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L’histoire pour le plaisir

Publius Sulpicius Rufus

lundi 1er août 2016

Publius Sulpicius Rufus (vers 124 av. jc-88 av. jc)

Homme politique romain partisan de Marius

Orateur brillant, il est l’un des protagonistes du De oratore [1].

Comme orateur, il prend modèle sur son aîné le célèbre orateur Lucius Licinius Crassus. Selon Cicéron, il avait une élocution facile, à la voix forte et claire et à la parole impétueuse, capable de séduire la foule. Cicéron critique toutefois son manque de culture générale, car il avait peu étudié.

Il débute en politique comme partisan de Marcus Livius Drusus, soutenu par le parti conservateur des optimates [2] et opposé aux Gracques [3].

Il attaque en justice Gaius Norbanus, et l’accuse d’avoir usé de violence pour faire condamner Quintus Servilius Caepio.

Quoiqu’il soit de la faction des populares [4], Norbanus est défendu par l’aristocrate Marcus Antonius Orator, un des meilleurs orateurs de l’époque, qui le fait acquitter.

Entre 90 et 88 av. jc, Sulpicius Rufus prend part à la guerre sociale contre les Italiens insurgés qui réclament l’attribution de la citoyenneté romaine, avec un commandement de légat.

En 89 av. jc,il est tribun de la plèbe. Il s’oppose à la candidature au consulat de Caesar Strabo, candidature qui ne respecte pas le cursus honorum car ce dernier n’a pas été préteur [5] auparavant.

En 88 av. jc, toujours tribun, il s’oppose au retour des sénateurs exilés de la loi Varia [6]. Puis il se rallie au vieux Marius, aux réformateurs et à leurs propositions démocratiques en faveur des Italiens qui ont obtenu la citoyenneté romaine après la guerre sociale.

Il propose qu’on les répartisse équitablement parmi les 35 tribus, ce qui donnerait la majorité aux Italiens dans toutes les subdivisions du corps électoral, au détriment de la population romaine.

Les consuls Sylla et Quintus Pompeius Rufus tentent de faire obstruction au vote de cette proposition, en proclamant la suspension de toute activité politique.

Sulpicius envahit le forum avec des bandes armées, chasse Pompeius Rufus, fait égorger son fils Pompeius Rufus le jeune qui résistait et oblige Sylla à renoncer à cette suspension.

Tandis que Sylla se réfugie en Campanie [7], Sulpicius fait passer sa loi électorale puis fait destituer le consul Pompeius Rufus, une mesure sans précédent.

De surcroît, il fait voter la destitution de Sylla comme commandant de la guerre contre Mithridate VI, et confie ce commandement à Marius. Sylla refuse, ses soldats maltraitent les délégations qu’on lui envoie, il encercle Rome avec ses légions et en prend le contrôle au cours de combats de rue.

Sylla fait déclarer hors la loi Marius, Sulpicius et une dizaine de leurs partisans. Réfugié dans sa propriété de Laurentum [8], Sulpicius est trahi par un de ses esclaves et décapité ; sa tête est clouée à la tribune des Rostres [9].

En récompense, l’esclave est affranchi, puis exécuté pour avoir trahi son maître.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Cicéron (trad. Edmond Courbaud), De l’Orateur, t. I, Les Belles Lettres,‎ 1985 (1re éd. 1922),

Notes

[1] dialogue de Cicéron sur la rhétorique

[2] Optimates tendance politique conservatrice qui marqua le dernier siècle de la République romaine, par son opposition aux populares. Ce ne fut pas un parti politique au sens moderne, mais un clivage majeur dans les luttes politiques et sociales romaines, permettant aux acteurs politiques de se situer face au réformisme et au populisme des populares au sein d’alliances personnelles souvent mouvantes. Cette tendance apparaît sous ce nom dans les années 130 av. jc, lors des luttes sur la réforme agraire des Gracques. Elle s’efface un siècle plus tard avec la fin de la République romaine et le pouvoir du second triumvirat, avec l’extinction des luttes de pouvoir.

[3] les Gracques le surnom donné à Tiberius Sempronius Gracchus et son frère Caius Sempronius Gracchus, deux hommes d’État romains

[4] Les populares formaient une tendance politique populiste qui marqua la République romaine, notamment au 2ème siècle av. jc, en s’appuyant sur les revendications des couches les plus pauvres de la société romaine et des non citoyens. Ce ne fut pas un parti politique au sens moderne, mais un clivage majeur dans les luttes politiques et sociales romaines, permettant aux acteurs politiques de se situer face au conservatisme des optimates au sein d’alliances personnelles souvent mouvantes.

[5] Le préteur est un magistrat de la Rome antique. Il est de rang sénatorial, peut s’asseoir sur la chaise curule, et porter la toge prétexte. Il est précédé par deux licteurs à l’intérieur de Rome, et six hors du pomerium de l’Urbs. Sous la République, il est élu pour une durée d’un an par les comices centuriates.

[6] promulguée pour punir ceux que l’on estimait responsables de l’insurrection des Italiens

[7] La région de Campanie, plus couramment appelée la Campanie, est une région d’Italie méridionale. Le mot Campanie viendrait soit du terme latin campus (la campagne), soit du terme osque Kampanom, désignant la région autour de la ville de Capoue (Capua), qui était alors la ville principale de cette région méridionale de la péninsule italienne.

[8] Laurentum est une ville antique du Latium vetus, aujourd’hui disparue. Laurentum était située sur la via Laurentina à 10 milles du centre de Rome, et à six milles de Lavinium. La via Severiana la reliait à Ostie. Selon Pline le Jeune les restes de Laurentum se trouvaient dans sa villa dont les ruines se trouvent aujourd’hui à l’intérieur de la Résidence présidentielle de Castelporziano.

[9] Les Rostres sont dans la Rome antique des tribunes aux harangues qui servent aux magistrats et aux orateurs pour s’adresser aux assemblées et à la foule.