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Ranulph le Meschin ou de Briquessart

vendredi 11 mars 2016

Ranulph le Meschin ou de Briquessart (mort en 1129)

Vicomte du Bessin-3ème comte de Chester

Fils de Ranulph de Briquessart, vicomte du Bessin [1], et de Mathilde, fille de Richard le Goz , vicomte d’Avranches ou de l’Avranchin [2]. Son surnom de Meschin, qui signifie « le jeune », est employé pour le distinguer de son père.

Ranulph fait parti des officiers militaires du roi Guillaume le Roux. Vers 1098, il épouse Lucy de Bolingbroke, héritière de l’honneur [3] de Bolingbroke, qui a auparavant été mariée à Ivo Taillebois, lord de Kendal, puis à Roger fitz Gerold, seigneur de Roumare [4].

Grâce à elle il entre en possession de vastes domaines dans le Lincolnshire [5]. Il hérite de son père la vicomté du Bessin, et des domaines dans le Bessin et l’Avranchin. Dans cette dernière région, le patrimoine familial est particulièrement étendu. Il inclut entre autres Le Breuil, et les châteaux de Briquessart et de Vire.

Ses liens avec le nord-ouest du royaume [6] ont peut-être pour origines les terres de son épouse. Après la campagne militaire de Guillaume le Roux dans la région en 1092, Carlisle [7] est devenu le centre des intérêts normands dans la région.

Ranulph en est le premier lord connu, mais il n’y a pas de preuve que la ville ait été sous son contrôle avant le règne d’Henri 1er. Dans cette région dorénavant sous son autorité, il donne des baronnies dont les principales à des parents. Guillaume le Meschin, son frère, reçoit la baronnie de Copeland ou Egremont, puis épouse Cécile de Rumilly, héritière de la baronnie de Skipton en Craven [8].

Après l’accession au trône d’Henri 1er en 1100, Ranulph reste au service militaire royal. Il est notamment l’un des trois commandants de l’armée du roi à la bataille de Tinchebray [9] en 1106, avec le comte Robert 1er de Meulan et Guillaume II de Warenne, 2ème comte de Surrey. À l’issue de cette bataille, le duc de Normandie Robert Courteheuse, le frère aîné du roi, est capturé et emprisonné à vie. La Normandie et l’Angleterre sont à nouveau réunies sous un même gouvernement.

Par la suite, Ranulph est fréquemment présent en Normandie, surtout lorsque des menaces pèsent sur la paix du duché. Il est juge royal à deux occasions en 1106 et vers 1116. Il est l’un des principaux barons témoins du traité de Douvres passé par Henri 1er avec le comte de Flandre, en 1110.

Son cousin germain Richard d’Avranches, 2ème comte de Chester, meurt dans le naufrage de la Blanche-Nef, avec de nombreux autres nobles anglo-normands, le 25 novembre 1120. Henri 1er le nomme alors comte de Chester en succession de son cousin. Il apparaît d’ailleurs comme tel dans une charte émise au début du mois de janvier 1121. Les conditions exactes qui ont permis cette succession ne sont pas connues, mais il semble qu’il ait dû rendre des terres appartenant à sa femme dans le Lincolnshire et ses terres en Cumbrie [10].

D’après une tradition rapportée ultérieurement et que les historiens sont assez enclins à valider, Ranulph obtient le comté de Chester après avoir rendu à Henri 1er sa suzeraineté sur la Cumbrie, à condition que ses vassaux puissent tenir leurs terres directement du roi. Il promet aussi au roi de payer un droit de succession très important.

À sa mort en 1129, son fils doit toujours 1000 livres à la couronne, mais cela représente peut-être la totalité de la somme promise, car si les relations de Ranulph avec le roi étaient bonnes, il a pu obtenir de longs délais de paiements. Il obtient donc l’honneur des comtes de Chester qui consiste en des terres dans le nord et les Midlands [11]. Les domaines non inféodés les plus importants sont dans le nord et l’est du comté de Chester [12], dans le Warwickshire [13] notamment la ville de Coventry, le Leicestershire [14] et le Lincolnshire.

En mars 1123, il est envoyé avec Robert, le comte de Gloucester et fils illégitime du roi, pour assurer la garde de la Normandie. En effet, Guillaume Cliton, le fils de Robert Courteheuse, et ses soutiens menacent la paix dans le duché. Ranulph est responsable de la garnison du château d’Évreux durant l’hiver. Lorsque le printemps revient, il parvient à capturer le comte Galéran IV de Meulan et d’autres, dans une embuscade à Bourgthéroulde le 25 mars 1124. Cette prouesse lui permet d’obtenir un certain prestige.

Ranulph meurt en janvier 1129, et est inhumé dans la salle capitulaire de l’abbaye de Chester. Il est le fondateur du prieuré bénédictin de Wetheral [15] près de Carlisle vers 1106.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Edmund King, « Ranulf (I), third earl of Chester (d. 1129) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

Notes

[1] Le Bessin est un pays de la Normandie autrefois appelé Pagus Baiocensis (pays de Bayeux). La fondation du pays de Bessin est à mettre en lien avec la création de l’ancien diocèse de Bayeux, autour de la ville d’Augustodurum. Le nom Bessin vient en effet du bas latin baiocassinus ; cet adjectif mentionné dès le 6ème siècle signifiait « de la région des Bajocasses », tribu gauloise dont le chef-lieu était Bayeux. La ville gallo-romaine d’Aregenua, ancienne capitale du peuple des Viducasses, et sa cité ont très tôt été intégrées au diocèse de Bayeux et donc au Bessin. Il est d’ailleurs probable que le ressort de ce premier diocèse comprenait également le futur Cotentin, c’est-à-dire le territoire des Unelles. La création du diocèse de Coutances au 5ème siècle a réduit l’autorité spirituelle de l’évêque de Bayeux aux chrétiens des cités de Vieux et de Bayeux. Dès lors, ce territoire va former le Bessin et ne changera quasiment pas de limites géographiques jusqu’en 1790, date de la création du département du Calvados.

[2] la région autour d’Avranches

[3] Un honneur est une composante de la féodalité ; il s’agit au Moyen Âge en France et en Grande-Bretagne d’un fief possédé à l’origine par l’un des barons d’un prince ou d’un roi. Il comprend généralement un domaine principal, qui donne son nom à l’honneur, et plusieurs « extensions » plus petites généralement dispersées dans la principauté ou royaume du suzerain dont il dépend. D’une manière générale, le terme d’honneur désignait l’ensemble des terres d’un puissant seigneur.

[4] Roumare est une commune française située dans le département de la Seine-Maritime. Vestige du riche passé historique de la commune, les murs d’enceinte en briques, silex et torchis de quatre anciens châteaux sont encore visibles.

[5] Le Lincolnshire est un comté d’Angleterre situé sur le littoral de la mer du Nord. Il a pour voisins, du nord au sud, les comtés du Yorkshire de l’Est, du Yorkshire du Sud, du Nottinghamshire, du Leicestershire, du Rutland, du Cambridgeshire et du Norfolk. Son chef-lieu est la ville de Lincoln.

[6] la Cumbrie, plus tard les comtés de Westmorland et Cumberland

[7] Carlisle est une ville britannique située dans le Cumbria (Angleterre), à 15 km au sud de l’Écosse. Carlisle s’appelait autrefois Carduel, ville citée dans le Tristan et Yseult de Béroul. Or Froissart la nommait encore ainsi en contant l’histoire de Robert Bruce au 14ème siècle. Il l’a situait d’ailleurs en Galles (Galloway).

[8] Yorkshire de l’est

[9] La bataille de Tinchebray a eu lieu le 28 septembre 1106, dans la ville de Tinchebray en Normandie, entre des troupes de l’envahisseur Henri 1er Beauclerc, roi d’Angleterre, et celle du duc de Normandie, son frère aîné Robert Courteheuse. Cette bataille s’est soldée par une victoire décisive d’Henri Beauclerc, qui lui permit de rattacher la Normandie à l’Angleterre, ce qui n’était plus le cas depuis la mort de leur père Guillaume le Conquérant en 1087. La Normandie restera une possession de la couronne d’Angleterre jusqu’en 1204.

[10] Le comté de Cumbria, est un comté non-métropolitain essentiellement rural du nord-ouest de l’Angleterre. Son nom est parfois francisé en Cumbrie. Le comté est bordé à l’ouest par la mer d’Irlande, au sud par le Lancashire, au sud-est par le North Yorkshire et à l’est par les comtés de Durham et du Northumberland (chaîne des Pennines). L’Écosse est située juste au nord.

[11] Les Midlands forment une région géographique du centre de l’Angleterre. Elles sont divisés administrativement entre Midlands de l’Est et Midlands de l’Ouest. Historiquement, les Midlands correspondent au territoire du royaume anglo-saxon de Mercie. Il n’y a pas des frontières précises de la région des Midlands, mais les comtés suivants sont considérés comme parties de la région : le Derbyshire, le Herefordshire, le Leicestershire, le Lincolnshire, le Nottinghamshire, le Rutland, le Shropshire, le Staffordshire, le Warwickshire et le Worcestershire.

[12] Le Cheshire, anciennement appelé « comté de Chester », est un comté en grande partie rural dans le nord-ouest de l’Angleterre. Son chef-lieu administratif est la ville de Chester, bien que Warrington soit la ville la plus peuplée du comté. Cheshire avoisine le Merseyside et Grand Manchester dans le nord, Derbyshire dans l’est et Shropshire et Staffordshire dans le sud. À l’ouest du comté se trouvent deux districts gallois, Flintshire et Wrexham.

[13] Le Warwickshire est un comté britannique situé au centre de l’Angleterre. Le Warwickshire est limité au nord-ouest par le comté des Midlands de l’Ouest et le Staffordshire, au nord-est par le Leicestershire, à l’est par le Northamptonshire, au sud par l’Oxfordshire, au sud-ouest par le Gloucestershire et à l’ouest par le Worcestershire.

[14] Le Leicestershire est un comté d’Angleterre situé au cœur des Midlands. Il est entouré par le Nottinghamshire, le Lincolnshire, le Rutland, le Northamptonshire, le Warwickshire, le Staffordshire et le Derbyshire.

[15] Le prieuré de Wetheral est un ancien prieuré de l’Ordre de Saint-Benoît situé dans la commune britannique de Wetheral, dans le comté anglais de Cumbria. Il n’en reste que l’entrée principale, qui fait partie des propriétés de l’English Heritage.