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Marie-Élisabeth dite Isabelle de Ludres

vendredi 5 novembre 2021, par ljallamion

Marie-Élisabeth dite Isabelle de Ludres (1647-1726)

Maîtresse du roi Louis XIV

Isabelle de Ludres naît à Ludres [1], dans le Duché de Lorraine [2]. Elle est la fille de Jean de Ludres et de Claude des Salles.

Admise enfant au Chapitre des dames nobles de Poussay [3] comme chanoinesseChanoinesse est le féminin de chanoine. C’est un titre porté par des dames et faisant partie d’un chapitre canonial de femmes, sorte de groupe monastique à la règle assouplie. Ces chapitres sont dits chapitres de dames nobles, elle y est élevée.

En 1662, le quinquagénaire duc de Lorraine et de Bar [4] Charles IV de Lorraine en visite à Poussay remarque cette jeune fille de 15 ans d’une grande beauté, et décide d’en faire sa femme. De 43 ans l’aîné d’Isabelle, il est de plus excommunié pour adultère et bigamie, ayant abandonné son épouse légitime la duchesse Nicole de Lorraine .

En 1664, Isabelle quitte Poussay pour la cour de France, en conservant son titre de chanoinesse ; elle est présentée au roi en présence de son frère, son ex-fiancé et ses parents, le jour de l’inauguration des fêtes des Plaisirs de l’Isle enchantée, le 6 mai dans l’après-midi.

À son arrivée elle reçoit une charge de Dame d’honneur de “Madame”, duchesse d’Orléans Henriette d’Angleterre , belle-sœur du roi, puis, à la mort de celle-ci, passe au service de la reine Marie-Thérèse, puis de Élisabeth-Charlotte de Bavière dite Madame Palatine, la nouvelle « Madame », seconde épouse du frère du roi.

La beauté, mais aussi le zézaiement et l’accent lorrain traînant et voluptueux d’Isabelle de Ludres attirent les courtisans. Elle leur aurait résisté, jusqu’à ce que, à la suite d’une disgrâce passagère de Madame de Montespan, à Pâques 1675, le roi s’intéresse à elle. Leur liaison est assez discrète, mais pas suffisamment pour ne pas éveiller la jalousie de la favorite en titre. Cette dernière fait courir le bruit que la belle de Ludres a le corps recouvert de dartres, ainsi que la gale, la lèpre, et toutes les maladies imaginables. Le roi a beau jeu de vérifier par lui-même la fausseté de ces allégations et garde Isabelle auprès de lui.

Il est cependant contraint de se séparer d’elle, ou d’en faire mine, lors du retour de la plantureuse Athénaïs. Volontiers moqueuse, celle-ci s’évertue à critiquer Isabelle devant le roi, en la traitant de haillon, en imitant son accent Lorrain prononcé ou en singeant sa naïveté, mais elle ne peut empêcher Louis XIV de la fréquenter de nouveau lorsqu’elle doit quitter la cour au printemps 1676, enceinte du 6ème enfant naturel qu’elle doit aux assiduités du roi. Elle aurait été séduite par Philippe de Vendôme.

Pendant que le roi est en campagne contre les Espagnols, Isabelle ébruite sa liaison avec lui, disant même qu’elle est enceinte de ses œuvres. Le chroniqueur Primi Visconti raconte que les dames disposant du privilège envié du tabouret chez la reine se levaient à l’arrivée d’Isabelle de Ludres. Elle se vante d’avoir débusqué Madame de Montespan et se voit déjà nouvelle favorite attitrée. Elle a même l’audace d’écrire en personne au roi, qui est encore aux armées. Leur relation devant demeurer secrète, Louis XIV s’en irrite. Il ne la chasse pas de la cour, mais rompt tout commerce avec elle.

Au retour du roi, puis de la marquise de Montespan, Isabelle doit subir à nouveau les sarcasmes de cette dernière, mais publiquement. Un jour que la cour entend la messe, le roi salue Isabelle de Ludres. Athénaïs fait alors irruption et leur adresse des reproches devant toute l’assemblée.

Au début de 1678, Isabelle quitte le service de Madame et se retire au couvent de la Visitation de Sainte-Marie [5], après avoir refusé un don d’argent que lui propose le roi. Tout comme celui de la duchesse de La Vallière 4 ans plus tôt, le départ de la chanoinesse laisse ce dernier indifférent.

Elle vit plusieurs années dans des cloîtres parisiens. Endettée, Isabelle est contrainte de réclamer une pension au roi, qui la lui accorde. Elle regagne ensuite sa Lorraine natale qui retrouve son indépendance au traité de Ryswick en 1697 [6] et vit notamment dans son château de Vaucouleurs [7] où elle a à son service le couple Bécu-Cantigny dont la petite fille sera la comtesse du Barry qui naît à Vaucouleurs en 1743.

La belle Ludres est créée marquise en 1720. Elle meurt à Nancy le 28 janvier 1726 âgée de près de 80 ans.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Georges Poull, Marie Isabelle de Ludres, chanoinesse de Poussay et marquise de Bayon (La Belle de Ludres), in Les chapitres de dames nobles entre France et Empire, études réunies sous la direction de Michel Parisse et Pierre Heili. Editions Massene, Paris, 1998. (ISBN 2-911043-36-7)

Notes

[1] Ludres est une commune française située dans le département de Meurthe-et-Moselle en région Grand Est, à 7 kilomètres au sud de Nancy.

[2] Le duché de Lorraine est né du partage de la Lotharingie en 959 par le duc Brunon de Cologne, qui confia la Haute Lotharingie au vice duc Frédéric de Bar. Celui-ci prit le titre de duc de Haute Lotharingie en 977. Au fil du temps, le duché de Haute Lotharingie deviendra le duché de Lorraine, mentionné comme tel en 1067. Les ducs (pour les descendants de Gérard d’Alsace et ceux des Maisons de Vaudémont et d’Anjou jusqu’en 1737) se succédèrent jusqu’en 1766, date de l’annexion par la France où le trône ducal fut occupé par Stanislas Leszczynski, souverain polonais détrôné profitant de la vacance du trône lorrain à la suite du mariage du dernier duc de la maison de Lorraine, François III, avec l’archiduchesse régnante d’Autriche Marie-Thérèse. Ce François III a été élu par la suite roi des Romains et couronné comme Saint Empereur Romain sous le nom de François (premier de ce nom), de sorte qu’on parle de sa femme comme l’Impératrice Marie-Thérèse.

[3] Le chapitre de Poussay, comme nombre de chapitres de dames nobles, a d’abord été une abbaye bénédictine de femmes.

[4] Relevant à la fois du Saint Empire romain germanique mais aussi du domaine royal de France (partie du duché située à l’ouest de la Meuse), le comté, puis duché de Bar, fut formé au 10ème siècle par Ferry d’Ardennes, frère de l’évêque de Metz Adalbéron. Il fut annexé par la France en 1766. Ses villes principales étaient Bar-le-Duc, la capitale, Pont-à-Mousson sur la Moselle, au pied du château de Mousson, Briey et Longwy. Ses frontières bordaient le comté de Champagne, la principauté épiscopale de Verdun, le comté puis duché de Luxembourg, la principauté épiscopale de Metz, le duché de Lorraine et la principauté épiscopale de Toul.

[5] L’ordre de la Visitation de Sainte-Marie (en latin : Ordo Visitationis Beatissimae Mariae Virginis) ou les Visitandines est un ordre monastique féminin de droit pontifical.

[6] Les traités de Ryswick signés les 20-21 septembre 1697 à Ryswick, ville hollandaise des faubourgs de La Haye, mirent fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg entre Louis XIV et la ligue d’Augsbourg. Les négociations traînaient en longueur. Louis XIV fit un ultimatum aux coalisés. La paix devait être signée avant le 20 septembre. Un délai supplémentaire était accordé à l’Empereur Léopold 1er. La France signa trois premiers traités le 20 septembre avec respectivement les Provinces-Unies, l’Angleterre et l’Espagne, puis un second avec le Saint Empire romain germanique, le 30 octobre. Louis XIV accepta de reconnaître Guillaume III d’Orange-Nassau comme roi d’Angleterre sous le nom de Guillaume III.

[7] Vaucouleurs est une commune française, située dans le département de la Meuse. Elle a donné son nom à cette partie du cours de la Meuse, appelée Val des Couleurs. Vaucouleurs est également considéré comme une ville johannique. En 1165, le roi de France Louis VII le Jeune rencontre l’empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric Barberousse à Vaucouleurs. Le 19 novembre 1212, le futur roi de France Louis VIII y rencontre le futur empereur des Romains Frédéric II, prélude à l’intronisation de ce dernier. Le 13 mai 1428, Robert de Baudricourt, gouverneur du roi à Vaucouleurs, reçoit la visite d’une jeune fille de 16 ans, venue de Domrémy. Vaucouleurs est alors une garnison française située aux confins des terres du duc de Bourgogne allié aux Anglais, et du duché de Lorraine, dépendant du Saint Empire romain germanique. Elle se dit l’envoyée de Dieu et réclame le commandement général des troupes du royaume. Pour toute réponse, Baudricourt la fait souffleter et la renvoie à ses moutons.