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L’histoire pour le plaisir

Fulbert (chanoine)

jeudi 23 juin 2022, par ljallamion

Fulbert (chanoine)

Oncle d’Héloïse et coupable d’une cruelle vengeance sur Abélard.

Frère d’ Hersende de Champagne , la mère d’Héloïse, il exerce depuis au moins 1102, au sein de l’Hôpital des Pauvres [1], une charge de sous-diacre [2] extra muros [3].

C’est une charge probablement obtenue grâce à 2 alliés de la famille, le suffragant Guillaume de Montfort , et la demi sœur de celui-ci, la reine illégitime Bertrade, retirée depuis 1104 à Fontevrault [4].

Au début de l’année 1116, la liaison entre Héloïse et son professeur Pierre Abélard est découverte. Il renvoie alors Abélard, attisant la flamme des corps séparés. Le professeur est alors surpris une nuit en flagrant délit, au milieu des ébats du couple, et la jeune fille est éloignée à son tour.

Abélard retourne seul à Paris négocier le pardon de Fulbert, lequel obtient une promesse de mariage sans qu’Héloïse, restée au Pallet [5], n’ait été consultée.

Pour Fulbert, l’honneur familial est réparé par le mariage. Aussi trahit-il la convention passée avec son quasi gendre et rend ce mariage public, alors qu’Héloïse s’obstine à le nier en public comme en privé.

Si elle agit ainsi, c’est parce qu’elle se soucie de préserver le secret qui protège la carrière de son mari mais aussi parce qu’elle n’a pas renoncé à une vie de femme libre. Son projet reste clairement que l’amour seul demeure, par delà les obligations conjugales, une attache entre époux et que chacun d’eux conduise sa vie professionnelle comme il l’entend.

L’oncle ne supporte pas ce qui est une insoumission à l’ordre familial et une subversion d’une institution sociale tel que le mariage.

Il bat sa nièce ingrate à chaque marque d’obstination, méthode d’éducation tout à fait ordinaire à l’époque, du moins pour les garçons. Pour se soustraire aux coups, celle-ci, désormais émancipée par son mariage de la tutelle de son oncle mais ne pouvant pas s’installer en ménage avec son mari sans révéler au public le secret, retourne comme pensionnaire au couvent très mondain de Sainte Marie d’Argenteuil [6]. Plus que jamais, les apparences cachent le plus scabreux. Abélard n’hésite pas à sauter le mur du couvent et les amants et époux n’ont de cesse, jusqu’à forniquer dans un coin du réfectoire.

L’oncle se croit trahi une seconde fois par un Abélard qui, jugeant paternité et travail d’écriture incompatibles dans un foyer qui ne disposerait pas de domesticité et d’espace suffisant, rechigne à devenir un âne domestique. Il voit le roué abandonner tout projet familial et se débarrasser d’une épouse en l’obligeant à entrer dans les ordres. En août 1117, il le fait châtrer, châtiment habituellement réservé au violeur, par des hommes de main, qui ont soudoyé le valet de la victime.

Dès le lendemain matin, la foule afflue autour des lieux du crime. Les bourgeois de Paris, estimant l’honneur de leur ville en cause, peut être moins par la blessure infligée à un écolâtre [7] que par l’injure faite au second personnage de l’état qu’est le Chancelier Etienne de Garlande en s’attaquant à un de ses proches, saisissent le suffragant [8] Girbert, dont relève le chanoine.

L’évêque juge que le préjudice n’est pas seulement physique mais que ce qui est lésé, c’est la notoriété d’Abélard, privé de voir son public sans éprouver de honte. Aussi le tribunal épiscopal condamne-t-il, selon la loi du talion, le valet et un des exécutants à la castration mais aussi à l’énucléation. Les autres complices n’ont pu être arrêtés.

Fulbert est démis de son canonicat, ses biens sont confisqués. Le vieillard ayant nié, un doute subsiste sur le mobile et les intentions du commanditaire.

Aussi Abélard renonce-t-il à faire appel mais il reçoit sans doute un dédommagement matériel pris sur les biens saisis, dont l’usage revient ainsi à son épouse.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Fulbert (chanoine)/ Portail de Paris/ Chanoine

Notes

[1] L’Hôtel-Dieu est par la date de sa fondation le plus ancien hôpital de la capitale. Créé en 651 par l’évêque parisien saint Landry, il fut le symbole de la charité et de l’hospitalité. Modeste à l’origine, l’ancien Hôtel-Dieu construit du 7ème au 17ème siècle occupait de l’autre côté de l’actuel Parvis Notre-Dame la rive du petit bras de la Seine avant de s’étendre sur la rive gauche, le pont au Double reliant les deux bâtiments.

[2] Le sous-diaconat, à partir d’environ 1150 et jusqu’aux définitions du concile Vatican II dans Lumen gentium, était considéré comme le premier des ordres majeurs ou sacrés, le premier auquel était attachée l’obligation de la continence perpétuelle. Ce concile définit que le sacrement de l’ordre ne compte que trois degrés (diaconat, presbytérat et épiscopat), sans mentionner ni le sous-diaconat ni les ordres mineurs

[3] c’est-à-dire à l’extérieur du Cloître

[4] L’abbaye de Fontevraud est une ancienne abbaye d’inspiration bénédictine, siège de l’ordre de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel et située à Fontevraud, près de Saumur en Anjou (actuel Maine-et-Loire). Site de 13 ha établi à la frontière angevine du Poitou et de la Touraine, elle est l’une des plus grandes cités monastiques d’Europe. Érigée dès sa fondation en monastère double dans l’esprit de la réforme grégorienne, l’abbaye de Fontevraud va s’attirer la protection des comtes d’Anjou puis de la dynastie des Plantagenêts qui en feront leur nécropole.

[5] Le Pallet est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire. Située au sein du Vignoble nantais, la vitrine économique de cette commune rurale est la viticulture bien que depuis quelques années des zones d’activités se soient implantées dans ce lieu, maintenant considéré comme la périphérie de la ville de Nantes.

[6] L’abbaye Notre-Dame d’Argenteuil (ou abbaye Notre-Dame d’Humilité) est à ses origines un monastère de bénédictines situé à Argenteuil dont l’existence est attestée dès le 7ème siècle. Selon la tradition, la Sainte Tunique y est déposée par Charlemagne en 803. Un siècle et demi plus tard le monastère est sous l’autorité d’Eremburge lorsque Héloïse y fait ses études. Bien connue pour ses amours avec Abélard, elle en devient prieure en 1129 et entre en conflit avec l’abbé Suger qui fait valoir la clause de 828. Un concile tenu en l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés décide l’expulsion de la communauté féminine qui se réfugie en partie à l’abbaye du Paraclet. L’abbaye d’Argenteuil devient alors un prieuré d’hommes dépendant de l’abbaye de Saint-Denis, qui y développe l’agriculture et le vignoble. Il est détruit sous la Révolution française.

[7] L’écolâtre était, au Moyen Âge, le maître de l’école monastique ou de l’école cathédrale. La fonction était importante et nombreux furent les écolâtres qui devinrent écrivains de renom, théologiens, ou évêques. Chrodegang, évêque de Metz au 8ème siècle, forma les prêtres de sa cathédrale à vivre en communauté, et écrivit pour eux une règle appelée Regula vitae communis inspirée de celle de saint Benoît. Il y introduit dans la communauté la fonction d’écolâtre : un des chanoines est spécialement chargé d’instruire les jeunes clercs de la cathédrale. Charlemagne demanda l’ouverture de l’école cathédrale aux non-clercs. Au fil des temps l’écolâtre devient également l’inspecteur des maîtres d’écoles du diocèse. Plus tard, le concile du Latran III officialisa la coutume en 1179 en spécifiant que l’enseignement sera gratuit. Cependant, avec l’émergence et l’influence croissante des universités au 13ème siècle, les écoles cathédrales perdront progressivement leur importance et le rôle de l’écolâtre disparaîtra.

[8] Suffragant signifie littéralement « qui participe au suffrage » et désigne dans le vocabulaire chrétien un pasteur qui agit non pas de sa propre autorité mais de celle de l’assemblée qu’il représente, pour les catholiques le chapitre métropolitain. Dans l’Église catholique romaine, un suffragant est un évêque, diocésain ou non, qui dirige l’administration d’un diocèse sous la supervision de son archevêque, ce qui est la règle normale. Le terme s’applique par extension au diocèse d’un évêque suffragant. Un diocèse suffragant est sous la responsabilité indirecte d’un archevêque métropolitain au sein d’une province ecclésiastique.