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Aristobule III en hébreu Jonathan

lundi 30 mai 2016

Aristobule III en hébreu Jonathan (53av.jc-35 av. jc)

Grand prêtre de la dynastie hasmonéenne

Nommé au grand-pontificat du Temple de Jérusalem à 17 ans, sa popularité entraîne son assassinat après quelques mois par son beau-frère, le roi Hérode le Grand.

Fils de l’hasmonéen Alexandre II, un des fils de Aristobule II, et d’Alexandra l’Hasmonéenne, une des filles d’Hyrcan II. Sa sœur Mariamne l’Hasmonéenne est la deuxième épouse d’Hérode le Grand.

Après l’exécution de Antigone II Mattathiah par Marc Antoine, la grande prêtrise d’Israël est vacante. Le roi Hérode le Grand, dont la famille est issue de princes nabatéens [1] et iduméens [2] convertis au judaïsme ne peut prétendre à la fonction de grand prêtre mais entend exercer la maîtrise sur le sacerdoce. L’ancien grand prêtre et roi hasmonéen, Hyrcan II, ne peut plus non plus reprendre la charge du Temple depuis qu’Antigone lui a fait couper les oreilles. La fonction sacerdotale et le pouvoir politique sont ainsi séparés pour la première fois depuis plusieurs siècles de domination hasmonéenne.

L’origine hasmonéenne d’Aristobule, petit-fils d’Hyrcan, le prédestine ainsi à occuper cette fonction mais le souverain des juifs, son beau-frère, redoute la popularité des hasmonéens parmi le peuple et nomme Hananel issu d’une obscure famille sacerdotale d’origine babylonienne ou égyptienne à la fonction.

Cet écartement des hasmonéens du Temple semble indisposer Alexandra et Mariamne, la mère et la sœur du jeune Aristobule. Flavius Josèphe rapporte un épisode selon lequel cette dernière aurait fait appel à Cléopâtre pour qu’elle intercède auprès de Marc Antoine qui, après qu’on lui eut vanté la prestance et la grâce du jeune prince, aurait demandé à le rencontrer en Égypte. Hérode alarmé par les conséquences qu’une telle visite pourrait avoir au cas où le jeune homme s’attire les faveurs du triumvir en aurait dissuadé Marc Antoine, faisant valoir que si Aristobule quittait la Judée, des émeutes anti-romaines risquaient d’éclater. Cet épisode de Josèphe est douteux et semble brodé d’une part des intrigues de Salomé, sœur d’Hérode, contre Mariamne et les hasmonéens, et d’autre part d’un conseil qu’aurait donné Cléopâtre à Alexandra d’envoyer son fils à Marc Antoine, dans le cadre des intrigues que la reine égyptienne mène pour s’approprier les territoires d’Hérode.

Quoi qu’il en soit, en 35 av. jc, Hérode substitue Aristobule à Hananel, Néanmoins un tel geste est rempli d’une signification qu’Hérode ne peut ignorer qui fait d’Aristobule, dernier petit-fils d’Hyrcan, son héritier potentiel sans qu’il soit lié par le sang à Hérode. De plus, le jeune grand prêtre pourrait cristalliser les aspirations séditieuses des nationalistes sadducéens [3] et créer soit pour le garder sous son emprise ou empêcher la visite à Marc-Antoine. une situation insurrectionnelle contre Rome.

Lorsqu’il apparaît pour la première fois devant le peuple revêtu des habits sacerdotaux lors de la fête des Tabernacles, le dernier rejeton hasmonéen est accueilli par des manifestations de liesse et d’affection populaire qui louent sa grâce et le font comparer au roi David lui-même.

Il est vraisemblable qu’Hérode ait vu là une menace supplémentaire contre son pouvoir et décide alors de le faire assassiner : Aristobule est bientôt noyé par des hommes d’Hérode au cours d’une fête en sa présence dans des bains du palais royal de Jéricho [4]. Hananel reprend la charge et Hérode feint d’être éploré, organisant des funérailles somptueuses mais qui ne font guère illusion.

Averti par Alexandra qui demande vengeance, Marc Antoine convoque Hérode pour des explications. Celui-ci, porteur de présents pour le romain qui doit financer une nouvelle campagne en Mésopotamie contre les Parthes, est disculpé et confirmé dans son titre, Marc Antoine ne pouvant par ailleurs se permettre un conflit sur ses arrières.

La disparition d’Aristobule marque la fin de la succession de la grande prêtrise au sein d’une famille sacerdotale privilégiée ainsi que sa dimension viagère et héréditaire. La fonction devient un instrument de politique intérieure et c’est au total huit grand prêtres qui se succèdent durant le règne d’Hérode, relégués progressivement au rôle de fonctionnaires du culte tandis qu’Hérode se charge de la garde des habits cérémoniaux, privilège que conserveront les romains à sa suite jusqu’en 36 après jc.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, PUF, coll. « Nouvelle Clio »,‎ 2012

Notes

[1] Les Nabatéens sont un peuple commerçant de l’Antiquité vivant au sud de la Jordanie et de Canaan, et au nord de l’Arabie actuelle. Après la chute de l’Empire séleucide, ils étendirent leur territoire vers le nord, jusqu’à la région de Damas. Les auteurs gréco-latins mentionnent leur royaume sous le nom d’Arabie, alors que Flavius Josèphe utilise aussi celui de Nabatène. Leur territoire est frontalier de la Syrie, de la péninsule Arabique, de l’Euphrate et du nord de la mer Rouge. À la suite de l’intervention de Pompée, le royaume nabatéen devint un royaume client de Rome, mais il conserva une large autonomie. Sa capitale était la cité troglodytique de Pétra, située aujourd’hui en territoire jordanien. Leur commerce se déroule principalement entre les oasis, où ils pratiquent l’agriculture de manière intensive. Ces oasis sont reliées par des routes commerçantes. Les frontières de cet ensemble ne sont toujours pas précisément définies. Ils commercialisent notamment les produits de l’Arabie heureuse en direction de l’Empire romain, mais aussi vers les pays situés à l’est de l’Euphrate. En 106, l’empereur romain Trajan annexe directement ce royaume à l’Empire en créant la province romaine d’Arabie, où leur culture se dissipa.

[2] L’Idumée est le nom d’une région limitrophe de la Judée pendant la période du Second Temple. Elle s’étend du sud des monts de Judée au nord du Néguev.

[3] On désigne généralement par sadducéens les membres d’un des quatre grands courants du judaïsme antique de l’ancienne Judée (avec les pharisiens, les esséniens et les zélotes), entre le 2ème siècle av. jc et le 1er siècle, mais cette définition n’est nullement exclusive. Elle fait également référence aux membres du clergé à l’époque du Premier Temple de Jérusalem (dont le Grand Prêtre était Sadoq) et à un courant théologique sans contextualisation historique dénommé sadocite. Les sadducéens qui se recrutent essentiellement dans l’aristocratie sacerdotale, sont en opposition totale avec les pharisiens et semblent en opposition avec les esséniens. Ils sont décimés par les zélotes et les sicaires lors de la Première Guerre judéo-romaine. Les sadducéens se distinguaient des pharisiens notamment sur la question de la résurrection des morts.

[4] Jéricho est une ville de Cisjordanie, située sur la rive ouest du Jourdain. Jéricho a été mentionnée pour la première fois dans le Livre des Nombres. Elle est considérée comme une des plus anciennes villes (bien que ce terme soit aujourd’hui discuté) habitées dans le monde et les archéologues ont mis au jour les restes de plus de 20 établissements successifs, et dont le premier remonte à 9 000 ans av. jc. Jéricho a été décrite dans la Torah comme la « ville des palmiers », où d’abondantes sources d’eau tiède et d’eau froide jaillissent et donnent lieu à la culture de citrons, d’oranges, de bananes, de plantes oléagineuses, de melons, de figues et de raisins. La culture de la canne à sucre y est présente dès le 10ème siècle. Jéricho est la ville la plus basse du monde avec une altitude proche de -240 m.