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Marc Eugénikos dit Marc d’Éphèse

samedi 26 mars 2022, par ljallamion

Marc Eugénikos dit Marc d’Éphèse (1392-1444)

Archevêque d’Éphèse

Connu pour sa défense farouche de l’orthodoxie au concile de Florence [1] face à l’empereur byzantin Jean VIII Paléologue et au pape Eugène IV.

Il affirme que l’Église latine est à l’origine du schisme en professant une hérésie du fait de l’incorporation du filioque [2] dans le Credo. Il critique aussi le fait que les papes se considèrent comme la juridiction universelle de l’Église. Il est aussi le seul évêque oriental à refuser de signer le décret issu du concile.

Son père, Georges, est chef de la justice du Sakellion et diacre [3] orthodoxe. Sa mère, Marie, est la fille d’un docteur dévot nommé Luc. Emanuel apprend à lire et à écrire avec son père. Il a un jeune frère, Jean. Marie demande à Jean Chortasménos de continuer l’éducation d’Emmanuel. Jean devient plus tard le métropolite [4] Ignace de Sélymbrie.

Le savant et philosophe Gemiste Pléthon participe aussi à l’éducation du jeune homme. Marc devient professeur à l’école patriarcale mais abandonne son poste à l’âge de 26 ans pour devenir moine dans un monastère proche de Nicodémie, où il se consacre à la prière.

Il est obligé de le quitter à cause de l’invasion turque et se réfugiera au monastère Saint-Georges de Manganes. Il y étudiera les saints Pères et rédigera plusieurs ouvrages sur la doctrine de Grégoire Palamas . L’empereur Jean VIII, admiratif de sa vertu, réussit à le convaincre d’être consacré métropolite d’Éphèse. C’est à ce titre qu’il prendra part au concile de Florence.

À l’ouverture du concile de Florence en 1438 qui doit régler entre autres le schisme de 1054 [5], Marc d’Éphèse fait partie de la délégation byzantine conduite par l’empereur Jean VIII. Dès le début, il s’affirme comme un farouche opposant à la doctrine latine. Il envoie ainsi une lettre fustigeant la doctrine professée par le pape qui est cependant arrêtée par Jean VIII qui craint qu’elle ne compromette les négociations.

Cependant, peu à peu, les unionistes sont de plus en plus nombreux au sein de l’ambassade byzantine et Marc n’a presque plus de partisans à l’exception de son frère Jean et de Démétrios Paléologue. Toutefois, du 2 au 24 mars, Marc s’oppose à Jean de Raguse sur la question de la procession du Saint-Esprit. Face à la pression de Jean VIII, il doit abandonner le débat. Malgré tout, il refuse tout net de signer l’accord d’union des deux Églises à la fin du concile. Ce geste fait de Marc le chef du camp anti-unioniste, et il gagne un profond respect au sein de la population byzantine opposée aux décisions de Florence.

Ce geste lui attira la colère du pape qui essaya de le faire condamner comme hérétique, mais l’empereur refusa de le livrer et il lui offrit sa protection. Après être retourné un moment à Éphèse, Marc regagne Constantinople pour conduire l’opposition à la politique unioniste de l’empereur. Lors de son arrivée sur place le 1er février 1440, il est accueilli en défenseur de la foi.

Jean VIII ne peut risquer de s’opposer à Marc en l’arrêtant sous peine d’en faire un martyr. Mais en juillet 1440, Marc publie une encyclique qui provoque la colère des partisans de l’Union. Il est alors arrêté et emprisonné durant 2 ans sur l’île de Lemnos [6], puis il est libéré sur ordre de l’Empereur en 1442, le jour de la mémoire des sept Saints d’Ephèse. Marc d’Éphèse meurt en 1444 et c’est Georges Scholarios dit Gennade II Scholarios qui prend la tête de l’opposition à l’Union à la demande de Marc. L’Union, bloquée par l’opposition populaire n’est signée à Sainte-Sophie [7] qu’en décembre 1452 quelques mois avant la chute de Constantinople.

La question du Filioque [8] fut une source majeure de discorde concernant l’union entre Rome et Constantinople. Alors que l’archevêque Bessarion s’était plus ou moins rangé aux dogmes latins, Marc d’Éphèse condamna lui avec force les dogmes du Filioque et du Purgatoire.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Donald M. Nicol, Les Derniers Siècles de Byzance (1261-1453), éditions Texto, traduit par Hugues Defrance.

Notes

[1] Le 17ème concile œcuménique de l’Église catholique commence à Bâle le 23 juillet 1431. Transféré par Eugène IV à Ferrare en 1437 puis à Florence en 1439, il se termine à Rome en 1441.

[2] La querelle du Filioque est un débat théologique qui, à partir du 8ème siècle a lieu entre l’Église romaine et l’Église grecque, à propos du dogme de la Trinité. Cette querelle est un des facteurs qui conduisent au Grand Schisme d’Orient de 1054, séparant l’Église catholique de l’Église orthodoxe.

[3] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[4] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque.

[5] La séparation des Églises d’Orient et d’Occident, également appelée grand schisme d’Orient par les catholiques, schisme de Rome par les orthodoxes, et schisme de 1054 par les historiens, est l’éloignement progressif puis la rupture entre les quatre Églises d’Orient et celle d’Occident qui s’étaient, sous l’impulsion de l’empereur Justinien, constituées en « Pentarchie » dans l’Empire romain d’Orient et ses États successeurs. Les grandes querelles christologiques avaient déjà commencé à éloigner l’Église de Rome et les Églises d’Orient bien avant la rupture. Des facteurs politiques, comme l’invasion normande des possessions byzantines d’Italie, ou socioculturels, comme l’aspiration de la Papauté à dominer la scène politique, jouèrent au cours des siècles suivants un rôle au moins aussi important que les querelles théologiques, comme celle du Filioque. Une première rupture survient le 16 juillet 1054 entre le patriarcat d’Occident (Papauté) et le patriarcat de Constantinople, lorsque le cardinal Humbert de Moyenmoutier déposa sur le maître-autel de Sainte-Sophie une bulle excommuniant le patriarche Michel 1er Cérulaire et ses proches collaborateurs, excommunication qui fut suivie de celle du cardinal et de ses assistants par le patriarche. L’incident de juillet 1054 tombe presque aussitôt dans l’oubli. C’est essentiellement le détournement en 1204 de la quatrième croisade, le sac de Constantinople par les croisés et la constitution de patriarcats latins sur le territoire des patriarcats grecs qui consomment la rupture, forçant bon nombre d’évêques orthodoxes à l’exil et soumettant durablement des populations orthodoxes au pouvoir des seigneurs francs et de l’Église catholique romaine, dite latine. Ces événements déconsidérèrent l’Église catholique romaine aux yeux des populations orthodoxes, mais aussi les Églises orthodoxes aux yeux des populations catholiques, dont les lettrés écrivirent par la suite l’histoire de manière à rejeter sur l’Orient seul la responsabilité du schisme

[6] Lemnos ou Límnos est une île grecque du nord-est de la mer Égée, située entre la péninsule du mont Athos à l’ouest, les îles de Thasos et Samothrace au nord, la Turquie (et l’île turque de Gökçeada/Ténédos) à l’est, Lesbos au sud-est, Agios Efstrátios et les Sporades au sud-ouest. Elle forme un dème (municipalité) et un district régional de la périphérie d’Égée-Septentrionale.

[7] Ancienne église chrétienne de Constantinople du 6ème siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’était plus un lieu de culte mais un musée. de nouveau une mosquée depuis 2020

[8] La querelle du Filioque est un débat théologique qui, à partir du 8ème siècle a lieu entre l’Église romaine et l’Église grecque, à propos du dogme de la Trinité. Cette querelle est un des facteurs qui conduisent au Grand Schisme d’Orient de 1054, séparant l’Église catholique de l’Église orthodoxe.