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Marcus Sedatius Severianus

mercredi 29 juillet 2015, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 7 août 2011).

Marcus Sedatius Severianus (vers 105-161)

Sénateur, consul et général romain

Ruines du forum de la colonie romaine de Sarmizegetusa dont Severianus fut le patron.D’origine gauloise dans la cité Pictave [1] de Lemonum [2]. Sa carrière le mena jusqu’au consulat suffect [3] et au gouvernement d’une province consulaire. Il avait su faire reconnaître ses mérites, et avait sans doute aussi d’importants appuis. Son entrée au sénat illustre le mouvement séculaire d’ouverture de ce dernier aux provinciaux, mouvement amorcé sous César et Auguste, accéléré sous Claude et Néron, et qui pris une véritable ampleur à l’époque antonine, les Italiens ne cessant néanmoins d’être majoritaires qu’à l’époque sévérienne. Mais après l’arrivée précoce d’Espagnols et de Narbonnais, l’ouverture se manifeste plus par la présence d’Africains et de personnages originaires de la partie hellénophone de l’empire. On sait cependant que dès Claude, il y eut des sénateurs originaires des 3 Gaules.

Sa carrière n’a pas toutefois l’éclat et la rapidité des cursus de patriciens ou de sénateurs plus prestigieux. Elle se distingue cependant par ses liens avec l’oracle de Glycon [4] tandis que sa fin illustre les difficultés militaires de l’Empire à partir du règne de Marc Aurèle.

Le premier poste connu de sa carrière sénatoriale est la questure qu’il effectue en Sicile. Il n’intègre donc peut-être l’ordre sénatorial qu’assez tardivement, durant le règne d’Hadrien. Au début des années 140, il figure comme patron de plusieurs corporations d’Ostie et obtient le tribunat de la plèbe qu’il exerce à Rome. Il est alors aussi le patron d’une cité gauloise, sans doute celle des Cadurques [5].

Puis il gère la préture, ce qui lui permet d’exercer diverses fonctions sous les ordres de l’empereur. Il est d’abord légat de la légion V Macedonica qui tient alors sa garnison à Troesmis [6] en Mésie inférieure [7]. Puis il est chargé de la curatelle de la via Flaminia [8]. Enfin il reçoit le gouvernement de la province de Dacie Apulensis [9], ce qui le place aussi à la tête de la légion XIII Gemina.

Alors qu’il est en charge de la province de Cappadoce [10] à la fin des années 150, il doit mener une guerre contre le roi parthe [11] Vologèse IV afin de défendre le royaume d’Arménie. En 161, il est défait à Elegeia [12] où il meurt.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Yves Burnand, Primores Galliarum II – Prosopographie, collection Latomus, 302, Bruxelles, 2006

Notes

[1] Le territoire Picton s étendait, avant la conquête romaine sur les départements actuels de la Vienne et des Deux-Sèvres, c’est-à-dire le Haut Poitou. La capitale des Pictons était Lemonum, nom celtique de l’actuelle Poitiers. Lemonum était un oppidum situé sur un vaste promontoire au confluent du Clain et de la Boivre. Juste avant la conquête romaine, il apparaît que l’État Picton était organisé autour de l’ancien système celtique royal, et non d’un vergobret. Duratios était roi des Pictons lors de la conquête, mais son pouvoir semblait limité par celui des chefs de guerre pictons.

[2] Poitiers

[3] Parfois, un consul décède ou démissionne avant la fin de son mandat de douze mois. Le consul restant rétablit la collégialité par l’élection intermédiaire si le délai restant le permet ou par la désignation directe d’un consul suffectus (du participe passé du verbe sufficere, « remplacer »). Ce consul entre en fonction immédiatement, il a les mêmes privilèges et les mêmes pouvoirs que le consul remplacé mais il n’est en charge que pour la durée du mandat qui reste à couvrir. Enfin, le consul suffect ne donne pas son nom à l’année, à l’inverse du consul dit ordinaire

[4] Glycon est une divinité serpent romaine, adoré dans la ville d’Abonotichos, en Paphlagonie, sous le règne d’Antonin le Pieux. La principale mention de son existence est faite par le satiriste grec Lucien, qui a consacré un traité, Alexandre ou le faux prophète, contre le prophète grec Alexandre d’Abonuteichos qui avait fondé le culte de cette divinité et que Lucien accusait d’imposture. Le culte de Glycon n’est pas le simple produit de l’imagination fertile de Lucien : il existe de solides preuves archéologiques de son existence. Il provient probablement de Macédoine, où la vénération de dieux serpents était habituelle depuis des siècles. Les Macédoniens donnaient en effet aux serpents des pouvoirs en matière de fertilité, et avaient développé une mythologie riche à ce sujet (la fécondation d’Olympias par Zeus métamorphosé en serpent en est un exemple).

[5] Cahors

[6] Troesmis, était une cité antique de Mésie, située aujourd’hui à Iglita dans la commune de Turcoaia, dans la Dobroudja en Roumanie. Troesmis abrita le camp de la légion V Macedonica de 106 à 162.

[7] La Mésie est une contrée balkanique de l’Europe ancienne, entre le Danube et la Macédoine. Elle recouvre un territoire inclus dans le nord de l’actuelle Bulgarie, l’actuelle Serbie et une petite partie de la Roumanie. Initialement peuplée par les Thraces, la région accueille à partir du 8ème siècle av. jc des colons grecs qui s’installent sur le littoral. Au 1er siècle av. jc, les Romains, maîtres de la zone, y fondent la province de Mésie, qui fera partiellement partie de l’empire d’Orient par la suite.

[8] La via Flaminia ou voie Flaminienne menait de Rome à Spoletium (aujourd’hui Spolète) ou Narni. Cette route militaire fut prolongée à partir de 220 av.jc pour atteindre Ariminum (aujourd’hui Rimini) en traversant l’Ombrie, sur décision du censeur Caius Flaminius Nepos qui lui laissa son nom.

[9] La Dacie Trajanne, ou Dacie romaine, était une province de l’Empire romain. Elle était connue dans l’Empire romain sous le nom de Dacia felix (la Dacie heureuse). Elle fait partie de la Dacie colonisée par les Romains de 106 à 256. Le règne de Marc Aurèle amena une importante réforme administrative. Les trois provinces furent réunies sous la direction d’un légat de rang consulaire, cette nouvelle province étant nommée province des Trois Dacies (tres Daciæ). Les trois anciennes provinces subsistèrent cependant comme des subdivisions du nouvel ensemble, mais certaines changèrent de nom. La Dacie supérieure devint Dacie Apulensis d’après Apulum et la Dacie inférieure devint Malvensis"d’après Malva, site longtemps inconnu et controversé, mais désormais fixé avec certitude à Romula.

[10] La région historique de Cappadoce se trouve au centre de l’Anatolie, en Turquie.

[11] La Parthie est une région située au nord-est du plateau iranien, ancienne satrapie de l’empire des Achéménides, berceau de l’Empire parthe qui contrôle le plateau iranien et par intermittence la Mésopotamie entre 190 av.jc et 224 de notre ère. Les frontières de la Parthie sont la chaîne montagneuse du Kopet-Dag au nord, aujourd’hui la frontière entre Iran et Turkménistan, et le désert du Dasht-e Kavir au sud. À l’ouest se trouve la Médie, au nord-ouest l’Hyrcanie, au nord-est la Margiane et au sud-est l’Arie. Cette région est fertile et bien irriguée pendant l’antiquité, et compte aussi de grandes forêts à cette époque.

[12] Elegeia était une ville de l’Arménie antique située dans la région d’Erzurum en Anatolie ; plusieurs des épisodes importants des rapports entre Rome, l’Arménie et les Parthes s’y déroulèrent. C’est à Elegeia qu’à la fin de 161 Marcus Sedatius Severianus fut défait par l’armée parthe de Vologèse IV.