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Joseph Juste de Lescale de Vérone dit Joseph Juste Scaliger

samedi 22 juillet 2017, par ljallamion

Joseph Juste de Lescale de Vérone dit Joseph Juste Scaliger (1540-1609)

Ecuyer-Seigneur du Colombier, puis de Vivès en 1583

Portait de Joseph Juste Scaliger à Leyde (Musée des Beaux-Arts d'Agen.)Fils de Jules César Scaliger et d’ Andiette de Roques-Lobejac . Il naît à Agen et sera l’un des plus grands érudits français du 16ème siècle.

Il surpassa son père comme philologue [1], et se fit en outre un nom comme chronologiste et historien.

À douze ans, on l’envoya avec deux frères cadets au Collège de Guyenne [2] à Bordeaux, dirigé à l’époque par Jean Gelida, où il suivit entre autres l’enseignement d’ Élie Vinet . Une épidémie de peste bubonique en 1555 ramena les garçons dans leur famille, et dans les années qui suivirent, Joseph fut le principal confident de son père.

À la mort de son père, il fréquenta 4 ans l’Université de Paris, où il commença à étudier le grec avec Adrien Turnèbe. Mais au bout de 2 mois, il lui parut qu’il n’avait pas le niveau requis pour suivre avec profit les conférences du plus grand helléniste de l’époque. Il lut Homère en 21 jours, puis dévora tous les autres auteurs grecs à sa portée, poètes, orateurs et historiens, composant pour lui-même une grammaire à partir de toutes les difficultés ou singularités qu’il y rencontrait. Du grec, il passa à l’hébreu sur une suggestion de Guillaume Postel, puis se mit à étudier l’arabe ; il acquit une profonde connaissance de ces deux langues.

Son maître le plus influent fut Jean Dorat, qui non seulement savait instiller le savoir, mais aussi provoquer l’enthousiasme. C’est d’ailleurs à Dorat que Scaliger dut d’avoir un toit pour les années suivantes, puisqu’en 1563 le professeur proposa son étudiant comme compagnon de voyage au jeune seigneur de La Roche-Posay [3], Louis de Chasteigner. Une étroite amitié attacha ces deux hommes, et elle devait perdurer jusqu’à la mort de Chasteigner en 1595. Ils allèrent d’abord à Rome et y trouvèrent Marc Antoine Muret qui, lorsqu’il résidait à Bordeaux puis à Toulouse, rendait de fréquentes visites à Jules César Scaliger à Agen. Muret s’aperçut rapidement des talents du jeune Scaliger, et le présenta à plusieurs savants romains.

Il embrassa la religion réformée en 1562 et fut précepteur de cette même famille noble au sud de la Touraine, notamment dans leur château de Preuilly,

Après avoir visité une grande partie de l’Italie, les deux voyageurs partirent pour l’Angleterre et l’Écosse, passant par La Roche-Posay. Scaliger eut une mauvaise impression des Anglais : il leur reprochait leur attitude distante et leur manque d’hospitalité envers les étrangers. Il fut également déçu du petit nombre d’érudits et de manuscrits grecs qu’il trouva Outre-Manche. Il ne devait se lier à Richard Thomson et d’autres Anglais que des années plus tard.

De retour en France, il passa encore 3 ans hébergé par les de Chasteigner, qu’il accompagnait dans leurs différents châteaux du Poitou, à quoi les poussait la guerre civile. En 1570 il accepta l’invitation de Jacques Cujas et gagna Valence pour y étudier le droit auprès du plus célèbre juriste. Il y demeura 3 ans, profitant non seulement des leçons, mais aussi de la prodigieuse bibliothèque de Cujas, qui n’emplissait pas moins de sept pièces et comportait quelque 500 manuscrits.

Le massacre de la Saint-Barthélemy [4] qui survint alors qu’il allait accompagner l’évêque de Valence [5] pour une ambassade en Pologne fit fuir Scaliger et d’autres huguenots vers Genève, où on le nomma professeur de l’académie [6]. Il y donnait des conférences sur “l’Organon” [7] d’Aristote et le “De Finibus” de Cicéron à la grande satisfaction de ses étudiants, sans pourtant s’en contenter lui-même. Il détestait les cours magistraux et les prêches des pasteurs fanatiques l’ennuyaient et c’est pourquoi en 1574 il rentra en France et passa les 20 années suivantes auprès des de Chasteigner.

Cette année-là, il publia à l’occasion de son passage à Lyon des commentaires de la “traduction d’Ausone” par son ancien maître Élie Vinet, ouvrage qui l’a fait un temps suspecter, à tort, d’indélicatesse, sinon de plagiat.

Lorsqu’en 1590 Juste Lipse prit sa retraite de l’Université de Leyde [8], l’université et ses protecteurs, les États généraux des Pays-Bas et le prince d’Orange, décidèrent de nommer Scaliger comme son successeur.

Scaliger refusa car il détestait les cours magistraux, et certains de ses amis s’imaginaient qu’avec l’avènement d’Henri IV, les Belles-Lettres allaient renaître en France et que le Protestantisme ne ferait plus l’objet de discriminations.

Les autorités de l’université renouvelèrent leur invitation avec toute la diplomatie souhaitable l’année suivante. On y assurait Scaliger qu’il n’aurait pas même à assurer de cours, que l’université se contenterait de sa présence, et qu’il disposerait de ses loisirs à sa guise. Scaliger accepta cette offre à toutes fins utiles. Au milieu de 1593 il partit pour les Pays-Bas, où il allait passer les 13 dernières années de sa vie, sans jamais retourner en France.

Sa réception à Leyde combla ses espérances. Il fut pourvu d’une pension confortable, et traité avec la plus haute considération. Leyde se trouvant à mi-chemin entre La Haye et Amsterdam, Scaliger pouvait profiter, outre des cercles intellectuels de Leyde, des avantages du meilleur monde de ces deux métropoles : car Scaliger n’était pas vraiment un ermite plongé dans ses livres ; il se délectait de relations mondaines et passait pour un aimable causeur.

Les 7 premières années de son séjour à Leyde, sa réputation se maintint au zénith. Son jugement littéraire était sans réplique. De sa chaire de Leyde, il régnait sur le monde des Lettres ; il faisait et défaisait les réputations, était entouré d’un aréopage de jeunes pressés d’entendre sa conversation.

Il passa les 24 dernières années de sa vie à augmenter son “De emendatione”. C’est ainsi qu’il parvint à reconstituer la Chronique perdue d’Eusèbe, l’un des plus précieux documents de l’Antiquité, particulièrement du point de vue de la chronologie. Il la publia en 1606 dans son “Thesaurus temporum”, livre où il avait compilé, rétabli et mis en ordre tous les faits connus par les littératures grecque et latine.

Il est considéré comme le créateur de la science chronologique et notamment de la période julienne utilisée en astronomie, qui permet une datation indépendante du calendrier en vigueur.

Vaniteux comme son père, il prétendit, dans une lettre intitulée : “De vetustate gentis Scaligerae”, faire remonter sa noblesse jusqu’aux rois Alains [9]. Il eut aussi, comme son père, de vives querelles avec plusieurs de ses contemporains, notamment avec Scioppius , qui n’eut pas de peine à démontrer la fausseté de leur généalogie.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de « Joseph Juste Scaliger », dans Encyclopædia Britannica, 1911

Notes

[1] La philologie, consiste en l’étude d’un langage à partir de documents écrits. C’est une combinaison de critique littéraire, historique et linguistique. Elle vise à rétablir le contenu original de textes connus par plusieurs sources, c’est-à-dire à sélectionner le texte le plus authentique possible, à partir de manuscrits, d’éditions imprimées ou d’autres sources disponibles (citations par d’autres auteurs, voire graffiti anciens), en comparant les versions conservées de ces textes, ou à rétablir le meilleur texte en corrigeant les sources existantes.

[2] Le collège de Guyenne est un établissement scolaire fondé en 1533 à Bordeaux. En 1533, la jurade de Bordeaux fait appel à des maîtres issus des Flandres et de Paris et crée le collège de Guyenne pour prendre la suite du Collège des Arts ou Grand Collège de Grammaire fondé, en 1441, par les jurats. Cet établissement a pour but de former une élite qui participera au rayonnement de la ville. Il est dans la lignée des collèges qui se sont créés dans le premier quart du 16ème siècle, en cette période de renaissance culturelle. Il s’en détache par une méthode pédagogique nouvelle. André de Gouveia, alors recteur de l’Université de Paris pour le collège des arts (arts libéraux), est invité à en être le Principal et reçoit toute liberté pour moderniser l’ancien collège.

[3] La Roche-Posay est une commune du Centre-Ouest de la France, située dans le département de la Vienne.

[4] Le massacre de la Saint-Barthélemy est le massacre de protestants déclenché à Paris, le 24 août 1572, jour de la saint Barthélemy, prolongé pendant plusieurs jours dans la capitale, puis étendu à plus d’une vingtaine de villes de province durant les semaines suivantes. Cet événement des guerres de Religion résulte d’un enchevêtrement complexe de facteurs, aussi bien religieux et politiques que sociaux. Il est la conséquence des déchirements militaires et civils de la noblesse française entre catholiques et protestants, notamment de la vendetta entre le clan des Guise et celui des Châtillon-Montmorency. Il est le résultat d’une sauvage réaction populaire, ultra-catholique et hostile à la politique royale d’apaisement. Il reflète également les tensions internationales entre les royaumes de France et d’Espagne, avivées par l’insurrection aux Pays-Bas.

[5] Le diocèse de Valence a été fondé au 4ème siècle. L’actuel diocèse de Valence correspond au territoire du département de la Drôme, mais est constitué de la réunion des diocèses d’Ancien Régime de Valence (hors rive droite du Rhône), de Die (hors Trièves), de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de la partie sud du diocèse de Vienne et de fragments des diocèses de Vaison, de Gap et de Sisteron. La plus ancienne création d’évêché, dans ces territoires, est sur le territoire voconce, dans le tiers sud-est du département : d’abord Vaison, dont un évêque est présent au Concile d’Arles en 314, puis Die qui envoie un évêque au Concile de Nicée en 325.

[6] L’Université de Genève est l’université publique du canton de Genève en Suisse. Elle est fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d’Académie de Genève, comme un séminaire théologique et humaniste avant de subir un long processus de laïcisation.

[7] L’Organon est le nom scolastique utilisé pour désigner un ensemble de traités, principalement de logique, attribués à Aristote. Le titre d’Organon n’est pas d’Aristote ; il est mentionné pour la première fois par Diogène Laërce. Le fait même d’utiliser le terme d’« instrument » pour désigner les traités logiques d’Aristote n’est pas neutre, mais prend place dans le cadre d’un débat philosophique, les stoïciens affirmant que la logique constitue une part entière de la philosophie, tandis que les péripatéticiens tardifs du Lycée considéraient qu’il ne s’agissait que d’un outil

[8] L’université de Leyde est la plus ancienne des universités néerlandaises. Située à Leyde, elle est très réputée et a été fréquentée par plusieurs membres de la famille royale des Pays-Bas.

[9] Les Alains étaient un groupe de nomades scythes. Les Alains forment un peuple scythique, probablement originaire d’Ossétie. D’ailleurs, les Ossètes d’aujourd’hui se présentent comme les descendants directs des Alains. Ce sont des cavaliers nomades apparentés aux Sarmates et très proches des Iazyges, des Roxolans et des Taïfales.