiments des mathématiques et une grande tradition religieuse.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire du monde traduit de l’anglais par Jacques Bersani.

Notes

[1] Sargon 1er est un roi d’Assur, qui aurait régné vers le milieu du 22ème siècle av. jc, de la dynastie de Puzur-Assur.

[2] Akkad ou Agade est une ville antique de Basse Mésopotamie, ancienne capitale de l’Empire d’Akkad, fondé par Sargon l’Ancien. Elle n’a toujours pas été retrouvée, et sa situation exacte demeure donc inconnue

[3] Ur : actuellement Tell al-Muqayyar est l’une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, dans l’actuel Irak. Elle était alors située sur une des branches de l’Euphrate et proche du Golfe Persique. Ur apparaît comme une des principales et des plus puissantes cités sumériennes du 3ème millénaire av. jc, comme l’illustrent les tombes royales et le riche mobilier funéraire qui y fut exhumé.

[4] Peuple d’une région des monts Zagros, dans le voisinage de la Mésopotamie à la fin du 3ème millénaire av. jc et durant les siècles suivants.

[5] Une ziggurat (ou ziggourat) est un édifice religieux mésopotamien à degrés, présent aussi en Élam, constitué de plusieurs terrasses supportant probablement un temple construit à son sommet. Le terme vient de l’akkadien ziqqurratu, dérivé du verbe zaqāru, « élever », « construire en hauteur ». On peut donc le traduire par « la très haute ». Il s’agit du monument le plus spectaculaire de la civilisation mésopotamienne, dont le souvenir a survécu bien après sa disparition grâce au récit biblique de la Tour de Babel, inspiré par la ziggurat de Babylone.

[6] Suse ou Shushan dans la Bible est une ancienne cité de la civilisation élamite, devenue au 5ème siècle av. jc la capitale de l’Empire perse achéménide, située dans le sud de l’actuel Iran à environ 140 km à l’est du fleuve Tigre. Elle ne présente plus aujourd’hui qu’un champ de ruines.

[7] L’Élam est un ancien pays occupant la partie sud-ouest du plateau Iranien, autour des actuelles provinces du Khouzistan et du Fars, qui correspondent à ses deux principales régions, celle de Suse et celle d’Anshan/Anzan. Le pays élamite, attesté par des textes allant de la fin du 4ème millénaire av. jc au 1er millénaire ap. jc, recouvrit des réalités géographiques et politiques différentes pendant sa longue histoire. Il fut parfois divisé en plusieurs entités politiques, surtout jusqu’au 3ème millénaire av. jc, mais aussi plusieurs fois par la suite, et il connut par contre des phases d’unification, sous l’impulsion de puissantes dynasties (notamment les Sukkalmah, Igehalkides, Shutrukides), surtout au 2ème millénaire av. jc. À partir du 1er millénaire av. jc, l’Élam se réduit à sa partie occidentale, autour de la Susiane, la partie orientale étant occupée par les Perses, qui lui donnèrent le nom qu’elle a gardé depuis (Perse/Fars). Le pays élamite perdit son autonomie politique après son combat contre l’Assyrie et sa conquête par les Perses, même s’il semble avoir revécu plusieurs siècles plus tard, à travers le royaume d’Élymaïde.

[8] Le Tigre est un fleuve de Mésopotamie long de 1 900 km. Ce fleuve prend sa source en Turquie comme l’autre grand fleuve de la région l’Euphrate.

[9] Byblos (appelée aujourd’hui Jbeil) est une ville du Liban. Les Grecs la nommèrent Byblos, car c’est de Gebal que le papyrus était importé en Grèce. Elle se situe aujourd’hui sur le site de la ville moderne de Jbeil, dans le gouvernorat du Mont-Liban (actuel Liban), sur la côte méditerranéenne, à environ 40 kilomètres au nord de Beyrouth. Elle aurait été fondée vers 5000 av. jc. Dès le 4ème millénaire av. jc. Byblos est un centre commercial actif, trafiquant surtout avec l’Égypte antique avec laquelle elle exporte du bois du Liban. Ce rapprochement de l’Égypte a un effet durable sur l’art et la culture de Byblos, elle devient un centre religieux important où l‘on pratique le culte d’Osiris. Elle fait aussi commerce de textile et de vêtements avec la Mésopotamie, notamment avec la ville de Mari et également avec les Minoens de Crète. Les souverains amorrites de Byblos se font enterrer dans des tombeaux avec des objets égyptiens (Tombeau d’Ahiram, roi au 11ème siècle av. jc).