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L’histoire pour le plaisir

Simon de Joinville

jeudi 5 juillet 2018

Simon de Joinville (mort en 1233)

Seigneur de Joinville-Sénéchal de Champagne

Quatrième fils de Geoffroy IV , Simon, seigneur de Sailly [1], devient seigneur de Joinville [2] à la mort de son frère Geoffroy V en Terre sainte.

Durant les premières années de son avènement, Simon s’occupa surtout de l’administration de son fief, et de donations aux couvents du voisinage. Il semblait avoir moins de penchant pour la guerre que ses aïeux, alors que beaucoup d’occasions se présentaient.

L’année même de son premier mariage, il prit la croix contre les Albigeois [3]. Entre juin 1209 et mars 1210, on le signale dans la région de Montségur [4].

Son titre de sénéchal de Champagne [5] apparaît pour la première fois en mai 1206. Huit années passeront avant qu’il ne le prenne de nouveau. L’hérédité du titre pour les Joinville n’était pas encore admise. Il fallut de nombreuses batailles et circonstances pour qu’il devienne héréditaire pour Simon et ses successeurs, à la suite de longues luttes sournoises et brutales entre Blanche de Navarre, comtesse de Champagne [6], et les comtes de Brienne [7], le duc de Lorraine [8] dont Simon était l’allié, l’archevêque de Trêves [9], Renard de Choiseul, pour ne citer que les plus importants protagonistes.

Les combats furent durs malgré les trêves. Le duc de Lorraine et Simon accordèrent un armistice à Blanche de Navarre en 1218. La comtesse de Champagne fait alors alliance avec Frédéric II, et battit par la suite le duc de Lorraine et Simon de Joinville. Simon dut d’ailleurs se faire aider par les hommes de l’abbaye de Saint-Urbain-Maconcourt [10] pour défendre son château de Joinville [11] lors d’une bataille.

Dans le traité qui suivit, Simon déclara ne s’être révolté que parce que les contes de Champagne refusaient injustement de reconnaître son droit héréditaire à la sénéchaussée. De l’autre côté, les comtes de Champagne, par crainte des Joinville et de leurs alliés, seigneurs puissants, reconnaîtront aux Joinville le titre de sénéchal, à titre héréditaire, avec promesse de fidélité.

Entre-temps, Simon, lui aussi, vieille tradition familiale oblige, est excommunié une première fois, et doublement : par le pape, Honorius III et l’évêque de Châlons [12] Guillaume du Perche , pour son attitude dans le conflit contre les comtes de Champagne, comme tous les partisans du comte de Brienne d’ailleurs.

La sentence épiscopale fut révoquée en juillet 1218, avec obligation de restituer ce qui avait été pillé à Thonnance [13] et Suzannecourt [14] : vins, blés, fourrages et objets mobiliers. L’anathème pontifical ne fut levé qu’en décembre de la même année.

Simon s’étant croisé, dès juillet 1218, il avait pris soin de laisser à sa femme l’usufruit de tous ses biens, sauf le château de Joinville, que les hommes mêmes de Joinville devaient garder jusqu’aux 15 ans de son fils Geoffroy .

On sait peu de choses sur lui en Terre sainte, sinon qu’il est devant Damiette [15] vers avril 1219. Après le siège de cette ville, en novembre de la même année, son séjour en Égypte ne se prolongea pas : il était de retour à Joinville dès septembre 1220.

Devenu veuf, il se remaria avec Béatrice d’Auxonne, fille d’Étienne II d’Auxonne. Leur fils Jean sera le chroniqueur de Saint Louis. Les chroniqueurs signalent qu’enfants du premier et second lit s’accordèrent fort bien, et qu’ils durent beaucoup de leur fortune aux relations que le mariage d’une de leur sœur utérine avait contracté avec la Maison de Savoie.

Simon éprouve alors des difficultés financières et n’hésite pas à emprunter aux moines de Clairvaux [16] 400 livres, et 500 livres à l’évêque de Châlons, le comte de Champagne signant sur l’acte pour caution. Ces sommes sont considérables pour l’époque. Le jeune comte Thibaut IV, qui avait naguère contesté l’investiture de Simon en qualité de sénéchal de Champagne héréditaire concédée par sa mère Blanche de Navarre, vint plus tard discuter sa caution. De nombreuses tractations de pouvoir eurent lieu entre vassaux et suzerains de la région : Guillaume de Joinville , évêque de Langres [17], frère de Simon, avait dû lui-même s’engager à restituer les emprunts de son frère. En 1226, le comte de Champagne est critiqué par le roi Louis VIII en personne sur sa conduite au siège d’Avignon.

Début 1227, Simon rejoint les barons qui se révoltent contre Blanche de Castille. Un peu plus tard, suivant l’exemple de ses suzerains de Champagne et Bar [18], il se rapproche d’elle, participe à une trêve et se soumet. Dès mars de la même année, il est de retour à Joinville.

À la même époque, Simon faisait constater par lettres patentes de Thibaut IV les conventions d’un mariage entre l’aîné des fils de son second mariage, Jean le futur Jean-Sire, chroniqueur de Saint Louis avec Alix de Grandpré.

C’est le dernier acte d’importance de Simon, qui, le reste de sa vie, se consacra au gouvernement de ses domaines.

Il fonda deux villes neuves, Mathons [19] en 1208 et Burey-la-Côte [20] en 1222.

Il fut très libéral envers les établissements religieux, notamment avec la collégiale Saint-Laurent [21].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean-Noël Mathieu, Nouvelles recherches concernant le lignage de Joinville, Les Cahiers Haut-marnais, tome 190, 1992

Notes

[1] Sailly est une commune française, située dans le département de la Haute-Marne. Sailly est situé à 33 km au sud-est de Saint-Dizier la plus grande ville des environs.

[2] Joinville appelée également Joinville-en-Vallage ou encore Joinville en Champagne, est une commune française située dans le département de la Haute-Marne. Placée au carrefour de la Champagne et de la Lorraine, à 239 km de Paris, Joinville est la 5e ville de la Haute-Marne. La Marne qui traverse la ville est régulée en aval par le plus grand plan d’eau artificiel d’Europe, le lac du Der-Chantecoq.

[3] Cathares de la région d’Albi d’où leur nom, les Albigeois prônent une vie austère détachée des biens matériels, ce qui, au début du 13ème siècle, tranche avec l’opulence du clergé catholique. En 1208, le pape Innocent III prend prétexte de l’assassinat du légat Pierre de Castelnau par un officier de Raymond VI, comte de Toulouse, pour prêcher la croisade contre les Albigeois. Simon de Montfort en prend la tête. Les massacres se multiplient, sac de Bézier en 1209, tuerie de Pujols en 1213, bataille de Muret en 1213… Après la mort de Raymond VI à Muret et celle de Simon de Montfort en 1218, leurs fils reprennent le flambeau. Il faudra l’intervention du roi Louis VIII et le traité de Paris en 1226 pour pacifier le Languedoc. Les terres conquises par Simon de Montfort sont rattachées à la Couronne, tandis que l’hérésie est neutralisée par la prise de Montségur en 1244.

[4] Montségur (Montsegur en occitan, le Mont Sûr) est une commune française, située dans le département de l’Ariège en région Occitanie. Le village est surtout réputé pour son château dit « cathare ». Commune des Pyrénées située au sud de Lavelanet en Pays des Pyrénées cathares. C’est une commune limitrophe du département de l’Aude. Au Moyen Âge, Montségur et sa région, passent successivement de la domination des comtes de Toulouse, à celle des vicomtes de Carcassonne, et enfin celle des comtes de Foix.

[5] Le sénéchal de Champagne était un haut dignitaire du comté de Champagne pendant la période comtale, membre de la cour du comte, qu’il présidait en l’absence de ce dernier. Comme tout sénéchal, il assistait son prince dans ses prérogatives exclusivement judiciaires, administratives et comptables. Comme le roi de France, certains des pairs laïcs avaient leur sénéchal et d’autres officiers à leur service (maréchal, connétable, vidame, baillis, bouteiller, chambrier).

[6] Le comté de Champagne et de Brie est issu de la réunion des terres de la dynastie des Thibaldiens, c’est-à-dire la branche issue de Thibaut « le Tricheur » (Thibaud 1er de Blois) : comté de Meaux, comté de Troyes. Le comté de Champagne est rattaché au domaine royal par le mariage de Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, et du dauphin Philippe le Bel en 1284. Le rattachement est rendu définitif par leur fils Louis X le Hutin.

[7] La Maison de Brienne est une maison noble de France, issue de la Champagne, dont plusieurs membres se sont illustrés en France, en Italie et en Orient. La maison de Brienne est une dynastie célèbre dont les comtes remontent jusqu’à Engelbert 1er qui vivait au 10ème siècle sous le règne de Louis IV d’Outremer. Vassaux des comtes de Champagne, leur comté médiéval était centré sur la ville de Brienne-le-Château. Cette maison s’éteignit en 1356, en la personne de Gautier VI, connétable de France.

[8] Le duché de Lorraine est né du partage de la Lotharingie en 959 par le duc Brunon de Cologne, qui confia la Haute Lotharingie au vice duc Frédéric de Bar. Celui-ci prit le titre de duc de Haute Lotharingie en 977. Au fil du temps, le duché de Haute Lotharingie deviendra le duché de Lorraine, mentionné comme tel en 1067. Les ducs (pour les descendants de Gérard d’Alsace et ceux des Maisons de Vaudémont et d’Anjou jusqu’en 1737) se succédèrent jusqu’en 1766, date de l’annexion par la France où le trône ducal fut occupé par Stanislas Leszczynski, souverain polonais détrôné profitant de la vacance du trône lorrain à la suite du mariage du dernier duc de la maison de Lorraine, François III, avec l’archiduchesse régnante d’Autriche Marie-Thérèse. Ce François III a été élu par la suite roi des Romains et couronné comme Saint Empereur Romain sous le nom de François (premier de ce nom), de sorte qu’on parle de sa femme comme l’Impératrice Marie-Thérèse.

[9] Le diocèse de Trèves est une Église particulière de l’Église catholique dans le land de Rhénanie-Palatinat, en Allemagne. Trêves est la plus ancienne ville d’Allemagne et un diocèse également très ancien élevé au rang d’archidiocèse au 8ème siècle. L’archevêque est l’un des huit Prince Électeurs de l’Empire.

[10] Saint-Urbain-Maconcourt est une commune française, située dans le département de la Haute-Marne. La puissante Abbaye de Saint-Urbain avait une relative autonomie du Comté de Champagne. Du point de vue spirituel, l’Abbaye et ses territoires au Sud dépendaient de l’Évêché de Toul. Au Nord se situait la principauté de Joinville

[11] Étienne de Vaux comte de Joigny (mort en 1060) fait édifier le château en 1027

[12] Érigé au 4ème siècle, il est un des diocèses historiques de l’ancienne province de Champagne. Supprimé en 1801, il est rétabli en 1822. Il est suffragant de l’archidiocèse métropolitain de Reims. En tant que titulaire de l’une des anciennes pairies de France, l’évêque-comte de Châlons portait l’anneau du Roi au cours de la cérémonie du sacre du roi de France.

[13] Thonnance-lès-Joinville est une commune française, située dans le département de la Haute-Marne. Le village est situé à un kilomètre au nord-est de Joinville, sur la rive opposée, entre les collines de Murmont et de La Perche.

[14] Suzannecourt est une commune française, située dans le département de la Haute-Marne. Le village est situé près du confluent de la Marne avec le Rongeant. Les localités les plus proches sont Joinville, Thonnance-lès-Joinville et Poissons.

[15] Damiette est un port du gouvernorat du même nom, en Égypte, dans le delta du Nil, à environ 200 kilomètres au nord-est du Caire. Dans l’Égypte ancienne, la cité était nommée Tamiat, mais elle perdit de l’importance durant la période grecque après la construction d’Alexandrie. Damiette reprit de l’importance durant les 12ème et 13ème siècles dans le cadre des Croisades. En 1169 une flotte du Royaume de Jérusalem, avec des soutiens de l’Empire byzantin attaqua le port, mais fut défaite par Saladin. Durant les préparations de la cinquième croisade en 1217, il fut décidé que Damiette serait la cible de l’attaque. Le contrôle de Damiette impliquait le contrôle du Nil, et les croisés pensaient pouvoir conquérir l’Égypte à partir de là. Après l’Égypte ils pourraient attaquer la Palestine et reprendre Jérusalem. Le port fut assiégé et occupé par des croisés de Frise en 1219, mais en 1221 les croisés furent vaincus devant Le Caire et chassés d’Égypte. Damiette fut aussi la cible de la septième croisade, menée par Saint Louis. Sa flotte arriva en 1249 et s’empara rapidement du fort. Il refusa de le rétrocéder au roi de Jérusalem, à qui il avait été promis durant la cinquième croisade. Toutefois à la suite de nouvelles défaites militaires, les croisés furent contraints de rendre la ville. Saint Louis donna aux remparts d’Aigues-Mortes la forme qu’avaient ceux de la ville égyptienne. Du fait de son importance pour les croisés, le sultan Mamelouk Baybars détruisit la ville et la reconstruit quelques kilomètres plus loin avec de meilleures fortifications. Aujourd’hui un canal la relie au Nil, ce qui en fait de nouveau un port important.

[16] L’ancienne abbaye de Clairvaux située à Ville sous la Ferté, dans l’Aube (région Champagne-Ardenne), à quinze kilomètres de Bar-sur-Aube, était un monastère cistercien fondé en 1115 par Bernard de Clairvaux et quelques compagnons, envoyés par Étienne Harding, abbé de Cîteaux. La personnalité de saint Bernard lui donna un rayonnement considérable. Avec La Ferté, Pontigny, et Morimond elle forme le groupe des quatre filles « majeures » (premières fondations) de Cîteaux, toute première abbaye de l’ordre cistercien. C’est de loin la plus prolifique, avec quatre-vingts abbayes-filles. Elle est supprimée lors de la Révolution française (1789).

[17] En dépit des raids dévastateurs des Normands de 888 à 894, l’évêché de Langres accroît sa prospérité par des acquisitions domaniales successives, son territoire comptant six archidiaconés en 903. En 924, l’évêque de Langres Gosselin II de Bassigny participe à une expédition punitive qui défait le chef normand Ragenold de Nantes. À partir de 927, les évêques de Langres nomment les gouverneurs militaires de la place. Hugues le Noir retranché dans Langres doit capituler devant le Roi de Francie occidentale Louis IV de France et Hugues le Grand en 936. Le Traité de Langres en 938 entérine le partage du Duché de Bourgogne entre Hugues le Grand, Gilbert de Chalon et Hugues le Noir qui conservent tous trois le titre de Duc de Bourgogne, ce dernier devant prêter serment de fidélité à Louis IV de France. Bénéficiant pleinement de la Renaissance du 12ème siècle, le diocèse de Langres devient un duché pairie, ses évêques étant à la fois ducs et pairs de la Couronne de France : en 1179, Hugues III de Bourgogne octroie le titre de Comte de Langres à son oncle l’évêque Gauthier, Louis VII de France y ajoutant la pairie et Philippe-Auguste accordant en 1200 le titre de duc aux évêques en confirmant cette dernière

[18] Relevant à la fois du Saint Empire romain germanique mais aussi du domaine royal de France (partie du duché située à l’ouest de la Meuse), le comté, puis duché de Bar, fut formé au 10ème siècle par Ferry d’Ardennes, frère de l’évêque de Metz Adalbéron. Il fut annexé par la France en 1766. Ses villes principales étaient Bar-le-Duc, la capitale, Pont-à-Mousson sur la Moselle, au pied du château de Mousson, Briey et Longwy. Ses frontières bordaient le comté de Champagne, la principauté épiscopale de Verdun, le comté puis duché de Luxembourg, la principauté épiscopale de Metz, le duché de Lorraine et la principauté épiscopale de Toul.

[19] Mathons est une commune française située dans le département de la Haute-Marne. Mathons se situe sur le plateau surplombant Joinville par l’ouest. Entre la Marne et la Blaise. Il est situé à 9 km à l’ouest de Joinville.

[20] Burey-la-Côte est une commune française située dans le département de la Meuse.

[21] enclose dans les murs de son château de Joinville