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L’histoire pour le plaisir

Jean Hey

dimanche 6 juin 2021, par ljallamion

Jean Hey

Peintre, dessinateur de cartons et enlumineur français actif entre 1475 et 1505

D’origine flamande [1], il travaille successivement à la cour de Charles II de Bourbon puis de Pierre II de Bourbon.

Hey est un des plus grands peintres de la fin du 15ème et du début du 16ème siècle. Son style, influencé par Hugo van der Goes et Jean Fouquet, se modifie pour participer de l’évolution de la peinture religieuse et de portrait de son temps. Il est désormais reconnu avec certitude comme étant “le Maître de Moulins”.

Il semble être formé à Gand [2] au début des années 1470 par Hugo van der Goes. De ce peintre, il est proche par la technique. Ce rapprochement est fait à l’aide d’un des premiers tableaux de Hey : la Nativité avec le cardinal Jean Rollin. Son paysage ressemble à celui du volet du triptyque d’Hippolyte Berthioz de Poligny réalisé par Van Goes après 1475.

Jean Hey s’impose comme un des grands peintres en France du 15ème siècle, à une époque où les artistes proprement français exécutent peu de tableaux. La plupart rayonnent dans d’autres arts et, malgré Jean Fouquet qui produit surtout des portraits miniatures, Jean Hey est une exception en France à son époque. Sa personnalité est encore mal connue.

Il est actif essentiellement sous le règne de Louis XI. Sa production se situe surtout dans le Bourbonnais [3] et à Lyon [4]. Cet artiste flamand fait partie d’une cohorte de peintres et sculpteurs d’origine nordique attirés par le rayonnement de la cour de France et venant chercher protection pour vivre de leur art. Mais Jean Hey est l’un des rares, avec Nicolas Halins dit Nicolas le Flamand, à connaître le succès

Il est désigné comme un proche de l’archevêque Charles de Bourbon. On ne sait si ce dernier l’a recruté en Flandres ou à la cour de Jean Rolin. Il réalisa pour ce dernier un triptyque le représentant et une Nativité probablement destinée à la chapelle Notre-Dame de la cathédrale d’Autun [5]. Ce panneau est exécuté vers 1480. Il exécute toujours à cette époque le diptyque de dévotion dit du Saint Soldat et donateur peut-être pour un proche de Charles de Bourbon.

En 1482, Charles de Bourbon le nomme procureur des pauvres du Christ à Lyon [6]. Il délègue cette charge au plus vite à un notaire pour se consacrer à son art en tant que peintre officiel de son protecteur, cet office étant uniquement un moyen pour l’archevêque de rétribuer l’artiste. La mention dans la pièce du chapitre cathédral de 1488 le désigne comme peintre de Charles de Bourbon, et indique qu’il est, le jour même de la mort de l’archevêque, démis de sa charge de procureur des pauvres par les chanoines.

Il entre ensuite au service de Pierre II de Bourbon et, résidant à Moulins [7], travaille aux vitraux de la cathédrale Notre-Dame. On lui doit le vitrail des Popillon. À la même époque, il exécute plusieurs œuvres pour des personnes de la cour des Bourbons.

En 1490, il peint le portrait de Marguerite d’Autriche. En 1492-1493, il réalise le triptyque mettant en scène Pierre II de Bourbon, son épouse Anne de France et sa fille Suzanne, entourés de Saint-Pierre et Jean l’évangéliste.

En 1494, Jean Hey peint pour le trésorier des Bourbons un homme de douleur : “Ecce Homo”. C’est en décembre de la même année qu’il réalise le portrait du jeune Charles-Orland, fils de Charles VIII et d’Anne de Bretagne.

À cette époque, il réalise un frontispice pour le manuscrit“ Les statuts de l’ordre de Saint-Michel” que Pierre de Bourbon offre au roi de France. Il peint toujours à cette même époque un diptyque dont le volet gauche représente Madeleine de Bourgogne, épouse du chambellan des Bourbons : Bompar de Laage.

Jean Hey est également l’inventeur de trois statues de saint Pierre,sainte Anne et sainte Suzanne dite Suzanne de Rome , réalisées par Jean de Chartres , au tournant de l’année 1500. Les patrons des statues n’ont pas été conservés mais leur très grande ressemblance avec les figures du triptyque de la Vierge réalisé pour la cathédrale de Moulins en 1498-1499 permet de les lui attribuer.

Il semble également avoir produit les dessins destinés à la réalisation d’un bas-relief destiné à un tombeau représentant “La dormition de la Vierge”.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Yves Bottineau-Fuchs, Peindre en France au xve siècle, Paris, Actes Sud, 2006, 330 p. (ISBN 2-7427-6234-5)

Notes

[1] Le comté est tenu par la Maison de Flandre de 863 jusqu’à la mort de la dernière comtesse, Marguerite de Constantinople, en 1280, puis par la Maison de Dampierre Flandre, puis devenu l’une des possessions de la Maison capétienne de Bourgogne en 1385, devint alors l’un des principaux centres des États bourguignons. Après la Guerre de succession de Bourgogne il fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut finalement détaché du royaume de France par le Traité de Madrid en 1526 en faveur des Habsbourg d’Espagne. Louis XIV en reconquit une partie sur les Espagnols. Le comté cessa d’exister en 1795 après la conquête des Pays-Bas autrichiens par les Français. Le territoire de ce comté correspond approximativement aux provinces belges actuelles de Flandre-Occidentale et de Flandre-Orientale, à l’ouest de la province de Hainaut (arrondissements de Tournai et Mouscron), plus la partie de la province d’Anvers située à l’ouest de l’Escaut, la Flandre zélandaise et la région historique de Flandre française (région de Lille, Dunkerque, Hazebrouck, Douai,…).

[2] Gand est une ville belge néerlandophone, située en Région flamande au confluent de la Lys et de l’Escaut. C’est le chef-lieu de la province de Flandre-Orientale et depuis 1559 le siège de l’évêché de Gand. Capitale de l’ancien comté de Flandre, grande cité drapière et commerçante, puis ville natale de Charles Quint, elle connut à partir du 12ème siècle, et plus encore du 14ème au 16ème siècle, une période de floraison tant économique que culturelle. En 1500, Jeanne de Castille y donna naissance à Charles Quint, futur empereur romain germanique et roi d’Espagne. Quoique natif de Gand, celui-ci prit des mesures brutales pour réprimer la révolte de Gand en 1539, exigeant que les notables de la ville défilent pieds nus avec une corde autour du cou : depuis cette époque, les Gantois sont surnommés Stroppendragers (les « garrotés »). La congrégation de Saint-Bavon fut dissoute, son monastère rasé et remplacé par une caserne ducale. Seuls quelques édifices de l’ancienne abbaye échappèrent à la démolition. La fin du 16ème et le début du 17ème siècle se traduisirent par des bouleversements liés à la guerre de Quatre-Vingts Ans. Face à la menace des troupes espagnoles, des états généraux des Dix-Sept Provinces se tiennent à Gand en 1576. Il en résulte un acte de pacification qui affirme l’autonomie nationale contre les ministres et les troupes espagnoles. Don Juan d’Autriche est obligé d’accepter la pacification de Gand. Cependant, la minorité calviniste, organisée en un parti d’une grande efficacité, s’empare du pouvoir par la force. En 1577, les calvinistes s’appuient sur le programme du prince d’Orange qui promet la restauration des libertés communales. Les vieilles magistratures municipales retrouvèrent leurs prérogatives, les chartes confisquées réapparurent et les métiers siégèrent derechef à la Collace. Gand est pour un temps une république calviniste. Mais bientôt les Espagnols, conduits par Alexandre Farnèse, reprirent la ville, la convertissant définitivement au catholicisme. Les conflits de la guerre de Quatre-Vingts Ans mirent un terme au rayonnement international de Gand. La ville est prise en 1678 par Vauban

[3] Le duché de Bourbon plus communément nommé Bourbonnais est une région historique et culturelle française. Cette ancienne province a pour chef-lieu Moulins et son territoire correspond approximativement au département de l’Allier, mais certaines portions se trouvent réparties dans des départements voisins, comme le Puy-de-Dôme et le Cher (arrondissement de Saint-Amand-Montrond). La province comme la famille doit son nom à la ville de Bourbon-l’Archambault, qui est le berceau de la première Maison de Bourbon, maison féodale apparue au 10ème siècle. Le Bourbonnais entre dans la famille royale par le mariage, en 1272, de Béatrice de Bourgogne, fille de Jean de Bourgogne, avec Robert de Clermont, fils puîné de Saint Louis. En 1327, il est érigé en duché-pairie par le roi Charles IV. La position géographique du Bourbonnais, situé entre le domaine royal et les duchés d’Aquitaine et d’Auvergne, intéresse particulièrement le pouvoir royal. Les Bourbons sont de tout temps serviteurs du trône, ils sont des conseils des rois en exerçant diverses fonctions (chambriers, connétables, régents). Cette alliance constante et fidèle facilite l’essor et la prospérité du Bourbonnais. Déjà dauphins d’Auvergne, les ducs de Bourbon se voient donner en garde le duché d’Auvergne. En 1531, le duché de Bourbonnais est rattaché à la Couronne de France, à la suite de la défection du connétable de France, Charles III de Bourbon. Ce territoire devient alors un gouvernement, puis une généralité, dont Moulins est le siège. En 1790, le duché de Bourbonnais est remplacé par le département de l’Allier, diminué de la région du Saint-Amandois (Saint-Amand-Montrond, rattachée au Cher). Il intègre quelques enclaves auvergnates (Cusset, Ébreuil, Saint-Pourçain-sur-Sioule), mais perd certains territoires au bénéfice du département de la Nièvre et de Saône-et-Loire.

[4] Avec l’instauration des foires de Lyon par le roi de France Charles VII. Cet événement place la cité au cœur du grand commerce européen et dynamise la cité épiscopale. Rapidement, de nombreux étrangers, essentiellement italiens, viennent s’installer en ville, qui devient un phare de la Renaissance, avec notamment des activités bancaires et éditoriale intenses. Cette époque est également marquée par l’arrivée de l’industrie de la soie, avec un premier apogée dans son développement. Durant les guerres de religion la cité connaît une prise du pouvoir militaire temporaire par les protestants, puis les vêpres lyonnaises, massacre de ces derniers suivant la Saint-Barthélemy. Un temps ligueuse, la ville se range du côté du roi Henri IV après sa conversion au catholicisme. Mais ce dernier réforme le consulat pour s’assurer par la suite de la fidélité de la ville.

[5] La cathédrale Saint-Lazare d’Autun est une cathédrale catholique située à Autun, en Saône-et-Loire. Construite au 12ème siècle et consacrée comme cathédrale à la fin du 20ème siècle, en remplacement de la cathédrale Saint-Nazaire. Elle est le siège du diocèse d’Autun, Chalon et Mâcon.

[6] fonction qui consiste à s’assurer du bon usage des legs pieux

[7] Capitale historique du Bourbonnais, l’agglomération s’étend le long de l’Allier. L’histoire de la ville de Moulins est étroitement liée à celle des ducs de Bourbon, puisqu’elle devient la capitale du duché et de ses importantes dépendances en 1327. Cet état de fait perdurera jusqu’en 1523, avec la défection du connétable de Bourbon. En 1327, la seigneurie du Bourbonnais est érigée en duché par le roi de France Charles IV Le Bel. Louis 1er Le Grand, premier duc de Bourbon, réside peu à Moulins, de même que son fils et successeur, Pierre 1er. Le duché n’avait pas alors de capitale fixe : la famille, originaire de Bourbon-l’Archambault, résidait aléatoirement dans cette même ville, à Moulins, Souvigny ou Chantelle. Les travaux qu’ils entreprennent sont minimes : édification des soubassements de la Malcoiffée, le donjon du palais ducal, pour le premier ; autorisation de l’installation du couvent des Carmes, plus vieil établissement religieux de la ville, pour le second. C’est avec Louis II Le Bon que Moulins devient effectivement capitale du duché, et, comme lieu de résidence des ducs, de facto la capitale des territoires sous leur administration