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L’empire des gaules

lundi 25 janvier 2021 (Date de rédaction antérieure : 30 juillet 2012).

L’empire des gaules

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L’Empire des Gaules (en vert) sous Tetricus en 271

Dans la crise du 3ème siècle, la création improvisée de cet Empire des Gaules est initialement due à l’impossibilité pour Gallien de mater l’usurpation de Postume, qui lui-même ne pu venir l’affronter en Italie, chacun étant engagé dans la lutte contre les raids barbares.

L’empire des Gaules persista ensuite grâce à une tolérance mutuelle plus ou moins convenue tacitement et imposée par la pression des barbares, à l’avantage de l’Empire romain. chacun, empereur en Gaule ou empereur en Italie, défendait un secteur de l’Empire contre les invasions, et s’abstenait de mener une offensive contre l’autre.

Les empereurs sont romains, ou plutôt gallo-romains. Ils agissent comme l’empereur légitime qui règne à Rome. Ils nomment des consuls, prennent les mêmes titres que l’empereur à Rome et frappent des monnaies romaines.

Une fois la situation militaire rétablie sur le Rhin et le Danube, l’Empire des Gaules n’opposa avec Tétricus qu’une résistance minime, voire symbolique.

Caïus Pius Esuvius Tetricus dit Tetricus étai un gaulois de la région de Bordeaux. Il accède à l’ordre sénatorial, puis est nommé gouverneur d’Aquitaine [1] sous Gordien III. Il soutient Victorin. A la mort de ce dernier une assemblée provinciale réunie à Bordeaux l’élit empereur des Gaules.

La tâche de Tetricus fut compliquée par des défections successives, de nouvelles tentatives d’invasions germaniques, une épidémie de peste et surtout la révolte des Bagaudes [2] en 270. Il se rapprocha de Claude II le Gothique. A la mort de ce dernier de la peste en avril 270, Aurélien lui succède et des accords secrets sont conclus entre Tetricus et lui. En 273, il obtient après la bataille de Châlons [3], la reddition de Tetricus après un simulacre de bataille. Mis d’abord en résidence surveillée, Tetricus recouvrera sa qualité de sénateur romain.

A cette époque, la Gaule comme le reste de l’empire subissait la crise financière, causée par l’augmentation des dépenses militaires, la limitation des recettes fiscales et le manque de numéraire.

Dès Caracalla puis à partir de Gordien III, les empereurs avaient réagi en frappant massivement une monnaie d’argent dévaluée, le double denier ou antoninien. L’augmentation temporaire de liquidités ainsi obtenue était rapidement annulée par l’inflation engendrée en réaction à la circulation d’une monnaie de moindre qualité.

Selon l’habitude impériale, Postume marqua son avènement par des gratifications à ses soldats. La Gaule connaissait la crise financière comme le reste de l’empire, mais il pu profiter de l’important stock de monnaies de l’armée du Rhin et des mines d’argent d’Espagne pour ouvrir des ateliers monétaires à Trèves [4] et à Cologne [5], refondre les monnaies antérieures et produire en abondance des monnaies à son effigie et de meilleure qualité que celles émises par Gallien en Italie. Il tenta aussi d’accroître ses moyens de paiement en créant un double sesterce, légèrement plus lourd que le sesterce classique de 22 grammes contre 20 grammes, et reconnaissable par la couronne portée par Postume. L’émission de ce double sesterce cesse dès 262.

La spirale inflationniste pousse à l’accroissement massif du volume des émissions monétaires et contraint à partir de 265 à diminuer le poids des monnaies et la qualité des alliages. La production de monnaies imitées aggrave le phénomène.

Les troubles qui suivent la chute de Postume et celle de Gallien produisent en Gaule et dans le reste de l’Occident le même effondrement monétaire. Sous Tétricus et sous Claude II, les volumes d’émissions officielles et de copies explosent et l’antoninien ne contient pratiquement plus d’argent. En 274, Aurélien ferma l’atelier monétaire de Trèves et le transféra à Lugdunum [6], mais la pénurie de numéraire en Gaule fit durer la production des imitations jusqu’à la fin du 3ème siècle.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Imago Mundi/ Histoire politique et sociale/ L’Empire romain et petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 1122

Notes

[1] L’Aquitaine est le nom donné depuis au moins le 1er siècle av. jc à une région ancrée sur la façade Atlantique et le versant nord des Pyrénées. En 507, Clovis, appelé par les évêques de Novempopulanie, l’intègre au royaume des Francs, en battant Alaric II, roi des Wisigoths, à la bataille de Vouillé. 671 voit l’indépendance de l’Aquitaine, dirigée par le duc Loup 1er de Vasconie. Entre 719 et 732, les ducs Eudes et son fils Hunald 1er détiennent l’Albigeois où ils ont des biens. Eudes combat les Sarrasins en Albigeois. En 721, le duc Eudes bat le Califat omeyyade à la Bataille de Toulouse. 732 voit la défaite du duc d’Aquitaine et l’invasion de la Vasconie par l’émir Abd el Rahman, arrêté à la bataille de Poitiers par Charles Martel, qui commence la réunion de l’Aquitaine sous contrôle des Vascons au royaume franc. 742 et 743 voient les campagnes des fils de Charles Martel, Carloman et Pépin le Bref, contre l’Aquitaine et la Vasconie (et la Bavière). Entre 760 et 768, Pépin le Bref entreprend chaque printemps des expéditions sanglantes contre le duc Waïfre, fils d’Hunald 1er. Le 2 juin 768, ce dernier est finalement tué par un des siens, Waratton, sur ordre de Pépin. En 778, l’armée de Roland, piégée par le wali de Saragosse, a été défaite par les Vascons dans les montagnes basques de Roncevaux en revenant de Pampelune. Puis Charlemagne crée en 781 pour son fils Louis le Débonnaire alors âgé de 3 ans, le royaume d’Aquitaine englobant les territoires du Rhône à l’Atlantique.

[2] Les bagaudes étaient, sous l’Empire romain du 3ème et 4ème siècle, le nom donné aux bandes armées de brigands, de soldats déserteurs, d’esclaves et de paysans sans terre qui rançonnaient le nord-ouest de la Gaule.

[3] La bataille de Châlons (Châlons-en-Champagne) eut lieu en 274, sans doute vers mai-juin, entre les forces romaines de l’empereur Aurélien et celles de l’empereur gaulois Tetricus. Elle mit fin à cette sécession qui avait duré quinze ans (depuis 260) et qui avait divisé la partie ouest de l’Empire, en partie parce que celui-ci avait désormais recouvré toutes ses forces, et que cette division n’avait plus de raison d’être. Ceci, et le fait que les sources ont déclaré que Tetricus, lassé de son propre règne qui le mettait dans une position difficile, était passé du côté d’Aurélien avant la bataille, ont fait penser que celle-ci n’avait pas eu lieu. Mais les sources ne sont pas tout à fait claires et concordantes à ce propos.

[4] Trèves est une ville et un arrondissement d’Allemagne, dans le Land de Rhénanie-Palatinat. La ville est située sur la Moselle. Cette ville, ancienne colonie romaine, est fondée à l’époque romaine, en l’an 16 av. jc sous le nom d’Augusta Treverorum, sur le site du chef-lieu d’un peuple gaulois, les Trévires. Le pont romain en pierre qui franchit la Moselle est édifié en 45 ap. jc, en remplacement d’un premier pont de bois : c’est le plus ancien pont d’Allemagne encore debout. Colonie romaine et place forte très importante dans la défense contre les « Barbares », elle est dotée d’une enceinte abritant la plus grande surface urbaine de Gaule. Grande métropole marchande à partir du 2ème siècle, devenue l’une des capitales de la Tétrarchie à la fin du 3ème siècle et siège d’un atelier monétaire impérial à partir de 294, Trèves est alors qualifiée de « seconde Rome » ou Roma Secunda. De l’époque romaine subsistent la Porta Nigra (porte noire), le plus grand édifice romain sur le sol allemand, une basilique, où siège un tétrarque (aujourd’hui une église protestante), les restes d’un amphithéâtre, ainsi que des ruines de thermes romains. Au début du 5ème siècle, au cours des invasions germaniques, Trèves est attaquée et pillée plusieurs fois par les Francs. Peu auparavant, la préfecture des Gaules est transférée de Trèves à Arles

[5] La ville doit son nom de Cologne à l’impératrice romaine Agrippine, épouse de l’empereur Claude, qui éleva son lieu de naissance au rang de colonie en l’an 50, sous le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium. Les Romains y tenaient une garnison et des axes routiers convergeaient vers un pont de bateaux sur lequel transitait un important commerce avec toutes les régions de la Germanie. En raison de son importance stratégique sur le limes du Rhin et de la présence de l’armée et de la clientèle germanique, l’endroit attira de nombreux marchands et devint un foyer d’artisanat et de commerce. Centre militaire, la ville fut la résidence de l’empereur gaulois Postume de 260 à 268, et le lieu de l’usurpation éphémère de Silvanus en 355. Les Romains introduisirent le christianisme à Cologne, qui devint siège épiscopal à partir du 4ème siècle. Des Francs se sont regroupés au cours de la seconde moitié du 5ème siècle pour fonder un royaume à Cologne, qui est intégré dans le royaume franc de Clovis. À partir du 7ème siècle, ils sont désignés sous le nom de Francs ripuaires.

[6] Lyon