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Emma de Normandie ou Elfgifu

jeudi 13 novembre 2014

Emma de Normandie ou Elfgifu (980/990-1052)

Princesse normande-Reine d’Angleterre

Emma et Knut offrent en 1031 une croix d'or et d'argent au New Minster de Winchester (Liber Vitae de New Minster, British Library Stowe 944, fol 6 r).Fille du duc de Normandie Richard sans Peur et de sa frilla [1] Gunnor , elle est d’abord l’épouse d’Ethelred II puis celle de Knut le Grand roi de Danemark. Elle est la mère des rois Knud le Hardi et Édouard le Confesseur.

Emma traverse la Manche et épouse Ethelred au printemps de l’année 1002. Elle devient reine d’une Angleterre en proie aux ambitions danoises. Son mari est déjà le père d’au moins 6 garçons et de 4 filles.

Le 13 novembre 1002, Ethelred ordonne l’exécution de tous les Danois d’Angleterre. C’est le fameux massacre de la Saint Brice. Cela a pour effet de considérablement radicaliser l’attitude du roi danois Sven Barbe Fourchue. Les raids toujours plus violents vont alors se succéder sur les côtes anglaises.

Emma donne le jour entre 1003 et 1005 à Islip [2], à un premier fils, auquel est donné le prénom d’Édouard, le futur Édouard le Confesseur. Emma concède au nouveau-né les domaines de Marston et d’Islip.

Fin 1013, Emma doit un temps trouver refuge en Normandie avec son mari et ses enfants. Les Vikings danois ravagent l’Angleterre. Sven Barbe fourchue entreprend sa conquête systématique et finit par s’en proclamer le roi. Il meurt cependant en février 1014, ce qui permet à Ethelred et sa famille de revenir en Angleterre.

La mort de Sven n’a cependant pas débarrassé l’Angleterre du péril scandinave. Dès 1015, son fils cadet Knut revient à la charge et débarque dans le nord du pays.

Ethelred évite soigneusement de l’affronter et meurt peu après, le 23 avril 1016. C’est l’un des fils survivants de son premier mariage, Edmond Côtes de Fer, qui reprend le flambeau de la guerre contre l’envahisseur. Il se fait proclamer roi par les habitants de Londres.

Édouard, l’aîné des fils d’Emma, est seulement âgé de 11 à 13 ans et ne peut faire valoir aucun argument dans le conflit qui s’annonce. Elle prend en revanche certainement la décision de l’envoyer aux côtés de son beau-fils Edmond, afin de faire acte de présence dans la lutte de la dynastie saxonne pour sa survie et d’ainsi marquer des points politiques.

Après plusieurs mois d’une lutte épique, et un accord pour se partager le pays, Edmond meurt le 30 novembre 1016 et Knut devient seul roi d’Angleterre. Il choisit alors d’épouser Emma.

Politiquement, cela permet de légitimer sa conquête, et un mariage avec la veuve de son prédécesseur lui semble le moyen idéal de s’inscrire dans la continuité dynastique. Cela permet aussi de décourager les partisans de la cause des fils d’Emma, et de renouveler l’ancienne alliance anglo-normande. Toutefois, ses enfants restent en exil en Normandie.

Emma règne aux côtés de Knut sur l’Angleterre pendant 18 ans. De nombreux auteurs ont souligné l’importance croissante prise par la reine dans les affaires du royaume.

Elle délaisse totalement ses enfants restés en exil en Normandie et donne à son nouvel époux un fils, Harthaknut [3] vers 1018, et une fille, Gunnhlid vers 1020. Knut devient par ailleurs roi du Danemark en 1019 et de Norvège en 1028.

Il doit donc fréquemment s’absenter et quelques signes laissent à penser qu’Emma assume en personne une forme de régence durant les périodes de vacance, sans doute aux côtés des principaux earls [4] du royaume et des archevêques d’York et de Canterbury. Elle se montre également tout au long de ces années une grande bienfaitrice de l’Église.

À la cour d’Angleterre vit aussi Elfgifu de Northampton , la première épouse de Knut. Cette femme de caractère, descendante de l’une des plus hautes familles du nord du pays, a donné 2 autres fils au roi anglo-danois avant son mariage avec Emma, Sven et Harold Pied de Lièvre . En 1024 ou 1025, Knut envoie le très jeune Harthaknut au Danemark et le fait reconnaître comme roi, toujours sous son contrôle toutefois.

En 1030, c’est au tour de Sven d’être expédié en Norvège, avec le titre de régent. Sa mère, Elfgyfu, l’accompagne avec pour mission d’assumer le pouvoir. Elle s’acquitte de cette mission d’une main de fer, mais s’attire ainsi l’hostilité des Norvégiens. Elle doit prendre la fuite avec son fils au cours de l’année 1035 et revenir en Angleterre. La très forte rivalité entre les 2 femmes reprend et est appelée à s’exacerber à la mort de Knut, le 12 novembre 1035.

Harthaknut succède sans encombre à son père au Danemark. Il doit cependant faire face aux ambitions du nouveau maître de la Norvège, Magnus le Bon qui cherche à envahir son royaume. Occupé sur les rives de la Baltique, il ne peut défendre en personne ses droits sur la couronne anglaise. Elfgyfu de Northampton profite de cette absence pour activer ses nombreux réseaux et pousser son second fils, Harold Pied de Lièvre, vers le trône.

Ce dernier arrache très vite à Emma une large partie du trésor de Knut qu’elle gardait à Winchester, mais il ne parvient pas à s’imposer à la tête de toute l’Angleterre. Une assemblée se tient à Oxford peu après la mort de Knut. Elle entérine la domination d’Harold sur le nord du royaume et celle d’Harthaknut sur le Wessex. En l’absence de ce dernier « il est décidé que Emma, mère d’Harthaknut, pouvait s’établir à Winchester avec les housecarles [5] du roi, son fils, et tenir tout le Wessex dans sa main en son nom ».

C’est le moment que choisissent les fils du premier lit d’Emma pour tenter un retour en Angleterre. Guillaume de Jumièges affirme qu’Édouard débarque à Southampton, mais qu’il comprend vite la dangerosité de la situation et qu’il préfère rebrousser chemin. Son frère Alfred n’a pas la même perspicacité. Selon “l’Encomium Emmae Reginae”, il répond en 1036 à l’invitation d’une fausse lettre d’Emma et débarque en Angleterre. Il veut rejoindre sa mère à Winchester, mais le comte Godwin de Wessex , jusque-là allié d’Emma et d’Harthaknut, l’intercepte et le livre au roi Harold. Celui-ci ordonne de massacrer l’escorte du jeune homme et le fait torturer cruellement. Alfred décèdera des suites de ses mutilations au monastère d’Ely [6], peut-être le 5 février 1037.

Harold est désormais reconnu comme seul souverain, et Emma doit s’exiler pour la seconde fois. La Normandie étant alors en proie aux troubles de la minorité de Guillaume le Conquérant, elle prend cette fois la direction de la Flandre.

Ce n’est qu’en 1040 qu’Harthaknut fait la paix avec Magnus. Il rejoint alors sa mère en Flandre et ils préparent ensemble une expédition pour la reconquête de l’Angleterre. Ils n’ont cependant pas besoin de combattre, car Harold Pied de Lièvre meurt le 17 mars 1040. Emma et Harthaknut traversent la Manche et débarquent à Sandwich le 17 juin 1040. Harthaknut est reconnu comme roi par le witenagemot [7] et couronné dans la foulée. Emma atteint alors le sommet de sa puissance.

Elle est l’omnipotente “mater regis”, qui signe fièrement une charte de son fils datée de 1042. C’est aussi à cette époque qu’elle commandite le manuscrit de l“’Encomium Emmae reginae”, ouvrage rédigé à sa gloire et à celle de Knut.

Durant son second mariage et immédiatement après la mort de Knut, Emma a constamment favorisé la descendance de Knut au détriment de celle d’Ethelred. C’est pourtant sans doute à son instigation, qu’Harthaknut invite Édouard à revenir en Angleterre. Emma espère ainsi renforcer sa position dans le pays, en atténuant le ressentiment d’une partie de la noblesse anglaise et réconciliant les maisons saxonne et danoise.

Son triomphe n’est toutefois que de courte durée, car Harthaknut décède le 8 juin 1042. Contre toute attente après tant de péripéties et d’années d’exil, Édouard le Confesseur monte sur le trône le 3 avril 1043, sans réelle opposition. Emma espère sans doute jouer auprès de lui le même rôle que celui qu’elle a occupé sous Harthaknut. Mais Édouard n’est plus un jeune homme et il a contre cette mère qui l’a si longtemps négligée un fort ressentiment.

Il l’écarte définitivement du pouvoir à la mi-novembre 1043 en lui confisquant l’ensemble de ses trésors, et en déplaçant le centre du pouvoir de Winchester à Londres. Après une brève disgrâce, Emma est autorisée à revenir à la cour. Elle apparaît encore sur quelques documents officiels, dont une charte datée de 1044 en faveur de l’évêque Elfwine de Winchester, la ville où elle possède la résidence de Godebegot et où elle aime particulièrement résider.

Emma de Normandie a longtemps été oubliée en France. C’est pourtant grâce à sa parenté que son petit-neveu, Guillaume le Conquérant, se trouvera en position d’affirmer ses prétentions à la couronne anglaise en 1066.

Elle meurt à Winchester le 6 ou 7 mars 1052. Elle est inhumée dans l’Old Minster [8] de Winchester aux côtés de son second mari et de leur fils Harthaknut

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Emma de Normandie/ Portail de l’Angleterre/ Reines et princes consort anglais (jusqu’en 1707)

Notes

[1] épouse à la manière danoise

[2] Islip est un village et une paroisse civile de l’Oxfordshire, en Angleterre, à environ 3 km à l’est de Kidlington et 8 km au nord d’Oxford.

[3] Knut le Dur, le Hardi

[4] les comtes

[5] Les housecarls sont une garde personnelle des seigneurs et rois vikings, ainsi que des rois anglo-saxons.

[6] Ely est une ville britannique située dans le Cambridgeshire sur la rive gauche de la Great Ouse à 14 miles (23 km) au nord-est de Cambridge. La ville d’Ely a le statut de cité.

[7] Le Witenagemot (également appelé Witan) était une institution politique dans l’Angleterre des Saxons entre approximativement les 7ème et 11ème siècles. Le nom witenagemot dérive du vieil anglais « rencontre de sages ». C’était une assemblée des personnalités les plus importantes et les plus puissantes du royaume, et incluait les membres du haut clergé, les comtes (earls) et les barons (thegns).

[8] L’Old Minster (« Vieux Monastère ») était la cathédrale saxonne du diocèse de Wessex puis de celui de Winchester de 648 à 1093. Elle se trouvait au nord de l’actuelle cathédrale de Winchester, qui la recouvre aujourd’hui partiellement.