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Ébroïn (évêque de Poitiers)

samedi 3 août 2019, par ljallamion

Ébroïn (évêque de Poitiers) (mort en 854)

Évêque de Poitiers de 839 à 854-Archichapelain du roi Charles le Chauve

La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Siège de l'Archidiocèse de PoitiersIl est attesté dès 831 comme responsable de la chancellerie de Louis le Pieux, dans un diplôme rédigé aux deux noms de l’empereur et de son fils le roi Pépin 1er d’Aquitaine, expédié d’Aix-la-Chapelle en faveur de l’abbaye de Cormery [1].

Il devient évêque pendant une période troublée de l’histoire de Poitiers. En effet, un an avant sa nomination, le roi Pépin 1er d’Aquitaine meurt, et son père l’empereur Louis le Pieux confie le royaume d’Aquitaine à son dernier fils, le futur Charles le Chauve. Le comte de Poitiers [2] est alors Émenon et soutient les droits de Pépin II, le fils de Pépin 1er.

Louis le Pieux marche alors sur Poitiers, qu’il occupe à la Noël 839, dépose Émenon et nomme à sa place un comte du nom de Renaud, qui pourrait être Renaud d’Herbauges. Ébroïn devient alors à la fois évêque et abbé de Saint-Hilaire de Poitiers [3].

En 840, c’est Bernard le Poitevin qui est nommé à la tête du comté, mais il ne semble pas contrôler la ville. Louis le Pieux meurt et ses fils se déchirent. En octobre 840, Hilduin de Saint-Denis passe dans le camp de Lothaire 1er et est destitué de ses titres en Francie occidentale [4]. Ébroïn lui succède comme abbé de Saint-Germain-des-Prés [5]. Il est aussi archichapelain [6] du palais de Charles le Chauve.

La bataille de Fontenoy-en-Puisaye [7], entre Lothaire 1er et Pépin II d’une part et Louis II le Germanique et Charles le Chauve d’autre part, conduit au traité de Verdun [8] qui entérine le partage de l’Empire.

L’Aquitaine [9] est attribuée à Charles le Chauve, mais Pépin II continue à la contrôler et à résister à Charles.

Au printemps 844, Charles le Chauve assiège Toulouse, défendue par Bernard de Septimanie, partisan de Pépin II. Ébroïn, que ses titres ecclésiastiques n’empêchent de participer aux guerres, selon les mœurs de l’époque, fait partie d’une armée qui est défaite par les troupes de Pépin II dans l’Angoumois*, prisonnier, il est libéré quelque temps après, assez tôt pour présider en décembre le concile de Verneuil-en-Halatte*, convoqué par Charles le Chauve.

Le 28 mars 845, veille de Pâques, des Normands commandés par le chef Ragnar, après avoir remonté la Seine en ravageant tout sur leur passage, entrent dans Paris abandonné de ses habitants ; les moines de Saint-Germain-des-Prés se sont enfuis avec les reliques de leur saint patron dans leur domaine de Combs-la-Ville [10] ; Charles le Chauve est retranché dans l’abbaye de Saint-Denis [11] qu’il a juré de défendre. Mais il y eut seulement négociation à Saint-Denis entre le roi et le chef Ragnar, qui accepta de se retirer contre 7000 livres d’argent. Lorsque les Normands furent partis, Ébroïn alla en procession jusqu’à la Bièvre pour recevoir ses moines porteurs des reliques de saint Germain, qui furent replacés solennellement dans le tombeau le 25 juillet.

Ce n’est qu’en 848 que Pépin, après avoir abandonné Bordeaux aux Vikings, est déposé par les Aquitains qui se rallient à Charles le Chauve. Bernard le Poitevin est mort depuis 844, lors de combats contreLambert II de Nantes. Poitiers est administrée civilement et religieusement par l’évêque Ébroïn, homme de Charles le Chauve.

En 853, Charles le Chauve accuse Gauzbert, comte du Maine [12], de collusion avec les Bretons, alors en révolte, et le fait exécuter. C’est un noble important, apparenté à de nombreux seigneurs locaux, dont Ramnulf, Bernard de Gothie, fils de Bernard le Poitevin, et même à Ébroïn lui-même. Les nobles aquitains en profitent pour se révolter contre Charles le Chauve et offrent la couronne d’Aquitaine à Louis le Germanique, lequel envoie son fils Louis III le Jeune à la tête d’une armée. Mais celle-ci s’occupe plus de pillage que de prendre en main le pays, et une émeute éclate à Poitiers entre partisans et adversaires du roi, au cours de laquelle Ébroïn est tué.

Il fut inhumé dans la nef de l’église Saint-Cyprien [13] de la ville.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Christian Settipani, La Noblesse du Midi Carolingien, Oxford, Linacre College, Unit for Prosopographical Research, coll. « Occasional Publications / 5 »,‎ 2004,

Notes

[1] En 791, un établissement religieux y est fondé par Ithier, abbé de Saint-Martin de Tours et pro chancelier de Charlemagne. Il s’agit de créer un lieu de recueillement et de prière plus respectueux de la règle de Saint Benoît. Ithier vient y faire retraite, loin du monde et de ses agitations. Il ne s’agit d’abord que d’un modeste prieuré appelé la Celle Saint-Paul. Alcuin qui succède à Ithier donne à Cormery un formidable essor spirituel et, sur le plan matériel, transforme le prieuré en abbaye importante en le dotant d’importants domaines. Cela permet à son successeur, Fridugise, de réaliser de grands travaux.

[2] Depuis le 7ème siècle, les comtes de Poitiers, ou, suivant l’usage comtes de Poitou, ont été à la tête d’un ensemble territorial qui a évolué au fil des siècles. Le comté fut érigé comme tel par Charlemagne, qui envoya en 778 un certain Abbon pour administrer le territoire. Très vite, et toujours sous la période carolingienne, deux familles franques s’opposent au titre comtal : celle des Guilhelmides et celle des Ramnulfides, qui aura raison de la première en 902. La nouvelle dynastie pleinement instaurée devient la fameuse maison de Poitiers, dont Aliénor d’Aquitaine est l’ultime héritière.

[3] L’église Saint-Hilaire le Grand est une église de Poitiers. Hilaire, originaire de Poitiers, est devenu évêque au milieu du 4ème siècle. Il a été le grand défenseur, en Gaule, de la foi chrétienne orthodoxe qui s’opposait alors à l’arianisme triomphant. Il avait fait construire pour sa sépulture, hors les murs, dans le cimetière sud de la ville, une chapelle dédiée aux saints Paul et Jean, martyrs romains morts en 362. Il y fut enterré entre son épouse et sa fille, Sainte Abre. En 412, le site est détruit par les Vandales et en 453 par les Huns. Une nouvelle basilique est construite. Mais les dimensions et l’emplacement ne sont pas connus même si son existence est attestée. Dès le 8ème siècle, l’ensemble basilical devient une collégiale. Durant cette période, le site est dévasté d’abord, par les musulmans conduits par Abdiraman en 732, puis en 863 et en 865 par les Vikings. Par crainte de nouvelles incursions, les moines emportent les ossements de Saint Hilaire en sécurité au Puy-en-Velay. En 935, les comtes de Poitou deviennent abbés laïcs de la basilique. Le titre sera transmis en 1204 aux rois de France.

[4] La Francie occidentale est le royaume que reçut le carolingien Charles le Chauve lors du partage de Verdun, en 843. Il s’agit des anciennes régions de Neustrie et d’Aquitaine, avec la partie ouest de l’Austrasie et le nord de la Bourgogne, autrement dit, la France des quatre fleuves.

[5] L’abbaye Saint-Germain-des-Prés est une ancienne abbaye bénédictine de Paris, située dans l’actuel 6ème arrondissement, fondée au milieu du 6ème siècle par le roi mérovingien Childebert 1er et l’évêque de Paris, saint Germain sous le vocable de Saint-Vincent et Sainte-Croix. C’est une abbaye royale, qui bénéficie donc d’une exemption et est directement soumise au pape. La première église abbatiale est consacrée le 23 avril 558 à la sainte Croix et à saint Vincent de Saragosse. Cette basilique possède des colonnes de marbre, un plafond lambrissé et des fenêtres vitrées. Elle est nécropole royale jusqu’à la création de celle de la basilique Saint-Denis, et les reliques de saint Germain y sont vénérées, mais plus aucune sépulture médiévale ne subsiste à ce jour, et les reliques se sont considérablement amoindries. L’église est rebâtie par l’abbé Morard, à partir de la fin du 10ème siècle. Les quatre premiers niveaux du clocher occidental, la nef et le transept de l’église actuelle remontent à cette époque, et l’on peut notamment y voir d’intéressants chapiteaux d’autour de l’an mil. Le chœur actuel est construit au milieu du 12ème siècle dans le style gothique primitif, et consacré par le pape Alexandre III le 21 avril 1163. C’est l’un des premiers édifices gothiques, qui contribue à la diffusion de ce nouveau style et est de toute première importance sur le plan archéologique. Les bâtiments conventuels sont reconstruits successivement au cours du 13ème siècle, et une chapelle abbatiale inspirée par la Sainte-Chapelle est édifiée par l’architecte Pierre de Montreuil et dédiée à la Vierge ; l’ensemble est malheureusement démoli au début du 19ème siècle. L’instauration de la réforme mauriste en 1630 fait de l’abbaye un centre de l’érudition d’un grand rayonnement. Mais la Révolution impose la suppression de la totalité des abbayes, et pour Saint-Germain-des-Prés, la fin survient le 13 février 1792. L’église devient bientôt une manufacture de salpêtre, et le culte n’y est rétabli que le 29 avril 1803.

[6] Un archichapelain est un clerc avec un poste de direction dans une cour royale. Le titre a été utilisé dans le royaume franc durant la période carolingienne.

[7] La bataille de Fontenoy-en-Puisaye eut lieu le 25 juin 841 sur le territoire de l’actuelle commune de Fontenoy (Yonne), "au cœur" de la Puisaye. Elle opposa Lothaire Ier, le fils aîné de Louis Ierle Pieux, à ses deux frères, Louis le Germanique et Charles le Chauve. Leur neveu, le roi Pépin II d’Aquitaine, fils de feu Pépin Ier, se rangea du côté de Lothaire.

[8] Par le traité de Verdun, conclu en août 8431,2, les trois fils survivants de Louis le Pieux, les petits-fils de Charlemagne, se partagent ses territoires, l’empire carolingien, en trois royaumes. Il est souvent présenté comme le début de la dissolution de l’empire unitaire de Charlemagne, consacrant ainsi sa division, qui s’avèrera en fait définitive. Ce traité est la conséquence de l’application de la coutume franque qui est basée sur le partage de l’héritage entre tous les fils héritiers plutôt que son attribution seulement au fils aîné, en dépit de la règle de primogéniture appliquée chez les Romains. Le texte du traité, perdu, ne nous est pas connu.

[9] L’Aquitaine est le nom donné depuis au moins le 1er siècle av. jc à une région ancrée sur la façade Atlantique et le versant nord des Pyrénées. Sous l’Empire romain, la dénomination Aquitaine s’applique à un gros Sud-Ouest de la Gaule, des Pyrénées aux rives de la Loire, Auvergne incluse. Saintes et Bordeaux furent les capitales successives de la Gaule aquitaine finalement partagée en trois (Aquitaine Première, Aquitaine Seconde et Novempopulanie) sous la Tétrarchie, à l’occasion des réformes fiscales et administratives réalisées par Dioclétien. La romanisation de la Novempopulanie conduira à la Vasconie. L’Aquitaine passe sous la domination des Wisigoths, arrivés de Provence et d’Italie en 412-413. En 418, un traité donne le statut de fédéré (fœdus) des Wisigoths dans l’Empire romain, qui les installe en Aquitaine.

[10] Combs-la-Ville est une commune française située dans le département de Seine-et-Marne. En 636, le roi Dagobert lègue sa terre de Combs (cumbis) à l’abbaye de Saint-Vincent, qui se nommera plus tard Saint-Germain-des-Prés.

[11] L’ancienne abbaye royale de Saint-Denis est associée à l’histoire du monde franc. L’église abbatiale a été dénommée « basilique » dès l’époque mérovingienne. L’église s’élève sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis martyrisé vers 250. Le transept de l’église abbatiale, d’une ampleur exceptionnelle, fut destiné à accueillir les tombeaux royaux. Elle fut ainsi la nécropole des rois de France depuis les Robertiens et Capétiens directs, même si plusieurs rois mérovingiens puis carolingiens avaient choisi avant eux d’y reposer. En 858, le monastère de Saint-Denis qui subit plusieurs rapines de la part des Vikings qui assiègent Paris. Le Vendredi Saint 3 avril 858, deux bandes normandes partent de Jeufosse à cheval en se dirigeant, l’une vers l’abbaye de Saint-Denis, l’autre vers l’abbaye de Saint-Germain-des-Près, pour capturer leurs abbés et demander une forte rançon. A Saint-Denis, plusieurs hommes d’Église sont enlevés dont l’abbé et son demi-frère Gauzlin (834-886), évêque de Paris4. De façon générale, le ixe siècle siècle est marqué par de nombreux troubles causés par les raids des vikings remontant par la Seine jusqu’à Paris et ses alentours. En 867, l’implication dans la vie politique et le prestige des abbés est tel que Charles II le Chauve s’approprie le titre d’abbé de Saint-Denis. En 869, Charles II le Chauve devant la menace des invasions des Vikings fortifia le monastère.

[12] ] Après 748 Le Maine et le Mans disparaissent des documents et chartes pour ne réapparaître qu’avec les Rorgonides qui sont probablement descendants de Roger et d’Hervé. À la mort de Gauzfrid en 878, son fils étant trop jeune pour lui succéder, le comté du Maine est donné à Ragenold, un rorgonide d’une branche cadette, puis Roger du Maine, marié à une carolingienne. Les Rorgonides se tournent alors vers les Robertiens et le comté est disputé entre les deux familles. Gauzlin II fils de Gauzfrid du Maine. Il est le dernier comte du Maine de sa famille, qui se le fait confisquer par le roi Charles III le Simple, au bénéfice de Robert le Fort, ancêtre des Capétiens. Sans enfant, Herbert II mort en 1062 désigne dans son testament Guillaume le Conquérant comme son successeur, mais les seigneurs du Maine se révoltent et appellent un oncle par alliance d’Herbert II.

[13] démolie en 1559