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L’histoire pour le plaisir

Indibilis

lundi 23 septembre 2019, par ljallamion

Indibilis (258-205 av. jc)

Roi des Ilergetes

Situation en Ibérie en 218 et en 217 av. jc.Frère de Mandonius . Polybe mentionne ces deux frères comme étant les plus influents et puissants chefs Ilergetes [1] de cette période.

À l’arrivée des Romains en Ibérie [2], il se soulève contre eux lors de la bataille de Cissa [3] en 218 av. jc. où Gnaeus Cornelius Scipio Calvus l’a vaincu et l’a expulsé de ses territoires, en obligeant les Ilergetes à payer des impôts à Rome et à livrer des otages.

Indibilis et le général carthaginois Hannon deviennent des prisonniers des Romains. En 217 av. jc, Indibilis regagne sa liberté et avec son plus jeune frère Mandonius, ils décidèrent de harceler les tribus ibériques voisines qui étaient amicales ou alliées avec Rome.

En réaction à ce harcèlement, Gnaeus Cornelius Scipio Calvus fait éliminer certains des membres de la tribu d’Indibilis, désarme les autres membres ou les fait prisonniers. Quand Hasdrubal Barca, qui était au nord-ouest de l’Ibérie, en entendit parler il arrive chez les Ilergetes pour aider son allié au sud de la rivière Èbre [4].

À cette époque, le cours de la guerre prit une tournure inattendue en raison de l’aide reçue par Gnaeus Cornelius Scipio Calvus de la part des Celtibères [5]. En effet, les Celtibères furent incités à collaborer avec Gnaeus Cornelius Scipio Calvus et envahir le territoire carthaginois en Ibérie. Avec les armées combinées romaines et celtibères, Gnaeus Cornelius Scipio Calvus prend trois villes fortifiées et remporte deux batailles : une contre Hasdrubal et une autre contre Indibilis aidé par Mandonius.

Gnaeus Cornelius Scipio Calvus avec le soutien des Celtibères tue 15 000 ennemis et fait 4 000 prisonniers. Indibilis et les membres restants de sa tribu se cachent jusqu’en 212 av. jc. C’est à cette date qu’il réunit avec son frère 7 500 Suessetani [6] et qu’ils font regrouper avec les forces d’Hasdrubal. Publius Cornelius Scipio, le père de Scipion l’Africain et le frère plus jeune de Gnaeus Cornelius Scipio Calvus, décident d’attaquer les deux frères ibères qui se situent sur leurs arrières car ils menaçaient la ligne de retraite.

Publius Cornelius Scipio ne voulant pas être pris au piège et encerclé par les Carthaginois ; il décide de faire sortir son armée à minuit pour affronter l’armée d’Indibilis au lever du jour. Scipion est tué par une lance à la bataille de Castulo, la première bataille du Bétis [7]. Gnaeus Cornelius Scipio Calvus, l’autre frère est tué à la bataille de Llorca, la deuxième bataille du Bétis, quelques jours plus tard.

Indibilis récupéra ainsi son trône et l’autorité sur son peuple. Convaincu de la nécessité de maintenir l’indépendance de son peuple dans le conflit qui opposait Rome à Carthage, il s’ensuivit un difficile jeu d’alliances militaires dont le but était la protection de son peuple et de soumettre d’autres peuples voisins, moins combatifs. Conscient de l’importance du territoire contrôlé par les Ilergetes sur la rivière Èbre, Carthage et Rome s’affrontèrent violemment pour le contrôle du territoire d’Indibilis.

Les chefs ibères étaient généralement pro-carthaginois, puisque ces derniers les récompensaient en leurs rendant leurs territoires tribaux après la mort des deux Scipion en 211 av. jc, ils changèrent vite d’avis après la conduite du général carthaginois Hasdrubal Gisco. En effet, il a exigé d’eux beaucoup d’argent pour son propre bénéfice. Hasdrubal Gisco exigea également que la femme de Mandonius et que les filles d’Indibilis soit emmenées à Qart Hadasht [8] pour la fidélité de leurs pères envers les Carthaginois. Ce sont ces otages qui faisaient partie du butin que Scipion l’Africain captura à Qart Hadasht en 209 av. jc. Scipion l’Africain les traita avec beaucoup de dignité et leurs rendit leurs places légitimes, ce qui impressionna les Ibères. Cette action améliora la réputation déjà excellente de Scipion l’Africain et de son caractère personnel.

Les deux frères abandonnent le parti carthaginois et se rangent du côté des Romains. En 209 av. jc, Indibilis signa un pacte avec le général romain Scipion l’Africain, pour faire face à Hasdrubal Barca qui s’était allié aux Edetans [9]. En échange, le chef des Ilergetes bénéficierait de la sécurité des frontières et du retour de tous les otages que Carthage avait pris chez les Ilergetes et que les Romains avaient libérés peu avant. Ces derniers collaborent dans une campagne contre Hasdrubal Gisco qui aboutit à une victoire lors de la bataille de Baecula [10] en 208 av. jc.

En raison de la présence et la bonne réputation du général romain Scipion l’Africain, Indibilis et Mandonius utilisent leur influence sur les principaux territoires de l’Ibérie pour propager l’influence romaine. Toutefois, à la suite de la rumeur de la grave maladie de Scipion l’Africain et sa possible mort en 206 av. jc, ils entreprirent une nouvelle rébellion pour que les Romains quittent l’Ibérie.

Une grande alliance se forma alors avec d’autres peuples de la péninsule Ibérique contre Rome, et avec le soutien du général carthaginois Magon Barca. Cette alliance comprenait la totalité des peuples de la vallée de l’Èbre depuis l’embouchure jusqu’au nord de l’actuelle province de Castellón [11]. De plus, une mutinerie éclata au camp militaire de la rivière Sucro [12], toujours à cause de cette rumeur de la mort probable du général romain. Elle impliquait environ 8 000 soldats qui bénéficiaient d’Indibilis et de Mandonius. Scipion l’Africain, qui, contrairement à la rumeur était en parfaite santé, écrase la mutinerie, fait décapiter les 35 meneurs principaux de la révolte. Il marche ensuite à la rencontre des armées d’Indibilis et de Mandonius, et les écrase. Indibilis se rend à Scipion l’Africain en demandant sa miséricorde.

Indibilis et Mandonius sont libérés et regagnent leur territoire dans des conditions favorables. Cette bienveillance particulière de la part de Scipion l’Africain n’a toutefois pas l’effet qu’il espérait. En effet, l’année suivante, le général romain quitte l’Ibérie, laissant son armée sous le commandement des généraux Lucius Lentulus et Lucius Manlius pour rentrer à Rome afin de préparer une attaque contre Carthage.

Indibilis et Mandonius organisent alors une nouvelle alliance contre Rome et prennent la tête du dernier grand soulèvement, avec la majorité des peuples qui occupaient le nord-est de la péninsule, avec 4 000 cavaliers et 30 000 fantassins. Ils comprirent vite leur erreur lors d’une bataille contre les Romains.

Indibilis fut tué dans cette bataille et Mandonius s’échappa avec les restes de l’armée. Il fut peu de temps après abandonné par sa propre tribu et tué par les généraux romains

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Antonio Alburquerque Pérez, Indortes e Istolacio, Orisón, Indíbil y Mandonio,‎ 1988

Notes

[1] un peuple préromain de la péninsule Ibérique

[2] L’Ibérie, aussi connue sous le nom d’Ivérie, est le nom donné par les Grecs et les Romains à l’ancien royaume de Karthlie et correspondant approximativement aux parties méridionale et orientale de l’actuelle République de Géorgie. Les Ibères du Caucase forment une base pour le futur État géorgien et, en même temps que les Colches de Colchide, le noyau de la population géorgienne actuelle. La région n’était, jadis, habitée que par quelques tribus qui faisaient partie du peuple appelé « Ibères ».

[3] La bataille de Cissa vit s’affronter, au début de la deuxième guerre punique, en 218 av. jc, des armées romaine et carthaginoise, au sud de Tarragone.

[4] L’Èbre est le plus puissant des fleuves espagnols. Sa longueur est de 928 km et son bassin versant a 85 550 km² de superficie.

[5] Le terme de Celtibères se réfère généralement aux tribus celtiques ou « celtisées » de la péninsule Ibérique. Ils sont nommés ainsi par les géographes grecs. Ces peuples celtibères habitaient à l’ouest des Monts ibériques. Les Romains les considéraient comme un mélange de Celtes et d’Ibères, mais en les différenciant ainsi de leurs voisins, c’est-à-dire des Celtes du plateau et des Ibères de la côte.

[6] Les Suessetani étaient un peuple pré-romain de la péninsule ibérique qui vivait principalement dans les plaines du bassin de la rivière Alba (Arba) (un affluent au nord de l’ Èbre), dans l’actuelle Cinco Villas, Aragon, province de Saragosse (région située à l’extrême ouest de l Aragon).) et Bardenas Reales région (sud Navarre région), à l’ ouest de la Gallicus rivière (aujourd’hui la rivière Gállego ), à l’ est du faible cours de la rivière Aragon et au nord de l’ Èbre (Ebro) rivière, dans les plaines de la vallée de cette même rivière. Leur emplacement, par rapport aux autres tribus, se trouvait au sud de la Iacetani (tribu Aquitaine), à l’ ouest du Vescetani ou Oscenses (tribu ibérique) au nord des Lusones et pelendons (tribus celtibères), également au nord de la Sedetani (tribu ibérique), et au sud-est des Vascons (tribu ou peuple aquitain). Corbio était la capitale des Suessetani et une ville fortifiée importante, mais non encore située (peut-être entre Sangüesa et Sos del Rey Católico).

[7] La bataille du Bétis se déroula en 211 av. jc durant la deuxième guerre punique, entre les armées carthaginoises dirigées par Hasdrubal Barca et les armées romaines dirigées par Publius Cornelius Scipio et son frère Gnaeus Cornelius Scipio Calvus. La bataille du Bétis se déroula en deux phases, traditionnellement désignées par bataille de Castulo et bataille d’Ilorca. A l’issue de cette double bataille les forces romaines sont vaincues, et les frères Scipio tués.

[8] Qart Hadasht est le nom d’une cité antique punique, située sur l’emplacement de la ville actuelle de Carthagène (Espagne). Elle reçut ce nom (qui signifie Ville nouvelle, et qui était aussi celui de la métropole, Carthage), depuis sa fondation en 227 av. jc jusqu’à la conquête romaine en 209 av. jc, au cours de la Deuxième guerre punique, où elle fut renommée Carthago Nova.

[9] Les Edetans sont un peuple ibère qui vécut sur le territoire d’Edeta. Avec une surface approximative de 8 545 km², les Edetans occupaient le sud de la province de Castellón et les deux tiers de la partie septentrionale de la province de Valence. Les limites de leur territoire étaient au Nord la rivière Mijares (Udiva) ; à l’Ouest les montagnes de Javalambre, Gúdar et la Vallée du fleuve Cabriel ; au Sud le fleuve Jucar (Sucro) ; et à l’Est la mer Méditerranée. Cependant tous les auteurs ne sont pas d’accord sur les limites Nord et Ouest. Les peuples voisins étaient les Ilercavons au nord, les Sedetans au nord-ouest, les Olcades à l’ouest et les Contestans au sud.

[10] La bataille de Baecula opposa en 208 av. J.-C., les forces carthaginoises du Général Hasdrubal Barca et les légions romaines commandées par Scipion l’Africain, dans le cadre de la seconde guerre punique. Elle fut la première grande confrontation de Scipion l’Africain contre les Carthaginois, après qu’il eut obtenu le commandement du contingent romain sur la péninsule Ibérique et pris le port de Carthagène

[11] La province de Castellón est l’une des trois provinces de la Communauté valencienne, dans l’est de l’Espagne. Sa capitale est la ville de Castellón de la Plana.

[12] Fleuve de l’Espagne tarragonaise. Il est marqué dans le pays des Contestani par Ptolémée qui place son embouchure entre le port Illicitatus, et l’embouchure du fleuve Pallantia.