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Théodulf d’Orléans

dimanche 13 décembre 2015

Théodulf d’Orléans (vers 755-820/821)

Lettré de l’époque carolingienne-Évêque d’Orléans

Protagoniste de la Renaissance carolingienne [1], Théodulf avait des origines wisigothiques [2]. Il naquit probablement dans le nord-est de l’Espagne en Catalogne. Sa famille s’établit aux alentours de 778 dans la région du Languedoc appelée Septimanie ou Gothie.

Fort cultivé, il devint enseignant, où il fut repéré par Charlemagne. Il fut accueilli à sa cour aux côtés d’autres lettrés comme l’Anglo-saxon Alcuin ou le Lombard Paul Diacre. Il fit partie aussi du groupe de lettrés faisant partie de la trustion [3] de Charlemagne.

La plus importante mission d’État que nous lui connaissions est celle de missus dominicus [4]. En 797, Charlemagne le nomma évêque d’Orléans. Théodulf exerça cette charge jusqu’en 818.

Il fut en même temps, pendant 19 ans et demi, abbé de Fleury [5], abbaye devenue Saint-Benoît-sur-Loire entre août 798 et mai 818.

Il assista au couronnement impérial de Charlemagne en 800, y reçut du pape le pallium [6] et succéda à Alcuin comme conseiller théologique de l’empereur en 804.

Théodulf organisa l’enseignement essentiellement dans l’Orléanais, créant des écoles paroissiales gratuites, des écoles épiscopales pour le niveau secondaire et des écoles monastiques. Il réforma le système d’hospitalisation et établit dans les couvents la règle bénédictine, qui astreignait les moines à la prière et au travail.

Comme Alcuin, il travailla pour Charlemagne à la révision du texte de la version latine alors autorisée de l’Écriture sainte [7]. Il collationna ainsi des manuscrits de la Bible, et, anticipant les méthodes de Loup de Ferrières, utilisa des annotations précises pour distinguer l’origine des différentes leçons. Nous avons conservé au moins six Bibles exécutées sous sa direction.

À Germigny-des-Prés [8], près d’Orléans, Théodulf fit édifier en 806 un oratoire qu’il orna d’une mosaïque absidale d’inspiration byzantine [9] cette chapelle est un des peu nombreux monuments d’époque carolingienne subsistant en France.

Pendant le règne de Charlemagne, la crise iconoclaste ou Querelle des Images, née à Constantinople, connut une longue trêve avant de se rallumer en 813 pour se prolonger jusqu’en 843. C’est Théodulf qui rédigea, vers 793, le long manifeste intitulé “Opus Caroli regis contra synodum” mais souvent appelé “Libri Carolini”, ainsi nommé parce qu’il fut écrit au nom de Charlemagne comme une réponse officielle de la monarchie franque au document venu de l’Empire byzantin à la suite du deuxième concile de Nicée 787 [10].

Dans ce texte, Théodulf, prenant appui sur Aristote et sur sa méthode logique, fustige la pratique de l’adoration des images, considérée comme idolâtre.

Il prend également position dans la controverse du Filioque. il participe en novembre 809 à l’assemblée générale ou plaid ; parfois appelé concile ou synode d’Aix-la-Chapelle, qui affirme la doctrine de la double procession, et il écrit à la demande de Charlemagne, à la même époque, un traité sur le Saint Esprit [11].

Lorsque le roi Bernard d’Italie se révolta contre Louis le Pieux à l’automne 817, Théodulf fut accusé d’intelligence avec le rebelle. La même accusation fut portée contre Adalhard, Wala et Leidrade, mais Théodulf fut traité plus durement que ceux-ci. Il fut déposé de son siège épiscopal et emprisonné en 818 à Angers, probablement à l’abbaye Saint-Aubin [12]. Refusant de recouvrer sa liberté au prix d’un compromis, il demeura dans sa prison monastique, où il mourut.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Alejandra de Riquer, Teodulfo de Orléans y la epístola poética en la literatura carolingia. Barcelona, Real Academia de Buenas Letras, 1994.

Notes

[1] La renaissance carolingienne est une période de renouveau de la culture et des études en Occident sous les empereurs carolingiens, aux 8ème et 9ème siècles. La renaissance carolingienne, première période de renouveau culturel majeur au Moyen Âge à l’échelle de l’Occident, est une période d’importants progrès intellectuels, notamment grâce à la redécouverte de la langue latine, à la sauvegarde de nombreux auteurs classiques, et à la promotion des arts libéraux. Cette renaissance carolingienne est cependant nuancée par les historiens actuels car elle présuppose qu’il y a eu effondrement de la culture entre l’époque romaine et l’époque carolingienne, le Haut Moyen Âge, qualifié d’« Âge sombre », étant en effet réhabilité.

[2] Les Wisigoths ou Tervinges étaient un peuple germanique issu des Goths. Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s’installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l’Empire romain, alors que les Ostrogoths s’installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l’ouest dès 376 et vécurent au sein de l’Empire romain d’Occident, en Hispanie et en Aquitaine.

[3] groupe auquel les Romantiques ont donné abusivement le nom d’Académie palatine

[4] Les missi dominici, sont un organe et une charge institués en 789 et renouvelés en 802 par le pouvoir carolingien. Les missi sont des envoyés spéciaux des souverains carolingiens qui contrôlent les représentants du pouvoir royal au niveau local. Ils permettent au souverain de hiérarchiser son administration, de centraliser le pouvoir et sont l’expression d’une idéologie proprement impériale.

[5] L’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, appelée également abbaye de Fleury, est une abbaye bénédictine située dans la ville de Saint-Benoît-sur-Loire dans le Loiret, près de la rive nord de la Loire, dans le Val de Loire et plus précisément dans la partie est de cette vallée. Sous l’épiscopat de Leodegarius, évêque d’Orléans, l’abbé de la collégiale Saint-Aignan d’Orléans Léodebold souhaite introduire la règle de saint Benoît dans son abbaye. Devant le refus de ses moines, il décida de fonder une nouvelle abbaye. Pour cela il échangea avec le roi Clovis II et grâce à l’appui de son épouse Bathilde une propriété qu’il possédait avec la villa gallo-romaine de Floriacum près d’Orléans et des bords de la Loire. L’année même de son échange, en 651, il envoya des religieux, dont probablement Liébaut et Rigomaire les futurs premiers abbés, pour fonder la nouvelle abbaye. Ils utilisent probablement au début les anciennes constructions de cette possession royale. Un des oratoires fondé est consacré à saint Pierre, l’autre à la Vierge Marie.

[6] Le pallium est un ornement liturgique catholique dont le port, sur la chasuble, est réservé au pape, aux primats, aux archevêques métropolitains et à quelques rares évêques, pendant la célébration de la messe. Il vient du latin pallium qui signifie manteau.

[7] la Vulgate

[8] Germigny-des-Prés est une commune française située dans le département du Loiret. Germigny-des-Prés est particulièrement connu des historiens et des archéologues pour posséder l’une des plus anciennes églises de France, rare exemple du style architectural carolingien.

[9] unique exemple en France, représentant l’Arche d’alliance entre deux chérubins, symbole remplaçant une représentation de Dieu dans une optique qui est aussi celle des Libri Carolini

[10] Le deuxième concile de Nicée est un concile œcuménique qui eut lieu en 787. Convoqué par l’impératrice Irène, il avait pour objectif de mettre un terme au conflit politico-religieux provoqué par l’iconoclasme. Le concile a affirmé la nécessité de vénérer les images et les reliques : l’honneur n’est pas rendu aux images, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne qu’elles représentent.

[11] De spiritu sancto

[12] L’abbaye Saint-Aubin est une ancienne abbaye située à Angers qui a été fondée au vie ou viie siècle et qui a été dispersée à la Révolution française.

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