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Louise-Bénédicte de Bourbon ou Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon dite Mademoiselle d’Enghien puis Mademoiselle de Charolais

samedi 26 mars 2016, par ljallamion

Louise-Bénédicte de Bourbon ou Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon dite Mademoiselle d’Enghien puis Mademoiselle de Charolais (1676-1753)

Duchesse du Maine

Tableau de François de Troy, Louise-Bénédicte de Bourbon, (musée des beaux-arts d'Orléans.)Petite-fille du Grand Condé, fille du prince de Condé, premier prince du sang, et de la princesse Palatine Anne de Bavière .

Très petite de taille, comme tous les membres de sa famille, elle est surnommée par sa belle-sœur Mademoiselle de Nantes, poupée du sang. Violente, venant d’une famille où la folie furieuse régnait, elle menaçait son pieux mari de devenir folle s’il la contrariait et n’hésitait pas à lui faire des remarques blessantes sur son handicap.

À Versailles, le 19 mars 1692, Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé épousa Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan.

Blessée dans son orgueil d’avoir dû épouser le duc du Maine, prince légitimé, elle poussa son mari, homme intelligent mais faible, et enfant préféré du roi, à rechercher un rang qu’il ne pouvait soutenir.

Elle chercha également à jouer un rôle politique sous la Régence, pour venger l’affront fait à son mari par le Régent qui avait fait casser le testament de Louis XIV, pour donner à ses bâtards légitimés la préséance sur les princes du sang, et qui avait écarté le duc du Maine des conseils de régence.

C’est elle qui engagea son mari à entrer dans la conspiration de Cellamare [1] en 1718, en vue de faire attribuer la régence au roi d’Espagne. Lorsque le complot fut éventé, lui fut arrêté à Sceaux le 29 décembre 1718 et incarcéré à la forteresse de Doullens, elle le même jour à Paris et emprisonnée à Dijon en 1719. Elle put retourner à Sceaux l’année suivante, le 12 janvier 1720, et ne s’y occupa plus que d’y tenir sa cour.

Elle créa à Sceaux L’ordre de la Mouche à miel [2]. Cette société s’occupait de ses fêtes et de ses amusements. L’ordre de la mouche à miel se composait de trente-neuf membres qui avaient leurs habits et serments. L’abeille était leur symbole qui fut accompagnée par cette devise : Piccola si, ma fa pur gravi le ferite » (« Elle est petite, mais fait de graves blessures).

Dans son château de Sceaux, elle tenait une véritable cour qu’on appelait la petite cour de Sceaux, donnant des fêtes de nuits costumées et accueillant les écrivains et les artistes qu’elle pouvait parfois tyranniser, parmi lesquels certains des plus grands esprits de la France de son temps.

La Duchesse souffrant d’insomnie, obligeait ses proches à s’occuper d’elle pendant ces longs moments. Elle fut l’inspiratrice, l’instigatrice, mais aussi l’actrice et la dédicataire de ces divertissements nocturnes.

C’est à partir de 1699 que débutent les fêtes de Châtenay [3] Nicolas de Malézieu possède une propriété, puis à Versailles, au Château de Clagny [4] et au Château de Sceaux.

Les fêtes de Châtenay dureront jusqu’en 1705. Les divertissements de Clagny verront plusieurs représentations au cours de 1705 et 1706, ainsi qu’à Sceaux où elle donne pendant la même période des bals masqués pour Mardi-Gras.

Les Grandes Nuits de Sceaux eurent lieu entre avril 1714 et mai 1715. Les fêtes reprendront doucement en mai 1722, vers de Malézieux mis en musique par Marchand, illuminations au Pavillon de l’Aurore, puis plus grandioses entre 1729 et 1731, illuminations, feux d’artifice et pièces de théâtre. En 1748, représentation de La Prude à Sceaux.

Voltaire , à la suite d’une brouille, ne reviendra à Sceaux qu’en 1750 pour la représentation de La Rome sauvée. La duchesse était bonne danseuse dans sa jeunesse, elle jouait du clavecin, de la flûte et savait chanter.

Initiée très jeune au goût de la science par Jean de la Bruyère, elle comptera dans son salon des personnalités comme Fontenelle . Elle avait un penchant pour les sciences et sa bibliothèque, dont l’inventaire fut dressé par le libraire parisien Louis Étienne Ganeau, permet de dénombrer 3000 ouvrages, ainsi que 58 volumes dépareillés du Journal de Trévoux, 30 romans brochés, des paquets de brochures et œuvres musicales. On y trouvait des manuscrits de prière sur vélin. Le tout fut estimé à quatre mille sept livres.

Veuve en 1736, ne pouvant plus faire face aux dépenses excessives de l’entretien du château de Montrond [5], elle l’abandonna aux habitants de Saint Amand Montrond, qui en firent une carrière de pierre.

Elle loua l’hôtel actuellement dénommé hôtel Biron [6] à la veuve du financier Abraham Peyrenc de Moras , rue de Varenne.

Elle fit exécuter le magnifique décor de boiseries. C’est là qu’elle mourut en 1753.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de La duchesse du Maine : une mécène à la croisée des arts et des siècles, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, coll. « Études sur le xviiie siècle, 31 »,‎ 2003 (ISBN 2-8004-1326-3)

Notes

[1] La conspiration de Cellamare est un complot ourdi par l’Espagne en 1718 pour retirer la régence du royaume de France à Philippe d’Orléans. Elle tire son nom d’Antonio del Giudice, prince de Cellamare, ambassadeur en France du roi d’Espagne Philippe V.

[2] L’ordre de la Mouche à miel est une parodie1 d’ordre de chevalerie créé en 1703 par Louise Bénédicte de Bourbon, duchesse du Maine pour attacher à sa personne la Cour qu’elle avait rassemblée au château de Sceaux. C’est pour récompenser les personnes de sa Cour et les attacher à sa personne qu’Anne Louise Bénédicte de Bourbon, duchesse du Maine, eut la fantaisie de créer en juin 1703 un ordre de chevalerie dit « ordre de la Mouche à miel ». Cette « ingénieuse plaisanterie », devise que la duchesse avait adoptée lors de son mariage, lui donna l’idée de la création de cet ordre. Cette devise trouve sa source dans l’Aminte du Tasse. La petite taille de la duchesse la faisait comparer à une mouche à miel (c’est-à-dire une abeille), ainsi que son caractère emporté. Il n’était pas recommandé de perdre cette médaille. L’ordre était ouvert aux femmes et aux hommes, au nombre d’une quarantaine

[3] Châtenay-Malabry est une commune française située dans le département des Hauts-de-Seine en région Île-de-France, dans l’arrondissement d’Antony, au sud-ouest de Paris.

[4] Le château de Clagny est un ancien château situé à Versailles, dans le département des Yvelines. Le château de Clagny, dont les plans ont été dessinés par Jules Hardouin-Mansart pour la maîtresse favorite de Louis XIV, Madame de Montespan, était situé au nord-est du château de Versailles. Sa construction est décidée en avril 1674 ; les jardins étaient l’œuvre de Le Nôtre. En 1675 le domaine de Glatigny avec son manoir est ajouté à Clagny.

[5] Le château de Montrond, sur la commune de Saint-Amand-Montrond, a été construit au 13ème siècle (première trace en 1225) par Renaud de Montfaucon. Sully l’acquiert en ruines en 1606. Il en entreprend une rénovation intégrale, qui en fait la plus forte place du Berry, en creusant notamment des fossés dans le roc même. Dans le même temps, le corps de logis est rendu, selon les mœurs de l’époque, plus confortable. En 1621, Sully revend le château et la seigneurie à Henri II de Bourbon-Condé, prince de Bourbon et père du Grand Condé. Ce dernier, encore héritier présomptif de la couronne de France, passe sa jeunesse dans le château.

[6] Le musée Rodin est un musée assurant depuis 1919 la conservation et la diffusion de l’œuvre d’Auguste Rodin