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Léon le Philosophe ou Léon le Mathématicien

dimanche 28 août 2022, par ljallamion

Léon le Philosophe ou Léon le Mathématicien (790/800-après 869)

Savant, philosophe et religieux byzantin-Métropolite de Thessalonique de 840 à 843

Léon serait né en Thessalie [1] et serait apparenté à Jean le Grammairien, qui fut aussi réputé pour sa grande science. Il fit des études à Constantinople [2], où il apprit la grammaire et la prosodie [3], mais il ne peut trouver dans la capitale une école à même de satisfaire sa soif de connaissances.

Il se serait alors rendu sur l’île d’Andros [4] où un vieux moine érudit l’instruisit dans les domaines de la rhétorique [5], de la philosophie et de l’arithmétique. Mais toujours insatisfait, il alla de monastère en monastère pour y consulter les livres conservés dans les bibliothèques, et parfois il se retirait dans des lieux déserts, plongé dans ses méditations. Il acquit ainsi toutes les sciences.

De retour à Constantinople, il y ouvrit une école, installée dans une maison particulière, où il enseignait toutes les disciplines intellectuelles à des fils de riches familles qui se destinaient à des carrières de fonctionnaires. Il faut d’autre part remarquer que, s’il était le cousin de Jean le Grammairien, ce dernier, homme également très savant, était un proche des empereurs depuis l’accession au trône de Léon V l’Arménien en 813 ; dans les années 820, il était précepteur du prince héritier Théophile, et à l’avènement de celui-ci, en 829, devint syncellos [6] et collaborateur de l’empereur, chargé d’une mission diplomatique à Bagdad [7] vers 830. Son cousin Léon devait avoir ses entrées au palais.

Vers 840, Léon fut nommé métropolite [8] de Thessalonique [9] par Théophile et par Jean le Grammairien, qui était patriarche de Constantinople [10] depuis 837 environ. Il apparut ainsi comme un des hauts dignitaires du clergé iconoclaste [11], bien qu’on ne lui connaisse aucune prise de position dans ce domaine. On a conservé l’homélie qu’il composa pour la fête de l’Annonciation de 842, qui est plus un exercice d’érudition que de piété, et qui d’ailleurs parle d’images religieuses. Quoi qu’il en soit, il fut déposé en 843 en même temps que Jean le Grammairien, au moment du rétablissement du culte des images. Mais il n’était pas, et de loin, aussi compromis que Jean dans l’iconoclasme, et ne fut pas frappé de la même damnatio memoriae [12].

Après 843, à une date incertaine, le patrice [13], puis césar Bardas, frère de l’impératrice Théodora et oncle de l’empereur Michel III, créa dans le palais de la Magnaure [14] une école pour servir de cadre à l’enseignement de Léon et d’autres savants dont certains au moins étaient ses anciens disciples

On sait peu de choses du statut et du fonctionnement de cette école, notamment s’il s’agissait d’un mécénat purement privé de la part de Bardas ou d’une institution plus officielle. À la même époque, Photios 1er de Constantinople, neveu de Jean le Grammairien et d’une génération plus jeune que Léon, donnait un enseignement comparable dans sa demeure privée ; mais alors que Léon, comme Jean, semble avoir été surtout intéressé par les sciences mathématiques du quadrivium, Photios était davantage tourné vers le trivium, c’est-à-dire une culture philologique et rhétorique ayant trait à l’éthique humaine.

Cet enseignement très axé sur l’héritage scientifique de l’Antiquité païenne suscita des attaques de la part de milieux dévots.

Léon était toujours vivant en 869, année où il échappa aux effets d’un tremblement de terre qu’il avait prédit. On ne sait pas en quelle année il mourut. Il passa dans les générations suivantes pour l’homme le plus éminent de son temps en toute espèce de science. L’école de la Magnaure, qu’il avait dirigée, laissa aussi un grand souvenir. Sa légende se mêla quelque peu à celle de l’empereur Léon VI le Sage, et les deux personnages furent parfois confondus.

Léon est resté pour la postérité comme l’homme qui, dans les deux premiers tiers du 9ème siècle, a développé et remis à l’honneur à Byzance [15], notamment par une activité de recherche et de transcription des vieux manuscrits oubliés, les sciences mathématiques (arithmétique, géométrie), l’astronomie qui leur était liée, et d’autres sciences naturelles comme celles qui se rapportaient à la médecine. Avec le temps, il semble que son intérêt, qui, au début, se portait exclusivement sur les sciences du calcul et de la mesure, se soit élargi à des textes plus littéraires et humanistes, notamment à l’œuvre de Platon ; cette évolution s’est peut-être faite sous l’influence de son cadet Photios, qui devait avoir une vingtaine d’années de moins que lui, et dont les centres d’intérêt étaient nettement plus littéraires : nous avons conservé une épigramme de Léon où il rend hommage à Photios et se déclare son élève, en l’appelant professeur pour vieillards.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Paul Magdalino, L’orthodoxie des astrologues : La science entre le dogme et la divination à Byzance (VIIe-XIVe siècle), Lethielleux, Paris, 2006.

Notes

[1] La Thessalie est une région historique et une périphérie du nord-est de la Grèce, au sud de la Macédoine. Durant l’antiquité cette région a, pour beaucoup de peuples, une importance stratégique, car elle est située sur la route de la Macédoine et de l’Hellespont. Elle possédait un important port à Pagases. Le blé et le bétail sont les principales richesses de la région et une ressource commerciale vitale. La Thessalie est aussi l’une des rares régions de Grèce où l’on peut pratiquer l’élevage des chevaux, d’où l’importante cavalerie dont disposaient les Thessaliens.

[2] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[3] c’est-à-dire les disciplines du trivium

[4] Andros est une île grecque de l’archipel des Cyclades en mer Égée. Sa superficie est de 380 km². Située entre l’Eubée et Tinos, c’est l’île la plus septentrionale de l’archipel, et aussi l’une des plus vastes. Elle a la particularité de compter plusieurs plissements montagneux orientés sur la largeur de l’île (du sud-ouest au nord-est) qui ont pour effet de cloisonner l’île en autant de vallées difficilement reliées entre elles. Une de ces crêtes montagneuses se termine par la ville d’Andros Chora

[5] La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[6] Le Syncelle, qui servait de secrétaire privé au patriarche, était généralement un évêque et l’ecclésiastique le plus important dans la capitale après le patriarche lui-même auquel souvent il succédait.

[7] Bagdad ou Baghdad est la capitale de l’Irak et de la province de Bagdad. Elle est située au centre-Est du pays et est traversée par le Tigre. Madīnat as-Salām fut fondée ex nihilo au 8ème siècle, en 762, par le calife abbasside Abou-Djaafar Al-Mansur et construite en quatre ans par 100 000 ouvriers. Selon les historiens arabes, il existait à son emplacement plusieurs villages pré-islamiques, dont l’un s’appelait Bagdad.

[8] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque.

[9] Thessalonique ou Salonique est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Aujourd’hui, elle est la capitale de la périphérie (région) de Macédoine centrale en Macédoine grecque mais aussi celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace.

[10] Le titre de Patriarche de Constantinople est porté par le chef de la première juridiction autocéphale de l’Église orthodoxe qu’est le patriarcat œcuménique de Constantinople. Le titre de « patriarche » est traditionnellement porté par l’archevêché orthodoxe de Constantinople (actuelle ville d’Istanbul). Ce diocèse est l’un des plus anciens de la chrétienté. Le patriarche de Constantinople est primus inter pares (premier parmi les pairs) des chefs des Églises autocéphales formant l’Église orthodoxe.

[11] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses appartenant à sa propre culture, généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie. L’iconoclasme ou Querelle des Images est un mouvement hostile au culte des icônes, les images saintes, adorées dans l’Empire romain d’Orient. Il se manifesta aux 8ème et 9ème siècles par des destructions massives d’iconostases et la persécution de leurs adorateurs, les iconophiles ou iconodules. Il caractérise également la Réforme protestante.

[12] La damnatio memoriae (littéralement : « damnation de la mémoire ») est à l’origine un ensemble de condamnations post mortem à l’oubli, utilisée dans la Rome antique. Par extension le mot est utilisé pour toutes condamnations post mortem. Son exact contraire est la consécration ou apothéose, jusqu’à la divinisation.

[13] Patrice est un titre de l’empire romain, créé par Constantin 1er. Dans les années 310-320, Constantin abolit le patriciat romain, vieille distinction sociale qui avait ses racines au début de la république romaine. Le titre de patrice est désormais accordé par l’empereur à des personnes de son choix, et non plus à des familles entières. Dès son apparition, le titre de patrice permet à son titulaire d’intégrer la nobilitas, comme le faisait déjà le patriciat républicain. Le titre était décerné à des personnages puissants mais non membres de la famille impériale ; il vient dans la hiérarchie immédiatement après les titres d’Auguste et de César. Ce titre fut ensuite conféré à des généraux barbares au service de l’empire. Le titre fut encore porté par des notables gallo-romains au 6ème siècle. Sous les Mérovingiens, le titre de patrice était donné au commandant des armées burgondes. Les papes l’ont notamment décerné à plusieurs reprises pour honorer des personnages qui les avait bien servis. Le titre fut également conservé dans l’Empire byzantin, et son importance fut même accrue au 6ème siècle par Justinien 1er, qui en fit la dignité la plus haute de la hiérarchie aulique. C’était une dignité accordée par brevet. Dans les siècles suivants, elle fut progressivement dévaluée par la création de nouveaux titres. La dignité de patrice disparut à Byzance au 12ème siècle.

[14] une salle de cérémonie du palais impérial, où on recevait les ambassadeurs

[15] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.