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L’histoire pour le plaisir

Jeanne de Laval

lundi 20 juillet 2015, par ljallamion

Jeanne de Laval (1433-1498)

Duchesse consort d’Anjou-Comtesse consort du Maine et de Provence-Reine consort de Naples et reine titulaire de Jérusalem

Le roi René et son épouse Jeanne sont représentés sur un triptyque peint par Nicolas Froment en 1475 et exposé dans la cathédrale d'Aix.Fille de Guy XIV de Laval et d’ Isabelle de Bretagne . Elle s’est mariée le 10 septembre 1454 à Angers avec René 1er d’Anjou.

Née à Auray, en 1446, elle participe avec son père Guy XIV au tournoi organisé par René d’Anjou à Saumur, et connu sous le nom d’ Emprise du château de Joyeuse-Garde [1].

Deux ans après la mort d’ Isabelle 1ère de Lorraine , René d’Anjou charge ses seigneurs proches de lui trouver une seconde épouse. Ils choisirent Jeanne de la maison de Laval.

René ayant agréé ce choix, Louis de Beauvau, sénéchal d’Anjou [2], Bertrand de Beauvau, grand maître d’hôtel [3] de Sicile et seigneur de Précigné, Guy de Laval Montmorency, seigneur de Loué, chevaliers, chambellans, ambassadeurs et procureurs du sérénissime duc d’Anjou, comte de Provence et roi de Sicile vinrent à Laval pour traiter du mariage.

Le contrat de mariage fut dressé le 3 septembre 1454 au château de Laval. La cérémonie fut magnifique et il y eut des réjouissances publiques pendant plusieurs jours.

De nouvelles fêtes attendaient la jeune épouse à Angers. Le mariage est célébré le 10 à l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers [4]. Le roi et la reine firent leur entrée à Angers le 12.

Après avoir vécu trois ans dans les manoirs des environs d’Angers et de Saumur, le roi et la reine vécurent en Provence de 1457 à 1462, en Anjou de 1462 à 1469. Jeanne de Laval n’a jamais oublié son berceau familial, et a enrichi l’église des Dominicains, des Cordeliers, de Saint-Tugal à Laval par des verrières et des œuvres d’arts.

À Aix-en-Provence et à Angers, elle participe avec son mari à une cour littéraire et savante. Le poème “Regnauld et Jeanneton” a été composé par le roi René en l’honneur de Jeanne de Laval, il n’est parfois pas impossible que celui-ci y ait mis une bonne dose de romanesque conventionnel. La reine Jeanne de Laval possédait un psautier richement enluminé. Elle vit en Provence où elle se plaît de 1469 à 1480.

René 1er mourut à Aix-en-Provence le 10 juillet 1480. Les Provençaux désiraient garder la dépouille du bon roi René sur leurs terres, mais Jeanne de Laval décida de respecter les dernières volontés de son époux et de le faire enterrer en la cathédrale Saint-Maurice d’Angers  [5] aux côtés de sa première épouse Isabelle 1ère de Lorraine.

La reine organisa, de nuit, la fuite du corps du défunt en le dissimulant dans un tonneau. Une fois mis sur une embarcation, celle-ci s’éloigna discrètement sur le Rhône. Le corps du roi René arriva en Anjou et fut placé, avec honneur et dévotion, dans le tombeau qu’il avait fait réaliser lui-même dans la cathédrale d’Angers. Le roi René mort, sa fille Yolande déjà duchesse de Lorraine depuis 1473, transmet, à son fils René II, le duché de Bar.

Par son testament, René léguant tous ses droits et toutes ses seigneuries à Charles V d’Anjou , son neveu, qui lui-même les transmit par testament, l’année suivante, au roi Louis XI. Jeanne de Laval fut chargée de veiller, avec Charles d’Anjou et René de Lorraine, à l’exécution des dernières volontés de son époux.

René avait confirmé et augmenté le douaire de sa veuve ; il lui laissait la jouissance du duché d’Anjou, du comté de Beaufort [6], de la ville de Perthuis et autres places de Provence ; il lui léguait en outre plusieurs joyaux et meubles précieux.

Elle conserva l’usufruit de la seigneurie de Mirebeau [7] qu’elle échange contre la baronnie d’Aubagne en Provence et résidait tantôt à Beaufort, tantôt à Saumur.

Elle est populaire pour sa bienveillance et sa générosité. Les habitants de Beaufort lui sont reconnaissants d’avoir réglementé l’usage des prairies communes. Elle fonda deux chapelles dans l’église d’Angers, l’une nommée Rivettes et l’autre l’Aumônerie qu’elle dota généreusement ; elle créa aussi des rentes et des revenus pour plusieurs services anniversaires, qui devaient être célébrés à perpétuité dans cette église.

Charles d’Anjou, non content d’avoir obtenu l’héritage de René d’Anjou au préjudice de René de Lorraine, petit-fils de René, voulut encore dépouiller Jeanne de Laval des biens que lui assuraient à la fois son contrat de mariage et le testament de son mari. Le roi Louis XI ordonna, par lettres du 3 avril 1480, que les meubles et joyaux fussent délivrés à Jeanne ; et Charles VIII, en 1487, la mit en possession régulière de tous les autres biens.

Jeanne de Laval meurt à Saumur ou Beaufort en Vallée en 1498. À Saumur, une rue porte encore son nom « Reine de Sicile ». Par son testament, daté du 25 août 1498, par lequel elle déclara son principal héritier le comte de Laval, son frère. Elle veut que son corps soit inhumé dans la cathédrale Saint-Maurice d’Angers et son cœur dans la chapelle Saint-Bernardin de l’église des Cordeliers d’Angers, auprès de celui de son époux. Outre les dons et les fondations déjà indiqués, elle assura plusieurs biens et fit présent d’une belle relique au prieuré de Sainte-Catherine de Laval [8]. Elle enrichit aussi l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers de plusieurs reliques richement enchâssées et entre autres du bras de saint Nicolas, orné d’un diamant.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de La Reine Jeanne. Jeanne de Laval. Seconde épouse du Roi René. Pierre Le Roy. Éditons régionales de l’Ouest.

Notes

[1] Le tournoi d’Emprise du château de Joyeuse-Garde est un tournoi s’étant déroulé en 1446 à Saumur, sous le règne de René d’Anjou. Une nombreuse et brillante noblesse se rassemble à Saumur. On y trouve ainsi Guy XIV de Laval, André de Lohéac, Guy II de Laval-Loué, leur parent. Les fêtes durèrent 40 jours. Elles furent données dans un château bâti exprès dans la plaine et qui reçut le nom de Château de Joyeuse Garde.

[2] Les sénéchaux de l’Anjou étaient des officiers nommés par les comtes d’Anjou pour les seconder dans leurs tâches d’administrateur et de justicier du comté d’Anjou.

[3] Le grand maître de France est, sous l’Ancien Régime et la Restauration, un grand officier de la couronne et le chef et surintendant général de la Maison du roi. Avant 1413, le titre Grand maître de France n’existait pas, le titre équivalent était celui de Souverain Maître d’hôtel du roi.

[4] L’abbaye Saint-Nicolas était une abbaye fondée vers 1021 par Foulques Nerra à Angers dans le département de Maine-et-Loire.

[5] La cathédrale Saint-Maurice d’Angers, en France, est l’église cathédrale du diocèse d’Angers. L’œuvre est intermédiaire entre les styles roman et gothique. La cathédrale est un témoignage de l’art gothique angevin.

[6] La seigneurie de Beaufort fut achetée en 1270 par Blanche d’Artois, épouse du comte Henri III de Champagne. Elle se remaria en 1276 avec Edmond d’Angleterre, comte de Lancastre, et lui apporta la seigneurie en dot. Devenu possession des comtes de Lancastre, Beaufort va constituer pendant toute la guerre de Cent Ans, un verrou anglais au cœur de la Champagne. Jean de Gand, duc de Lancastre donna le nom de Beaufort aux quatre bâtards qu’il eut de Catherine Swinford, fondant ainsi la Maison de Beaufort, qui joua un rôle important durant la guerre des Deux-Roses. Son château fort, puissamment fortifié, dominait la plaine de Brienne et était réputé imprenable, et c’est par trahison que Charles V réussit à s’emparer du château en 1369. Donnée à Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne, la seigneurie passa aux Armagnac, mais revint à la couronne de France lorsque Jacques d’Armagnac fut condamné à mort par Louis XI en 1477. Louis XII donna le comté de Beaufort en 1504 à Gaston de Foix, et sa descendante, la duchesse de Guise, le vendit à Gabrielle d’Estrée. Le comté fut alors réunit à la baronnie de Jaucourt et érigés en duché-pairie en faveur de César de Vendôme, fils naturel de Gabrielle d’Estrée et d’Henri IV.

[7] Le comte d’Anjou Foulques Nerra conquiert Mirebeau et y fait construire un château. Son fils, Geoffroy II d’Anjou, après sa victoire à la bataille de Moncontour en 1033, retient prisonnier pendant 5 ans Guillaume VI de Poitiers duc d’Aquitaine et comte du Poitou. C’est à partir de cette date que Mirebeau, comme seigneurie, appartient au comté d’Anjou jusqu’en 1790.

[8] L’abbaye ou prieuré Sainte-Catherine de Laval est une ancienne abbaye cistercienne située sur la paroisse de Grenoux, commune rattachée en partie au 19ème siècle à Laval en Mayenne.