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L’histoire pour le plaisir

Léon Gabalas

vendredi 24 décembre 2021, par ljallamion

Léon Gabalas (mort vers 1240)

Grec de Byzance [1] qui dirige de façon indépendante l’île de Rhodes [2] et les îles environnantes. Cette principauté est établie à la suite de la dissolution de l’Empire byzantin [3] du fait de la 4ème croisade en 1204 [4]. Il reconnaît toutefois la suzeraineté de l’Empire de Nicée [5] mais reste de facto indépendant jusqu’à sa mort vers le début des années 1240.

Gabalas appartient à une vieille famille aristocratique dont les origines remontent au moins au début du 10ème siècle quand Anne Gabalas se marie à Étienne Lécapène, coempereur et fils de Romain 1er Lécapène. La famille reste d’une importance relative faible par la suite mais certains de ses membres occupent d’importantes fonctions civiles et ecclésiastiques aux 11ème et 12ème siècles.

Rien n’est connu du début de sa vie et son existence est mentionnée pour la première fois en 1232-1233. L’origine de son acquisition du titre de césar et les détails de sa prise de contrôle de Rhodes sont flous.

Les sources contemporaines affirment que l’île de Rhodes a quitté le giron byzantin pour basculer aux mains d’un dirigeant indépendant au moment de la Quatrième croisade. Ce dirigeant est souvent identifié à Léon mais Nicéphore Blemmydès affirme qu’il détient son titre grâce au droit héréditaire. Cela pourrait indiquer l’existence d’un prédécesseur inconnu qui se serait emparé de l’île.

Il a été suggéré qu’à un certain moment, Léon a reconnu la suzeraineté de l’Empire de Nicée et que son titre de césar pourrait lui avoir été décerné par Théodore 1er Lascaris ou Jean III Doukas Vatatzès. A contrario, s’il détient le pouvoir sur Rhodes depuis avant 1203, ce titre pourrait lui avoir été conféré par les empereurs de la dynastie Ange [6].

Quelles que soient les natures de ses relations avec l’Empire de Nicée, il est certain selon Georges Acropolite qu’il continue à agir comme un prince indépendant, ce qui provoque la colère de Jean III Vatatzès. Ce dernier lance une expédition contre Rhodes en 1232-1233.

Elle est dirigée par le grand domestique [7] Andronic Paléologue et supervisée avec attention par l’empereur en personne. Enfin, Blemmydès accompagne l’expédition et débarque avec elle sur l’île.

Cette dernière est ravagée et Acropolite affirme que l’expédition est un succès sans donner plus de détails. Quel que soit le résultat, Gabalas garde le contrôle effectif sur Rhodes puisque l’année suivante en août 1234, il conclut un traité d’alliance avec Venise [8].

Il se présente lui-même comme césar et seigneur de Rhodes et des Cyclades. Dans ce traité, Gabalas reconnaît le doge de Venise [9] comme son seigneur et s’accorde sur un traité d’assistance mutuelle en cas d’attaque d’une des parties par Vatatzès. Enfin, Léon promet son aide en cas de rébellion contre Venise sur l’île de Crète. Toutefois, en 1235-1236, il se joint à Vatatzès dans une attaque contre Constantinople [10]. Il est même mentionné qu’il a combattu contre la flotte vénitienne.

La date de la mort de Léon est inconnue. Il est certainement mort en 1248 quand son frère Jean Gabalas contrôle l’île et appelle à l’aide les troupes de l’Empire de Nicée à la suite d’une attaque génoise [11].

Les Génois parviennent à s’emparer de l’île et la suprématie des Gabalas sur Rhodes est détruite. En effet, même si l’Empire de Nicée parvient à chasser les Génois de l’île, celle-ci n’est pas rendue à Jean mais devient une province de l’Empire de Nicée.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Jean-Claude Cheynet, Pouvoirs et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996

Notes

[1] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[2] Rhodes est une île grecque, la plus grande île du Dodécanèse. Elle est située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie, entre la Grèce et l’île de Chypre. Le colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde, était une statue gigantesque, traditionnellement située à l’entrée du port de la ville de Rhodes.

[3] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[4] La quatrième croisade est une campagne militaire qui fut lancée de Venise en 1202. Levée à l’origine en vue de reconquérir les lieux saints sous domination musulmane, elle aboutit en fait à la prise et au pillage de la ville chrétienne de Constantinople par les croisés, et à la fondation de l’Empire latin de Constantinople qui dura de 1204 à 1261.

[5] Vestige de l’Empire byzantin ayant résisté à la prise de Constantinople par les croisés en 1204, l’Empire de Nicée était le plus étendu des États impériaux successeurs : l’Empire de Nicée, le despotat d’Épire et l’Empire de Trébizonde. Il occupait, en Asie Mineure occidentale, une large bande de terre s’étendant de la mer Égée à la mer Noire. Si Nicée demeura sa capitale et le siège du patriarcat pendant toute sa brève histoire (1204-1261), les empereurs établirent leur résidence et le siège du gouvernement à Nymphaion (aujourd’hui Kemalpaşa), ville de Lydie, moins exposée aux armées ennemies. Se défendant à la fois contre les États successeurs et le sultanat seldjoukide, Théodore 1er Laskaris réussit à édifier un État politiquement stable et économiquement viable en Asie Mineure. Ses successeurs, Jean III Doukas Vatatzès et Théodore II Laskaris, étendirent le territoire de l’empire en Europe, encerclant progressivement Constantinople. Après avoir écarté Jean IV Lascaris, le successeur légitime de Théodore II, Michel VIII Paléologue n’eut plus qu’à reprendre la ville en 1261 grâce à un concours de circonstances. L’Empire de Nicée redevint ainsi une partie constituante de l’Empire byzantin rénové.

[6] Après le renversement de la dynastie des Comnènes, l’Empire byzantin fut gouverné pendant 19 ans par la dynastie des Anges. Le règne de son premier représentant, Isaac II Ange, fut marqué par la poursuite du déclin amorcé sous les deux derniers Comnènes : l’administration de l’État continua à s’effriter pendant que s’accroissait la puissance des grands propriétaires terriens et que se multipliaient les tentatives de séparatisme régional. La Bulgarie et la Serbie amorcèrent leur séparation de l’empire à la faveur de la troisième croisade. Renversé par un coup d’État, Isaac II fut remplacé par Alexis III qui se révéla encore plus inapte à diriger l’empire, laissant la direction des affaires de l’État à son épouse pendant qu’à l’extérieur, les Turcs continuaient leur progression en Asie Mineure, la Bulgarie et la Serbie voyaient leur indépendance reconnue et l’Europe occidentale préparait la quatrième croisade. Dirigée en théorie par Boniface de Montferrat, mais en réalité par le doge de Venise, Enrico Dandolo, la croisade s’empara de Zara (actuellement Zadar, en Croatie) avant de se diriger vers Constantinople pour rétablir le souverain légitime, Isaac II, sur le trône en compagnie de son fils, Alexis IV. Incapables de rembourser les dettes contractées envers les croisés, les deux empereurs furent renversés par Alexis V Doukas. Anxieux de poursuivre leur route vers Jérusalem, les croisés livrèrent l’assaut final contre Constantinople le 12 avril 1204.

[7] La fonction de grand domestique est une fonction militaire élevée dans l’Empire byzantin du 11ème au 15ème siècle, désignant le commandant en chef de l’armée byzantine, directement sous l’empereur. Elle évolue à partir de la précédente fonction, celle de domestique des Scholes, et finit par se classer parmi les dignités byzantines les plus élevées. Elle est par ailleurs adoptée par l’Empire de Trébizonde.

[8] La république de Venise, parfois surnommée « la Sérénissime », est une ancienne thalassocratie d’Italie, progressivement constituée au Moyen Âge autour de la cité de Venise, et qui s’est développée par l’annexion de territoires divers en Italie du Nord, le long des côtes de la mer Adriatique et en Méditerranée orientale : les « Domini di Terraferma », l’Istrie, la Dalmatie, les bouches de Cattaro, l’Albanie vénitienne, les îles Ioniennes, la Crète, l’Eubée, Chypre et d’autres îles grecques, jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes.

[9] Le doge de Venise était le magistrat en chef et le dirigeant de la république de Venise entre 726 et 1797. Les doges étaient élus à vie par l’aristocratie de la cité-État. Il incarne de manière symbolique le bon fonctionnement de l’État.

[10] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[11] La République de Gênes est l’une des grandes républiques maritimes italiennes (ou thalassocratie) qui a duré près de 8 siècles, du milieu du 11ème siècle à 1797, après l’abdication du dernier doge de Gênes, Giacomo Maria Brignole.