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Paul IV de Constantinople ou Paul IV le Jeune

vendredi 29 janvier 2021, par ljallamion

Paul IV de Constantinople ou Paul IV le Jeune

Patriarche de Constantinople du 20 février 780 jusqu’au 31 août 784

Après la mort de son prédécesseur Nicétas 1er le 6 février 780, il est choisi par l’empereur Léon IV le Khazar.

Natif de Salamine de Chypre [1], il n’a que le grade de lecteur dans le clergé et semble avoir été choisi par l’empereur pour lui être soumis. Pendant la cérémonie de son investiture, sans doute au palais de la Magnaure [2], le 20 février, Léon IV exige de lui, avant de lui remettre les insignes de sa charge, qu’il signe une promesse écrite de rester fidèle à l’iconoclasme [3], devenu doctrine officielle depuis le concile de Hiéreia [4]. Léon, jusqu’alors très modéré sur cette question, semble avoir à cette époque voulu renouer avec la politique religieuse de Constantin V. Mais il meurt brusquement le 8 septembre suivant, laissant la place, comme régente, à sa femme Irène, iconodoule [5] fervente.

Il est vu comme l’un des instigateurs de la restauration du culte des images. On rapporte, peut-être à cause de son origine chypriote, que c’est lui qui aurait reconnu le premier l’inauthenticité des écrits iconoclastes attribués à Épiphane de Salamine qui furent utilisés comme arguments par le concile de Hiéreia. Il aurait également mal vécu l’isolement de l’Église de Constantinople, les 4 autres patriarcats rejetant tous l’iconoclasme, et aurait le premier lancé l’idée d’un nouveau concile œcuménique. Mais il se sentait paraît-il lié par la promesse qu’il avait signée.

Le 31 août 784, on apprit à Constantinople [6] que le patriarche [7], qu’on savait malade et fatigué, s’était enfui la nuit précédente de son palais, sans prévenir personne. Abandonnant les insignes de sa charge, il s’était réfugié au monastère de Floros, à 8 kilomètres au nord de la Corne d’O [8], sur la rive européenne du Bosphore [9], décidé à n’en plus sortir.

L’impératrice Irène, furieuse d’avoir été tenue dans l’ignorance, et décidée à ramener le patriarche, partit le jour même pour le monastère avec son fils l’empereur et une petite escorte. Le long entretien qu’ils eurent ne décida pas le prélat devenu moine à revenir.

Les jours suivants, nombre de hauts dignitaires du Palais, d’évêques de passage dans la capitale, de familiers du patriarche se relayèrent au monastère pour joindre leurs instances à celles de l’impératrice. Rien n’y fit. C’est Paul lui-même qui aurait dit à l’impératrice que le protasekretis [10] Taraise, bien que simple laïc, était le mieux à même de prendre sa succession.

Le siège du vieillard malade se poursuivit pendant 4 mois. Irène attendit sa mort, en décembre, pour organiser l’élection de Taraise.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Venance Grumel, Traité d’études byzantines, vol. I : La chronologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Bibliothèque byzantine », 1958.

Notes

[1] Salamine de Chypre est une ancienne cité-État de l’Île de Chypre. Pnytagoas combattra aux côtés d’Alexandre le Grand lors du siège de Tyr en récompense Alexandre laissera à Chypre une grande autonomie. Au décès de ce dernier, Chypre devient un champ de bataille entre Ptolémée 1er de l’Egypte et Démétrios 1er Poliorcète qui cherche à récupérer l’île. En 306 av jc, Demetrius gagne sur la flotte navale de l’Égypte mais Ptolémée gagnera en 294 av jc. Salamine restera sous la totale domination égyptienne pendant 2 siècles. En effet, Salamine perd ses pouvoirs politiques ainsi que ses rois remplacés par des gouverneurs égyptiens.

[2] Le Palais de la Magnaure était un palais de Constantinople compris dans l’ensemble architectural du Grand Palais (impérial). C’était un bâtiment de cérémonie contenant trois salles dont celle du milieu était la salle du trône où l’empereur recevait les ambassades étrangères. Selon Liutprand de Crémone, qui conduisit deux ambassades à Constantinople au 10ème siècle, le trône impérial descendait et remontait par un mécanisme depuis les hauteurs de la salle, et était entouré d’un décor de métal doré, avec des lions rugissants et des arbres sur les branches desquels des oiseaux mécaniques chantaient. La Magnaure est également connue pour avoir abrité une institution d’enseignement fondée par le césar Bardas vers 860. Quatre professeurs y étaient actifs : Léon le Mathématicien (ou le Philosophe), chargé de la philosophie, son disciple Théodore (Serge, d’après d’autres sources), qui enseignait la géométrie, Théodègios, chargé de l’arithmétique et de l’astronomie, et Komètas, de la grammaire. Le bâtiment abrita également un enseignement au siècle suivant, sous Constantin Porphyrogénète, sans qu’on sache s’il y a eu continuité, ni le statut exact de cette institution.

[3] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses appartenant à sa propre culture, généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie. L’iconoclasme ou Querelle des Images est un mouvement hostile au culte des icônes, les images saintes, adorées dans l’Empire romain d’Orient. Il se manifesta aux 8ème et 9ème siècles par des destructions massives d’iconostases et la persécution de leurs adorateurs, les iconophiles ou iconodules. Il caractérise également la Réforme protestante.

[4] Le concile de Hiéreia est le premier concile iconoclaste, convoqué du 10 février au 8 août 754 dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore, par l’empereur Constantin V pour faire condamner la production et la vénération des images. Les actes du concile sont condamnés par la suite lors du premier rétablissement du culte des images au 2ème concile de Nicée en 787

[5] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[6] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930).

[7] Le titre de Patriarche de Constantinople est porté par le chef de la première juridiction autocéphale de l’Église orthodoxe qu’est le patriarcat œcuménique de Constantinople. Le titre de « patriarche » est traditionnellement porté par l’archevêché orthodoxe de Constantinople (actuelle ville d’Istanbul). Ce diocèse est l’un des plus anciens de la chrétienté. Le patriarche de Constantinople est primus inter pares (premier parmi les pairs) des chefs des Églises autocéphales formant l’Église orthodoxe

[8] La Corne d’Or est un estuaire commun aux rivières Alibeyköy Deresi et Kağıthane Deresi qui se jettent dans le Bosphore à Istanbul. Cet emplacement qui forme un port naturel fut aménagé par les colons grecs pour former la ville de Byzance. Sous l’empire byzantin, les chantiers navals y étaient installés et un mur d’enceinte le long de la berge protégeait la ville des attaques navales.

[9] Le Bosphore, est le détroit qui relie la mer Noire à la mer de Marmara et marque, avec les Dardanelles, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Il est long de 32 kilomètres pour une largeur de 698 à 3 000 mètres. Il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d’Istanbul.

[10] Le protasekretis ou protoasekretis est un haut fonctionnaire byzantin, le chef du collège des asekretis (hellénisation du latin a secretis, secrétaire), la principale classe de notaires impériaux.