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Aetios (eunuque)

jeudi 17 mars 2022, par ljallamion

Aetios (eunuque)

Il est l’un des plus proches conseillers de l’impératrice Irène l’Athénienne. Lorsque cette dernière arrive au pouvoir, Aetios devient un personnage important de la cour. De plus en plus influent, il se retrouve en rivalité directe avec l’eunuque et principal ministre d’Irène, Staurakios.

À la mort de Staurakios, Aetios devient le personnage politique le plus important de l’État byzantin [1]. Il complote alors contre l’impératrice Irène, espérant pouvoir porter au pouvoir son frère Léon. Néanmoins, il est devancé par le ministre des finances Nicéphore, qui renverse Irène et prend le pouvoir en 802.

Aetios apparaît pour la première fois en 790, lorsqu’il devient protospatharios [2] et le confident d’Irène. Celle-ci assure alors la régence pour le compte de son jeune fils Constantin VI. Durant l’automne de cette année-là, Irène tente de mettre son fils à l’écart pour assumer seule le gouvernement de l’Empire. Cependant, ces tentatives provoquent une mutinerie de l’armée en faveur du jeune empereur. Constantin VI prend alors le pouvoir. Irène, elle, est assignée à résidence dans un palais de Constantinople. Ses protégés eunuques, y compris Aetios, sont exilés.

Aetios ainsi que les autres eunuque retrouvent leur place, lorsque Irène est rappelée au pouvoir en tant que co-impératrice en 792. En août 797, Irène et son puissant ministre Staurakios réussissent à renverser Constantin VI.

Constantin VI est aveuglé sur ordre de sa mère, qui assume dès lors seule le pouvoir suprême. Cependant, les oncles de l’empereur déchu, les fils cadets survivants de l’empereur Constantin V, qui avaient déjà été impliqués dans des complots contre Irène, constituent toujours une menace potentielle.

Des sympathisants les persuadent de chercher refuge dans la Basilique Sainte Sophie [3], où la population de la capitale serait en train de se rassembler afin de déclarer l’un d’entre eux comme leur empereur. En arrivant, les conjurés ne trouvent néanmoins aucun soutien. Aetios leur ordonne alors de se rendre, ce qu’ils font. Les conjurés sont arrêtés et exilés à Athènes [4], la ville natale d’Irène.

Durant son règne, Irène partage ses faveurs entre Staurakios, son principal ministre lorsqu’elle était régente, et Aetios. Commence alors une période de rivalité tenace entre les deux hommes, à mesure que chacun cherche à placer des proches à des postes clés du pouvoir, de manière à s’assurer le contrôle de l’Empire si jamais Irène venait à mourir. Cette rivalité apparaît au grand jour entre 797 et 798 et s’intensifie en mai 799 lorsque Irène tombe gravement malade.

Aetios qui a obtenu le soutien de Nicétas Triphyllios, le commandant des gardes de Scholai [5], accuse Staurakios de comploter contre Irène et d’usurper le trône. Il en informe directement celle-ci. Irène convoque alors un conseil au sein du palais de Hiéreia [6], durant elle réprimande son ministre favori. Cependant, Staurakios parvient à sauver sa place, en lui formulant ses excuses.

Avide de revanche, Staurakios commence à distribuer des pots-de-vin aux hommes et aux officiers des régiments Scholai et Exkoubitores [7], en essayant de gagner leur soutien en vue d’un éventuel coup d’État. Aetios réagit en dénonçant les agissements de Staurakios à Irène.

En février 800, l’impératrice interdit à toute personne de l’armée de contacter Staurakios. Combiné à la nomination par Aetios au poste stratégique de stratège du thème des Anatoliques [8], cet décision rétablit un équilibre précaire entre les deux camps. Peu de temps après, Staurakios tombe gravement malade, mais continue de comploter contre Aetios. Bien qu’affaibli, il provoque une révolte contre ce dernier en Cappadoce [9] avant de mourir en juin 800.

La révolte lancée par Staurakios est rapidement et brutalement réprimée. Avec la mort de son rival, Aetios devient le personnage politique le plus important de la cour de l’impératrice Irène.

Il succède probablement à Staurakios en tant que logothète du Drome [10], tout en conservant le contrôle du thème des Anatoliques et en prenant le thème de l’Opsikion [11]. Il remporte une victoire en 800 contre les Arabes, mais subit ensuite une défaite en 801. En 801 ou 802, Aetios désigne son frère Léon comme stratège des thèmes de la Thrace [12] et de la Macédoine [13]. Contrôlant ainsi les armées des thèmes les plus proches de Constantinople [14], qui composent environ un tiers de l’ensemble des forces militaires de l’empire, il était bien placé pour faire de Léon le futur empereur. Selon les mots du chroniqueur Théophane le Confesseur, il gouvernait aux côtés d’Irène et usurpait le pouvoir pour le compte de son frère. En conséquence, en 802, Aetios contribue au rejet d’une offre de mariage de Charlemagne, qu’Irène avait apparemment sérieusement envisagée.

Les plans d’Aetios pour porter son frère au pouvoir suprême rencontrent néanmoins l’opposition d’autres courtisans, qui s’offusquent de son influence et de la manière insultante avec laquelle il les traite. Parmi eux figure Nicéphore, le ministre des finances d’Irène [15], mais aussi Nicétas Triphyllios, l’ancien allié d’Aetios, et Léon Sarantapechos, un parent de l’impératrice. Craignant un coup d’État imminent d’Aetios, les conspirateurs pénètrent dans le Grand Palais [16] le matin du 31 octobre 802, et acclament Nicéphore comme leur empereur. Irène est destituée et exilée dans un couvent.

Il n’existe aucune information précise qui nous permette de savoir ce qu’est devenu ensuite Aetios. Il a probablement perdu tout rôle politique majeur lors de l’avènement de Nicéphore.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Aetios (eunuch) »

Notes

[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[2] chef des gardes du corps impériaux

[3] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’eétait plus un lieu de culte mais un musée. Le 10 juillet 2020, un décret du Conseil d’État turc décide de sa réouverture au culte musulman comme mosquée.

[4] Athènes est l’une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers 800 av. jc autour de la colline de l’Acropole par le héros Thésée, selon la légende, la cité domine la Grèce au cours du 1er millénaire av. jc. Elle connaît son âge d’or au 5ème siècle av. jc, sous la domination du stratège Périclès

[5] une unité militaire d’élite

[6] Hiéreia était à l’époque byzantine une localité de la banlieue de Constantinople, sur la rive asiatique de la Mer de Marmara, non loin du débouché du Bosphore, qui abritait l’une des principales résidences impériales, le palais de Hiéreia. Cet endroit correspond à l’actuelle presqu’île de Fenerbahçe (anciennement Phanaraki), au sud-est de Kadıköy (l’antique Chalcédoine). Procope de Césarée mentionne dans son ouvrage Sur les édifices que Justinien y construisit une église dédiée à la Vierge, et un palais doté d’un port. Héraclius y résida à plusieurs reprises, en 611 et vers 636. Le palais passa surtout à la postérité pour avoir abrité le premier concile iconoclaste en 754. Le palais continua d’être fréquenté par les empereurs jusqu’en 1203 : Basile 1er y ajouta une chapelle dédiée au prophète Élie, et Constantin VII y réalisa également des travaux.

[7] Les Excubites (en latin : excubitores ou excubiti) furent fondés vers 460 pour servir de garde personnelle aux premiers empereurs byzantins. Leurs commandants acquirent rapidement une grande influence et donnèrent à l’Empire byzantin plusieurs empereurs au 6ème siècle. Si les Excubites disparaissent progressivement des annales vers la fin du 7ème siècle, ils furent reformés vers le milieu du 8ème siècle et devinrent un tagma d’élite formant le noyau professionnel de l’armée byzantine. On les mentionne pour la dernière fois en 1081.

[8] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire.

[9] La Cappadoce est une région historique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue.

[10] une fonction combinant la police, les services postaux et les affaires étrangères

[11] L’Opsikion est un thème de l’Empire byzantin situé dans le nord-ouest de l’Asie Mineure. Créé à partir de l’armée de service impériale, l’Opsikion est le plus grand et le plus prestigieux des premiers thèmes, et le plus proche de Constantinople. Impliqué dans plusieurs révoltes au cours du viiie siècle, il est scindé en trois vers 750. Il subsiste alors en tant que thème de second ordre jusqu’au lendemain de la quatrième croisade.

[12] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[13] Le thème de Macédoine est un thème byzantin (une province civile et militaire) fondé vers 790. En dépit de son nom, il n’est pas situé sur le territoire de la Macédoine actuelle mais dans la région de Thrace. Sa capitale est Andrinople.

[14] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[15] le logothète général

[16] Le Grand Palais, aussi appelé « Palais sacré » était le plus grand ensemble architectural de Constantinople. Depuis sa construction sous Constantin 1er jusqu’au 10ème siècle, il s’est agrandi au gré des besoins et des goûts des différents empereurs, les parties les plus anciennes étant progressivement abandonnées au profit de nouveaux édifices, situés plus au sud. L’ensemble de ces édifices, cours, pavillons et églises formaient un ensemble irrégulier quelque peu hétéroclite.