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Catherine de Parthenay

samedi 27 octobre 2018, par ljallamion

Catherine de Parthenay (1554-1631)

Poétesse-Dramaturge et mécène

Catherine de Parthenay Poétesse et DramaturgeHumaniste française, connue à son époque pour son engagement calviniste [1]. Parlant et écrivant le latin, le grec et l’hébreu.

Fille de Jean V de Parthenay-L’Archevêque dit Soubise , et d’Antoinette d’Aubeterre, petite-fille de Michelle de Saubonne , Catherine de Parthenay est l’unique héritière de la puissante famille huguenote et poitevine des Parthenay-Larchevêque [2]. Mise en nourrice, puis éduquée par ses parents, elle manifeste très tôt son intérêt pour l’astrologie et l’astronomie ; sa mère lui donne alors pour précepteur son propre secrétaire et avocat de la cause de Soubise, le mathématicien François Viète.

Les guerres menaçant de reprendre entre les troupes royales, menées par les Guises [3], et les troupes calvinistes, emmenées par les lieutenants deJeanne d’Albret et ses fils, Antoinette d’Aubeterre recherche dès cette année-là un parti convenable pour sa fille. Il s’en présente trois : le fils de l’Amiral de Coligny , Henri de Pontivy, fils cadet de la maison de Rohan [4] et le baron Charles de Quellenec , de la maison de Pont-l’Abbé [5]. Son choix se portant de longue date sur le premier, les fiançailles sont prévues mais le jeune Châtillon meurt en 1567 de la peste et le 15 juin 1568, l’héritière de Soubise se marie au parc-Mouchamps [6] avec le baron du Pont.

Mariée à 14 ans au baron Charles de Quellenec, La terre de Mouchamps où se passent ces leçons de sciences et de géographie est un refuge pour les calvinistes. Bernard Palissy y a fait cuire ses premiers émaux ; les invités y sont nombreux. Mais son père passe peu de temps auprès d’elle : qu’il soit en guerre au service de Louis 1er de Bourbon-Condé ou à la Cour de Charles IX à tenter de convaincre Catherine de Médicis de se déclarer en faveur de la réforme, Jean de Parthenay ne demeure jamais longtemps avec son épouse et sa fille. Lorsqu’il meurt, le 1er septembre 1566, Antoinette d’Aubeterre trouve le courage de l’accompagner jusqu’à la mort et de l’entretenir jusqu’à son dernier souffle, mais au moment suprême, on a fait sortir Catherine de Parthenay de la chambre.

Très tôt, des querelles de préséances conduisent Antoinette d’Aubeterre à laisser le jeune couple diriger les terres de Soubise. Elle part à La Rochelle où des confidences de domestiques lui font comprendre que le baron du Pont n’honore pas convenablement son épouse. S’en ouvrant à Théodore de Bèze, puis à Jeanne d’Albret, elle en reçoit l’assurance que cela constitue un motif de dissolution du mariage.

En 1570, le baron du Pont est fait prisonnier à la bataille de Jarnac [7]. Il s’évade alors qu’il a juré de demeurer prisonnier sur parole et rejoint La Rochelle où il combat sous les ordres du vicomte René de Rohan. Blessé très sévèrement à la mâchoire, il rentre dans les terres de Mouchamps et apprend que son épouse s’est enfuie à La Rochelle.

Catherine de Parthenay ayant tout avoué à sa mère, le baron de Quellenec vient jurer devant Jeanne d’Albret que les rumeurs sur son impuissance sont des calomnies. Il est néanmoins convaincu de mensonge et promet à la reine de Navarre d’accomplir son devoir, mais peu de temps après, le baron du Pont enlève son épouse de La Rochelle et l’enferme dans ses châteaux bretons.

Toutefois, avant qu’il ne la force à partir pour le château du Pont, Catherine de Parthenay a laissé une lettre à sa mère, où elle annonce qu’on ne doit plus accorder de crédit à ce qu’elle écrira désormais sous la contrainte.

En décembre 1570, Antoinette d’Aubeterre décide de porter l’affaire devant la Cour de France, Catherine de Médicis et le duc d’Anjou ; elle entame un procès contre le mari, pour empêchement dirimant. En février 1571, tenue prisonnière au château de Rostreven [8], Catherine certifie de nouveau que les démarches entreprises par sa mère sont contraires à sa volonté ; pour autant, cette dernière ne désarme pas et obtient du synode, réuni à La Rochelle, qu’il convient de délivrer au plus vite la fausse épouse. En juillet 1571, le baron du Pont laisse enfin Catherine rencontrer librement, à Durtal [9], un témoin de sa bonne foi, le maréchal de Vieuville François de Scépeaux agissant sur commandement de l’Amiral Gaspard II de Coligny.

Après hésitation, Catherine de Parthenay confesse la vérité au vieux maréchal. Faussement rassuré par Vieuville, le baron revient alors au parc de Mouchamps, puis laisse sa femme rallier La Rochelle. Dès lors Jeanne d’Albret, le futur Henri IV et Coligny sont convaincus de prendre son parti. Pour autant, ils répugnent à la retenir de force à La Rochelle.

Séparé une fois encore de sa fille, Antoinette d’Aubeterre entreprend alors d’écrire directement au roi Charles IX. Leur cause est plaidée à huis clos devant le grand conseil le mardi 11 septembre 15711.

Présent à Paris pour les noces de Marguerite de Valois et du roi Henri de Navarre, le baron de Quellenec meurt, assassiné dans la cour du Louvre, la nuit de la Saint-Barthélemy [10].

Catherine de Parthenay et sa mère, quant à elles, doivent leur salut à l’intervention de quelques nobles alliés au roi, leur logis est pillé mais le mobilier est sauvé.

A la mort de son mari, elle compose une élégie [11] à sa gloire et à celle de l’Amiral de Coligny. Peu après, elle fait jouer dans La Rochelle assiégée une tragédie, Holopherne, dont il ne reste rien.

Douée pour les mathématiques et pour la littérature, elle est mariée en secondes noces au vicomte René II de Rohan. Le mariage de Catherine et de René a lieu dans l’intimité, sans faste, en 1575.

Mais bientôt, son nouvel époux prend à nouveau les armes ; les guerres recommencent et Catherine se réfugie dans le Poitou [12] avec ses enfants, puis à La Rochelle, où René de Rohan meurt le 27 avril 1586 des suites de ses combats.

Veuve une seconde fois, elle se consacre à l’éducation de ses enfants dans son château de Blain [13], puis au parc-Mouchamps.

En 1598, elle fait demander au roi par Philippe Duplessis-Mornay de l’autoriser à vendre des terres au nom de ses enfants mineurs, dont Henri IV est le tuteur.

Connue au grand siècle comme la mère des Rohan, elle reproche son abjuration à Henri IV dans un pamphlet publié anonymement mais qui lui est unanimement attribué ; quelques années plus tard, elle déplorera sa mort dans un très beau poème.

L’assassinat d’Henri IV ouvre alors une nouvelle période qui, avec la régence de Marie de Médicis, puis l’affermissement du pouvoir royal et la montée de Richelieu, voit la fin des facilités offertes aux protestants. Devant les nouvelles menaces, ces derniers se divisent entre modérés et intransigeants. Catherine de Parthenay joue son rôle dans ces querelles en tentant plusieurs fois d’apaiser la colère de ses fils. En 1612, la mère des Rohan œuvre dans l’ombre d’Henri pour le réconcilier avec Marie de Médicis. Elle y parvient. Elle cherche à unir autour de lui les Églises réformées, leurs ministres et leurs représentants

Vers la fin de sa vie, elle combattra aux côtés de ses enfants pour faire respecter l’esprit de l’édit de Nantes, mais son parti sera vaincu à La Rochelle, après un siège héroïque, où l’on dit qu’elle et sa fille Anne mangèrent le cuir des chevaux.

Après la reddition de La Rochelle en 1628, elle est emprisonnée dans l’hôtel Chaumont puis le 2 novembre dans la forteresse de Niort. Elle en sort le 12 juillet 1629 avec sa fille

Exilée sur ses terres sur ordre de Louis XIII, elle meurt dans la nuit du 26 au 27 octobre 1631 au Parc de Mouchamps.

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P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Nicole Vray, Catherine de Parthenay, duchesse de Rohan, protestante insoumise, Paris, Librairie Académique Perrin,‎ 1998./

Notes

[1] Le calvinisme est une doctrine théologique protestante et une approche de la vie chrétienne qui reposent sur le principe de la souveraineté de Dieu en toutes choses. Bien qu’elle fût développée par plusieurs théologiens tels que Martin Bucer, Wolfgang Musculus, Heinrich Bullinger, Pierre Martyr Vermigli, Ulrich Zwingli et Théodore de Bèze, elle porte le nom du réformateur français Jean Calvin en raison de l’influence dominante qu’il eut sur elle et du rôle déterminant qu’il exerça dans les débats confessionnels et ecclésiastiques du 16ème siècle. Aujourd’hui ce terme fait référence aux doctrines et aux pratiques des Églises réformées, presbytériennes et congrégationalistes. Plus rarement, il désigne l’enseignement de Calvin lui-même.

[2] Les seigneurs de Parthenay se surnomment Parthenay l’Archevêque à partir de 1140, en souvenir de Joscelin II de Parthenay, archevêque de Bordeaux au 11ème siècle.

[3] La maison de Guise était une famille illustre de la noblesse française. Branche cadette de la maison de Lorraine, elle marqua l’histoire de France pendant les guerres de religion. La Maison de Guise est fondée par Claude de Lorraine, second fils du duc René II de Lorraine qui lui légua toutes les possessions "françaises" de la Maison de Lorraine, dont Guise. Claude de Guise fut naturalisé français et créé duc et pair par François 1er, il fut le premier duc de Guise. Sa fille Marie de Guise épousa le roi Jacques V d’Écosse, et fut régente d’Écosse durant la minorité de leur fille Marie Stuart.

[4] La maison de Rohan est une famille subsistante de la noblesse française, originaire de Bretagne, où elle tient son nom de la terre de Rohan, dans le Morbihan. Elle est issue en ligne agnatique des vicomtes de Porhoët, dont la filiation suivie remonte à 1028. Elle fut au Moyen-Âge l’une des familles les plus puissantes du duché de Bretagne. Elle a formé plusieurs branches dont seule subsiste la branche de Rohan-Rochefort, ducs de Montbazon, ducs de Bouillon et princes autrichiens de Rohan, établie au début du 19ème siècle en Autriche

[5] La seigneurie de Pont-l’Abbé fut une des puissantes seigneuries de Cornouaille. Elle occupe le centre d’une châtellenie ducale qui dut être créé en même temps que le fief d’Abbas Tudi au 11ème siècle. La famille du Pont-l’Abbé tombe en quenouille, faute d’héritier mâle, lors du décès en 1526 de Louise du Pont-l’Abbé et, par le mariage de Gilette du Chastel, sa cousine, le 7 février 1517 avec Charles 1er du Quélennec, vicomte du Faou, passe aux mains de la famille du Quélennec. Au 16ème siècle, certains barons de Pont-l’Abbé sont protestants (Pont-l’Abbé est alors privée du culte catholique, les églises sont fermées et la chapelle de Saint-Tudy, abandonnée, tombe en ruines) et l’un d’eux Charles II du Quélennec, dit Soubise, né en 1548, marié avec Catherine de Parthenay, baron de 1553 à 1572, est défenestré à Paris lors des massacre de la Saint-Barthélemy en 1572.

[6] Le château du parc Soubise, aujourd’hui en ruines, est situé sur la commune de Mouchamps, dans le département français de la Vendée. Le parc Soubise fut la demeure principale de la famille des Parthenay-Larchevêque. Après le décès de Jean V de Parthenay, dit Soubise en 1566, il entre par sa fille, Catherine de Parthenay, dans la famille des Rohan en 1575.

[7] La bataille de Jarnac, le 13 mars 1569, oppose, lors de la troisième guerre de Religion, l’armée protestante commandée par le prince de Condé, à celle du roi de France, commandée par le duc d’Anjou, frère du roi de France.

[8] La Famille de Rostrenen édifia au 7ème siècle un modeste château en bois sur la paroisse de Moëlou sur la pente d’un coteau près d’un étang à l’emplacement actuel de la mairie. Remplacé au 11ème siècle par un donjon entouré de hautes murailles baignées par un étang, le château devient le siège d’une puissante baronnie, s’étendant sur quatre cantons jusqu’à la Révolution, relevant de la vicomté de Poher et de la sénéchaussée de Carhaix. La seigneurie avait juridictions sur les paroisses actuelles de Glomel, Kergrist-Moëlou, Maël-Carhaix, Paulé, et en partie sur les paroisses de Plévin, de Plouguernével, de Plounévez-Quintin, de Rostrenen, et de Maël-Pestivien

[9] Durtal est une commune française située dans le département de Maine-et-Loire

[10] Le massacre de la Saint-Barthélemy est le massacre de protestants déclenché à Paris, le 24 août 1572, jour de la saint Barthélemy, prolongé pendant plusieurs jours dans la capitale, puis étendu à plus d’une vingtaine de villes de province durant les semaines suivantes. Cet événement des guerres de Religion résulte d’un enchevêtrement complexe de facteurs, aussi bien religieux et politiques que sociaux. Il est la conséquence des déchirements militaires et civils de la noblesse française entre catholiques et protestants, notamment de la vendetta entre le clan des Guise et celui des Châtillon-Montmorency. Il est le résultat d’une sauvage réaction parisienne, ultra-catholique et hostile à la politique royale d’apaisement. Il reflète également les tensions internationales entre les royaumes de France et d’Espagne, avivées par l’insurrection aux Pays-Bas. Pendant longtemps, la tradition historiographique a fait du roi Charles IX et de sa mère, Catherine de Médicis, les principaux responsables du massacre. Faute de sources, les historiens sont restés longtemps partagés sur le rôle exact de la couronne. Ils retiennent aujourd’hui que seuls les chefs militaires du clan protestant étaient visés par l’ordre royal. Dès le matin du 24 août, Charles IX avait ordonné l’arrêt immédiat des tueries mais, dépassé par la fureur du peuple, il n’avait pu les empêcher.

[11] De nos jours, l’élégie est considérée comme un genre au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par un ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance amoureuse due à un abandon ou à une absence.

[12] Le Poitou était une province française, comprenant les actuels départements de la Vendée (Bas-Poitou), Deux-Sèvres et de la Vienne (Haut-Poitou) ainsi que le nord de la Charente et une partie de l’ouest de la Haute-Vienne, dont la capitale était Poitiers. Il a donné son nom au Marais poitevin, marais situé dans l’ancien golfe des Pictons, sur la côte occidentale de la France, deuxième plus grande zone humide de France en superficie après la Camargue ; le marais s’étend de l’Atlantique aux portes de Niort et du sud de la Vendée au nord de La Rochelle.

[13] Le château de Blain (ou château de la Groulais), est une forteresse médiévale implantée sur la commune de Blain, en Loire-Atlantique. Construit au 13ème siècle et fortement remanié au 16ème siècle, il faisait partie des défenses de la frontière bretonne avec les châteaux de Vitré, Fougères, Châteaubriant, Ancenis et Clisson.