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Richard II de Normandie dit Richard l’Irascible ou Richard le Bon

jeudi 20 mars 2014, par ljallamion

Richard II de Normandie dit Richard l’Irascible ou Richard le Bon

Duc de Normandie de 996 à 1026

Statue de Richard le Bon sur le socle de la statue du Conquérant à Falaise

À la mort de son père, le duc Richard Sans Peur en novembre 996, il est, semble-t-il, encore mineur, ce qui laisse le champ libre à une vague de troubles politiques dans le duché normand.

Il y a tout d’abord une grave révolte de paysans en 996, qui, selon le récit de Guillaume de Jumièges, décident de former des assemblées pour se gouverner eux-mêmes. Le comte Raoul d’Ivry , oncle du duc, est envoyé pour la réprimer. Ce dernier fait mutiler grand nombre de rebelles, faisant couper les pieds et les mains des principaux chefs de la révolte.

A la même époque, Guillaume d’Eu, demi-frère du duc nommé comte d’Hiémois, refuse de reconnaître son autorité. Raoul d’Ivry mène une expédition qui aboutit à la capture de Guillaume. Cependant, les vassaux du comte de Hiémois restent agités et vers 1001, l’un d’entre eux réussit à faire évader le prisonnier mais ce dernier vient implorer ensuite le pardon de son demi-frère. Le duc accepte la réconciliation mais vu l’agitation latente du comté, Richard ne lui restitue pas le Hiémois. À la place, il lui confie le comté d’Eu, car le comte Godefroi d’Eu , frère de Guillaume vient de décéder.

Au cours de ses 30 ans de règne, le duc procède à une réorganisation intérieure du duché. Une œuvre suffisamment importante pour que l’historien François Neveux écrive “en 1026, la Normandie était incontestablement la principauté la plus puissante et la mieux administrée du royaume”.

Richard s’appuie sur les membres de sa famille, les Richardides. Il en installe à la tête des évêchés les plus importants, Bayeux et Rouen et des comtés. Le duc est d’ailleurs le premier de la dynastie à mettre en place des comtes. Malgré leur haute origine, ils étaient révocables et n’exerçaient que par délégation un pouvoir démembré de celui des ducs. Vers la fin du règne, les Richardides tiennent 5 comtés et 2 évêchés.

Richard installe aussi des vicomtes dans les régions sans comte. Leur fonction se calque sur celle de ces derniers.

Grâce aux 25 actes émanés du duc, on constate l’existence d’un embryon de cour autour de lui. Y figurent aussi bien des Scandinaves que des Francs.

Plus précisément, on retrouve les membres de la famille ducale, quelques évêques puis des vicomtes. Notons la présence de Dudon de Saint-Quentin, du vicomte de Cotentin Néel de Saint-Sauveur et d’Osbern.

À cette époque, la féodalité semble partiellement implantée en Normandie. Il n’y a apparemment aucun châtelain. Par contre, la révolte de 996 a sûrement contribué à l’élaboration de rapport de type féodal entre paysans et seigneurs.

Dans le domaine religieux, le rôle de Richard est encore primordial. C’est vraiment lui qui réimplante le monachisme en Normandie, après la coupure des invasions vikings. En 1001 Richard invite à Fécamp, une de ses résidences préférées, le réformateur italien Guillaume de Volpiano . Ce dernier accepte de relever l’abbaye de Fécamp, avec 12 de ses moines.

L’événement est capital car ce monastère contribue ensuite à la restauration ou à la fondation d’autres abbayes, Saint-Taurin d’Évreux, Montivillers, Bernay.

Le Mont-Saint-Michel reçut en 1024 pour abbé, Thierry, un disciple de Guillaume.

L’administration de Richard II, mieux connue que celle de ses prédécesseurs, révèle une Normandie qui a déjà en partie rompu avec ses origines scandinaves. À part quelques exceptions, les droits ducaux se situent par exemple dans la tradition carolingienne. L’aristocratie naissante ne semble pas principalement descendre des compagnons de Rollon mais se constitue d’immigrés. Surtout, le récit du contemporain Dudon de Saint-Quentin, qui raconte l’histoire des premiers ducs, se lit comme une progressive acculturation des chefs de la Normandie par le monde franc et chrétien. Ce détachement du monde scandinave se vérifie dans la politique extérieure du duché.

Sous Richard II, le duché s’installe encore un peu plus sur l’échiquier international. La papauté noue des contacts suivis avec ces Normands qui, un siècle auparavant, brûlaient les monastères et égorgeaient les moines. Surtout, les affaires d’Angleterre deviennent incontournables dans la politique diplomatique de la Normandie.

Pendant la minorité de Richard, des Vikings utilisent, souvent avec l’accord ducal, l’ouest du duché comme base arrière pour mener des expéditions contre l’Angleterre anglo-saxonne. En réaction, vers l’an 1000, le roi anglo-saxon Æthelred monte une expédition contre le duché normand. Débarqué dans le Cotentin à Réville [1], les Anglo-Saxons, pourtant nombreux et bien préparés, sont repoussés par Néel de Saint-Sauveur, vicomte du Cotentin, et taillés en pièces. Cependant, le duc Richard et le comte Raoul d’Ivry entament des négociations qui aboutissent bientôt à une alliance avec l’Angleterre, notamment en 1002, lorsqu’il donne sa sœur, la princesse Emma , au roi Æthelred.

Le 13 novembre 1002, sous l’accusation d’un complot, Æthelred fait massacrer tous les Danois du royaume d’Angleterre, c’est le sanglant massacre de la Saint-Brice [2]. La réaction danoise est rapide, le roi Sven À-la-Barbe-Fourchue ravage son royaume en 1003, 1004, 1006, et 1009, et finit par soumettre l’Angleterre. En 1013, Æthelred, Emma et leurs enfants doivent prendre la mer et se réfugier auprès de Richard.

À la mort de Sven en 1014, le roi exilé regagne l’Angleterre mais meurt peu après. Le fils de Sven, Cnut le Grand, s’empare de la veuve Emma, sœur de Richard, puis monte sur le trône d’Angleterre. Les fils d’Æthelred restent en Normandie. L’un d’entre eux, Édouard, attend son heure tandis que le duc doit accepter le nouveau roi d’Angleterre. Mais les relations entre Richard II et le Danois Cnut restent globalement tendues.

Dans la continuité de son père, Richard II poursuit les bonnes relations développées avec les rois capétiens. Robert le Pieux monte sur le trône la même année que l’accession au pouvoir du duc de Normandie. Leur piété, leur volonté de réforme de l’Église sont des points communs. À plusieurs reprises, Richard II vient en aide à son allié. C’est le cas en Flandre.

En 1006, Baudoin IV de Flandre s’empare de la ville de Valenciennes, en terre du Saint Empire romain germanique. Une coalition se monte bientôt contre lui, réunissant l’empereur germanique Henri II, le roi Robert le Pieux et les Normands du duc Richard. Malgré cette coalition, l’expédition est un échec.

Richard intervient une nouvelle fois aux côtés du roi en Bourgogne. Robert le Pieux craignait un glissement du duché de Bourgogne vers l’Empire.

Appuyé par les Normands, il organise des expéditions en 1003 et 1005 qui lui permettent de garder la main sur ce territoire.

Consacrant leur alliance, Robert le Pieux et Richard se rencontrent en 1006 à Fécamp et en 1024 à Rouen.

Richard cherche une relation pacifique avec le comte de Blois en lui offrant, avant 1005, la main de sa sœur Mathilde, avec en dot la moitié de la châtellenie de Dreux. Or celle-ci décède peu après sans donner d’enfants et selon l’usage, Richard souhaite récupérer cette dot, ce que refuse net Eudes. Appuyé par des Bretons, Richard fait construire en 1013 la forteresse de Tillières pour compenser la perte de Dreux. Avec ses alliés les comtes Hugues III du Maine et Galeran 1er de Meulan , Eudes vient attaquer la place avant son achèvement. Cette coalition est cependant défaite par la garnison.

Il est possible que dans ce conflit Richard fasse appel à des contingents scandinaves. On sait qu’en 1014, le futur roi de Norvège en personne, Olav le Gros , et Lacman de Suède sont en effet accueillis à Rouen avant de repartir en expédition piller les côtes occidentales de la France actuelle jusqu’en Espagne, expédition à laquelle participent des Normands du duché.

En principe, le duc de Normandie est le vassal du roi mais dans les faits, ce rapport hiérarchique n’a aucune valeur. Richard II agit en toute indépendance dans le royaume et même parfois contre les intérêts du roi.

Entre 1017 et 1026, il envoie par exemple son fils Richard combattre un vassal bourguignon du roi, Hugues évêque d’Auxerre et comte de Chalon-sur-Saône.

Robert le Pieux convoque à Coudres [3] une assemblée de Grands pour que le duc de Normandie et le comte de Blois exposent leurs différends. La paix est finalement conclue.

Eudes de Blois conserve Dreux et Richard Tillières et les bords de l’Avre.

Richard II meurt en août 1026, après avoir désigné son fils aîné Richard comme héritier du duché et confié à son second Robert le comté d’Hiémois.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Richard II de Normandie/ Portail de la Normandie/ Duc de Normandie

Notes

[1] Réville est une commune française, située dans le département de la Manche en région Basse-Normandie

[2] Le Massacre de la Saint-Brice est une opération ordonnée par Æthelred II, roi anglo-saxon d’Angleterre, qui avait fait le projet de massacrer tous les Danois qui s’étaient établis de force sur ses terres, et qu’il soupçonnait de comploter pour livrer le royaume à l’État dano-norvégien. Le massacre eut lieu le 13 novembre 1002, jour de la Saint-Brice. Le projet, peut-être inspiré par le beau-frère d’Æthelred, Richard II de Normandie fait long feu, mais beaucoup de Scandinaves périssent. La tradition prétend que parmi les victimes il y eut Dame Gunnhildr, la sœur du roi de Danemark, Sven à la Barbe fourchue, redoutable chef viking, qui a déjà mené des guerres victorieuses contre les Allemands et les Norvégiens. En réplique au « massacre de la Saint-Brice », il entreprend aussitôt de conquérir l’Angleterre. Il en ravagea le sud du royaume et l’Est-Anglie en 1003-1004 puis à nouveau en 1006. La guerre reprit en 1010-1012, et en 1013 Svein devient roi d’Angleterre.

[3] Coudres est une commune française, située dans le département de l’Eure en région Haute-Normandie.