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Vortigern

mardi 25 mai 2021, par ljallamion

Vortigern

Roi de l’île de Bretagne du 5ème siècle

La qualification de roi est contredite par Gildas, qui le décrit plutôt soit comme président, soit comme principal du conseil des Bretons [1]. Si la réalité historique du personnage n’est pas remise en cause, il convient cependant d’être prudent, car ce qui nous a été transmis à son propos relève plus du légendaire de la matière de Bretagne, d’autant qu’on le retrouve associé à la légende arthurienne.

On retient l’année 410 pour situer la fin de la présence romaine dans l’île de Bretagne. C’est peu après que Vortigern apparaît, à cette époque que l’historiographie anglaise nomme les Dark Ages [2]. Il est considéré comme un notable britto-romain.

Selon les sources, il est souverain de toute l’île, vers 425, ou roi des Brittons-romains du Kent [3], vers 450.

L’Historia regum Britanniae [4] raconte que Constant , fils de Constantin de Bretagne , retiré dans son couvent, laisse le gouvernement du royaume à Vortigern, sans qui rien ne se fait. Vortigern songe alors à s’emparer de la royauté. Tous les prétendants au trône sont trop jeunes pour régner.

Il commence donc par s’emparer des trésors royaux, ainsi que des villes fortifiées, au prétexte de menaces étrangères, et y place ses hommes. Il fait venir des Pictes [5] d’Écosse et les place auprès du roi, tout en les traitant somptueusement. Par stratagème, il fait naître chez les Pictes l’idée qu’il serait un meilleur roi que Constant. Constant est assassiné par les Pictes qui le décapitent et offrent sa tête à Vortigern, qui feint la douleur et fait châtier les meurtriers.

Vortigern devient roi et assujettit les seigneurs du royaume. Mais son forfait vient à être su, et les Pictes forment une coalition au royaume d’Alba [6].

Vers 430, une armée étrangère, menée par les frères Hengist et Horsa débarque dans le Kent [7]. Vortigern les prie de venir le rencontrer alors qu’il séjourne à Dorobernia [8]. Hengist lui apprend qu’ils sont originaires de Saxe en Germanie [9], dont ils ont été chassés selon une coutume en cas de surpopulation.

Le roi les questionne sur leur religion, puis leur propose une alliance : en échange de leur aide, il fera leur fortune. Les Saxons acceptent et s’installent à la cour du roi. Les Pictes envahissent le royaume et pillent les terres du nord, Vortigern et ses guerriers se déplacent vers l’ennemi pour une terrifiante bataille. L’aide des Saxons est décisive, les Pictes sont défaits et s’enfuient.

Conformément à sa promesse, le roi donne des terres à Hengist, afin qu’il récompense ses guerriers. Considérant les dangers qui menacent le royaume, le Saxon propose de faire venir d’autres guerriers de Germanie [10]. Le roi accepte et lui accorde le droit de se construire une forteresse, Castrum Corrigiae.

Dix huit navires arrivent de Germanie, pleins de guerriers saxons. Ronwen, la magnifique fille d’Hengist est du voyage. Le Saxon invite le roi dans sa nouvelle résidence, il tombe instantanément amoureux de la jeune fille. Il l’épouse la nuit suivante en échange du territoire du Kent. Ce mariage n’est pas du goût des autres seigneurs, ni de ses trois premiers fils. C’est à cette époque que saint Germain, l’évêque d’Auxerre [11] et saint Loup, évêque de Troyes [12], viennent dans l’île de Bretagne combattre le Pélagianisme [13].

Hengist demande à Vortigern de faire venir son fils Octa et son cousin Ebissa, afin qu’ils défendent les terres proches de l’Écosse. Ce sont 300 navires qui débarquent dans l’île. L’aide de cette puissante armée saxonne permet au roi de battre ses ennemis. Mais les Bretons demandent à Vortigern de se débarrasser des alliés saxons qui terrifient la population. Face à ses réticences, on lui retire la souveraineté et son fils Vortimer est proclamé roi. Ce dernier attaque les Saxons qui sont magistralement battus à quatre reprises et retournent en Germanie.

Le nouveau roi confisque et redistribue les biens des Saxons à son peuple, mais il est empoisonné par Ronwen, l’ancienne reine. Il est inhumé dans la cité de Trinovantum [14]. Vortigern reprend sa place royale et il apprend qu’Hengist, en Germanie, s’apprête à revenir dans l’ile avec 300 000 soldats.

La crainte d’une nouvelle invasion saxonne et la ruse d’Hengist débouche sur la décision d’une réunion à Ambrius. Lors de cette conférence où l’on devait parler de paix, Hengist saisit Vortigern et les Saxons égorgent 460 seigneurs bretons, ils sont enterrés à Kaercaradoc [15].

Il s’ensuit une bataille entre les deux camps, dont les Saxons sortent vainqueurs, non sans dommage. Vortigern est retenu comme otage, on lui laisse la vie et on lui accorde la liberté en échange de l’occupation du royaume. De nombreuses villes sont investies et les habitants massacrés. Le roi se réfugie en Cambrie [16].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britanniae, trad. Laurence Mathey-Maille, Les Belles lettres, coll. « La Roue à livres », Paris, 2004, (ISBN 2-251-33917-5).

Notes

[1] Le Royaume de l’île de Bretagne est une construction littéraire du Moyen Âge qui constitue le cadre de la matière de Bretagne et de la légende arthurienne. Les limites géographiques sont celles de l’actuelle Grande-Bretagne. Selon la légende, il aurait été fondé au 12ème siècle av. jc par Brutus de Bretagne et aurait pris fin au 7ème siècle avec le règne de Cadwaladr.

[2] c’est-à-dire les âges sombres

[3] le Cantium antique

[4] L’Historia regum Britanniae (en français : « Histoire des rois de Bretagne ») est une œuvre rédigée en latin entre 1135 et 1138, par l’écrivain gallois Geoffroy de Monmouth. Le texte présente une histoire légendaire des rois de l’île de Bretagne depuis Brutus, fondateur mythique de la lignée, jusqu’à Cadwaladr. On y trouve la première apparition de personnages marquants tels que Merlin ou Uther Pendragon.

[5] Les Pictes étaient un peuple établi principalement dans les Lowlands de l’Écosse. Les migrations Pictes s’installent entre les différentes vagues de migrations goïdeliques (gaëliques) et gallo-britonniques. Leurs ancêtres seraient venus du continent à la fin de la préhistoire, peut-être au cours du 1er millénaire avant jc. Leur première mention est due à l’orateur breton Eumenius, en 297, ce dernier les cite aux côtés des Hibernii (les Irlandais) comme ennemis des Bretons.

[6] ancien nom de l’Écosse

[7] Le Kent est un royaume anglo-saxon fondé au 5ème siècle par les Jutes dans le sud-est de l’Angleterre. Il correspond approximativement au territoire occupé par le peuple celtique des Cantiaci avant la conquête romaine, et à l’actuel comté de Kent. C’est le premier royaume anglo-saxon converti au christianisme, et il atteint son apogée au début du 7ème siècle sous le roi Æthelberht.

[8] aujourd’hui Cantorbéry

[9] À la suite de la conquête de la Saxe primitive et l’incorporation dans l’Empire carolingien, elle fut administrée par des représentants de la dynastie carolingienne, dont Wala, un cousin de Charlemagne. Les trois régions d’Angrie (avec le territoire des Nordalbingiens), de Westphalie et d’Ostphalie furent érigée en duché de Saxe sous le règne du roi Louis le Germanique sur la Francie orientale après la conclusion du traité de Verdun en 843. La naissance du duché ethnique était associée à l’ascension de la dynastie des Ottoniens (Ludolphides), les descendants du comte Liudolf

[10] La Germanie est le nom donné, dans l’Antiquité, à la région d’Europe centrale séparée du monde romain par le Rhin et le Danube et s’étendant approximativement, à l’est, jusqu’à la Vistule. Le territoire de la Germanie était peuplée par les Celtes avant que divers peuples germaniques ne s’y installent au cours du 1er millénaire av. jc. La Germanie antique ne correspond pas à l’Allemagne actuelle, même si certains territoires importants des unes et des autres peuvent se superposer. Le nom de Germanie est utilisé par les Romains, avec différents qualificatifs, incluant des territoires qui ne sont pas aujourd’hui allemands d’une part, et des contrées actuellement allemandes sans aucune équivoque possible, qui n’étaient pas d’un point de vue administratif en Germanie romaine, d’autre part. Les anciens, depuis le 2ème siècle av. jc jusqu’à l’arrivée massive des peuples slaves au vie siècle, nommaient Germanie l’espace limité au nord par la mer Baltique et la mer du Nord, au sud par les Beskides occidentales et le nord des Alpes, à l’est par la Vistule et à l’ouest par le Rhin.

[11] Le diocèse d’Auxerre est un ancien diocèse de l’Église catholique en France. Érigé vers le milieu du 3ème siècle, il est un des diocèses historiques de la Bourgogne. Son siège était la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre et il était suffragant de l’archidiocèse de Sens. Supprimé en 1801, il n’a pas été rétabli mais, depuis 1823, le titre d’évêque d’Auxerre est relevé par l’archevêque de Sens.

[12] Troyes est une commune française, située dans le département de l’Aube dont elle est la préfecture. Ce n’est qu’en 524, à la suite de la mort du roi d’Orléans qu’elle rejoint l’Austrasie jusqu’en 558, année où Clotaire 1er est proclamé roi des Francs. En 567, la cité de Troyes est placée dans le royaume de Bourgogne. Entre 592 et 613, elle rejoint à nouveau l’Austrasie. À la mort de Clotaire II en 629, la ville dépend de nouveau de la Bourgogne. La ville est contrôlée et pillée par les Sarrasins d’Espagne en 720. La Vita Sancti Fidoti, abbatis Trecensis, vie de Fidolin, captif libéré par Eventinus, un prêtre de Troyes, semble indiquer qu’à cette époque, on y pratique le commerce des esclaves

[13] Le pélagianisme est le courant considéré comme hérétique par l’Église catholique, issu de la doctrine du moine Pélage. Pélage minimisait le rôle de la grâce et exaltait la primauté et l’efficacité de l’effort personnel dans la pratique de la vertu. Il soutenait que l’homme pouvait, par son seul libre arbitre, s’abstenir du péché, niait la nécessité de la grâce, le péché originel, les limbes pour les enfants morts sans baptême. En effet, pour le moine breton les hommes ne doivent pas supporter le péché originel d’Adam dans leurs actions et ne doivent donc pas se rédimer à jamais. Trois conciles s’étaient opposés à cette doctrine : ceux de Carthage, 415 et 417, et celui d’Antioche en 424. Le Concile oecuménique d’Éphèse, en 431, condamna cette hérésie en dépit des correctifs que Pélage inséra dans ses apologies. Le pélagianisme subsista jusqu’au 6ème siècle. Il fut surtout combattu par saint Augustin qui a tout fait pour que Pélage soit excommunié car il le considérait comme un disciple du manichéisme. En 426, l’Église catholique romaine excommunie Pélage.

[14] Trinovantum, selon une légende rapportée par Geoffroy de Monmouth dans son Historia regum Britanniae (1135), serait le nom originel de la ville de Londres.

[15] aujourd’hui Salisbury

[16] La Cambrie est un des anciens noms du Pays de Galles qui a donné l’adjectif cambrien, plus utilisé en français à propos de géologie que pour désigner les habitants du pays. Il faut entendre un pays de Galles antique c’est-à-dire incluant les Cornouailles (ou Domnonée), le Wessex, et l’ouest de la Mercie (le Shropshire en a été détaché tardivement), jusqu’au comté de Cumbria.