Bienvenue sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > De l’Antiquité à 400 av.jc > Thoutmôsis 1er ou Djéhoutymosé 1er

Thoutmôsis 1er ou Djéhoutymosé 1er

mercredi 28 septembre 2022, par lucien jallamion

Thoutmôsis 1er ou Djéhoutymosé 1er

Troisième pharaon de la XVIIIème dynastie durant le Nouvel Empire

Il prend le pouvoir à la mort d’ Amenhotep 1er , avec qui il ne semble pas avoir de liens familiaux directs.

D’après Manéthon, Thoutmôsis 1er règne 12 ans et 9 mois. On situe son règne aux alentours de 1504 à 1492 av. notre ère. Sans doute d’un âge au moins égal à celui de son prédécesseur, Thoutmôsis 1er est déjà père lorsqu’il monte sur le trône.

Durant son règne, il fait de grandes campagnes au Levant jusqu’à l’Euphrate [1] et en Nubie [2], repoussant les frontières de l’Égypte plus loin que jamais auparavant. Il construit de nombreux temples en Égypte et fait vraisemblablement creuser, pour lui-même, le premier tombeau de pharaon attesté dans la vallée des rois [3] et établit son temple funéraire à Deir el-Bahari [4] à l’emplacement où sa fille, Hatchepsout, construira le sien. Cette dernière est mariée à son fils et successeur Thoutmôsis II.

Sa mère, la dame Séniséneb ou Senseneb, n’était ni fille ni épouse de roi, et on ignore le nom de son père. Il n’est toutefois pas impossible que Thoutmôsis fût de sang royal, bien qu’aucun document ne vienne le confirmer. Certains égyptologues estiment qu’il est le fils du prince Ahmosé-Sipair , fils du pharaon Séqénenrê Taâ, et frère d’ Ahmôsis 1er le fondateur de la dynastie. Il serait alors le cousin, et le plus proche parent, de son prédécesseur.

Avant son avènement, il avait épousé Ahmès , peut-être la sœur d’Amenhotep 1er, à moins qu’elle ne fût sa propre sœur biologique. Selon toute vraisemblance, Ahmès-Néfertary, veuve d’Ahmôsis 1er et mère du roi défunt, joua un rôle déterminant lors de la transmission du pouvoir. Cette hypothèse se fonde sur la présence de la vieille reine, à côté de la grande épouse royale Ahmès, sur la stèle que le vice-roi de Koush [5] Toure fit ériger dans le Ouadi Halfa, près de Bouhen [6].

Ahmès lui donne deux filles, l’aînée Hatchepsout et la cadette Néféroubity . De son union avec Moutnofret , il a le futur Thoutmôsis II et peut-être trois autres fils qui meurent toutefois avant leur père.

Lors du couronnement de Thoutmôsis, la Nubie se rebelle contre le régime égyptien. Selon les inscriptions du tombeau d’Ahmès fils d’Abana, Thoutmôsis voyagea le long du Nil et combattit les Nubiens, tuant lui-même leur roi. Après sa victoire, il revient triomphalement à Thèbes [7].

La deuxième année du règne, le pharaon place une stèle à Tombos, sur laquelle il proclame avoir construit une forteresse près de la troisième cataracte [8], étendant ainsi en permanence la présence militaire égyptienne, préalablement arrêtée à Bouhen sur la deuxième cataracte.

La stèle mentionne également la campagne en Syrie [9] du roi, qui peut donc être datée du début de l’an 2 du règne. Cette campagne conduit les forces égyptiennes plus loin au nord que celles de tous les pharaons précédents. Pour marquer son exploit, le roi fait dresser une stèle à l’endroit où il franchit l’Euphrate.

Au cours de cette campagne, des princes syriens font allégeance à Thoutmôsis. Cependant, après son départ, ils rompent leurs hommages et renforcent leurs défenses contre les campagnes à venir.

Thoutmôsis fête ses victoires avec une chasse aux éléphants dans la région du royaume de Niya, près d’Apamée en Syrie [10]. Il rentre en Égypte où il relate sa découverte de l’Euphrate. L’Euphrate a été le premier grand fleuve rencontré par les Égyptiens coulant du nord, qui est l’aval du Nil, au sud, qui est l’amont du Nil.

Au cours de sa troisième année de règne, Thoutmôsis 1er mène une seconde expédition contre la Nubie, durant laquelle il ordonne de draguer le canal, contournant la première cataracte. Le canal avait été initialement construit sous Sésostris III afin de faciliter les voyages de l’Égypte à la Nubie, améliorant l’intégration de la Nubie dans l’empire égyptien.

Durant son règne, Thoutmôsis 1er lance plusieurs projets qui mettent fin à l’indépendance de la Nubie pour le reste du Nouvel Empire [11]. Il agrandit le temple de Sésostris III et Khnoum à Semna ouest [12]. Il maintient dans sa charge de vice-roi de Koush, chef des pays du Sud, un homme du nom de Toure, nommé du temps d’Amenhotep 1er et sans doute fils du vice-roi précédent. Avec un représentant civil du roi établi de façon permanente en Nubie elle-même, le contrôle du pays devient plus facile. Le Fils royal de Koush a également pour tâche d’accomplir des rites religieux spécifiques à la place du roi dans les temples de Nubie.

Le programme de construction de Thoutmôsis 1er au cours de son règne est vaste, concernant de nombreux temples et des tombeaux, mais son plus grand projet est le temple de Karnak, sous la supervision de l’architecte Inéni . Il construit le cinquième pylône le long de la route principale du temple, fait édifier un mur entourant le sanctuaire et deux mâts flanquant la porte. À l’extérieur, il construit le quatrième pylône et un autre mur d’enceinte. Entre les quatrième et cinquième pylônes, en belle pierre blanche de Tourah, il bâtit une salle hypostyle construite avec des colonnes en bois de cèdre. Ce type de structure était commun dans les temples égyptiens, et censé représenter un marais de papyrus, symbole de la création. Le long du mur extérieur de cette salle, il construit des statues colossales, chacune portant en alternance la couronne de la Haute Égypte [13] et celle de Basse-Égypte [14].

Outre Karnak, Thoutmôsis 1er a également construit des statues de l’Ennéade à Abydos [15], des bâtiments à Erment [16], Ombos [17], Al-Hibah, Memphis [18] et Edfou [19], ainsi que des expansions mineures aux constructions nubiennes de Semna, Bouhen, Aniba [20], et Quban.

Thoutmôsis 1er est le premier pharaon enterré définitivement dans la vallée des rois. Inéni a été chargé de faire creuser cette tombe, et sans doute construire le temple funéraire.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Claude Vandersleyen, L’Égypte et la vallée du Nil, t. 2, Presses Universitaires de France, 1995 (ISBN 978-2-13-046552-2)

Notes

[1] L’Euphrate est un fleuve d’Asie de 2 780 km de long. Il forme avec le Tigre dans sa partie basse la Mésopotamie. Son débit est particulièrement irrégulier puisque plus de la moitié de son flux s’écoule de mars à mai et que le débit peut tomber à 300 m3/s contre un débit moyen de 830 m3/s à l’entrée en Syrie. En période de crue, il peut atteindre 5 200 m3/s pouvant provoquer de graves inondations. Les deux branches mères de l’Euphrate naissent sur le haut-plateau anatolien : celle de l’ouest, ou Karasu, naît près d’Erzurum, dont elle traverse la plaine ; celle de l’est, le Murat, se forme au Nord du lac de Van, sur les flancs d’un contrefort occidental de l’Ararat. Il traverse ensuite la zone de piémont, zone aride partagée entre la Syrie et l’Irak. Arrivé aux environs de Ramadi en Irak, il entre dans la plaine fertile de Mésopotamie, passant par Fallujah à proximité de Bagdad, et puis à environ 1 km à l’ouest des ruines de Babylone. Il rejoint le Tigre dans le sud-est du pays à Qurna à environ 100 km au nord-ouest de Bassorah pour former le Chatt-el-Arab et se jeter dans le golfe Persique.

[2] La Nubie est aujourd’hui une région du nord du Soudan et du sud de l’Égypte, longeant le Nil. Dans l’Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Le birgid, un dialecte particulier, était parlé jusqu’au début des années 1970 au nord du Nyala au Soudan, dans le Darfour. L’ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux entre les 8ème et 9ème siècles.

[3] La vallée des Rois est une région d’Égypte située sur la rive occidentale du Nil à hauteur de Thèbes (aujourd’hui Louxor). La vallée est formée d’une faille dans la chaîne Libyque qui débouche sur la vallée du Nil. La vallée des Rois est connue pour abriter les hypogées de nombreux pharaons du Nouvel Empire, mais elle abrite également les tombeaux de certaines épouses et enfants de pharaons, ainsi que celles de nobles dont les pharaons ont voulu récompenser la valeur. C’est à partir de la période du règne de Ramsès 1er que la vallée des Reines est usitée, même si quelques épouses seront encore inhumées avec leurs maris par la suite.

[4] Le site de Deir el-Bahari est un complexe funéraire, composé de temples et de tombes, situé sur la rive gauche du Nil face à la ville de Louxor et des temples de Karnak, légèrement au sud de la vallée des rois, adossé à la paroi rocheuse de la montagne de Thèbes, en Haute Égypte.

[5] Le Fils Royal de Koush, ou vice-roi de Nubie, est une des fonctions les plus importantes de l’administration royale de l’Égypte du Nouvel Empire soit la troisième après celles des vizirs de Basse et de Haute-Égypte. Cette fonction apparaît avec l’annexion de cette région par les pharaons de la XVIIIe dynastie. Parfois attribué à un membre de la famille royale, ce poste, qui s’apparente à celui de gouverneur d’une province ou de préfet de région, était étroitement lié à l’armée. Celle-ci contrôlait cette région du Soudan. Elle fut le théâtre fréquent de rébellions matées le plus souvent lors d’expéditions punitives dont le but était de garantir les routes commerciales et l’accès aux mines d’or de la région, deux poumons économiques capitaux pour la civilisation égyptienne d’alors.

[6] Bouhen est le site d’une des forteresses établies en Nubie par les pharaons pour défendre leur frontière méridionale et contrôler les routes commerciales qui passaient par le Nil depuis le Soudan.

[7] Thèbes (aujourd’hui Louxor) est le nom grec de la ville d’Égypte antique Ouaset (« Le sceptre » ou « La Puissante »), appartenant au quatrième nome de Haute Égypte. D’abord obscure capitale de province, elle prend une importance nationale à partir de la XIème dynastie. Elle est en effet la ville d’origine des dynastes de la famille des Antef, qui fondent la XIème dynastie avec Montouhotep 1er et Montouhotep II, liquidateurs de la Première Période Intermédiaire et rassembleurs des Deux Terres, c’est-à-dire de la Haute Égypte et de la Basse Égypte.

[8] Les cataractes du Nil sont des rapides, plus que des chutes d’eau, dus à des encombrements rocheux dans le lit du Nil. Au nombre de six, elles rendent difficile et dangereuse en certains endroits la navigation sur le fleuve, mais sans l’interrompre. Depuis le Nord de Khartoum, au Soudan actuel, la vallée du Nil sinue de cataracte en cataracte jusqu’à Assouan, en Égypte. Dès l’Antiquité, Hérodote évoque ces « Éthiopiens » qui vivent entre la première et la sixième cataracte du Nil. La Nubie s’étend de la première cataracte jusqu’à la quatrième cataracte. Le désert de Bayouda se trouve dans la boucle formée par le Nil entre la quatrième et la sixième cataracte

[9] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[10] Apamée, actuellement Qal`at al-Madhīq est un site archéologique en Syrie, située près de l’Oronte, à 55 km au nord-ouest de Hama. Elle se situe en bordure d’un plateau, à l’est du Ghāb, sur une éminence qui domine une vaste plaine fertile. Elle présente le type habituel d’urbanisme colonial qui se caractérise par un plan régulier à damier, avec des îlots rectangulaires, à l’intérieur d’une immense enceinte. La ville connut un brusque développement au 2ème siècle av. jc, signe d’accroissement démographique et de prospérité. On construisit alors un mur d’enceinte de près de 7 km de circonférence, et on prolongea la grande colonnade avec des portiques et des boutiques construites au-delà de la porte nord.

[11] Le Nouvel Empire couvre une période allant d’environ de1500 à 1000 av. notre ère et est formé de trois dynasties : les XVIIIème, XIXème et XXème dynasties. C’est la période la plus connue de l’histoire égyptienne : expansion territoriale, et surtout beaucoup de personnalités connues. C’est de cette époque que nous viennent les plus beaux témoignages architecturaux dont les demeures des millions d’années, mais aussi des temples édifiés pour rendre un culte aux rois défunts en adorant leur Ka (temple de Louxor, tombe de Séthi 1er, Ramesséum, Abou Simbel, etc.). C’est une période très ouverte vers le monde extérieur, comme la Crète, les Hittites (ennemi un certain temps), etc.

[12] Semna ouest est le site d’une des forteresses nubiennes établies par les pharaons pour défendre leur frontière méridionale et contrôler les routes commerciales qui passaient par le Nil depuis le Soudan et l’Afrique. La forteresse de Semna ouest formait, avec les deux autres forteresses de Semna sud et de Kouma, une barrière permettant de contrôler le trafic fluvial entre la deuxième et la troisième cataracte.

[13] La Haute-Égypte est la partie sud de l’actuelle Égypte. De tout temps, le Nil ayant été l’axe de préoccupation principal des Égyptiens, c’est donc à lui que fait référence le qualificatif haut. Le Nil prenant sa source en Afrique centrale (dans la région des Grands Lacs) et se jetant dans la mer Méditerranée dans le delta au nord, il est logique (selon la loi de l’écoulement des fleuves) que le sud du pays soit plus élevé que le nord. C’est pourquoi la Haute Égypte correspond à la partie méridionale du pays, de la région d’Aphroditopolis (au sud de Memphis) jusqu’au haut barrage d’Assouan, près de la première cataracte, c’est-à-dire à la frontière nord de la Basse Nubie.

[14] L’Égypte se définit essentiellement par rapport au Nil. La Basse Égypte est donc « basse » par référence au sens de l’écoulement du fleuve (du sud, plus haut, vers le nord, en aval) et donc à son altitude. Son relief est également peu accusé. C’est la partie la plus au nord de l’Égypte, depuis la Méditerranée, avec le delta du Nil, jusqu’à la région du Fayoum avec Le Caire.

[15] Abydos est une ancienne ville sainte d’Égypte vouée au culte du dieu Osiris, et située à 70 km au nord-ouest de Thèbes. Aujourd’hui sur le territoire de l’antique Abydos s’élève l’actuelle ville de Madfounek. Les prêtres d’Abydos prétendaient posséder une relique de toute première importance : la tête du dieu Osiris. On y a découvert les tables d’Abydos qui mentionnent deux séries de noms de pharaons allant jusqu’à la XVIIIème dynastie.

[16] Hermonthis, actuellement Erment, est une ville de Haute-Égypte, dont l’étymologie est clairement associée au dieu Montou. Elle était nommée par plusieurs noms pendant l’antiquité égyptienne. Au Nouvel Empire Hermonthis devient une des cités satellites de Thèbes formant avec Tôd et Médamoud un axe de sanctuaires dédiés à Montou, dieu guerrier, protecteur de la royauté et de la ville d’Amon.

[17] Nagada ou Naqada (Ombos) est une ancienne ville du 5ème nome de Haute-Égypte, le nome des Deux Divinités. Son nom grec, Ombos, est identique à celui d’une ville située plus au sud, dans le 1er nome de Haute-Égypte, qu’on nomme maintenant Kôm Ombo. Le site a donné son nom à la civilisation prédynastique de la culture de Nagada. Le site a livré de nombreuses tombes et un riche mobilier funéraire de cette période.

[18] Memphis est à l’origine le nom de Memphis, princesse de la mythologie grecque, qui aurait fondé une ville en Égypte à laquelle elle aurait donné son nom. Memphis était la capitale du premier nome de Basse Égypte, le nome de la Muraille blanche. Ses vestiges se situent près des villes de Mit-Rahineh et d’Helwan, au sud du Caire.

[19] Edfou est une ville de Haute-Égypte. Ce sont les Grecs, qui avaient identifié le dieu Horus avec Apollon, qui lui donnèrent le nom d’Apollinopolis Magna. Cette très ancienne ville de Béhédet s’est développée sur une colline et était la capitale du 2ème nome de Haute-Égypte, le nome du Trône d’Horus.

[20] Aniba est un site de Basse Nubie connu des Égyptiens sous le nom de Miam. C’était le siège du gouverneur de la province de Wawa. Avant d’être englouti par les eaux du lac Nasser, on pouvait y voir les ruines de la ville antique, une nécropole du Moyen Empire (XIXème et XXème dynasties) et les restes d’une forteresse.