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L’histoire pour le plaisir

Philippe de Navarre

dimanche 8 février 2015, par ljallamion

Philippe de Navarre (1336-1363)

Comte de Longueville

Reddition de Jean le Bon, à la bataille de Poitiers (Boccace, de casibus — Bibliothèque Nationale de France)Fils de Philippe III de Navarre et de Jeanne II de Navarre. Il est le frère de Charles le Mauvais prétendant malheureux à la couronne de France. Il épousa en 1353 Yolande de Dampierre fille de Robert de Cassel et de Jeanne de Bretagne, union qui fut sans postérité.

En 1353, avec son frère Charles de Navarre, il prit ses distances avec le roi Jean II le bon. Après son mariage avec Yolande de Dampierre , veuve du comte Henri IV de Bar , il prit part en octobre à la défense de ce comté envahi par les Lorrains. Voulant gouverner ce comté, il fut arrêté par Henri de Bar, seigneur de Pierrefort, et emprisonné.

Charles de Navarre est soigneusement tenu à l’écart du conseil du roi et Charles de La Cerda dit Charles d’Espagne, s’active à détricoter son réseau de fidèles. Évidemment, tout cela ne peut qu’en faire l’ennemi mortel du parti navarrais, qui répand des rumeurs calomnieuses d’homosexualité pour expliquer ses liens avec le roi.

Quand le roi de France accorde à son favori le comté d’Angoulême et la charge de connétable [1], Charles de Navarre, se voit écarté des affaires du royaume et son ressentiment contre Jean le Bon augmente d’autant que le connétable est d’un rang très inférieur au sien. Le roi n’avait toujours pas versé la dot promise un an auparavant lors du mariage et n’avait pas encore donné les possessions promises à son gendre.

Au printemps 1353, une empoignade oppose Philippe de Navarre, au connétable, dans les appartements du roi. Le favori l’accuse d’être un faux-monnayeur et un menteur patenté. Excédé, Philippe tire sa dague et menace le favori du roi. Jean le Bon ramène Philippe de Navarre à la raison. Le connétable quitte la scène sous les insultes de l’outragé qui crie vengeance.

Philippe de Navarre se retire sur ses terres de Normandie. Il apprend, le 8 janvier 1354, que Charles d’Espagne est en Normandie et qu’il va passer la nuit à l’auberge de la « Truie-qui-File », à L’Aigle [2]. Il prévient alors son frère qui décide de passer à l’action.

Le 8 janvier 1354, à la tombée de la nuit, des cavaliers de Charles de Navarre encerclent l’auberge de « La Truie-qui-File » à L’Aigle pour se saisir de la personne du connétable.

Charles le Mauvais reste prudemment à l’écart. Le connétable est dans sa chambre avec quelques fidèles. Alarmé par l’arrivée de la troupe, il se précipite à la fenêtre et constate avec effroi que le piège vient de se refermer. Il est trop tard, l’un de ses valets a ouvert la porte d’entrée extérieure, le connétable essaye de se cacher sous le lit mais Philippe de Navarre et ses hommes le tirent de sa cachette. Le connétable, molesté, injurié tombe à genoux et les mains jointes, supplie les Navarrais de l’épargner. Charles le Mauvais toujours à l’écart envoie un homme faire part de son impatience. Le message est mal compris par Philippe de Navarre et Charles de La Cerda est alors lardé de coups d’épées.

Deux ans plus tard. Jean le Bon est averti d’un complot de partage du pays, ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais à Avignon, et se décide à mettre le Navarrais hors d’état de nuire. Le 5 avril 1356, il arrête Charles de Navarre lors d’un banquet au château de Rouen devant toute la noblesse normande.

Excédé par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori, le connétable Charles de La Cerda. Charles de Navarre est incarcéré à la forteresse d’Arleux [3], près de Douai, en terre d’empire.

Incarcéré, Navarre gagne en popularité ; ses partisans le plaignent et réclament sa liberté. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l’hommage prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d’Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d’un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France.

Philippe de Navarre, envoie son défi au roi de France le 28 mai 1356. Les Navarrais, et particulièrement les seigneurs normands, passent en bloc du côté d’Édouard III qui, dès le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchées, en Normandie et en Guyenne.

Il ouvre aux Anglais la vallée de la Seine, s’enfermant dans Évreux, mais ne parvient pas à soulever la province. Il fut le lieutenant d’Edouard III d’Angleterre pendant la campagne de Normandie en 1356/1357. Lors de la bataille de Poitiers [4] en septembre 1356, il combattit sous les ordres du Prince Noir à la tête des Navarrais.

À la paix de Brétigny [5] en 1360 entre Français, Anglais et Navarrais, c’est lui qui jura la paix. Son frère le roi de Navarre en fit son lieutenant général [6] pour les terres qu’il avait en France et en Normandie.

Réconcilié avec le roi de France, il combattit aux côtés de Bertrand Du Guesclin.

En 1363, le roi de France, que le pape Urbain V venait de nommer capitaine général [7] de la croisade, lui demanda de l’accompagner et lui en délégua les honneurs et fonctions, le nommant “maître et gouverneur de toutes ses gens à icelle emprise d’aler sur les mescreans Sarrazins ennemis de la foy”, mais il mourut à Vernon [8] dans l’Eure le 29 août 1363 et fut inhumé en l’église Notre Dame d’Évreux [9].

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France - Les Valois - Charles V le Sage, tome 1, éditions Pygmalion, 1988.

Notes

[1] Tirant son nom de son origine de “comte de l’étable”, le connétable a, au Moyen Âge, la charge de l’écurie et de l’organisation des voyages du roi. Au 14ème siècle, sa fonction évolue vers le commandement de l’armée en temps de guerre et le conseil militaire du roi en temps de paix. Du Guesclin, Clisson, Bourbon… font partie des grands connétables de France. Supprimée en 1627, la charge de connétable est rétablie par Napoléon 1er en 1804 pour son frère Louis.

[2] L’Aigle, écrit Laigle jusqu’en 1961 est une commune française, située au nord-ouest de la France, au confluent de la Risle et du ruisseau du Gru, dans le département de l’Orne

[3] La forteresse d’Arleux qui vit se succéder seigneurs et propriétaires, possédait une prison d’Etat : le Forestel. C’est vers 1364 qu’il accueillit Charles le Mauvais emprisonné en ce lieu. Charles, roi de Navarre, surnommé à juste titre le Mauvais, utilisait son pouvoir pour semer le trouble dans tout le territoire. Il fut emprisonné dans les Andelys puis conduit au Forestel, prison plus inaccessible. Il s’en évada pourtant le 9 novembre 1357.

[4] Lors de la guerre de Cent Ans, après leur éclatante victoire à la bataille de Crécy (1346), les Anglais se sont solidement établis en Guyenne et mènent régulièrement des raids dans le Sud de la France4. En 1355 déjà, le roi de France Jean II manquant de fonds n’avait pu les combattre. Il réunit en 1356 les états généraux qui lui accordent ce dont il a besoin pour lever une armée. La bataille a lieu à Nouaillé-Maupertuis près de Poitiers. Quoique numériquement très supérieures, Jean II conduit ses troupes par une tactique irréfléchie et se fait prendre.

[5] Le traité de Brétigny est conclu le 8 mai 1360, au château de Brétigny, (un hameau dépendant de la commune de Sours près de Chartres), entre les plénipotentiaires du roi Édouard III d’Angleterre et ceux de Charles, fils du roi Jean II de France Le 24 octobre 1360, les rois Jean II et Édouard III, accompagnés de leurs fils aînés, ratifient cet accord à Calais3 ce qui permet une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans.

[6] En France, sous l’Ancien Régime, plusieurs officiers portaient le titre de lieutenant général. D’une manière générale, ce titre désigne un suppléant ou un délégué investi de tous les pouvoirs de la personne qu’il est censé remplacer. Le grade contemporain dans la hiérarchie militaire française est le général de corps d’armée.

[7] Le capitaine général est une dénomination militaire ancienne pour une sorte de commandant en chef, le plus souvent supérieur au grade moderne de général d’armée, qui rappelle surtout un usage en Espagne, également dans certains états de l’Italie, dans la milice piémontaise, en France, etc.

[8] Vernon est une commune française qui est située dans le département de l’Eure, aux portes de la Normandie et au carrefour des routes d’Évreux à Beauvais et de Paris à Rouen par la vallée de la Seine.

[9] Suite à l’incendie de la cathédrale, causé par le roi Jean, pendant la Guerre de Cent Ans, Nicolle Le Féron se charge des réparations à partir de juin 1356. Après un nouvel incendie de la ville en 1378 par Charles V, il faut attendre 1441 pour commencer les travaux de reconstruction. Jehan Le Roy dirige les travaux de 1442 à 1455, soutenu par l’évêque Guillaume de Flocques, fils du bailli et libérateur de la ville. Par lettres patentes, le roi Louis XI confirme à nouveau sa protection royale en 1482.