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Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl dit Yusuf 1er de Grenade

lundi 29 novembre 2021, par ljallamion

Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl dit Yusuf 1er de Grenade (1318-1354)

Septième émir arabe nasride de Grenade

Fils de Abû al-Walîd Ismâ`îl dit Ismaïl 1er de Grenade . Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède.

Le sultan mérinide [1] de Fès [2] est Abû al-Hasan Alî depuis 1331. La situation intérieure de son royaume est stabilisée et cela lui permet d’envisager de nouveau des interventions extérieures. Le roi Alphonse XI de Castille ayant atteint l’âge de la majorité en 1327, entreprend la reprise de la reconquista [3]. Les Castillans [4] se sentant menacés, s’allient aux Aragonais [5] pour combattre les Mérinides.

Le royaume de Grenade [6] a atteint son apogée dans les domaines du commerce et des arts. L’alliance avec les Mérinides, ainsi que les bonnes relations avec la République de Gênes [7] et avec le Royaume d’Aragon ont encouragé le commerce. Malgré la menace permanente, l’indépendance à l’égard des Castillans s’est affirmée.

Yusûf 1er n’a que 15 ans à son accession au trône. D’après le portrait qu’en a fait son vizir [8] Ibn al-Khâtib, il en imposait par sa dignité et sa prestance princière, par son intelligence et sa perspicacité qui lui permettait de résoudre les problèmes les plus difficiles.

Durant son règne, Grenade a rarement été en paix avec ses voisins chrétiens. À partir de 1337, la Castille et les Mérinides se préparent à la guerre pour Gibraltar [9]. Yûsuf 1er fait appel au soutien des Mérinides pour contenir les Castillans. Le sultan mérinide Abû al-Hasan Alî n’est pas enclin à se laisser manipuler par les Nasrides qui ont renversé leurs alliances à plusieurs reprises. Néanmoins il passe le détroit de Gibraltar pour s’emparer d’Algésiras [10]. La bataille navale précède le combat à terre. L’escadre Mérinide est renforcée par 16 navires envoyés par les Hafsides [11] depuis la Tunisie. Le 5 avril 1340, elle entre dans la baie d’Algésiras et vainc la flotte castillane de l’amiral Jofre Tenorio.

En liaison avec les armées Nasrides, Abû al-Hasan Alî met le siège devant Tarifa [12]. La ville, bien défendue, peut attendre le renfort d’une armée de 35000 hommes, levée par les rois chrétiens. La bataille a lieu sur les bords du Río Salado [13] le 30 octobre 1340. C’est la plus grande victoire des rois chrétiens depuis Las Navas de Tolosa [14]. Les Mérinides se replient avec difficulté vers le Maroc.

En 1343, les Castillans entament le siège d’Algésiras avec le soutien de chevaliers Anglais et Français. Le siège dure 20 mois et se conclut par la prise d’Algésiras le 26 mars 1344.

En août 1349, Alphonse XI de Castille fait le siège de Gibraltar. Mais l’épidémie de peste noire arrivée à l’Espagne en 1348 fait des ravages dans les rangs chrétiens et provoque la mort d’Alphonse XI en mars 1350. Ce décès amène les Castillans à lever le siège : Gibraltar va rester au sein de l’islam pendant 112 années. Alphonse XI n’a pas achevé la reconquête mais a réussi à chasser définitivement les Mérinides, laissant à ses successeurs la tâche de supprimer les Nasrides. Yûsuf 1er accepte de signer avec les Castillans une trêve de 10 ans.

Le jour de la fête de la Rupture du Jeûne [15], Yûsuf 1er est assassiné dans la grande mosquée de Grenade par l’un de ses gardes du corps. Son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède comme émir de Grenade.

Sur le plan intérieur, les monuments de Grenade portent encore la trace de la splendeur du règne d’Yusûf 1er.

Yusûf 1er échoue dans sa tentative de mettre en œuvre la solidarité musulmane. Par exemple lorsqu’il s’adresse au sultan mamelouk [16] bahrite [17] As-Sâlih Imâd ad-Dîn Ismâ`îl pour implorer son appui dans la lutte contre les Castillans, ses efforts ne sont pas couronnés de succès. Sous prétexte de la nécessité de défendre ses propres frontières menacées par les chrétiens, alors qu’il n’y a aucune preuve de cette menace, le Mamelouk refuse d’envoyer une expédition de renforts et se contente d’émettre quelques vœux en faveur de la victoire de Grenade.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Yusuf I. »

Notes

[1] Les Mérinides sont des berbères zénètes, originaires des Hauts Plateaux et des confins sahariens, qui migrent vers l’Ouest, dès le 11ème siècle, à la suite de l’arrivée des turbulentes tribus arabes des Banu Hilal. Ils son issue de la tribu des Wassin selon Ibn Khaldoun.

[2] Fès, est une ville du Maroc central, située à 180 km à l’est de Rabat, entre le massif du Rif et le Moyen Atlas. Elle est la deuxième ville la plus peuplée du Maroc après Casablanca, et a été à plusieurs époques la capitale du pays. Sa fondation remonte à la fin du 8ème siècle, sous le règne de Moulay Idriss 1er.

[3] La Reconquista correspond à la reconquête des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique par les souverains chrétiens. Elle commence en 718 dans les Asturies, et s’achève le 2 janvier 1492 quand Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille, les « Rois catholiques » chassent le dernier souverain musulman de la péninsule, Boabdil de Grenade, achevant l’unification de l’essentiel de l’actuelle Espagne.

[4] Le royaume de Castille est un ancien royaume du Moyen Âge qui trouve ses origines au nord de la péninsule Ibérique, dans l’actuelle Espagne. À la fin du Moyen Âge, le royaume de Castille s’étend depuis le golfe de Gascogne au nord jusqu’à l’Andalousie au sud et comprend la majeure partie du centre de la péninsule Ibérique. En 1037, date à laquelle Ferdinand 1er fonde le Royaume uni de Castille et León. En 1058, Ferdinand est à l’origine d’une série de guerres contre les Maures, se lançant à la conquête de ce qui allait devenir la Nouvelle-Castille (bataille d’Alarcos et bataille de Las Navas de Tolosa). La région s’agrandit particulièrement sous le règne d’Alphonse VI (1065-1109) et d’Alphonse VII (1126-1157). Sous Alphonse X, la vie culturelle du royaume se développe, mais une longue période de conflits internes suit. En 1469, le mariage de Ferdinand II d’Aragon (plus tard Ferdinand V de Castille) et d’Isabelle 1ère de Castille initie l’union des royaumes d’Aragon et de Castille et, par la suite, de l’ensemble de l’Espagne.

[5] Le royaume d’Aragon est une entité politique du nord-est de la péninsule Ibérique, née en 1035 de l’union des comtés d’Aragon, du Sobrarbe et de la Ribagorce et disparue en 1707 avec son intégration au sein du royaume d’Espagne par les décrets de Nueva Planta.

[6] Grenade est une ville espagnole, capitale de la province de Grenade au sud-est de l’Andalousie. Elle est située au pied de la Sierra Nevada, au confluent de trois rivières, le Beiro, le Darro et le Genil et fut la capitale du dernier royaume musulman de la péninsule ibérique.

[7] La République de Gênes est l’une des grandes républiques maritimes italiennes (ou thalassocratie) qui a duré près de 8 siècles, du milieu du 11ème siècle à 1797, après l’abdication du dernier doge de Gênes, Giacomo Maria Brignole.

[8] Le mot persan vizir, désigne un fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans (califes, émirs, maliks, padishah ou sultans).

[9] Gibraltar est un territoire britannique d’outre-mer, situé au sud de la péninsule Ibérique, en bordure du détroit de Gibraltar qui relie la Méditerranée à l’océan Atlantique. Il correspond au rocher de Gibraltar et à ses environs immédiats et est séparé de l’Espagne par une frontière de 1,2 kilomètre. Gibraltar est possession du Royaume-Uni depuis 1704. Au début du 8ème siècle, dans le cadre de la conquête musulmane de l’Espagne wisigothique, le chef Tariq ibn Ziyad y établit une tête de pont en Europe, donnant son nom au rocher. Le site est conquis, en 1309, par le royaume de Castille, puis repris par le général mérinide Abd-el-Melek en 1333 expulsant les Castillans. En 1374, les Mérinides cèdent le rocher au royaume de Grenade. Gibraltar est définitivement reconquis par Ferdinand V en 1492.

[10] Algésiras est une commune d’Espagne, appartenant à la province de Cadix et à la région d’Andalousie. Conquise par Byzance et le royaume wisigoth, la cité passa sous domination arabe en 711 lors de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique dirigée par Tariq ibn Ziyad. Les musulmans y bâtirent leur première ville sous le nom de « alcaetaria ». En 858, Algésiras fut pillée par le chef viking Hasting. Munie d’un excellent port nature, la ville devint un point stratégique de la péninsule. Elle fut dotée de plusieurs mosquées et protégée par des fortifications. Elle subit de nombreux sièges et fut la ville natale d’Almanzor. Elle redevint espagnole après sa reconquête en 1342 sur les maures par Alphonse XI de Castille, après un siège de deux ans, où les Maures firent usage du canon, encore inconnu en Europe. Occupée à nouveau par les Arabes à l’issue du siège de 1369, elle fut détruite par le roi Muhammad V de Grenade en 1379.

[11] Les Hafsides sont une dynastie d’origine berbère masmoudienne qui gouverne puis règne sur l’Ifriqiya, constituée par le Constantinois, la Tunisie et la Tripolitaine, entre 1207 et 1574. C’est sous leur règne que Tunis prendra de l’importance, à la suite de l’installation des souverains dans la ville, au détriment notamment de Kairouan. Étroitement liés aux Almohades, au nom desquels ils gouvernent l’Ifriqiya à partir de 1207, les Hafsides deviennent indépendants sous Abû Zakariyâ Yahyâ en 1236 et se maintiendront au pouvoir jusqu’à l’annexion de la Tunisie par l’Empire ottoman en 1574.

[12] Tarifa est une ville fortifiée du sud de l’Espagne, située dans la province de Cadix, en Andalousie. C’est là que se trouve le point le plus méridional de l’Europe continentale avec la pointe de Tarifa. Occupée en 710 par Tarif ibn Malik, lieutenant de Tarik, qui y bâtit une forteresse et lui donne son nom, Tarifa appartient au califat omeyyade puis au taïfa d’Algésiras. Elle est prise par les Castillans en 1292.

[13] La bataille de Tarifa ou bataille du Salado se déroule le 30 octobre 1340 entre la coalition musulmane mérinido-nasrides et la coalition chrétienne castillano-portugaise avec l’aide d’un contingent aragonais. La coalition chrétienne est victorieuse à l’issue de cette bataille.

[14] La bataille de Las Navas de Tolosa, ou Hisn al-Oqab, se déroula au lieu-dit Castillo de la cuesta (de nos jours Castro Ferral, dans la province de Jaén, en Espagne) le lundi 16 juillet 1212, entre, d’une part, des troupes provenant de tout le Maghreb ainsi que de l’Al-Andalus sous le commandement de Muhammad an-Nâsir de la dynastie des Almohades et, d’autre part, une coalition de plusieurs États chrétiens de la péninsule Ibérique ainsi que des troupes de croisés venant de nations européennes.

[15] Aïd al-Fitr, fête de la rupture est la fête musulmane marquant la rupture du jeûne du mois de ramadan. Elle est célébrée le premier jour du mois de chawwal. Elle est aussi parfois appelée aïd as-Seghir « la petite fête », par opposition à l’aïd al-Kebir, « la grande fête ».

[16] es mamelouks sont les membres d’une milice formée d’esclaves affranchis au service de différents souverains musulmans, milice qui a occupé le pouvoir à de nombreuses reprises. Les premiers mamelouks forment, au 9ème siècle, la garde des califes abbassides à Bagdad. Ils sont d’abord recrutés parmi les captifs non musulmans en provenance du Turkestan actuel, du Caucase (Circassiens, Géorgiens, etc.), d’Europe orientale (Slaves orientaux) ou de Russie méridionale (plaines du Kipchak). Au départ, la position n’est pas héréditaire. Certains mamelouks parviennent à des positions importantes de commandement militaire. Ils sont ensuite au service de la dynastie ayyoubide.

[17] Les Bahrites ou Baharites sont la première dynastie des Mamelouks qui ont régné en Égypte de 1250 à 1382. Ces mamelouks étaient dans le principe de jeunes Turcs Kiptchaks qui avaient été vendus comme esclaves à des marchands égyptiens. Le sultan As-Sâlih Ayyûb, de la dynastie des Ayyoubides, les racheta de ces marchands au nombre de mille, et les fit instruire au métier des armes. Leurs casernements au Caire étaient sur l’île de Roda sur le Nil d’où leur nom de Mamelouks du fleuve ou bahrites. En réalité dès le début, il y a une rivalité entre ces Mamelouks Turcs et les Mamelouks Circassiens installés dans la citadelle (Burjites). Les Mamelouks bahrites censés protéger les sultans ayyoubides vont être à l’origine de la chute de la dynastie en 1250.