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L’histoire pour le plaisir

Léon VI dit le Sage

vendredi 31 janvier 2020 (Date de rédaction antérieure : 3 octobre 2011).

Léon VI dit le Sage (866-912)

Empereur byzantin de 886 à 912

Il fut instruit par Photios, qui fut par la suite patriarche de Constantinople [1]. Vers 900, afin de le rendre compréhensible aux juristes byzantins, il commanda la traduction en grec du Corpus juris civilis* de l’empereur Justinien 1er. Cette version grecque fut intitulée Les Basiliques [2].

L’identité de son père est le sujet de nombreuses discussions d’érudits et n’a pas été formellement tranchée. Pour les historiographes officiels de la dynastie macédonienne, Léon VI est le fils de son prédécesseur Basile 1er et de sa seconde épouse Eudoxie Ingerina.

Tombé amoureux de Zoé Tzaoutzina , il doit renoncer à elle pour épouser, de force, Théophano . Son aversion pour son épouse entraîna une colère de son père, qui le fit emprisonner pendant 3 mois.

Léon monta sur le trône à la mort de son père, Basile 1er : s’il dut théoriquement partager le pouvoir avec son frère Alexandre , la frivolité de ce dernier conduisit Léon à exercer seul le pouvoir impérial.

Dès son avènement, il nomma Stylianos Tzaoutzès Maître des offices et logothète du Drome [3] et exila le patriarche Photios, contraint d’abdiquer. Le jour de Noël 886, Léon fit couronner patriarche son propre frère puîné, Étienne, alors qu’il n’avait que 16 ans, maladif, ce dernier fut aussi coopératif qu’on le lui demandait.

En 899, il fit convoquer un grand synode destiné à restaurer les relations entre les Églises d’Occident et d’Orient. Pendant ce temps, il s’attacha à la révision et à la recodification du droit romain, commencée sous Basile 1er. Les lois furent regroupées matière par matière dans des volumes spécifiques puis traduites en grec, seule langue alors comprise par le peuple et les fonctionnaires.

Il ne fut pas aussi heureux que son père dans ses campagnes militaires et n’avait aucune politique étrangère très précise. De surcroît, la paix avec la Bulgarie fut rompue au cours de son règne à la suite de la montée sur le trône de Siméon 1er de Bulgarie en 893. A l’origine de ce conflit se trouve un différent commercial entre les deux Etats. En effet, le monopole du commerce bulgare appartenait à 2 Byzantins qui transférèrent le marché bulgare de Constantinople [4] à Thessalonique [5] et relevèrent fortement les taxes. Devant cette atteinte aux intérêts commerciaux bulgares, Siméon passe à l’offensive et vainc les Byzantins en 894. Ces derniers ripostent en demandant l’aide du royaume hongrois naissant qui vainquit plusieurs fois les Bulgares en 895 avant que ceux-ci ne fassent eux-mêmes appel aux Pétchénègues [6] qui vainquirent les Hongrois. Cela permit à Syméon de défaire les Byzantins en 896 à Bulgarophygon [7] et de faire la paix avec eux moyennant le paiement d’un tribut annuel au royaume bulgare. Le tsar Syméon profita de ces victoires pour obtenir l’indépendance de son Eglise et l’établissement d’un patriarcat.

Il perdit aussi le dernier point d’appui byzantin en Sicile en 902 avec la prise par les Arabes de Taormine [8]. C’était la conséquence de la guerre avec les Bulgares qui contraignait Byzance [9] à dégarnir ses frontières occidentales comme en témoigne le départ de Nicéphore II Phocas d’Italie pour prendre le commandement des troupes byzantines dans les Balkans [10] dès 894. Les musulmans ravagèrent aussi Thessalonique [11] en 904. En 907, Constantinople fut assiégée par les Rus’ de Kiev [12] qui réclamaient des avantages commerciaux. Léon les leur accorda, puis les attaqua en 911, mais dut en fin de compte signer un traité commercial.

En 912, il tenta vainement de reprendre la Crète aux Arabes, mais sans succès. Il tomba malade au retour et mourut le 11 mai 912. Son fils étant encore enfant, ce fut son frère, Alexandre, qui lui succéda.

Son 3ème mariage se fit en 900 avec Eudoxie Baïana , mais le litige avec l’église commença bien que le nouveau patriarche, Antoine II Cauléas , lui eût accordé la dispense nécessaire. Il s’acheva rapidement par la mort de l’épouse en avril 901.

Il contracta une 4ème union avec Zoé Carbonopsina dont il eut Constantin VII. Pour légitimer ce dernier, il épousa secrètement Zoé dans une chapelle du Palais sacré de Constantinople puis la proclama épouse et impératrice.

La fureur de l’Église ne connut alors plus de bornes et refusa la dispense nécessaire, ce fut l’affaire de la tétragamie [13]. L’Église était cependant divisée en deux factions, les photiens et ignaciens [14], et il sut jouer de ces divisions.

Il accorda le patriarcat à Euthyme Ier de Constantinople, sous la condition que celui-ci lui accorde la dispense de remariage.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Léon le Philosophe par Jean Skylitzès, Empereurs de Constantinople, « Synopsis Historiôn », traduit par Bernard Flusin et annoté par Jean-Claude Cheynet, éditions P. Lethilleux, Paris, 2003, (ISBN 2283604591)

Notes

[1] Le titre de Patriarche de Constantinople est porté par le chef de la première juridiction autocéphale de l’Église orthodoxe qu’est le patriarcat œcuménique de Constantinople. Le titre de « patriarche » est traditionnellement porté par l’archevêché orthodoxe de Constantinople (actuelle ville d’Istanbul). Ce diocèse est l’un des plus anciens de la chrétienté. Le patriarche de Constantinople est primus inter pares (premier parmi les pairs) des chefs des Églises autocéphales formant l’Église orthodoxe, souvent considéré à tort comme étant le chef spirituel des 300 millions de chrétiens orthodoxes dans le monde.

[2] Les Basiliques sont un code législatif de l’Empire byzantin, promulgué à la fin du 9ème siècle par l’empereur Léon VI le Sage.

[3] Dans la terminologie byzantine, la fonction de logothète désigne au départ une responsabilité d’ordre financier. La charge de logothetes tou dromou ou « logothète de la Course » ou encore « logothète du Drome » dérive de celui de curiosus cursus publici praesentalis, qui dépendait du bureau du maître des Offices.

[4] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[5] Thessalonique ou Salonique est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Aujourd’hui, elle est la capitale de la périphérie (région) de Macédoine centrale en Macédoine grecque mais aussi celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace.

[6] Les Petchénègues ou Petchenègues sont un peuple nomade d’origine turque qui apparaissent à la frontière sud-est de l’empire khazar au 8ème siècle. Ils s’installent au 10ème siècle au nord de la mer Caspienne. Selon la légende, ils constituent la tribu Peçenek des Oghouzes, issue de Dağ Han (« prince montagne »).

[7] La bataille de Bulgarophygon se déroule à l’été 896 près de la ville de Bulgarophygon, aujourd’hui Babaeski en Turquie. Elle oppose l’Empire byzantin au Premier Empire bulgare, qui remporte la victoire. En dépit des difficultés rencontrées dans la guerre contre les Hongrois alliés des Byzantins, la bataille de Bulgarophygon s’avère être un succès décisif pour le jeune et ambitieux tzar Siméon 1er de Bulgarie dont le but est de devenir empereur à Constantinople. Le traité de paix signé après la bataille confirme la domination des Bulgares sur les Balkans, l’Empire byzantin ne gardant son contrôle que sur la Thrace orientale, la Grèce et les côtes de la péninsule. Par la suite, Siméon infligera d’autres défaites aux Byzantins.

[8] Taormine est une commune de la ville métropolitaine de Messine en Sicile (Italie). Les Itinéraires placent Tauromenium à 40 km de Messine et à la même distance de Catane. La ville demeure une des plus importantes villes de Sicile après la chute de l’Empire d’Occident. Grâce à sa position de force, elle fut l’une des dernières places fortes à demeurer aux mains de l’Empire byzantin dans la région. Mais la ville fut prise par les Sarrasins en 902 après un siège de 2 ans, et fut totalement détruite. La ville résista farouchement et ce n’est que sous la pression de l’émir aghlabide Ibrahim II lui-même, qui venait d’abdiquer au profit de son fils pour se consacrer à la guerre sainte en Sicile, que la cité finit par tomber

[9] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 (date de la prise de la ville par les Turcs). Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[10] Les Balkans sont une des trois « péninsules » de l’Europe du Sud, mais cette appellation traditionnelle est parfois contestée en l’absence d’un isthme : les géographes préfèrent le terme de « région ». Elle est bordée par des mers sur trois côtés : la mer Adriatique et la mer Ionienne à l’ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l’est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km²

[11] Thessalonique ou Salonique est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Aujourd’hui, elle est la capitale de la périphérie (région) de Macédoine centrale en Macédoine grecque mais aussi celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace.

[12] principauté de Kiev

[13] La Tétragamie est une crise de relation entre l’Église de Constantinople et le pouvoir impérial, au sujet de la vie privée de l’Empereur Léon VI le Sage et du nombre de ses mariages successifs. La querelle provoque un bras de fer entre l’Empereur Léon VI et le Patriarche Nicolas Mystikos, pour ensuite provoquer une division durable au sein même de l’Église orientale. Cette crise au sens large commence à la Noël 906 et se termine en juillet 920 avec le Tome d’Union. Tétragamie signifie littéralement « 4 mariages ». En effet, le premier souci de Léon VI est de s’assurer d’avoir une descendance masculine, ce qui le pousse à multiplier des unions très éphémères car ses épouses meurent rapidement sans lui donner de successeur. L’Église byzantine limite à 2 les unions possiblement contractables (et seulement en cas de veuvage, la deuxième noce devant être accompagnée d’une pénitence), considérant qu’au-delà, les unions sont à rapprocher du péché de fornication.

[14] anciens partisans respectifs de Photios Ier et d’Ignace de Constantinople