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Jean II de Bretagne dit le magnifique

mercredi 16 décembre 2020 (Date de rédaction antérieure : 28 mai 2012).

Jean II de Bretagne dit le magnifique (1239-1305)

Duc de Bretagne

Il est un très riche seigneur, lié étroitement aux rois de France et d’Angleterre. Par son grand-père, Pierre de Dreux, il est membre de la dynastie capétienne, il possède, grâce à son père Jean 1er le Roux des domaines bretons étoffés et bien gérés. Sa mère, Blanche de Navarre, fille du comte de Champagne [1] et roi de Navarre [2], lui amène une grande partie du Perche [3] ainsi que des droits financiers en Champagne. Elle est la tante de l’épouse de Philippe le Bel.

Jean II se marie à 20 ans en 1260 à Saint-Denis avec Béatrice d’Angleterre , fille de Henri III, roi d’Angleterre qui lui restitue l’ "honneur" de Richmond [4].

Auréolé de la gloire des croisés pour avoir suivi son père et Saint Louis à Tunis lors de la 8ème croisade en 1270 [5], puis son beau-frère Édouard d’Angleterre en Syrie en 1272, il peut se permettre de continuer la politique autoritaire de sa famille.

Dès le début de son règne, il oblige les évêques bretons à renoncer au tierçage  [6] et au past nuptial [7]. La noblesse ne bouge pas. Les plus grands seigneurs bretons, comme Hervé IV de Léon et Henri iv d’Avaugour se sont retirés à la cour de France.

Il met en place un nouveau personnel administratif efficace. Il fait restaurer et agrandir les enceintes urbaines de plusieurs villes  [8].

Sa puissance le place au cœur du conflit franco-anglais. En 1293, alors qu’ils se rendaient en Aquitaine [9], les marins normands, sujets du roi de France coulent 80 navires anglais et bayonnais.

L’engagement de la Bretagne dans le conflit est alors essentiel pour chaque camp. En effet, la Bretagne peut être un obstacle à la liaison maritime entre l’Angleterre et l’Aquitaine ou tout au contraire, une base de ravitaillement et de protection face aux navires profrançais.

Jean II pourrait pencher pour l’Angleterre. Il est un grand seigneur anglais et, de surcroît, son fils cadet Jean de Bretagne (comte de Richmond), qui vit auprès de son oncle, le roi d’Angleterre, est nommé chef des troupes anglaises en Guyenne [10] en juillet 1294. Pourtant, il ne semble pas vouloir s’impliquer dans cette querelle. Il préfère asseoir sa neutralité en montrant sa force. Il fait comptabiliser les devoirs de ses vassaux directs bretons assemblés à Ploërmel [11] à la mi-août 1294. Au total, il peut compter sur 165 chevaliers, soit, environ 1.650 à 2.470 cavaliers. Le roi de France, grâce à ses domaines, pouvait en aligner de 4 à 5.000.

Cette démonstration de force ne sert à rien. Très vite, son fils cadet, Jean, est vaincu par les forces françaises. Le roi d’Angleterre perd la Guyenne. Mais, le comportement des Anglais cherchant à se ravitailler en Bretagne, est tel que Jean II abandonne sa neutralité et se tourne vers la France. En effet, les Anglais ont pillé au début de 1295, l’abbaye de Saint-Mathieu de "Fineterre", à la pointe de la Bretagne [12], et ont remonté l’Elorn [13], pillé Landerneau [14], détruit le port de l’abbaye de Landévennec [15].

Jean II réagit vivement en acceptant d’accompagner le roi de France dans son expédition victorieuse contre le comte de Flandre, allié du roi d’Angleterre. En récompense de ses services, au siège de Lille, en septembre 1297, le roi érige la Bretagne en duché-pairie héréditaire.

En 1297, Jean II passe une convention avec Philippe le Bel  :“ les habitants de Bretagne ne peuvent plus faire appel auprès du roi des sentences du duc. La Bretagne et son duc sont totalement absents des registres royaux de cette époque. Le duc ne peut être convoqué à Paris que pour faits graves, dénis de justice et haute trahison”.

Il tente de régler le différend entre le roi de France et le pape Boniface VIII puis négocie la paix avec le roi d’Angleterre en 1303. L’année suivante, il est au côté du roi le 18 août à la bataille de Mons-en-Pévèle et il souscrit le traité de paix du 14 septembre avec les Flamands.

Pour régler ses différends avec l’épiscopat breton, il décide en 1305 d’aller trouver le nouveau pape Clément V, que l’on sacre à Lyon. Au retour de l’église Saint-Just de Lyon [16], alors que le duc tient les rênes de la monture du pontife, un mur sur lequel une foule de spectateurs est montée, s’écroule sur le cortège, renversant le pape et ensevelissant le duc de Bretagne qui expire quelques jours plus tard, le 18 novembre, des suites de ses blessures. Son corps est placé dans un cercueil de plomb et ramené en Bretagne pour être inhumé aux Carmes de Ploërmel qu’il avait fondés.

Ses successeurs héritent d’un duché puissant, riche et bien géré.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Jean-Pierre Leguay & Hervé Martin Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532 Ouest-France Université Rennes (1982) (ISBN 285882309X)

Notes

[1] Le comté de Champagne et de Brie est issu de la réunion des terres de la dynastie des Thibaldiens, c’est-à-dire la branche issue de Thibaut « le Tricheur » (Thibaud 1er de Blois) : comté de Meaux, comté de Troyes. Le comté de Champagne est rattaché au domaine royal par le mariage de Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, et du dauphin Philippe le Bel en 1284. Le rattachement est rendu définitif par leur fils Louis X le Hutin.

[2] Le royaume de Navarre est un royaume médiéval fondé en 824 par les Vascons, dont le premier roi est Eneko Arista, premier d’une lignée de seize rois basques qui régneront sur le Royaume jusqu’en 1234. Attaquée depuis trois siècles au nord des Pyrénées, dans le duché de Vasconie par les Francs, et au sud par les Wisigoths, puis les Omeyyades (musulmans), la Vasconie est réduite au petit Royaume de Pampelune, terres ancestrales du Saltus Vasconum. La Haute-Navarre fut conquise en 1512 par le royaume d’Aragon et fut intégrée en 1516 dans l’actuel royaume d’Espagne et l’autre partie (Basse-Navarre), restée indépendante, fut unie à la couronne de France à partir de 1589 d’où le titre de « roi de France et de Navarre » que portait Henri IV

[3] Le comté du Perche est issu de l’union de deux seigneuries : celle de Mortagne-au-Perche, et celle de Nogent-le-Rotrou. Les seigneurs de Mortagne furent parfois qualifiés de comtes, mais pas de manière systématique. Ce fut le comte Geoffroy de Mortagne qui adopta le titre de comte du Perche, à la fin du XIIe siècle. À la mort de l’évêque Guillaume du Perche, en 1226, le comté fut réuni à la Couronne. Plus tard il fut donné en apanage à des princes du sang.

[4] un très important ensemble de domaines en Angleterre

[5] La huitième croisade est une campagne militaire lancée par le roi Louis IX, futur « saint Louis », en 1270 à la suite des menaces que le sultan mamelouk Baybars fait peser sur les États latins d’Orient.

[6] prélèvement du tiers des biens d’un décédé

[7] équivalant aux frais d’un repas de noces dus par les mariés

[8] Vannes, de Nantes, de Rennes, les châteaux d’Hédé, d’Auray, de Léhon, de Lamballe, de Guingamp, de La Roche-Derrien et de Suscinio, sa résidence préférée

[9] L’Aquitaine est le nom donné depuis au moins le 1er siècle av. jc à une région ancrée sur la façade Atlantique et le versant nord des Pyrénées. En 507, Clovis, appelé par les évêques de Novempopulanie, l’intègre au royaume des Francs, en battant Alaric II, roi des Wisigoths, à la bataille de Vouillé. 671 voit l’indépendance de l’Aquitaine, dirigée par le duc Loup 1er de Vasconie. Entre 719 et 732, les ducs Eudes et son fils Hunald 1er détiennent l’Albigeois où ils ont des biens. Eudes combat les Sarrasins en Albigeois. En 721, le duc Eudes bat le Califat omeyyade à la Bataille de Toulouse. 732 voit la défaite du duc d’Aquitaine et l’invasion de la Vasconie par l’émir Abd el Rahman, arrêté à la bataille de Poitiers par Charles Martel, qui commence la réunion de l’Aquitaine sous contrôle des Vascons au royaume franc. 742 et 743 voient les campagnes des fils de Charles Martel, Carloman et Pépin le Bref, contre l’Aquitaine et la Vasconie (et la Bavière). Entre 760 et 768, Pépin le Bref entreprend chaque printemps des expéditions sanglantes contre le duc Waïfre, fils d’Hunald 1er. Le 2 juin 768, ce dernier est finalement tué par un des siens, Waratton, sur ordre de Pépin. En 778, l’armée de Roland, piégée par le wali de Saragosse, a été défaite par les Vascons dans les montagnes basques de Roncevaux en revenant de Pampelune. Puis Charlemagne crée en 781 pour son fils Louis le Débonnaire alors âgé de 3 ans, le royaume d’Aquitaine englobant les territoires du Rhône à l’Atlantique.

[10] La Guyenne est une ancienne province, située dans le sud-ouest de la France. Ses limites ont fluctué au cours de l’histoire sur une partie des territoires des régions françaises Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Portant le titre de duché, la Guyenne avait pour capitale Bordeaux. Son nom est apparu au 13ème siècle en remplacement du terme d’« Aquitaine ». Sous l’Ancien régime, la Guyenne était l’une des plus grandes provinces de France et regroupait divers pays et provinces plus petites comme le Périgord, l’Agenais, le Quercy et le Rouergue. Le terme de « Guyenne propre » correspondait à la région de Bordeaux, également appelée le Bordelais. La Guyenne était couramment associée avec la Gascogne dont la capitale était Auch et qui regroupait notamment l’Armagnac, le Bigorre, le Labourd, la Soule et le Comminges. Guyenne et Gascogne partageaient ainsi le même gouvernement général militaire.

[11] Ploërmel est une commune française, située dans le département du Morbihan. Les réunions des états de Bretagne n’avaient pas de lieu fixe et ont été tenues à plusieurs reprises à Ploërmel, qui apparaît donc comme une ville importante du duché de Bretagne.

[12] L’abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre était une abbaye de Basse Bretagne, dont les ruines se dressent sur le territoire de l’actuelle commune de Plougonvelin sur la pointe Saint-Mathieu (Beg Lokmazhe en breton), dans le département du Finistère, qui pourrait lui devoir son nom. Dominant le mouillage de tout navire empruntant depuis la préhistoire le chenal du Four puis trafiquant durant l’Antiquité l’étain des Cassitérides jusqu’en Phénicie, elle connaît à partir de 1157, sous l’impulsion des comtes de Léon y collectant leur droit de bris, un rayonnement exceptionnel et devient au 14ème siècle le centre d’une ville de plus 2000 habitants dotée d’un port à l’activité internationale.

[13] L’Élorn est un fleuve côtier du département du Finistère, qui se jette dans la rade de Brest qui communique avec l’océan Atlantique. L’Élorn sépare les pays bretons du Léon, au nord, de la Cornouaille au sud. C’est l’un des derniers cours d’eau français où la pêche du saumon est toujours possible.

[14] Landerneau est une commune du département du Finistère. Le nom de Landerneau apparaît en 1206, soit à une période où l’agglomération est en plein développement. L’établissement est alors la principale ville de la seigneurie de Léon, un fief né du démembrement de la vicomté du même nom. Il compte deux sanctuaires : l’église Saint-Houardon, et Saint-Thomas, un prieuré de l’abbaye de Daoulas érigé avant 1218 sous le patronage de Thomas Beckett canonisé. En 1336, un hôpital, dédié à saint Julien, est bâti près du pont

[15] Landévennec est une commune du département du Finistère. Elle est située à l’embouchure de l’Aulne dans la rade de Brest, à égale distance de Brest et de Quimper (55 km). Landévennec devint un centre d’échange et de communication par l’importance de son abbaye.

[16] La Collégiale Saint-Just ou Saint-Just des Macchabées, située 41 rue des Farges, à Lyon, est la reconstruction d’une des plus anciennes églises de Lyon, dédiée comme elle à saint Just, le 13ème évêque de la ville au 4ème siècle, bâtie sur l’ancienne nécropole romaine.