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Aršouša de Gogarène

samedi 25 septembre 2021, par ljallamion

Aršouša de Gogarène (mort en 450/470)

Vitaxe (vice-roi) de Gogarène

Membre de la famille des Mihranides [1]. Les prétentions de son fils Varsken sur le trône d’Ibérie [2] rendent probable une parenté avec la famille royale d’Ibérie, mais le lien exact n’est pas précisé par des documents contemporains.

Pour Christian Settipani , Aršouša serait identique au prince de Tachir de 430 et petit-fils de Bosmarius ou Burz-Mihr II vitaxe [3], et d’Osdouxt, sœur de Pharasman IV d’Ibérie , roi d’Ibérie de 383 à 408.

Dès son avènement, le roi sassanide [4] Yazdgard II entreprend de convertir l’Arménie au mazdéisme [5]. Vers 449, il promulgue un édit mettant les Arméniens en demeure d’abjurer leur foi. En retour, la noblesse et le clergé envoient un manifeste dans lequel ils assurent de leur obéissance absolue, mais refusent toute idée d’apostasie [6] et dénient au roi perse le droit d’intervenir dans les affaires religieuses.

Le roi convoque alors les principaux nakhararq [7], qui se rendent à la cour de Perse. Malgré les protestations de bonne foi et de loyauté de la noblesse arménienne, Yazdgard exige de ses vassaux arméniens d’accomplir les prosternations devant le soleil, suivant le rituel mazdéen.

Un officier de la cour, chrétien, leur conseille de recourir à un subterfuge : accomplir les prosternations demandées tout en adressant leurs prières à Dieu. Mais une telle action répugnait à Vardan Mamikonian, le plus puissant des nakhararq, et il fallut toute la persuasion d’Aršouša pour que Vardan accepte d’accomplir les gestes rituels demandés.

Méfiant, Yazdgard décide de garder des otages à la cour, dont Aršouša, deux fils du marzban [8] Vasak de Siounie et quelques autres nobles. Les nakhararq reviennent en Arménie, accompagnés de prêtres mazdéistes, qui entreprennent de fermer les églises et de construire des temples.

Très rapidement, sous la conduite du clergé chrétien, puis sous celle de la noblesse, le peuple arménien se révolte. Vardan Mamikonian finit par prendre la tête de l’insurrection, qui est écrasée le 2 juin 451 à Avarayr [9]. Son frère Hmayeak Mamikonian est tué peu après dans le Taïq [10] par Vasak de Siounie, qui s’empare de trois des fils de Hmayeak et les envoie en otage à Ctésiphon [11].

La paix et la soumission étant revenues en Arménie, Aršouša réussit à racheter sa liberté et celle de ses neveux Mamikonian en 455, et les ramène en Arménie auprès de leur mère.

Il a épousé Anouschvran ou Anouyshvram Arçrouni [12]

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l’Empire du 6ème au 9ème siècle, Paris, de Boccard, 2006 (ISBN 978-2-7018-0226-8).

Notes

[1] Les Mihranides ou Maison de Mihrān sont une dynastie iranienne issue des sept grands clans ou maisons parthes des empires arsacide et sassanide.

[2] L’Ibérie, aussi connue sous le nom d’Ivérie, est le nom donné par les Grecs et les Romains à l’ancien royaume de Karthlie et correspondant approximativement aux parties méridionale et orientale de l’actuelle République de Géorgie. Les Ibères du Caucase forment une base pour le futur État géorgien et, en même temps que les Colches de Colchide, le noyau de la population géorgienne actuelle. La région n’était, jadis, habitée que par quelques tribus qui faisaient partie du peuple appelé « Ibères ».

[3] vice roi

[4] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[5] Le mazdéisme est une religion iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l’Avesta. Le zoroastrisme, du nom de Zoroastre/Zarathoustra, est une réforme du mazdéisme. Le zoroastrisme est la forme monothéiste sous laquelle s’est répandue cette religion, qui existe toujours.

[6] L’apostasie (du grec ancien (apostasis), « se tenir loin de ») est l’attitude d’une personne, appelée apostat, qui renonce publiquement à une doctrine ou une religion.

[7] Le nakharar est un satrape héréditaire en Arménie. Ce titre est de premier ordre au sein de la noblesse arménienne antique et médiévale. Durant cette période, l’Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d’une famille noble et gouvernés par l’un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d’une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les ’nakharark’ jouissant d’une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

[8] Le marzpanat ou marzbanat est le système de gouvernement instauré par les Sassanides en Arménie, en vigueur de 428 à 646. À sa tête est installé un marzpan ou marzban (« gouverneur »).

[9] La bataille d’Avarayr ou d’Avaraïr, aussi connue sous le nom de bataille de Vartanantz, est une des grandes batailles de l’histoire de l’Arménie. Elle oppose le 26 mai 451 les rebelles arméniens menés par Vardan Mamikonian et leurs suzerains sassanides. Bien que les Perses soient victorieux, les Arméniens réussissent à assurer leur indépendance religieuse.

[10] Dans les textes relatifs à l’histoire de l’Arménie, le nom Tayk ou Tayk’ est souvent utilisé en tant que pars pro toto pour la région nord-ouest de l’Arménie historique, aujourd’hui située dans le nord-est de la Turquie.

[11] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. La ville s’étendait sur 30 km².

[12] Les Arçrouni, Artsrouni ou Ardzrouni sont les membres d’une famille de la noblesse arménienne, qui prend de l’importance au 8ème siècle avant d’accéder à la royauté au Vaspourakan de 908 à 1021.