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Philippe de Champaigne ou Champagne

lundi 25 avril 2022, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 11 novembre 2012).

Philippe de Champaigne ou Champagne (1602-1674)

Peintre

Philippe de Champaigne Peintre

Né dans une famille pauvre, jeune, il refuse d’intégrer l’atelier de Rubens à Anvers [1]. C’est en 1613 qu’il commence son apprentissage à Bruxelles [2] chez Jean Bouillon.

Puis il passe par les ateliers des peintres Bourdaux et Jacques Fouquières . Il souhaite visiter Rome mais s’arrête à Paris en 1621, se fixe au quartier latin au collège de Laon [3] où il se lie d’amitié avec Nicolas Poussin et travaille chez les maniéristes Georges Lallemand et Nicolas Duchesne, Il quitte l’atelier de Lallemand vers 1625 et commence à travailler pour son compte.

Ayant regagné Bruxelles il est rappelé un an plus tard par Claude Maugis, intendant des bâtiments de Marie de Médicis pour participer à la décoration du palais du Luxembourg [4], dont les pièces maîtresses sont une série de grand tableaux relatant la vie de la commanditaire par Rubens.

Il épouse la fille de Duchesne en 1628. Sous la direction de Duchesne, il participe aux travaux qu’implique alors la construction du palais du Luxembourg à Paris, il y peint plusieurs fresques des plafonds. Marie de Médicis lui accorde le titre de peintre ordinaire de la reine mère, ainsi qu’un logement au Louvre même. En outre, il satisfait les commandes des carmélites [5] de l’abbaye de la rue Chapon, celle des religieuses du calvaire, travaille encore au Palais Cardinal et pour Richelieu même, dont il peint le portrait à plusieurs reprises, en 1636 et en 1637. Il peint également plusieurs portraits du roi.

Il est, avec Simon Vouet, l’un des 2 peintres les plus réputés du royaume. En 1643, année de la mort de Louis XIII, il se rapproche des jansénistes [6] et sa peinture, marquée jusque-là par l’ampleur et le mouvement baroque, enrichie des couleurs et des lumières qu’il emprunte aux peintres de Bologne [7], au Caravage ou à Poussin, se fait peu à peu plus austère. Elle se dépouille, fait le choix de la rigueur et de la gravité. Il peint le portrait de Saint-Cyran et celui de la mère Angélique en 1648. Il est reçu en 1648 membre fondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture [8].

Après 1654, il se heurte à la concurrence de Charles Le Brun. Il décore l’appartement d’Anne d’Autriche au Val de Grâce [9] ainsi que le réfectoire de cet hôpital. Il est nommé professeur en 1655. En 1657, il peint une série de trois grands tableaux pour l’église Saint Gervais Saint Protaiss de Paris [10]. À partir de 1654, il participe à la décoration des Tuileries [11], cette fois sous la direction de Charles Le Brun.

À la fin de sa vie, son activité pédagogique devient plus importante : même si aucun écrit ne subsiste de sa main, il existe des transcriptions de plusieurs de ses conférences, publiées par André Félibien en 1668. Il y commente plusieurs œuvres dont celles du Titien, participant ainsi au débat entre coloristes et dessinateurs et prônant une attitude modérée.

Son œuvre est vaste, il a laissé nombre de tableaux religieux et des portraits fameux et très appréciés : Haute Noblesse, princes de l’Église, grands commis de l’État, parlementaires, toute la Cour et la Ville posent devant lui et lui font peindre des figures où refusant d’exprimer des expressions passagères, il veut saisir l’être profond de ses modèles.

Influencé par Rubens au début de sa carrière, son style devint par la suite de plus en plus austère. Il meurt le 12 août 1674.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de José Gonçalves, Philippe de Champaigne, le patriarche de la peinture, Paris, ACR Éd., 1996 (ISBN 978-2867700644).

Notes

[1] Anvers est une ville belge dans la Région flamande, chef-lieu de la province d’Anvers et de l’arrondissement administratif du même nom, située au cœur de la Dorsale européenne. Sa véritable expansion ne remonterait selon l’historiographie classique qu’aux alentours de l’an 900, lorsque les habitants agrandissent le légendaire Aanwerp, terrain surélevé de la primitive jetée qui donne son nom à Anvers. En 970, une fois l’ordre ottonien imposé, Anvers n’est encore qu’un poste frontière de l’Empire germanique, on y construit des fortifications en bois, remplacées plus tard au 12ème siècle par un château fort en pierre (le Steen). L’extension de la ville se poursuit d’abord vers le sud, comme le prouve l’installation de l’ordre des Prémontrés, attiré par les milieux urbanisé ou péri-urbanisé avec la construction suite à des dons seigneuriaux, sous l’égide de saint Norbert, de l’abbaye Saint-Michel. Par la suite, les chanoines de la petite église se déplacent vers le nord et fondent une nouvelle paroisse, avec au centre l’église Notre-Dame, ancêtre de la cathédrale actuelle. Dans les décennies qui suivent, la ville continue à se développer en vagues concentriques créant une succession de remparts que l’on devine encore dans sa topographie.

[2] Bruxelles, est une ville et une agglomération de Belgique. Celle-ci s’étend au-delà des limites administratives de la Région de Bruxelles-Capitale pour englober des parties du Brabant flamand et du Brabant wallon. En son centre se trouve la commune de Bruxelles proprement dite, dont le nom utilisé par la constitution belge est ville de Bruxelles. À l’aube des guerres de Religion, Bruxelles est secouée par le conflit qui oppose la noblesse des Pays-Bas (Hollande et Belgique) et les États généraux, d’une part, au roi d’Espagne Philippe II, fils de Charles-Quint, de l’autre. Il est reproché à Philippe II de ne pas respecter les libertés des divers états qui avaient été octroyées, au fil des siècles, par les ducs de Brabant et leurs successeurs de Bourgogne. S’y ajoute le conflit né de l’expansion du protestantisme auquel s’oppose Philippe II. L’exécution capitale à Bruxelles des chefs de l’opposition, les comtes d’Egmont et de Hornes, ainsi que de nombreux opposants, déclenche un soulèvement qui s’étend à tous les Pays-Bas jusqu’au nord de la Hollande. C’est la guerre de Quatre-Vingts Ans au cours de laquelle Bruxelles devient même une ville dominée par les protestants et subit un siège d’un an. La victoire des Espagnols sur la ville insurgée inaugure la Contre-Réforme catholique qui multiplie les édifices religieux de style baroque. Au 17ème siècle, la ville est capitale de l’industrie de la dentelle.

[3] Le collège de Laon est un collège de l’ancienne université de Paris. Il fut fondé en 1314 avec le collège de Presles par un clerc, Guy de Laon, trésorier de la Sainte-Chapelle, et un laïc, Raoul de Presles, seigneur de Lizy, légiste au service du roi. Les écoliers de Laon et ceux de Presles, dotés de 300 livres de rente annuelle, sont ainsi installés ensemble sur la montagne Sainte-Geneviève, entre les rues du Clos-Bruneau et Saint-Hilaire. Cependant, un conflit éclate entre les boursiers des deux diocèses, engendrant une division du collège en deux sites géographiques. Les boursiers du Laon s’établissent ainsi en 1340 dans une maison de la Montagne Sainte-Geneviève, octroyée par Gérard de Montaigu, avocat général au Parlement de Paris. Au moment de l’union du collège de Laon avec le collège Louis-le-Grand en 1763, l’établissement compte 12 boursiers qui étudient la théologie, et 17 boursiers collégiens, humanistes et philosophes

[4] Le palais du Luxembourg, situé dans le 6ème arrondissement de Paris dans le nord du jardin du Luxembourg, est le siège du Sénat français, qui fut installé en 1799 dans le palais construit au début du 17ème siècle, à la suite de la régence de la reine Marie de Medicis. Le palais du Luxembourg doit son nom à l’hôtel bâti au milieu du 16ème siècle et qui appartenait à François de Piney, duc de Luxembourg. La régente Marie de Médicis, veuve de Henri IV, achète l’hôtel et le domaine dits « de Luxembourg » en 1612 et commande en 1615 la construction d’un palais à l’architecte Salomon de Brosse. Après avoir fait raser maisons et une partie du Petit Luxembourg, elle pose elle-même la première pierre le 2 avril 1615. Le marché de construction est retiré à Salomon de Brosse en 1624 et rétrocédé au maître maçon Marin de la Vallée le 26 juin 1624. Elle s’y installe en 1625 au premier étage de l’aile ouest, avant la fin des travaux. La partie ouest du palais Médicis était réservée à la reine mère et celle de gauche à son fils, le roi Louis XIII. Une série de toiles avait été commandée à Rubens pour chacun de ces appartements qui devaient former deux cycles, le cycle de la vie de Marie de Médicis, destinée à son logement, et un cycle de la vie d’Henri IV qui n’a pas été terminé. Elles sont aujourd’hui exposées au Louvre. Le chantier n’est pas achevé en 1631 lorsque Marie de Médicis doit le quitter, exilée sur ordre de son fils à la suite de la « journée des Dupes ». Marie de Médicis, à sa mort en 1642, lègue le domaine à son enfant préféré, son second fils Gaston duc d’Orléans, frère puîné du roi Louis XIII. Il passe par succession à sa veuve, Marguerite de Lorraine, puis à sa fille aînée la duchesse de Montpensier qui le vend à sa sœur cadette, la duchesse de Guise en 1660. Celle-ci en fait don au roi, son cousin en 1694. En 1715, le Luxembourg revient au régent Philippe d’Orléans, qui l’abandonne à sa fille aînée Marie Louise Élisabeth d’Orléans duchesse de Berry, puis à sa cadette Louise Élisabeth d’Orléans, reine douairière d’Espagne. Le 14 octobre 1750, la Galerie royale de peinture du Palais du Luxembourg est ouverte à l’initiative de Charles François Paul Le Normant de Tournehem, directeur des Bâtiments du Roi, à l’emplacement même de la galerie de Marie de Médicis, dans l’aile Est du palais du Luxembourg. Exposant une sélection des Tableaux du Roi à proximité du cycle de Rubens, il s’agit du premier musée d’art ouvert au public en France, qui préfigura la création du musée du Louvre en 1793. L’actuel musée du Luxembourg a hérité de cette tradition muséale. Par un édit du mois de décembre 1778, le roi Louis XVI accorde le domaine et le château à son frère Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence et futur Louis XVIII, à titre d’augmentation d’apanage. Après sa fuite en 1791, le palais du Luxembourg est déclaré « propriété nationale ».

[5] Le couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, dit carmel de l’Incarnation, est le premier couvent de Carmélites déchaussées à Paris. Fondé en 1603 rue Saint-Jacques, il devient la maison-mère de cet ordre en France et attire des religieuses appartenant à la grande noblesse. Il est fermé à la Révolution française et rasé en 1797.

[6] Le jansénisme est un mouvement religieux, puis politique, qui se développe aux 17ème et 18ème siècles, principalement en France, en réaction à certaines évolutions de l’Église catholique, et à l’absolutisme royal. Les jansénistes se distinguent aussi par leur rigorisme spirituel et leur hostilité envers la compagnie de Jésus et sa casuistique, comme envers un pouvoir trop puissant du Saint-Siège. Dès la fin du 17ème siècle, ce courant spirituel se double d’un aspect politique, les opposants à l’absolutisme royal étant largement identifiés aux jansénistes. Le jansénisme naît au cœur de la réforme catholique. Il doit son nom à l’évêque d’Ypres, Cornélius Jansen, auteur de son texte fondateur l’Augustinus, publié en 1640. Cette œuvre est l’aboutissement de débats sur la grâce remontants à plusieurs dizaines d’années, coïncidant avec l’hostilité grandissante d’une partie du clergé catholique envers la compagnie de Jésus ; il prétend établir la position réelle de Saint Augustin sur le sujet, qui serait opposée à celle des jésuites, ceux-ci donnant une importance trop grande à la liberté humaine

[7] Bologne est une ville italienne située dans le nord-est du pays, entre le Pô et les Apennins. C’est le chef-lieu de la région d’Émilie-Romagne (plaine du Pô) et de la province de même nom et l’une des principales villes d’Italie. Elle est considérée comme le siège de la plus ancienne université du monde occidental puisqu’elle a été fondée en 1088. Plus de 900 ans après sa fondation, l’université est encore aujourd’hui le cœur de la ville

[8] L’Académie royale de peinture et de sculpture est une ancienne institution d’État chargée en France, de 1648 à 1793, de réguler et d’enseigner la peinture et la sculpture en France durant l’Ancien Régime. L’acte créant l’Académie royale de peinture et de sculpture date du 20 janvier 1648, jour de la requête au Conseil du roi de Louis XIV (alors enfant) par l’amateur d’art Martin de Charmois, conseiller d’État originaire de Carcassonne où il possède un cabinet de curiosité remarquable. Cette institution est ainsi fondée sur mandat royal, sous la régence d’Anne d’Autriche, à l’instigation d’un groupe de peintres et de sculpteurs réunis par Charles Le Brun, qui avait pris la première initiative.

[9] Notre-dame du Val de Grâce, est une église de style classique baroque français originellement destinée à être l’église de l’abbaye royale du Val de Grâce située dans le 5e arrondissement de Paris, place Alphonse Laveran. Les bâtiments de l’ancienne abbaye accueillent aujourd’hui le musée du service de santé des armées, la bibliothèque centrale du Service de santé des armées, et l’École du Val de Grâce, anciennement École d’Application du Service de Santé des Armées. Le même îlot militaire comprend l’hôpital d’instruction des armées du Val de Grâce, situé sur l’ancien potager de l’abbaye.

[10] L’église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris, généralement connue sous le nom d’église Saint-Gervais, est située sur la place Saint-Gervais, dans le quartier Saint-Gervais, auxquels elle donne leurs noms, dans le 4ème arrondissement, à l’est de l’Hôtel de Ville.

[11] Le palais des Tuileries est un ancien palais parisien, aujourd’hui détruit, dont la construction commença en 1564 sous l’impulsion de Catherine de Médicis, à l’emplacement occupé auparavant par l’une des trois fabriques de tuiles établies en 1372 à côté de l’hôpital des Quinze-Vingts, non loin du vieux Louvre. Agrandi au fil du temps et unifié avec le palais du Louvre en 1860, il disposait d’une immense façade (266 mètres de long pour le palais disparu, et environ 328 mètres si on compte les pavillons de Flore et de Marsan qui subsistent) et il était le point focal du grand axe historique de Paris conçu à partir de ce palais. Il a été la résidence royale à Paris de nombreux souverains (Henri IV, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI mais aussi Louis XVIII, Charles X puis Louis Philippe), et impériale (Napoléon 1er puis Napoléon III). Entretemps il a aussi été le siège de la Première République et du Consulat. Son rôle de siège officiel du pouvoir français fut interrompu par sa destruction par un incendie volontaire le 23 mai 1871, allumé par les communards Jules-Henri-Marius Bergeret, Victor Bénot et Étienne Boudin. Les ruines du palais des Tuileries furent abattues en 1883, les présidents de la Troisième République étant alors installés dans le palais de l’Élysée.