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L’histoire pour le plaisir

David d’Huntingdon

samedi 26 octobre 2019

David d’Huntingdon (1152-1219)

Administrateur du comté de Lennox de 1174 à 1185-Seigneur de Garioch en 1182-Comte de Huntingdon de 1185 à 1219-Héritier présomptif du royaume d’Écosse de 1214 à sa mort

3ème fils d’Henri d’Écosse et d’ Ada de Warenne . David est le plus jeune des enfants. Son grand-père David 1er , en l’honneur de qui il a été nommé et ses deux frères aînés, Malcolm IV et Guillaume le Lion, sont successivement roi d’Écosse de 1124 à 1214. Il adopte les valeurs Anglo-Normandes et joue un rôle important dans la transformation de l’Écosse en un puissant royaume féodal européen.

Envoyé comme otage à la cour d’Angleterre en juillet 1163, il revient en Écosse avec Guillaume 1er d’Écosse immédiatement après l’accession au trône de ce dernier en 1165.

Bien qu’il n’ait jamais été désigné officiellement comme l’héritier du royaume, David intervient régulièrement dans les chartes royales comme principal témoin et occasionnellement il est nommé avec son frère dans l’exercice de l’autorité royale. Ses responsabilités sont importantes et augmentent par des donations de grands domaines dans des régions où Guillaume 1er cherche à consolider vigoureusement l’étendu de son contrôle.

En 1174 David reçoit le comté de Lennox, qu’il tient au nom du roi jusqu’à ce que la lignée des comtes locaux soit restaurée. Il semble pas que David a officiellement contrôlé le Lennox dans le cadre d’une minorité, mais il apparaît plus probable que son rôle était de faire respecter l’autorité royale à la suite d’une déclaration de déchéance, plus tard annulée, contre les dirigeants du comté.

Vers 1182 il reçoit la charge d’un important domaine dans la région de la Tay [1] et dans le centre de l’Aberdeenshire [2], où il contrôle le district frontière du Garioch [3] qui sera sa principale base territoriale de pouvoir en Écosse, consolidant sa situation d’un des principaux magnats du royaume d’Écosse et renforçant son influence locale par le biais d’innovations selon le modèle Anglo-Normand. Il contribue ainsi dans une bonne mesure à développer le pouvoir de la couronne particulièrement en renforçant sa domination au nord des Monts Grampians [4]

David est armé chevalier par Henri II d’Angleterre à Windsor [5] le 31 mai 1170 et avec son frère Guillaume 1er il jurent allégeance au fils du roi Henri le Jeune, le 15 juin après le couronnement de ce dernier. Apparemment, avec une certaine réticence, David retourne en Angleterre comme allié de son frère en avril ou mai 1174 afin d’appuyer la rébellion de Henri le Jeune, qui a débuté l’année précédente.

En 1173 Guillaume offre à David l’Honneur [6] et le comté Huntingdon [7] ; mais seulement en don additionnel à celui du Lennox. Pendant les opérations militaires il connaît un certain succès opérant à partir d’Huntingdon et de Leicester [8], impose sa souveraineté sur l’ Honneur d’Huntingdon, et défie Henri II jusqu’à la nouvelle de la capture de son frère Guillaume 1er à Alnwick [9] en juillet 1174.

David est un des principaux intervenant au traité de Falaise [10] en décembre 1174, et en août 1175 il vient avec Guillaume 1er le Lion à York [11], où il reconnaissent publiquement Henri II comme le suzerain de l’Écosse. L’Honneur d’Huntingdon, confisqué en 1174, lui est restitué en mars 1185 après la mort de son cousin Simon II de Senlis à qui il avait été attribué.

À partir de 1185, David comte d’Huntingdon intervient en permanence pour modérer la politique guerrière de l’Écosse vis-à-vis de l’Angleterre, une attitude qui n’est pas uniquement déterminée par son intérêt personnel. En effet l’expérience acquise lors des événement de l’année 1174/1175 l’a convaincu que le maintien de la paix avec le puissant royaume voisin est essentiel pour la sécurité de l’Écosse alors que curieusement, la plus grande crainte du gouvernement anglais est l’attitude belliqueuse des écossais ce qui lui permet de profiter de la faveur royale.

David fait preuve d’une loyauté sans faille envers Richard 1er d’Angleterre, qui lui ménage une union avantageuse avec Maud ou Mathilde de Chester sœur de Ranulph de Blondeville ou Ranulph III, comte de Chester [12], qu’il épouse le 19 août 1190. Il est possible mais pas certain qu’il accompagne le roi Richard à la troisième croisade et il assiège les ennemis de Richard à Nottingham [13] en mars 1194.

Il est capitaine en Normandie en juillet 1194, où il sert de nouveau en 1197. Il fréquente assidûment la cour anglaise et intervient dans les discussions des affaires Anglo-Écossaise, comme le 5 décembre 1189, quand Richard 1er renouvelle la proclamation de la suzeraineté anglaise.

Lorsque la perspective de devenir roi s’éloigne avec la naissance en 1198 d’Alexandre, l’héritier tant attendu de Guillaume le Lion, sa situation devient plus dépendante de la paix Anglo-écossaise et il s’active avec énergie lors de la prise de pouvoir par Jean sans Terre en 1199 quand Guillaume 1er réclame de nouveau avec force la restitution des comtés frontaliers.

Il est régulièrement employé par le roi Jean comme émissaire auprès des Écossais entre 1199 et 1209, il le soutient également en Normandie, Maine et Anjou de 1199 à 1203. Pendant la crise Anglo-écossaise qui se clôt avec la négociation du traité de 1209 ; sa présence à la cour d’Écosse renforce la position de ceux qui sont partisans que Guillaume 1er recherche un accord avec Jean sans Terre à Norham [14]. L’intransigeance du roi Jean affaiblit la position des modérés, mais le traité écarte pendant un certain temps la menace d’une agression écossaise.

L’utilité de David pour le roi Jean ayant diminué, il commence à tomber sous le coup de l’arbitraire et de la rapacité du roi d’Angleterre. En août 1212, il s’était suffisamment éloigné du roi pour que ce dernier le soupçonne d’avoir conspiré avec d’autres magnats dans le but de le tuer ! Assassin peu crédible, David doit néanmoins abandonner son château de Fotheringhay [15], le siège de son pouvoir anglais. Le déclin de son influence politique est accéléré par son vieillissement et la maladie. Sa fragilité est remarquée lorsque âgé de 62 ans il participe au banquet de l’intronisation d’Alexandre II d’Écosse les 6 et 7 décembre 1214 et qu’il n’apparaît pas parmi les conseillers du jeune roi.

En Angleterre, David ne prend pas part non plus à l’opposition baronniale à l’époque où la Magna Carta [16] est imposée au roi Jean et sa rébellion en demi-teinte, est différée jusqu’à ce que les Écossais envahissent l’Angleterre en octobre 1215.

Il s’empresse de faire la paix avec la couronne anglaise dès septembre 1217 et finalement reçoit ses lettres de pardon le 13 mars 1218. Il était sans doute un conciliateur autant par nature que par nécessité et David a l’amère satisfaction d’avoir eu raison lorsque les efforts mis en œuvre par Alexandre II en 121/1217 s’avèrent vains.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Richard Oram Domination and Lordship. Scotland 1070-1230 The New Edinburgh History of Scotland III. Edinburgh University Press, (Edinburgh 2011)

Notes

[1] Le Firth of Tay, en gaélique écossais Linne Tatha, constitue l’estuaire du Tay, un fleuve coulant en Écosse, au Royaume-Uni, et se jetant dans la mer du Nord. Il y a une île majeure dans l’estuaire, Mugdrum.

[2] L’Aberdeenshire est une région située dans le nord-est de l’Écosse, sur la mer du Nord. Elle est arrosée principalement par les deux rivières qui convergent vers Aberdeen : la Dee et la Don. La partie côtière, à l’est, est une région de plaines fertiles tandis que vers l’ouest, les Monts Grampians avec des sommets à plus de 1 000 mètres d’altitude (Cairngorm et Ben Macdui) ne sont presque pas cultivés

[3] Le Garioch est une importante base de départ pour des opérations, défensives et offensives, contre les Hommes de Moray et de Ross dans le nord. Ses acquisitions sont centrées sur des villes forteresse s qu’il établit à Dundee et à Inverurie, le chef-lieu du Garioch

[4] Les monts Grampians sont l’une des trois principales chaînes de montagne d’Écosse. Ils dominent les plateaux de gneiss et de granites des massifs du sud et s’élèvent entre la vallée glaciaire et lacustre du Glenmore et la dépression qui unit les firths du Forth et de la Clyde. Ils constituent la région la plus élevée des îles Britanniques et contiennent leur point culminant : le Ben Nevis (1 345 m).

[5] Le château de Windsor est une forteresse médiévale située à Windsor dans le Berkshire au Royaume-Uni. Le château est célèbre pour son architecture et parce qu’il est l’une des résidences de la famille royale britannique. Sa construction commença peu après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant au 11ème siècle. Depuis le règne d’Henri 1er d’Angleterre, le château a abrité de nombreux monarques ; il est le plus ancien palais habité sans interruption en Europe.

[6] Un honneur est une composante de la féodalité ; il s’agit au Moyen Âge en France et en Grande-Bretagne d’un fief possédé à l’origine par l’un des barons d’un prince ou d’un roi. Il comprend généralement un domaine principal, qui donne son nom à l’honneur, et plusieurs « extensions » plus petites généralement dispersées dans la principauté ou royaume du suzerain dont il dépend. D’une manière générale, le terme d’honneur désignait l’ensemble des terres d’un puissant seigneur

[7] Aux 11ème et 12ème siècle, le titre de comte d’Huntingdon comprenait les comtés d’Huntingdon, Northampton, Bedford et Cambridge.

[8] Leicester est une ville d’Angleterre située dans la région des Midlands de l’Est. Après l’arrivée des Anglo-Saxons, elle relève du royaume de Mercie et devient le siège d’un évêché au 7ème siècle. Conquise par les Vikings, elle devient l’un des Cinq Bourgs des Midlands, reconquis en 917 par les Anglo-Saxons.] il rallie les insurgés des midlands[[Les Midlands forme une région géographique du centre de l’Angleterre. Elles sont divisés administrativement entre Midlands de l’Est et Midlands de l’Ouest. Historiquement, les Midlands correspondent au territoire du royaume anglo-saxon de Mercie.

[9] Alnwick est une petite ville marchande du nord du Northumberland, au nord-est de l’Angleterre. Elle est le centre administratif du district d’Alnwick. Son histoire remonte au Moyen Âge et l’on peut notamment voir encore de nos jours le château d’Alnwick, ainsi que le White Swan Hotel.

[10] Le roi d’Écosse Guillaume le Lion signe le traité de Falaise le 8 décembre 1174, alors qu’il est prisonnier d’Henri II Plantagenêt, dans la forteresse de Falaise (Normandie). Il se reconnaît vassal du roi d’Angleterre, c’est donc la fin, sur le papier, de l’indépendance écossaise.

[11] York est une ville du nord de l’Angleterre. Située à la confluence de deux rivières, l’Ouse et la Foss, elle donne son nom au comté du Yorkshire. Fondée par les Romains sous le nom d’Eboracum, elle est l’une des villes majeures du royaume anglo-saxon de Northumbrie, puis la capitale du royaume viking de Jórvík. Elle est également le siège d’un archevêché de l’Église d’Angleterre. Après l’arrivée des Anglo-Saxons, York devint l’une des principales villes du royaume de Northumbrie sous le nom vieil anglais Eoforwic. Le roi Edwin y fut baptisé en 627. Elle devint le siège d’un évêché, puis d’un archevêché en 735. Tombée aux mains de la Grande Armée en 866, elle fut la capitale d’un royaume viking de 876 à 954 sous le nom de Jórvík, date de sa conquête définitive par le royaume d’Angleterre. Le 20 septembre 1066, Harald Hardrada s’empara de la ville, mais fut tué cinq jours plus tard par le roi Harold Godwinson à la bataille de Stamford Bridge, vainqueur qui devait périr à son tour à la bataille de Hastings peu de temps après. En 1190, Richard de Malbis et d’autres nobles d’York qui envisageaient de se joindre à Richard dans la troisième croisade profitèrent d’un incendie qui avait éclaté en ville pour faire courir une rumeur contre les Juifs. Les maisons de Benoît et Joce furent attaquées et ce dernier obtint la permission du gardien du château d’York d’y évacuer sa famille et l’ensemble des Juifs, probablement dans la tour de Clifford. Assaillis par la foule, les Juifs prirent peur et ne laissèrent pas rentrer le gardien qui avait quitté la tour. Il en appela au shérif, qui fit venir la milice du Comté. La tour de Clifford fut assiégée plusieurs jours. Un moine fit la cérémonie de sacrement chaque matin autour des murs comme pour sacraliser la lutte. Il fut écrasé d’une pierre jetée par les Juifs assiégés ; la colère de la foule devint alors une folie forcenée. Quand les Juifs de la tour de Clifford virent qu’ils n’avaient aucune alternative autre que de se soumettre au baptême ou périr aux mains de la foule, Yom-Tob ben Isaac de Joigny, tossafiste français et nouveau chef de la communauté, les exhorta à se tuer eux-mêmes plutôt que de succomber à la cruauté de leurs ennemis. Ceux qui étaient en désaccord furent autorisés à se retirer. Les autres se donnèrent la mort, après avoir mis le feu à leurs vêtements et marchandises pour éviter que ceux-ci ne tombent dans les mains de la foule.

[12] Le comté de Chester fut l’un des plus puissants comtés de l’Angleterre médiévale. Le Cheshire appartenait aux comtes de Chester, ainsi que l’honneur de Chester, formé de terres et de places dans toute l’Angleterre. En 1237, après la mort de John le Scot, le titre est racheté aux sœurs de Ranulf de Blondeville, gendre de Conan IV de Bretagne, par le roi Henri III, qui le donna à son fils Édouard. Depuis 1301, le titre est généralement donné à l’héritier désigné du trône d’Angleterre. Depuis 1399, il est donné conjointement avec le titre de prince de Galles.

[13] Nottingham est une ville située dans l’Est des Midlands en Angleterre. Elle était à l’origine dénommée Snotingeham. La Leen et la rivière Trent, qui coule de Stoke-on-Trent jusque dans l’Humber, traversent l’agglomération. Au 11ème siècle, le château de Nottingham est construit par les Normands sur un affleurement de grès dominant la rivière Trent. Les Anglo-saxons, installés sur une partie du site de Nottingham, possèdent leurs propres institutions. Autour du château, sur la colline d’en face, le quartier normand se développe peu à peu. Finalement, l’espace entre les deux communautés se construit, au fur et à mesure du développement du bourg. En 1276 une communauté monastique de l’Ordre du Carmel s’installe sur le site

[14] Norham est un village du Northumberland, en Angleterre, situé juste au sud de la Tweed et de la frontière écossaise. Il abrite le château de Norham, construit au 12ème siècle. C’est là qu’Édouard 1er d’Angleterre rencontra les Écossais en 1292 pour décider du futur roi d’Écosse.

[15] Le château de Fotheringhay ou de Fotheringay était un château situé à Fotheringhay, dans le Northamptonshire, en Angleterre. La motte castrale est probablement édifiée vers 1100 par le comte de Huntingdon Simon de Senlis. Après sa mort, sa femme Maud épouse le prince David d’Écosse, et le château se transmet parmi ses descendants jusqu’à la rébellion de David de Huntingdon contre Jean sans Terre, après quoi il est attribué au comte de Pembroke Guillaume le Maréchal, qui le conserve jusqu’en 1219. Le château reste en possession des rois d’Angleterre jusqu’à ce qu’Édouard II l’accorde au comte de Richmond Jean de Bretagne.

[16] La Magna Carta Libertatum ou Grande Charte est une charte de soixante-trois articles arrachée par le baronnage anglais au roi Jean sans Terrenote 1 le 15 juin 1215 après une courte guerre civile notamment marquée par la prise de Londres, le 17 mai, par les rebelles. Les barons étaient excédés des exigences militaires et financières du roi et de ses échecs répétés en France, en particulier à Bouvines et à La Roche-aux-Moines.