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Roger II de Montgommery ou Montgomery dit Roger le Grand

mardi 6 octobre 2015, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 16 novembre 2011).

Roger II de Montgommery ou Montgomery dit Roger le Grand (vers 1030-1094)

Seigneur de Montgommery, Vicomte de l’Hiémois, et sire d’Alençon-1er comte de Shrewsbury à partir de 1074

Fils de Roger 1er de Montgommery, vicomte d’Hiémois [1], un fidèle du duc de Normandie Robert le Magnifique. Il hérita des vastes domaines de son père, situés principalement dans le sud du pays d’Auge, au centre de la Normandie.

Pendant l’enfance du duc, la famille de Montgommery ne fut pas particulièrement fidèle au prince. Le père Roger 1er a dû quitter la Normandie, sûrement parce qu’il s’était révolté ou avait comploté contre le pouvoir ducal, l’un des frères, Guillaume , a assassiné le sénéchal du jeune duc Osbern, vers 1040, le tuteur du duc Alain III de Bretagne trouva la mort en assiégeant le château de Montgommery. La position de Roger de Montgommery est beaucoup plus claire après l’affermissement du pouvoir de Guillaume le Bâtard. En 1050, il faisait partie des principaux conseillers du duc. Il contresigna une charte du duc en faveur de l’abbaye d’Ouche [2] aux côtés des grands barons et évêques de Normandie.

Le duc Guillaume le nomma vicomte d’Exmes ou d’Hiémois, une fonction qu’occupait autrefois son père. Conscient de son importance, Roger II n’hésita pas à s’intituler « comte de Montgommery » dans 2 chartes ducales alors que son domaine n’était qu’une simple châtellenie.

En 1066, Guillaume le Bâtard partit à la conquête de l’Angleterre mais Roger ne l’accompagna pas. Il fournit tout de même 60 navires pour l’expédition et appuya la duchesse Mathilde, aux côtés de Lanfranc et de Roger de Beaumont, dans le gouvernement et la défense de la Normandie.

Après 1050, il épousa, sur l’impulsion du duc, Mabile, la fille de Guillaume II Talvas de Bellême. Il nouait ainsi une alliance avec la famille de Bellême dont les membres s’évertuaient depuis plusieurs dizaines d’années à former une principauté indépendante de la Normandie et du Maine. Cette union matrimoniale permit à Guillaume le Bâtard de voir revenir la seigneurie de Bellême [3] dans le giron normand.

De concert avec sa femme et l’oncle de cette dernière, l’évêque de Sées Yves , il refonda le monastère Saint-Martin de Sées [4]. Dans les années 1050, il installa une communauté monastique à Troarn [5] dans le Calvados et enfin créa l’abbaye féminine d’Almenèche [6] dans l’Orne.

Ces actes pieux n’empêchaient pas le seigneur de Montgommery de malmener les propriétés et les moines de l’abbaye d’Ouche. Il suivait en cela la politique de sa femme Mabille qui vouait une haine féroce contre les familles Giroie et de Grandmesnil fondatrices de ce monastère. Le couple réussit même à obtenir du duc l’exil temporaire de Hugues de Grandmesnil et à récupérer vers 1068 les domaines des Giroie [7], Montreuil-l’Argillé [8] et Échauffour [9].

En décembre 1067, Roger II de Montgommery accompagna outre-Manche son duc, devenu roi d’Angleterre. Il reçut d’abord le rape [10] d’Arundel [11] comprenant la ville de Chichester [12], deux lieux essentiels à la défense du sud de l’Angleterre. Ce secteur se révéla particulièrement calme. Guillaume le Conquérant confia alors à son fidèle compagnon une région plus troublée le Shropshire [13] dont la ville principale est Shrewsbury [14], en novembre 1071, avec des pouvoirs palatins. Aux côtés d’Hugues d’Avranches, comte de Chester [15] et de Roger de Breteuil, comte de Hereford [16], le nouveau comte devait protéger le royaume contre les incursions galloises. En conséquence, plusieurs châteaux furent élevés dont celui de Montgomery, à la limite du comté. En 1093, l’année avant sa mort,il s’empara de Ceredigion [17] et Dyfed [18], le cœur du royaume gallois de Deheubarth [19] .

Pendant le règne de Guillaume le Conquérant, Roger comptait parmi les 6 plus puissants seigneurs d’Angleterre. En plus d’une grande partie du Sussex, incluant le rape d’Arundel et les sept huitièmes du Shropshire inclus dans le comté de Shrewsbury, il possédait des domaines dans le Surrey, le Hampshire, le Wiltshire, le Middlesex, le Hertfordshire, le Gloucestershire, le Worcestershire, le Cambridgeshire, le Warwickshire et le Staffordshire. Après 1087, la gestion de ses biens continentaux était laissée à son fils aîné Robert II de Bellême.

La mort de Guillaume le Conquérant en 1087 remit en cause la fidélité de Roger de Montgommery. Il rejoignit la rébellion de 1088, afin de renverser le roi Guillaume II le Roux nouvellement couronné. Guillaume réussit à convaincre Roger d’abandonner la rébellion et à prendre son parti.

Bien lui en prit car les rebelles furent vaincus et perdirent toutes leurs possessions en Angleterre.

Quelques mois plus tard, le duc de Normandie Robert Courteheuse arrêta son frère Henri Beauclerc et Robert II de Bellême, le fils de Roger de Montgommery car il les soupçonnait de comploter contre lui. Le comte de Shrewsbury n’apprécia pas cet affront fait à sa famille, il traversa la Manche, débarqua en Normandie et gagna l’Hiémois. Là, il commanda la mise en défense des châteaux familiaux. Le duc de Normandie Robert Courteheuse mena campagne contre le rebelle, prit quelques forteresses puis étonnamment congédia son armée. Il finit par faire la paix avec l’ancien fidèle de son père et accepta la libération de Robert II de Bellême. Roger regagna alors l’Angleterre.

A la fin de sa vie, le vieux comte se retira comme moine dans l’abbaye de Shrewsbury [20] qu’il avait fondé en 1083.

En 1094, juste après sa mort, une conjonction d’événements favorables aux Gallois, conduisit à un soulèvement général du Pays de Galles. Les Gallois reprirent de nombreuses terres aux Normands, Deheubarth, Pembroke, Anglesey etc., et dévastent le Shropshire. À la fin de l’année, toutes les conquêtes des Montgommery étaient perdues.

À sa mort, ses biens furent divisés. Robert, le plus âgé de ses enfants survivants reçut la majorité des terres normandes. Le suivant, Hugues, reçut en partage les terres anglaises et le comté de Shrewsbury. À la mort de Hugues, Robert hérita du comté.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Roger de Montgomerie, 1st Earl of Shrewsbury »

Notes

[1] Le comté d’Hiémois ou pagus Oximensis en latin est un comté médiéval normand, ayant pour capitale Exmes dans l’Orne. Ses limites restent incertaines. Situé entre Caen et Alençon, il occupait une partie des départements actuels du Calvados et de l’Orne et englobait les villes d’Argentan, de Falaise et de Sées.

[2] L’abbaye de Saint-Évroult est une ancienne abbaye bénédictine construite sur ce qui est aujourd’hui le territoire de la commune de Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois (Orne), elle est aujourd’hui en ruines et fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 17 janvier 1967. Elle est réputée pour avoir été fondée par saint Évroult sous le nom d’« abbaye d’Ouche », dont on trouve mention pour la première fois dans un diplôme de Charles le Simple en l’an 900 : monasterio que vocatur Uticus2, c’est-à-dire d’Utica, du pays d’Ouche.

[3] La seigneurie de Bellême est le domaine possédé par la famille de Bellême du 10ème siècle à l’an 1113. Située aux confins du duché de Normandie et du comté du Maine, elle s’étalait à son apogée du Passais à l’ouest au Saosnois à l’est en passant par la campagne d’Alençon et une partie du Perche. Outre sa capitale, Bellême, ses villes principales étaient Sées, Alençon et Domfront.

[4] L’abbaye Saint-Martin de Sées est une abbaye bénédictine située à Sées (anciennement Séez). L’abbaye semble fondée en 1055/1056 mais sa charte de fondation date de 1060. La charte de fondation d’Yves III, évêque de Sées, sa nièce Mabile de Bellême accompagnée de son mari Roger II de Montgommery, semble s’appuyer sur la restauration d’un édifice plus ancien, qui laisse entendre la présence d’une abbaye pré-normande. Il est pensé que l’abbaye de Sées fait partie des 15 abbayes fondées par Saint-Évroult.

[5] Troarn est une commune française, située dans le département du Calvados. La commune est située aux confins de la plaine de Caen et du pays d’Auge, dans la partie nord occidentale des marais de la Dives. Troarn s’est développé au sommet de la colline qui surplombe l’ancienne abbaye construite à mi-hauteur au-dessus des marais. L’abbaye Saint-Martin de Troarn dédiée à saint Martin a connu une grande renommée au Moyen Âge. Saint Martin de Troarn est alors la plus importante abbaye du diocèse de Bayeux après l’abbaye Saint Étienne de Caen. Placée sous la règle de Saint Benoît, elle abritait au 13ème siècle une quarantaine de moines. Pendant 700 ans, les moines ont contribué à la mise en valeur des marais de la Dives, des herbages de la vallée d’Auge et des vignes de la campagne de Caen. Un établissement de douze moines venus de l’abbaye de Fécamp est fixé en 1022 par Roger 1er de Montgommery à Troarn. Roger II de Montgommery le remplace vers 1050 par un établissement monastique autonome de Bénédictins. La première église est dédiée en 1059. Roger II de Montgomery lui donne des biens aux environs de Troarn dont les marais et une série d’églises, son épouse Mabille de Bellême toutes les églises de Séez et Guillaume, roi d’Angleterre, tout ce que la comtesse tient de lui en Angleterre.

[6] L’abbaye Notre-dame d’Almenêches était une abbaye bénédictine de femmes, fondée à la fin du 6ème siècle à Almenêches. Elle fait partie des plus anciennes de France. Saint-Évroult est crédité de la fondation de cette abbaye en 580. Lanthilde fut l’une des abbesses du 8ème siècle. Le couvent fut détruit par les Vikings. Vers 853, le clergé de la ville de Sées fuyant les invasions normandes, obtint de Louis le Germanique, frère de Charles le Chauve la terre de Moussy dans l’actuel département de Seine-et-Marne, pour y mettre en sûreté les restes de l’ancienne supérieure du monastère d’Almenêches, sainte Opportune. En 1025, Richard II donne la terre aux moines de Fécamp, que les Montgommery usurpent. Elle est refondé par Roger II de Montgommery en 1066. Sa fille Emma y devient religieuse puis abbesse, peut-être vers 1074.

[7] Les Giroie ou Géré une famille de la moyenne aristocratie normande. Ils sont à l’origine du déterminant du nom de la commune de Saint-Céneri-le-Gérei. Ils étaient particulièrement établis en pays d’Ouche où ils restaurèrent l’abbaye de Saint-Évroult avec les Grandmesnil.

[8] Montreuil-l’Argillé est une commune française située dans le département de l’Eure. Montreuil fut un fief de la famille Giroie à partir du début du 11ème siècle. Cette famille est probablement à l’origine de la motte féodale du village, témoin d’une fortification de la première moitié du 11ème siècle

[9] Échauffour est une commune française, située dans le département de l’Orne.

[10] Le rape était une sous division traditionnelle du comté de Sussex en Angleterre. L’origine est inconnue, mais elle précède la conquête normande. Chaque rape était constitué de plusieurs hundreds, et était une division intermédiaire entre le comté et le hundred. En cela, un rape est très proche des lathes du Kent et des ridings du Yorkshire.

[11] Arundel est une ville et une paroisse civile dans les South Downs du Sussex de l’Ouest dans le sud de l’Angleterre. Elle se trouve à 49 miles (79 km) au sud sud-ouest de Londres, 18 miles (29 km) à l’ouest de Brighton, et 10 miles (16 km) à l’est de la ville de Chichester.

[12] Chichester est une ville du Sussex de l’Ouest, dont elle est le chef-lieu, au sud de l’Angleterre, dans le Royaume-Uni. Elle a le statut de Cité. Proche de la mer, la ville se situe au pied des collines South Downs.

[13] Shropshire aussi appelé Salop est un comté anglais des West Midlands en Angleterre. Il portait le nom anglo-normand de comté de Salopesberie d’où l’abréviation de Salop. Le chef-lieu est Shrewsbury, bien que la ville nouvelle de Telford soit la ville la plus peuplée.

[14] Shrewsbury est une ville britannique, située dans le Shropshire en Angleterre, aux abords du Pays de Galles (son nom gallois est Amwythig). Elle portait le nom anglo-normand de Salopesberie. Shrewsbury est située dans un méandre de la Severn, son centre-ville historique entourant une colline au sommet de laquelle trône le château de Shrewsbury. Shrewsbury fut fondée, vers le 5ème siècle, par les réfugiés romains, à proximité de la cité de Viroconium (Wroxeter). Vers la fin du 8ème siècle, les Saxons ont donné à la ville le nom de Scrobbesbyrig duquel provient l’actuel nom Shrewsbury.

[15] Le titre de comte de Chester fut l’un des plus puissants titre de l’Angleterre médiévale. Le Cheshire appartenait aux comtes, ainsi que les honneurs de Chester, des terres et des places dans toute l’Angleterre.

[16] Le titre de comte de Hereford a été créé plusieurs fois dans la pairie d’Angleterre, et même dans la période anglo-saxonne. Le comté de Hereford, Herefordshire est situé à l’ouest de l’Angleterre, en bordure du Pays de Galles.

[17] Le Ceredigion était un royaume gallois médiéval couvrant ce qui est encore aujourd’hui le comté de Ceredigion, c’est-à-dire une partie du Carmarthenshire et la Péninsule de Gower. Au 8ème siècle le roi Seisyll ap Clydog actif vers 770 après la conquête d’Ystrad Tywi constitue le royaume de Seisyllwg. Comme ce dernier le Ceredigion est intégré au royaume de Gwynedd puis au royaume de Deheubarth.

[18] Le Dyfed est un royaume médiéval du sud-ouest du Pays de Galles. Fondé au début du 5ème siècle dans le sud-ouest du Pays de Galles, à la suite du retrait des forces romaines, son territoire est constitué par celui occupé par les tribus irlandaises des Déisi vers 400. Le Dyfed est indépendant jusque vers 920 et son annexion par Hywel Dda, roi de Seisyllwg et fondateur du royaume de Deheubarth. À la suite des invasions normandes du Pays de Galles entre 1067-1100, la région est conquise par les Normands et, vers 1138, incorporée dans un nouveau comté du Pembrokeshire nommée d’après le château normand édifié dans le cantref de Penfro.

[19] Le Deheubarth est un royaume médiéval du sud–ouest du Pays de Galles. Il fut créé par Howell le vers 920, lorsqu’il prit possession du Seisyllwg et du Dyfed. Il couvrait à l’époque le Dyfed, le Ceredigion et Ystrad Towi. Le Deheubarth survécut un moment à la conquête normande du Pays de Galles, puis son importance décrut de plus en plus tandis qu’il se faisait envahir par les Anglais et absorber par le Gwynedd. Le Deheubarth disparut en tant que royaume en 1234, bien que des descendants de la famille royale reçurent l’autorisation de régner sur Cantref Mawr et Ystrad Towi jusqu’en 1283.

[20] L’abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul, communément connue comme l’abbaye de Shrewsbury, est un monastère bénédictin fondé en 1083 par le comte de Shrewsbury, Roger II de Montgommery, à Shrewsbury, le chef-lieu du Shropshire en Angleterre. L’abbaye est située à l’est du centre ville, près du pont anglais, et est entourée par une zone triangulaire à laquelle on se réfère comme l’abbaye de Foregate. Une grande partie du monastère a été détruite durant la dissolution des monastères, mais certains bâtiments, dont l’église, sont restés intacts.