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Gero (margrave) ou Gero 1er dit le Grand

vendredi 2 septembre 2022, par ljallamion

Gero (margrave) ou Gero 1er dit le Grand (vers 900-965)

Il gouvernait à l’origine une petite marche centrée sur Mersebourg [1] dont il a étendu les limites pour en faire un vaste territoire que l’on a appelé par la suite la marca Geronis [2].

Fils du comte Thietmar , le tuteur d’Henri 1er l’Oiseleur. Il avait été choisi en 937 par le roi Othon 1er pour succéder à son frère Siegfried (margrave de Mersebourg) en tant que comte et margrave [3] du territoire bordant une région occupées par les Wendes [4] sur le cours inférieur de la Saale [5].

Cette nomination déplu à Thankmar, le demi-frère du roi et le cousin de Siegfried. Allié avec le duc de Franconie [6] Eberhard et Wichman le Vieux, il s’est révolté contre le roi en 938. Thankmar fut tué l’année suivante et ses deux alliés se sont réconciliés avec Othon 1er. Gero a conservé sa marche.

Pendant l’insurrection de ses opposants, Gero a mené une première guerre contre les Slaves en 937/938. Ce fut une défaite pour Gero. Pour entretenir ses troupes, Gero ne pouvait compter sur la production de sa région ni sur les tributs que les Slaves refusaient de payer. En tant que margrave important, Gero disposait de groupes de combattants chevronnés qui constituaient l’élite de ses troupes.

En 939, les Obodrites [7] ont attaqué une armée germanique, l’ont mise en déroute et ont tué le margrave qui était à sa tête. Pour le venger, Gero a invité une trentaine de chefs de clan slaves à un banquet au cours duquel ils furent assassinés, sauf un qui réussi à s’enfuir.

En représailles, les Stodoranie [8] se sont révoltés contre la suzeraineté germanique et ont repoussé les Allemands au-delà de l’Elbe [9]. Gero a renversé rapidement la situation et récupéré le terrain perdu. Par la suite, il a soudoyé Tugumir, un prince slave baptisé, pour que celui-ci trahisse ses sujets en acceptant la suzeraineté germanique. Peu après, les Obodrites et les Wilzes [10] se sont soumis.

En 954, alors que Gero était absent, les Ukrani se sont révoltés. Gero est revenu accompagné de Conrad le Roux et les a pacifiés.

En 955, quelques comtes saxons qui s’étaient révoltés ont été bannis par Hermann 1er de Saxe. Ils ont trouvé refuge à Swetlastrana [11].

Hermann assiégea la cité slave jusqu’à ce qu’un accord fut trouvé. À la suite d’une dispute, la paix a rapidement été rompue. Les Obodrites, les Wilzes, les Chrepienyani (Czrezpienianie), les Redarii (Redarowie) et les Dolenzi (Dołężanie) se sont unis pour s’opposer à l’arrivée de l’armée à la tête de laquelle on trouvait Gero, le roi et le duc de Souabe [12] Liudolf. Après l’échec des négociations dû à la position très ferme des Allemands, les Slaves furent écrasés.

Gero participa aux campagnes militaires saxonnes contre les Slaves en 957, 959 et 960 ainsi qu’aux campagnes militaires contre les Wendes. Il obligea Mieszko 1er de Pologne à payer un tribut et à reconnaître la suzeraineté du Saint Empire alors qu’Othon 1er se trouve en Italie. La Lusace [13], d’après le chroniqueur Widukind de Corvey, fut soumise au plus grand degré de servitude.

Gero a également soumis les Vélètes (Wieleci) et les Milciani (Milczanie). Il a étendu la suzeraineté du Saint Empire à tout le territoire compris entre l’Elbe et le Bóbr [14].

Dans cette région, la population autochtone slave a été réduite au servage. Les personnes qui payaient un tribut furent transformés en paysans payant le cens [15].

Gero fonda un monastère à Frose. Gero était très lié à Othon 1er. Othon était le parrain de Siegfried, le fils ainé de Gero, à qui il a offert les villae d’Egeln [16] et de Westeregeln dans le Schwabengau en 941. Il est le fondateur de l’Église Saint-Cyriaque de Gernrode [17].

De nombreux actes de Gero témoignent de sa dévotion. À la suite de la mort prématurée de son fils Siegfried, il a fait un pèlerinage à Rome en 959. Au nom de Siegfried, il a fondé le couvent roman de Gernrode en 960 et lui a laissé une grande partie de sa fortune après sa mort. À ce moment, son second fils Gero II était déjà mort.

À la mort de Gero, sa marche s’étendait jusqu’à la rivière Neisse [18]. Il n’était pas très apprécié par la noblesse saxonne de son époque car il n’était pas issu d’une grande famille et était d’une grande droiture morale. Néanmoins, il est loué dans La Chanson des Nibelungen [19] comme le marcgrâve Gêre, bien que certains historiens pensent qu’il n’a jamais porté ce titre officiellement.

La tombe de Gero est encore visible aujourd’hui à Gernrode. Une peinture décorative y a été ajoutée vers 1350. Elle montre Gero et un Wende vaincu.

Après sa mort, l’empereur Othon a divisé le territoire conquis au-delà de l’Elbe en six marches.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Reuter, Timothy. Germany in the Early Middle Ages 800–1056. New York : Longman, 1991.

Notes

[1] Mersebourg est une ville allemande du sud de la Saxe-Anhalt chef-lieu de l’arrondissement de Saale.

[2] La marca Geronis (« la Marche de Gero ») était une marche géante du milieu du 10ème siècle. Elle fut probablement fondée par Thietmar vers 920. Ses deux fils en ont hérité consécutivement : Siegfried et Gero. À la mort de Gero en 965, elle a été divisée en cinq marches distinctes : la Marche du Nord, la Marche de l’Est, la Marche de Misnie, la Marche de Zeitz et la Marche de Mersebourg. Comme Siegfried et Gero avaient fait de Mersebourg leur capitale, la Marca Geronis a parfois été appelée Marche de Mersebourg.

[3] Le titre de margrave était donné aux chefs militaires des marches (ou mark), dans l’empire carolingien, puis à certains princes du Saint Empire romain germanique. Le titre équivalent en français est marquis. Le margraviat est la juridiction sur laquelle il a autorité.

[4] Le nom de Wendes est la désignation première donnée par les peuples germanique au peuple serbe. Les Germains dénomment Wenden, les Serbes blancs ou Sorabes de Lusace (ou Serbie blanche), Par la suite, l’ethnonyme Wenden désigna toutes les tribus slaves en allemand. C’est aussi le nom donné au Moyen Âge par les Allemands à tous les peuples slaves établis sur le territoire délimité par l’Oder, la Spree, la Saale et les monts Métallifères. Les Wendes de la basse Elbe et de la côte Baltique étaient des Polabes et des Obodrites, ceux du sud-est des Slovinces et ceux de l’Elbe supérieure des Sorabes ou Serbes Blancs.

[5] La Saale ou Saale saxonne, autrefois dénommée Saale de Thuringe, est une rivière allemande traversant la Bavière, la Thuringe et la Saxe-Anhalt. Avec une longueur de 413 km, elle est le deuxième plus long affluent de l’Elbe après la Moldau (mais le plus long sur le territoire allemand), et son débit (115 m3/s) est l’un des plus élevés de ce bassin versant avec la Havel et la Moldau. Entre sa source et la confluence, la Saale draine un bassin de 24 100 km².

[6] Le duché de Franconie, était un des duchés originels du Saint Empire, fondé au 10ème siècle. Il avait pour capitale Nuremberg et comprenait les évêchés de Bamberg, de Würtzbourg, d’Eichstätt, la maîtrise de l’Ordre teutonique à Bad Mergentheim, les États princiers de Brandebourg-Bayreuth, Brandebourg-Ansbach, Henneberg-Schleusingen, Henneberg-Rœmhild, Henneberg-Schmalkalden, Löwenstein-Werthheim, Hohenlohe-Waldenbourg, les villes impériales de Nuremberg, Rothenburg ob der Tauber, Bad Windsheim, Schweinfurt, Weissenburg, outre plusieurs comtés, entre autres celui de Hohenlohe.

[7] Les Abodrites ou Obodrites, Obotrites sont une confédération tribale slave établie au 6ème siècle dans les régions connues aujourd’hui sous le nom de Holstein et de Mecklembourg, au Nord-Est de l’Allemagne. Sa capitale est Luibice, l’actuelle Lübeck. À partir de 1147, les Abodrites deviennent la cible de croisades avant d’être intégrés au Saint Empire romain germanique en 1164. La confédération abodrite est composée de trois tribus principales : les Wagriens, les Polabes et les Abodrites à proprement parler. Elle est gouvernée par un roi, mais les familles nobles ont un pouvoir très important.

[8] Stodoranie, tribu slave à l’époque médiévale, ayant vécu sur le bassin inférieur des rivières Spree et Havel. Les Stodoranie s’unirent aux autres peuples slaves, notamment les Vélètes contre les Germains qui étendaient leur emprise sur l’Europe orientale. En 983, Henri Ier de Germanie, roi de Francie orientale, conquit leur fief en prenant leur forteresse de Brenna qui fut germanisée en Brandebourg dans la Germania Slavica lors de la colonisation germanique de l’Europe orientale. En 1157, Albert 1er de Brandebourg, battit le prince Jaxa de Copnic et organisa le territoire en marche de Brandebourg.

[9] L’Elbe est un fleuve d’Europe centrale qui prend sa source en République tchèque dans les monts des Géants et, après un parcours situé en majeure partie en Allemagne, se jette dans la mer du Nord par un long estuaire d’une centaine de kilomètres sur lequel se trouve Hambourg, premier port d’Allemagne. La longueur de ce fleuve est de 1 091 kilomètres.

[10] Les Vélètes, aussi nommés Wélatabes ou Wiltses, sont un peuple slave établi dans l’Est de l’Allemagne actuelle et en Poméranie durant toute la première partie du Moyen Âge.

[11] une place forte slave où résidaient les chefs obodrites Nakon et Stoinegin ou Stojgnev

[12] La Souabe est une région historique d’Allemagne. Au haut Moyen Âge, le royaume d’Alémanie regroupait de nombreux petits royaumes sur le territoire des Alamans. Ceux-ci sont soumis par les Francs sous Clovis 1er et Théodebert 1er. À partir du début du 6ème siècle, l’Alémanie est un duché sous le contrôle des Francs, jusqu’à ce qu’il soit dissous en 746 en raison du Massacre de Cannstatt. En 829, le royaume de la Souabe se forme sur le même territoire, qui est attribué à Louis II le Germanique et donc à la Francie orientale dans le traité de Verdun en 843. Après la réforme des comtés dans la Francie orientale, le Duché de Souabe est alors formé en 915 ; il s’étendait alors des Vosges dans l’ouest jusqu’au Lech dans l’est et à Chiavenna, aujourd’hui en Italie, dans le sud

[13] La Lusace est une région du nord-est de l’Allemagne, aux confins de la Pologne (Silésie) et de la République tchèque (Bohême), à l’est de la Saxe et au sud du Brandebourg. On distingue deux parties : Haute Lusace et Basse Lusace. La Lusace est toujours habitée par la minorité slave des Sorabes dont les ancêtres, le peuple des Milceni s’installèrent sur ce territoire au 9ème siècle. La Lusace fut province hongroise de 1469 à 1490.

[14] un affluent de l’Oder

[15] Le cens est la redevance annuelle, foncière et perpétuelle qui est due par celui qui possède la propriété utile d’un fonds, appelé censive, à celui qui en possède la propriété éminente, appelée seigneurie. Payant le cens, le censitaire est en général roturier, mais il peut aussi être noble ou ecclésiastique. La censive peut consister en une terre, une parcelle bâtie dans une ville, un moulin ou un bac sur une rivière, un péage sur un chemin, des têtes de bétail avec un droit de pâturage, mais aussi un domaine important comme un prieuré.

[16] Egeln est une petite ville allemande dans l’arrondissement du Salzland en Saxe-Anhalt. La municipalité se trouve près la rivière Bode au sud de la Magdeburger Börde. Le centre-ville est situé à environ 15 km au nord-ouest de Staßfurt et 25 km au sud-ouest de Magdebourg sur la route menant à Halberstadt.

[17] L’église Saint-Cyriaque a été construite entre 959 et 965 à Gernrode en Saxe, aujourd’hui un quartier de Quedlinbourg en Saxe-Anhalt en Allemagne. Elle est considérée comme un des monuments les plus importantes et belles de l’architecture ottonienne.

[18] La Neisse de Lusace, autrefois Neisse de Görlitz est une rivière d’Europe centrale qui marque aujourd’hui, avec l’Oder, la frontière entre l’Allemagne et la Pologne.

[19] La Chanson des Nibelungen est une épopée médiévale en moyen haut-allemand composée au 13ème siècle. La Chanson des Nibelungen est la version originale germanique d’une légende également attestée en Scandinavie par des contes danois ou islandais. Redécouverte en Allemagne au 18ème siècle, elle y a été considérée durant deux siècles comme une épopée nationale décrivant la construction du pays. Elle raconte les exploits de Siegfried, prince détenteur du trésor des Nibelungen, pour aider le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde, puis son mariage avec Kriemhild, la sœur de Gunther. Son assassinat par Hagen initie une longue vengeance menée par Kriemhild et dont l’issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube.