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Publius Cornelius Dolabella

vendredi 13 novembre 2015

Publius Cornelius Dolabella (70 av.jc-43 av. jc)

Homme politique de la fin de la République romaine

Gendre de Cicéron, il est consul suffect [1] en 44 av. jc aux côtés de Marc Antoine après l’assassinat de Jules César.

Issu de l’illustre gens Cornelia, de la branche patricienne des Dolabella, il est le fils de Publius Cornelius Dolabella, préteur en 69 av. jc. Il est issu de la jeunesse dorée de Rome à l’instar de Marc Antoine, Clodius Pulcher ou Curion.

Marié deux fois, d’abord à Fabia puis, après un divorce, il épouse en l’an 50 av. jc Tullia , fille de Cicéron, qui est plus âgée que lui. Cicéron préparait un troisième mariage pour sa fille lorsque celle-ci décide d’épouser Dolabella. Toutefois, Dolabella reste volage et dilapide la dot de son épouse. Tullia et Dollabella divorcent donc en octobre ou novembre 46 av. jc.

En 52 av. jc, il accuse Appius Claudius Pulcher , consul en 54 av. jc, d’avoir attenté à la souveraineté du peuple romain. Pendant le procès, son épouse Fabia le quitte, apprenant ses manœuvres pour épouser Tullia. Il espérait ainsi que l’orateur ne défendrait pas Appius. Celui-ci sera acquitté lors de son procès.

En 51 av. jc, il se fait élire au collège des Quindecemviri sacris faciundis [2], face à Lucius Cornelius Lentulus Crus .

En 49 av. jc, criblé de dettes, il rejoint le camp de César. Il commande la flotte de l’Adriatique, mais il est incapable de la moindre action de conséquence et il est chassé de Dalmatie [3] par Marcus Octavius et Lucius Scribonius Libo , deux généraux pompéiens, qui capturent alors Caius Antonius , frère d’Antoine, piégé sur une île dalmate. Il prend part à la bataille de Pharsale [4] et retourne ensuite à Rome, espérant des remerciements financiers de la part de César, ou des proscriptions comme celles de Sylla, en vain.

Il est élu tribun de la plèbe pour l’année 47 av. jc. Il tente de faire passer une loi d’abolition des dettes et de remise des loyers en dépit d’un décret du Sénat consacrant un statu quo jusqu’au retour de César, ce dernier n’ayant jamais envisagé d’annuler purement et simplement les dettes. Certains de ces collègues s’opposent violemment à la loi et la situation dégénère en émeutes.

Marc Antoine, alors maître de cavalerie [5] de César et premier magistrat à Rome en l’absence du dictateur, s’oppose à lui et le jour du vote, une émeute tourne au bain de sang où Dolabella faillit être tué. De plus, Antonia Hybrida Minor, épouse d’Antoine, aurait eu une liaison avec Dolabella, ce qui provoquerait le divorce du couple. La paix ne revient qu’à l’automne, au retour de César.

Le dictateur juge prudent de ne pas punir Dolabella et l’emmène avec lui en Afrique, puis en Hispanie [6]. Il participe aux batailles de Thapsus [7] et de Munda [8], où il est blessé.

César lui promet alors le consulat à son retour à Rome, avant de changer d’avis et de se faire nommer consul unique. Il lui promet ensuite le consulat suffect, dès son départ pour l’Orient. Le jour de sa nomination, Antoine, qui est aussi augure [9], invoque des signes défavorables.

Aux Ides de mars en 44 av. jc, Dolabella s’empare de manière anticipée des faisceaux et des insignes consulaires qui lui étaient promis. Il fait mine d’approuver le meurtre de César et se joint aux tyrannicides. Il obtient d’eux le consulat laissé vacant par la mort du dictateur, à seulement 26 ans. Antoine est contraint de l’accepter comme collègue.

Antoine fait confirmer par le peuple les actes de César et fait abolir la dictature. Il fait aussi ratifier un grand nombre de projets de loi qu’il déclare avoir trouvé dans les papiers de César. Cela lui assure une belle popularité. Entre autres, avec Dolabella, il fait bénéficier aux citoyens pauvres des distributions de terres, il fait prévoir une troisième catégories de juges aux tribunaux qui doivent être recrutés parmi les centurions et permet aux condamnés pour emploi de la force, lèse-majesté, falsifications et faux témoignages de faire appel au peuple. Sous le nom de César, il fait rappeler des exilés et concède la citoyenneté romaine aux Siciliens.

Dolabella se voit accorder la province de Syrie pour l’année suivante avec le commandement de la guerre contre les Parthes [10].

Avant de rejoindre la Syrie détenue par Cassius, il passe par la Grèce, la Macédoine, la Thrace et l’Asie, qu’il pille. Caius Trebonius , un tyrannicide, lui ferme les portes de Smyrne [11], mais lui envoie des provisions. Dolabella lui tend alors un piège et le fait exécuter. Il livre ensuite la ville au pillage. Quand ses exactions sont connues à Rome, le Sénat le déclare ennemi public. Au même moment, Cassius marche sur l’Asie, à la rencontre de Dolabella.

Après quelques batailles, Dolabella se retrouve enfermé dans Laodicée, en Cilicie [12], et demande à l’un de ses soldats de lui donner la mort pour ne pas tomber aux mains de ses ennemis. Il avait vingt-sept ans.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean-Michel Roddaz dans François Hinard (dir.), Histoire romaine des origines à Auguste,‎ 2000

Notes

[1] remplaçant en cours de mandat

[2] Les viri sacris faciundis formaient l’un des quatre collèges majeurs de prêtres de Rome. Leur nombre et leur nom évolua au cours de l’histoire. Ils forment un collège de prêtres chargés de conserver et de consulter les Livres sibyllins. À travers leurs interventions durant les différentes crises religieuses de la République, ils jouèrent un rôle important dans l’introduction officielle de cultes étrangers (Sacra peregrina), comme celui d’Esculape ou de Cybèle, ainsi que dans l’introduction de rituels nouveaux tel que les lectisternes et les jeux (ludi) dans le culte officiel de Rome. Sous l’empire, leur rôle change et ils sont chargés de l’organisation des jeux séculaires et du contrôle des cultes étrangers.

[3] La Dalmatie est une région littorale de la Croatie, ainsi que le Monténégro, le long de la mer Adriatique et comprenant historiquement l’Herzégovine et la Bosnie.

[4] La bataille de Pharsale est un affrontement se déroulant en Thessalie, près de la ville du même nom, le 9 août 48 av. jc, pendant la guerre civile romaine. Il oppose les troupes de César à celles de Pompée. En gagnant cette bataille avec des troupes très inférieures en nombre, Jules César prit un avantage décisif sur le camp adverse.

[5] Le maître de cavalerie est, durant la République romaine, le chef d’état-major du dictateur romain. À partir du 1er siècle av. jc, le titre est utilisé par l’armée romaine comme titre honorifique.

[6] L’Hispanie est le nom donné par les Romains à la péninsule Ibérique. Depuis le 15ème siècle l’Hispanie est l’hôte des États modernes espagnol et portugais.

[7] La bataille de Thapsus se déroule le 6 avril 46 av. jc près de Thapsus (aujourd’hui Ras Dimass, en Tunisie). L’armée du parti conservateur (les Optimates), conduite par Metellus Scipion et de son allié Juba 1er de Numidie, se bat contre les forces de Jules César, qui finissent par avoir le dessus. Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu.

[8] La bataille de Munda se déroula le 17 mars 45 av. jc dans les plaines de Munda, dans le sud de l’Espagne. Ce fut la dernière bataille qui opposa Jules César aux partisans de la République. Après la victoire et la mort de Titus Labienus et Pompée le Jeune (le fils de Pompée le Grand), César put revenir à Rome et gouverna avec le titre de dictateur. Son assassinat marqua le début du processus qui mena à la fin de la république. Son petit-neveu, Octave, devint le premier empereur romain.

[9] L‘augure est, dans la religion romaine, un prêtre chargé d’interpréter les phénomènes naturels considérés comme des présages. Les augures étaient les interprètes des volontés de Jupiter, maître des signes ; il était hors de question de partir à la guerre, de choisir l’emplacement d’un temple, de désigner un homme pour une fonction politique, sans consulter les augures.

[10] L’Empire parthe (247 av. jc-224 ap. jc), également appelé Empire arsacide, est une importante puissance politique et culturelle iranienne dans la Perse antique.

[11] Izmir, anciennement Smyrne, est le deuxième plus grand port de Turquie (après İstanbul). Elle est située sur la mer Égée près du golfe d’Izmir.

[12] La Cilicie est une région historique d’Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située aujourd’hui en Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l’ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie. Elle correspond approximativement aujourd’hui à la province turque d’Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.