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L’histoire pour le plaisir

Marco Sanudo

lundi 14 mars 2016 (Date de rédaction antérieure : 28 février 2012).

Marco Sanudo (1153-1227)

Fondateur et 1er duc du Duché de Naxos [1], neveu du doge vénitien, Enrico Dandolo, il participa à la 4ème croisade en 1204 et à la négociation de l’achat de la Crète par Venise à Boniface de Montferrat.

Au début de 1205, on apprit à Constantinople qu’une flotte génoise avait fait son apparition dans l’Égée. Marco Sanudo, avec l’accord de son oncle Enrico Dandolo, mais aussi la bénédiction de l’Empereur latin recruta, sur ses propres deniers, les équipages pour huit galères mises à sa disposition afin d’essayer de contrer les Génois. Les marins recrutés étaient des Vénitiens tous volontaires.

Il aborda sur la côte sud-ouest de Naxos, près de Potamides. Le débarquement ne rencontra aucune opposition de la part de la population locale. La forteresse byzantine, Apalyrou, à peu près à 3 kilomètres dans les terres, était alors tenue par des Génois et des Grecs. Le siège de la forteresse dura 5 semaines. Sa prise donna le contrôle de l’intégralité de l’île.

Marco Sanudo devait cependant se faire confirmer sa conquête par les autorités de l’Empire latin. Il retourna donc à Constantinople. Baudouin avait disparu lors de la bataille d’Andrinople [2] le 14 avril, contre les Bulgares. Et l’oncle de Sanudo, le doge Enrico Dandolo était mort le 1er juin. Le podestat [3] nommé pour assurer l’intérim en attendant l’élection du doge suivant, Marino Zeno, et le Conseil des Vénitiens l’assurèrent que sa conquête serait confirmée. Cependant, une condition était posée, elle ne pouvait être transmise qu’à un Vénitien.

En juillet 1205, il partit pour Venise annoncer la mort du Doge et se faire confirmer sa conquête. Il participa à l’élection de Pietro Ziani qui lui accorda le droit de s’emparer à titre privé des Cyclades [4] non évoquées dans le Partitio Terrarum. En fait, ce droit fut accordé à tous les citoyens vénitiens pour tous les territoires byzantins non évoqués dans le Partitio Terrarum [5].

Les Génois s’étaient installés et fortifiés en Crète et à Corfou, menaçant l’hégémonie vénitienne. La Sérénissime arma une flotte pour les déloger.

Sanudo participa à l’expédition car les Génois en Crète menaçaient aussi directement son île. Enrico Pescatore , au service de Gênes, avec une flotte qui comptait principalement 8 galères, avait débarqué en Crète en 1206.

La flotte vénitienne captura 4 galères génoises à Spinalonga [6], puis patrouilla les eaux crétoises et arraisonna tous les navires ennemis. Cependant, il n’y eut pas de débarquement pour reprendre l’île. La campagne finie, la flotte vénitienne repartit vers ses bases et Marco Sanudo put se rendre à Constantinople se faire confirmer en 1207 sa possession par le nouvel Empereur, Henri de Hainaut qui avait succédé à son frère.

Marco Sanudo changea le visage de Naxos en faisant redescendre la population vers le littoral. Il fit construire dans son île une nouvelle capitale autour de sa forteresse, le castro. Il fit de même sur Milos [7] où il fit construire une nouvelle capitale plus près de la mer, Apanokastro où s’installa la population latine. Il fut l’initiateur des 2 principales lignes politiques suivies par le Duché de Naxos, l’indépendance vis-à-vis de Venise et les bonnes relations avec les Grecs de ses domaines

En 1210, il fit hommage à l’Empereur latin Henri de Hainaut qui lui accorda le titre de pair de l’Empire byzantin et de Duc de l’Archipel. Il respecta les droits et les propriétés des archontés [8] grecs. Sur les 56 fiefs recensés sur Naxos, plus de la moitié appartenaient à des Grecs. Il gouverna directement Naxos et Milos et nomma des gouverneurs pour les autres îles. Le Père Saulger lui attribua la création de toutes les institutions du Duché,. Il se serait entouré d’un conseil inspiré du modèle vénitien de la Commune et composé de Grecs et Latins. À ses côtés se serait trouvé un vicario qui le remplaçait quand il était absent. Le commandant en chef des troupes portait le titre de megas kapetanios. Il y aurait aussi eu un trésorier, un chancelier et une administration judiciaire.

Vassal de l’Empereur latin Henri de Hainaut, il lui devait aide militaire. Il combattit l’Empire de Nicée [9] à ses côtés. Il s’empara de Smyrne [10], principal débouché maritime pour Nicée. Il continua cependant à servir Venise comme lors de l’expédition en Crète en 1211. Il aurait aussi participé aux guerres menées contre Theodoros Angelos Doukas, le Despote [11] d’Épire [12]. Il accompagna l’Empereur dans sa dernière expédition militaire en 1216. Il se rendit à la convocation des vassaux à Thessalonique avec 1 500 hommes et son fils Angelo. Là, l’Empereur, juste avant son assassinat, reconnut ce dernier comme successeur de son père au titre de Duc de Naxos. Après l’empoisonnement d’Henri, il retourna sur Naxos, laissant son fils et ses troupes remplir les obligations féodales. Il décéda d’une longue fièvre, à plus de 70 ans, son fils Angelo Sanudo lui succéda.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Guillaume Saint-Guillain, « Les Conquérants de l’Archipel. L’Empire latin de Constantinople, Venise et les premiers seigneurs des Cyclades », dans Gherardo Ortali, Giorgio Ravegnani et Peter Schreiner (dir.), Quarta Crociata. Venezia - Bisanzio - Impero Latino, Venise, Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti,‎ 2006 (ISBN 8888143742)

Notes

[1] Le Duché de Naxos est un des États croisés fondés après la quatrième croisade sur des territoires byzantins. Il s’étendit sur une partie des Cyclades, îles de la mer Égée en Grèce. Il était centré sur Naxos, conquise en premier par Marco Sanudo. Le duché, fondé par des Vénitiens se plaça rapidement sous la suzeraineté de l’empereur latin de Constantinople. Le système féodal occidental fut surimposé au système byzantin. Les deux christianismes, catholique et orthodoxe, cohabitèrent ainsi. Le duché fut d’abord gouverné par la dynastie des Sanudi (13ème et 14ème siècles) puis par celle des Crispi (15ème et 16ème siècles). En 1537, l’attaque par Khayr ad-Din Barberousse soumit le duché à la suzeraineté ottomane faisant du duc un tributaire du Sultan. En 1566, le dernier duc italien, fonctionnaire ottoman, fut remplacé par Sélim II qui nomma Joseph Nassi. Celui-ci géra le duché jusqu’en 1579 ; après une période intermédiaire où le titre fut attribué à divers personnages, le duché fut dissous vers 1617.

[2] La bataille d’Andrinople a eu lieu le 14 avril 1205. Elle a mis aux prises les Bulgares, menés par le tsar Kalojan, et les croisés de Baudouin 1er. La victoire revient aux Bulgares, grâce à une embuscade réussie menée avec l’aide de leurs alliés coumans et grecs. Environ 300 chevaliers périssent, dont Louis de Blois, duc de Nicée. Baudouin lui-même est capturé et aveuglé ; il mourra en captivité. Après cette bataille, les Bulgares envahissent la majeure partie de la Thrace et de la Macédoine. À Baudouin succède son frère cadet Henri de Hainaut, qui devient empereur le 20 août 1205.

[3] Le podestat était le premier magistrat des villes du centre et du nord de l’Italie médiévale.

[4] Les Cyclades sont un archipel de Grèce situées dans le Sud de la mer Égée, dans la périphérie de l’Égée-Méridionale. L’archipel comprend environ 250 îles, îlots et îlots-rochers. Seules 241 îles sont habitées. On les appelle Cyclades car elles forment un cercle autour de l’île sacrée de Délos.

[5] Le Partitio Terrarum imperii Romaniae était un traité signé entre les croisés après la sac de la capitale byzantine, Constantinople, lors de la quatrième croisade en 1204. Il a établi l’Empire latin et arrangé la partition nominale du territoire byzantin parmi les participants de la croisade, la République de Venise étant le plus grand bénéficiaire. Cependant, parce que les croisés n’ont pas le contrôle de la plupart de l’Empire, les nobles grecs et byzantins établissent de nouveaux royaumes (Empire de Nicée, l’ Empire de Trébizonde, despote d’Epire).

[6] Spinalonga est un îlot forteresse et une presqu’île situés en Crète à l’entrée ouest du golfe de Mirabello face à la ville d’Elounda, non loin d’Agios Nikolaos dans le district régional du Lassithi.

[7] Milos ou Mélos est une île grecque de la mer Égée appartenant à l’archipel des Cyclades.

[8] les classes dominantes grecques

[9] Vestige de l’Empire byzantin ayant résisté à la prise de Constantinople par les croisés en 1204, l’Empire de Nicée était le plus étendu des États impériaux successeurs : l’Empire de Nicée, le despotat d’Épire et l’Empire de Trébizonde. Il occupait, en Asie Mineure occidentale, une large bande de terre s’étendant de la mer Égée à la mer Noire. Si Nicée demeura sa capitale et le siège du patriarcat pendant toute sa brève histoire (1204-1261), les empereurs établirent leur résidence et le siège du gouvernement à Nymphaion (aujourd’hui Kemalpaşa), ville de Lydie, moins exposée aux armées ennemies.

[10] Izmir anciennement Smyrne, est le deuxième plus grand port de Turquie après İstanbul, et la troisième agglomération du pays par le nombre d’habitants. Elle est située sur la mer Égée près du golfe d’Izmir.

[11] Despote est une épithète appliquée à Dieu, au patriarche et aux évêques, mais surtout à l’empereur. Le titre de despote apparaît au 12ème siècle dans l’Empire byzantin. Il occupe le sommet de la hiérarchie officielle, juste après celui d’empereur et de coempereur.

[12] Le Despotat d’Épire fut l’un des États successeurs de l’Empire byzantin après la conquête de Constantinople et la mise en place de l’Empire latin d’Orient sur les terres principales de l’Empire Byzantin par la quatrième croisade en 1204. Fondé par Michel Comnène Doukas, le nouvel État se voulut, à l’instar de l’Empire de Nicée et de l’Empire de Trébizonde, le successeur légitime de l’Empire byzantin.