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L’histoire pour le plaisir

Gozlin

mercredi 30 septembre 2015, par ljallamion

Gozlin (834-886)

Évêque de Paris

Paris encerclé sur l'île de la cité par 700 navires viking et 25 000 hommesMembre de la famille des Rorgonides [1], défenseur de la cité contre les Normands en 885. fils de Rorgon 1er du Maine, comte du Maine [2]. Devenu moine en 848, il entra à l’abbaye Saint-Remi de Reims [3], puis devint abbé successivement de Saint-Maur de Glanfeuil [4], de Jumièges [5], de Saint-Amand [6], de Saint-Germain-des-Prés [7] et de Saint-Denis [8].

Comme beaucoup de prélats de son temps, il participa activement à la lutte contre les Vikings. Fait prisonnier avec son demi-frère Louis (abbé de Saint-Denis) en 858, il fut libéré après le paiement d’une lourde rançon. De 855 à 867, il travailla par intermittence, puis de 867 à 881 de façon plus régulière, comme chancelier [9] de Charles II le Chauve et de ses successeurs.

En 877, à la mort du roi, Gozlin prend la tête d’un parti contre le fils de Charles II le Chauve et héritier légitime, Louis II le Bègue et son fils Louis III. Il veut que ce soit Louis le Jeune, fils de Louis le Germanique qui prenne la succession, mais ses intrigues n’aboutissent pas.

En 883 ou 884, il fut élu évêque de Paris. Il fut chancelier de Carloman II et contribua à la nomination d’Eudes, fils de Robert le Fort, comme comte de Paris.

Percevant les dangers auxquels la cité pouvait être exposée en cas d’attaque des Vikings, il planifia et dirigea le renforcement des défenses, tout en s’en remettant à la protection des reliques de saint Germain et de sainte Geneviève. Lorsque l’attaque eut lieu, le 26 novembre 885, la défense de la cité contre le siège entrepris par les Vikings lui fut confiée, ainsi qu’à Eudes, Hugues et Ebble, neveu de Goslin et abbé de Saint-Germain d’Auxerre. La lutte pour le Grand-Pont l’actuel pont au Change [10] dura deux jours. Goslin contraignit les Normands à renoncer à l’assaut en réparant la destruction de la tour en bois pendant la nuit.

Le siège se poursuivit un peu plus d’un an, alors que l’empereur Charles III le Gros se trouvait en Italie. Tandis que l’on négociait les prémices de la paix, Gozlin mourut le 16 avril 886, tué par la peste qui faisait rage dans la cité.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Amaury Duval, L’Évêque Gozlin ou le Siège de Paris par les Normands. Chronique du ixe siècle, roman, 2 volumes, 1832.

Notes

[1] Les Rorgonides sont une famille de la noblesse franque dont plusieurs membres se prénommèrent Rorgon (ou Roricon).

[2] La province doit son nom au peuple gaulois des Cénomans. Le terme « Maine » est encore utilisé aujourd’hui par plusieurs institutions et entreprises, principalement dans la Sarthe, comme le quotidien Le Maine libre, l’Université du Maine, France Bleu Maine et le Parc naturel régional Normandie-Maine. Le Maine couvre approximativement 10 000 km²

[3] Vers 760, l’abbé Jean Turpin fonde l’abbaye Saint-Remi et y installe une communauté religieuse bénédictine qui y restera jusqu’à la Révolution française.

[4] L’abbaye est située dans le département français du Maine-et-Loire, sur la commune du Thoureil.

[5] L’abbaye Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime) fut fondée par saint Philibert, fils d’un comte franc de Vasconie vers 654 sur un domaine du fisc royal à Jumièges.

[6] L’abbaye de Saint-Amand, initialement abbaye d’Elnon, installée à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), fut en activité de 639 à 1790. Elle fut dès le 9ème siècle un centre culturel important, avec une bibliothèque et un scriptorium de production de manuscrits, tels que la Bible de Charles Le Chauve, et des écolâtres célèbres tels que Milon (mort en 872) et Hucbald (mort en 930). L’abbaye est fondée sur un vaste terrain au confluent de la Scarpe et de l’Elnon, dans la forêt de Vicoigne, par le moine Amand de Maastricht vers l’an 633-639, sous le patronage de Dagobert 1er. En 679 saint Amand de Maastricht y meurt. Elle conserve longtemps le nom d’Elnon avant de prendre le nom de Saint-Amand, en mémoire de son fondateur. L’abbaye, outre un travail de défrichage et d’aménagement des environs, devient un foyer d’études majeur de la renaissance carolingienne. Milon de Saint-Amand, auteur d’une Vie de saint Amand, y est notamment actif. Anéantie par les Normands à la fin du 9ème siècle, l’abbaye est entièrement rebâtie au 17ème siècle, par l’abbé Nicolas du Bois.

[7] L’abbaye Saint-Germain-des-Prés est une ancienne abbaye bénédictine de Paris, située dans l’actuel 6ème arrondissement, fondée au milieu du 6ème siècle par le roi mérovingien Childebert 1er et l’évêque de Paris, saint Germain sous le vocable de Saint-Vincent et Sainte-Croix. C’est une abbaye royale, qui bénéficie donc d’une exemption et est directement soumise au pape. La première église abbatiale est consacrée le 23 avril 558 à la sainte Croix et à saint Vincent de Saragosse. Cette basilique possède des colonnes de marbre, un plafond lambrissé et des fenêtres vitrées. Elle est nécropole royale jusqu’à la création de celle de la basilique Saint-Denis, et les reliques de saint Germain y sont vénérées, mais plus aucune sépulture médiévale ne subsiste à ce jour, et les reliques se sont considérablement amoindries. L’église est rebâtie par l’abbé Morard, à partir de la fin du 10ème siècle. Les quatre premiers niveaux du clocher occidental, la nef et le transept de l’église actuelle remontent à cette époque, et l’on peut notamment y voir d’intéressants chapiteaux d’autour de l’an mil. Le chœur actuel est construit au milieu du 12ème siècle dans le style gothique primitif, et consacré par le pape Alexandre III le 21 avril 1163. C’est l’un des premiers édifices gothiques, qui contribue à la diffusion de ce nouveau style et est de toute première importance sur le plan archéologique. Les bâtiments conventuels sont reconstruits successivement au cours du 13ème siècle, et une chapelle abbatiale inspirée par la Sainte-Chapelle est édifiée par l’architecte Pierre de Montreuil et dédiée à la Vierge ; l’ensemble est malheureusement démoli au début du 19ème siècle. L’instauration de la réforme mauriste en 1630 fait de l’abbaye un centre de l’érudition d’un grand rayonnement. Mais la Révolution impose la suppression de la totalité des abbayes, et pour Saint-Germain-des-Prés, la fin survient le 13 février 1792. L’église devient bientôt une manufacture de salpêtre, et le culte n’y est rétabli que le 29 avril 1803.

[8] L’ancienne abbaye royale de Saint-Denis est associée à l’histoire du monde des Francs. L’église abbatiale a été dénommée « basilique » dès l’époque mérovingienne. L’église s’élève sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis martyrisé vers 250. Le transept de l’église abbatiale, d’une ampleur exceptionnelle, fut destiné à accueillir les tombeaux royaux. Elle est ainsi la nécropole des rois de France depuis les Robertiens et Capétiens directs, même si plusieurs rois mérovingiens puis carolingiens avaient choisi avant eux d’y reposer.

[9] Sous les Carolingiens, le chancelier dirigeait les clercs et secrétaires du palais chargés de rédiger les actes officiels (diplômes, capitulaires). Cet office fut créé par Pépin le Bref, qui choisit en 757 Badilon. Les successeurs de Badilon étaient presque exclusivement des clercs francs, dont un bâtard et un petit-fils de Charlemagne puis, à partir du 10ème siècle l’office échut systématiquement à l’archevêque de Reims. Les fonctions de chancellerie consistent à mettre en forme d’acte rédigé les décisions royales. Elles sont assurées par des scribes (notarii ou cancellarii). À l’époque mérovingienne, il s’agissait d’un personnel laïc placé sous l’autorité des référendaires, dont l’un apposait le sceau authentifiant les actes. Sous les Carolingiens, le personnel devint ecclésiastique, car seuls les clercs religieux connaissaient la nouvelle langue légale, le latin. On les recrutait dans la chapelle du roi, et leur supérieur, le chapelain, devenait de facto le chancelier, chargé lui-même d’apposer le sceau. À la mort du dernier chancelier carolingien, Adalbéron de Reims, le premier roi capétien, Hugues Capet, ne nomma plus de chancelier. Le chef de la chancellerie du royaume de France portera désormais le titre de chancelier de France. Avec l’avènement des Ottoniens en 962, la Francie orientale céda le pas au Saint Empire romain germanique, qui devait en principe réunir sous une même autorité les trois royaumes de Germanie, d’Italie et de Bourgogne, mais la nouvelle fonction d’archichancelier, qui prenait le relais de la chancellerie carolingienne, ne se formalisa véritablement qu’avec l’évêque Willigis de Mayence : désormais, cette fonction allait échoir aux archevêques de Mayence.

[10] Le pont au Change est un pont parisien sur la Seine. Il relie l’île de la Cité depuis le palais de Justice, la Conciergerie et le Tribunal de commerce, à la rive droite au niveau du théâtre du Châtelet. Il se situe sur la limite entre les 1er et 4ème arrondissements de Paris.