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Ezana

lundi 24 mai 2021, par ljallamion

Ezana

Roi d’Aksoum de vers 325 à 356

Durant son règne, le royaume est un important État de la Corne de l’Afrique situé au nord de l’Éthiopie actuelle, renforce son influence et le christianisme s’y diffuse, après la conversion du roi.

Mineur à son avènement, Ezana succède à son père probable, le roi Ella-Amida ou Ousanas , et règne d’abord sous la régence de sa mère. Son père lui laisse comme conseillers les 2 jeunes chrétiens d’origine syrienne, Frumentius et Aedésius, restés dans le pays après que leur bateau, identifié comme venant de l’empire romain, ait été coulé. Ceux-ci participent au gouvernement du royaume jusqu’à la majorité d’Ezana puis rentrèrent dans l’empire romain.

Revenu d’Alexandrie [1] avec l’approbation de l’évêque Athanase, Frumentius convertit au christianisme le roi Ezana, entre 341 et 346.

Ce changement est attesté par les sources numismatiques retrouvées par les archéologues en Éthiopie [2], en Érythrée [3] mais aussi en Inde [4], preuve des relations commerciales lointaines qu’entretenait le royaume. Si les monnaies les plus anciennes frappées par Ezana portaient le disque et le croissant, symboles utilisés par ses prédécesseurs, les plus tardives font apparaître une croix, voire plusieurs.

La plus tardive des inscriptions qui rapportent les succès du roi Ezana n’est plus dédiée à Mahrem, dieu de la guerre, mais au Seigneur du Ciel et de la Terre, ce qui annonce le christianisme. Les dernières stèles ne sont plus rédigées en grec ou en sabéen, mais en guèze archaïque, qui pour la première fois depuis les monnaies du roi Wazeba , est attesté dans l’usage officiel.

La découverte d’une basilique romaine près de Yeha et datant du 4ème siècle est une preuve ultérieure de la présence chrétienne dans le royaume d’Aksoum [5] à cette époque.

Les campagnes militaires d’Ezana sont connues par les stèles qu’il a érigées à Aksoum [6]. Elles ont pour but la défense du territoire, l’unification de l’Éthiopie et la protection des voies de communication. Bien que sa titulature mentionne sa suzeraineté sur Himyar [7], Saba [8] et Raïdân, il n’intervient pas au Yémen [9]. Il rétablit l’ordre dans le Tigré [10] en punissant les Aguézat, les Agao [11] et des peuples moins importants dont il assure sans doute l’assimilation. Il intervient aussi contre les Bédja [12], et marche en Nubie [13] jusqu’au confluent du Nil [14] et de l’Atbara [15] où il érige une stèle de victoire.

À la mort d’Ezana, dans les années 350, Aksoum est à l’apogée de sa puissance : selon les auteurs byzantins, elle est en rapport avec Constantinople [16], la Perse [17], l’Inde et Ceylan [18]. Ses ambassades lui permettent de faire libérer en Perse un évêque emprisonné. Elle commerce par la mer Rouge, par les routes de caravanes remontant d’Égypte ou partant du Yémen vers la Mésopotamie. Elle exporte des émeraudes venues des cataractes du Nil [19], des épices, de l’encens et la casse à cinquante journées d’Adoulis [20], des bœufs, du fer et du sel de chez les Agao du pays de Sasou, au-delà du lac Tana [21].

Les successeurs d’Ezana sont connus par leurs monnaies.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Berhanou Abebe, Histoire de l’Éthiopie d’Axoum à la révolution, Paris, CFEE - Maisonneuve & Larose, 1998

Notes

[1] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[2] Considérée comme l’un des berceaux de l’humanité, l’Éthiopie est avec le Tchad, le Maroc et le Kenya, l’un des pays où l’on retrouve les plus anciens hominidés. On y a découvert Lucy en 1974 et, en 2003, les plus anciens spécimens d’Homo sapiens. Au sein de l’Afrique, l’Éthiopie se caractérise comme l’un des pays à avoir conservé sa souveraineté lors du partage de l’Afrique au 19ème siècle

[3] L’Érythrée est considérée, avec l’Éthiopie, le Pount en Somalie et la côte du Soudan, comme une des localisations possibles du pays nommé Pays de Pount ou Ta Netjeru (vers 2500 av. jc) par les Égyptiens, dont la première mention remonte au 25ème siècle av. jc. Sa localisation est cependant incertaine. La majorité des auteurs situent aujourd’hui le site sur la côte africaine de la mer Rouge.

[4] Pays d’Asie du Sud qui occupe la majeure partie du sous-continent indien. Sa capitale est New Delhi. L’Inde est le 2ème pays le plus peuplé et le 7ème pays le plus grand du monde. Le littoral indien s’étend sur plus de 7000 kilomètres. La littérature sangam en tamoul révèle qu’entre 200 av. jc et 200 apr. jc, le sud de la péninsule est contrôlé par les Chera, les Chola et les Pandya, qui commercent avec l’Empire romain, l’ouest et le sud-est de l’Asie. Dans le nord de l’Inde, l’hindouisme développe le contrôle patriarcal de la famille. Au cours des 4ème et 5ème siècles, l’Empire Gupta crée dans la plaine du Gange un système complexe d’administration et de taxation qui devient un modèle pour les royaumes suivants. Sous les Gupta, l’hindouisme connaît les débuts d’un renouveau, reposant sur la dévotion plutôt que les rituels. Celui-ci s’exprime dans la sculpture et l’architecture. La littérature sanskrite se développe, les sciences, l’astronomie, la médecine et les mathématiques font d’importantes avancées

[5] Le royaume d’Aksoum (ou Axoum, Aksum) ou Empire aksoumite était un important État de la Corne de l’Afrique localisé au nord de l’Éthiopie, de Djibouti et dans l’actuelle Érythrée. Il s’est développé autour de la ville d’Aksoum à partir du 4ème siècle av. jc, pour atteindre son apogée du 1er au 6ème siècle

[6] Aksoum ou Axoum est une ville septentrionale d’Éthiopie, dans la province du Tigré. C’est l’un des centres religieux de l’Église éthiopienne orthodoxe. Aksoum fut le centre de l’Empire aksoumite entre le 1er et le 6ème siècle de notre ère. Les Aksoumites ont adopté le christianisme comme religion d’État entre 330 et 360 sous le roi Ezana. On connaît, en effet deux séries monétaires en or, l’une portant le disque et le croissant, l’autre, la croix chrétienne. C’est ce qui permet de situer cet évènement dans cette fourchette. Le royaume d’Axoum a été le premier État à utiliser l’image de la croix sur ses monnaies. Cette religion aurait été importée par un prisonnier, Frumentius, qui avait obtenu la confiance du roi et qui devint, à sa mort, le conseiller de son épouse, veuve, entre 330 et 360. Il accorda des lieux de cultes aux marchands étrangers. Le chef de l’Église éthiopienne était nommé par le patriarche d’Alexandrie

[7] Himyar est un royaume antique d’Arabie du Sud qui connut son apogée au début du 1er siècle en constituant un Empire qui contrôlait une grande partie de l’Arabie méridionale. Ses habitants sont appelés Himyarites ou parfois Homérites.

[8] Le royaume de Saba est un royaume d’Arabie du Sud, aujourd’hui correspondant au Yémen, au nord de l’Éthiopie et dans l’actuelle Érythrée. Ce royaume, évoqué par la Bible et le Coran, a bel et bien existé, mais il est difficile de séparer le mythe de l’histoire. Ses habitants s’appellent les Sabéens. Les sources suggèrent une existence bien postérieure à la période biblique du règne de Salomon.

[9] Le Yémen est l’un des plus anciens centres de civilisation du Moyen-Orient, dans l’antiquité le pays était un territoire du Royaume de Saba. Le royaume de Saba est un royaume habituellement situé en Arabie du sud, actuel Érythrée, Yémen et nord de Éthiopie. Ce royaume, évoqué par la Bible et le Coran, a bel et bien existé, mais il est difficile de séparer le mythe de l’histoire. Ses habitants s’appellent les sabéens. Les sources suggèrent une existence bien postérieure à la période biblique du règne de Salomon.

[10] La province du Tigré est une des anciennes provinces de l’Éthiopie. Depuis 1995, la province est devenue une région mais ses frontières ont été modifiées. Elle est la seule région d’Éthiopie ayant gardé son nom de province.

[11] Les Agew sont cités avec certitude pour la première fois dans une inscription du 4ème siècle du roi axoumite Ezana. Ils ont dominé une série de petites principautés ou royaumes en dehors du contrôle impérial éthiopien, et ce jusqu’au 17ème siècle.

[12] Les Bedjas (ou Bejas) sont une population d’Afrique de l’Est, l’une des plus nombreuses du Soudan où ils constituent 6 % de la population. Une minorité de près de 3 millions de Bedjas vit aussi en Égypte, en Éthiopie et en Érythrée.

[13] La Nubie est aujourd’hui une région du nord du Soudan et du sud de l’Égypte, longeant le Nil. Dans l’Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Le birgid, un dialecte particulier, était parlé jusqu’au début des années 1970 au nord du Nyala au Soudan, dans le Darfour. L’ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux entre les 8ème et 9ème siècles.

[14] Le Nil est un fleuve d’Afrique. Avec une longueur d’environ 6 700 km, c’est avec le fleuve Amazone, le plus long fleuve du monde. Il est issu de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu. Le Nil blanc (Nahr-el-Abiad) prend sa source au lac Victoria (Ouganda, Kenya, Tanzanie) ; le Nil bleu (Nahr-el-Azrak) est issu du lac Tana (Éthiopie). Ses deux branches s’unissant à Khartoum, capitale du Soudan actuel, le Nil se jette dans la Méditerranée en formant un delta au nord de l’Égypte. Le Nil est la voie qu’empruntaient les Égyptiens pour se déplacer. Il apporte la vie en fertilisant la terre et garantit l’abondance. Il joua un rôle très important dans l’Égypte antique, du point de vue économique, social (c’était autour de lui que se trouvaient les plus grandes villes), agricole (grâce au précieux limon des crues) et religieux. La crue du Nil, qui avait lieu chaque été et qui apportait le limon noir permettant la culture de ses rives. Le Nil est la voie qu’empruntaient les Égyptiens pour se déplacer. La crue du Nil, qui avait lieu chaque été et qui apportait le limon noir permettant la culture de ses rives

[15] L’Atbara est un affluent du Nil, le dernier qui soit permanent avant son delta. Il prend sa source en Éthiopie à environ 50 km au nord du lac Tana. Il coule pendant environ 805 km avant de se jeter dans le Nil à hauteur de la ville d’Atbara au Soudan.

[16] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[17] L’Empire perse est l’ancien empire, qui s’étendait parfois de la Thrace au nord-ouest de l’Inde et de l’Égypte. Il existait dans différentes dimensions d’environ 550 à 330 avant jc. (Ancien Empire perse des Achéménides) et d’environ 224 à 651 (Nouvel Empire perse des Sassanides). Ce nom est un nom étranger, car le nom local a toujours été une variante du terme Iran. L’apogée de la Perse antique est représentée par la dynastie achéménide, dont les conquérants Darius 1er et Xerxès 1er ont étendu le territoire allant jusqu’en Inde. Convoitée, cette région sera ensuite conquise par Alexandre le Grand au 4ème siècle av. jc, par les Parthes dans la seconde moitié du 3ème siècle av. jc, par les troupes musulmanes au 7ème siècle, par Gengis Khan au 13ème siècle, par Tamerlan au 14ème siècle.

[18] Le pays était auparavant nommé Tambapanni par ses premiers habitants, Taprobane par les Grecs, Serendip (ou Serendib) par les Arabes, puis Ceylan jusqu’en 1972. Le pays possède une diversité religieuse, culturelle et linguistique marquée. Ainsi, le Sri Lanka possède deux langues officielles reconnues par la Constitution du pays à parts égales, le singhalais et le tamoul. La première est prédominante dans la plus grande partie du pays, car environ 73,8 % des habitants parlent singhalais et environ 26,1 % parlent tamoul

[19] pays des Blemmyes

[20] Adulis ou Adoulis est un site archéologique d’Érythrée, à environ 40 kilomètres au sud du port de Massaoua, sur la côte de la mer Rouge dans le golfe de Zula. C’était le principal port du royaume d’Aksoum. Le port est une escale importante, mentionnée dans Le Périple de la mer Érythrée, sur la route maritime des épices, de l’encens et des pierres précieuses entre l’Empire byzantin, la côte orientale de l’Afrique et l’Inde.

[21] Le lac Tana, est le plus grand lac d’Éthiopie (3 630 km² environ 70 km en largeur et 80 km en longueur). C’est le plus septentrional du pays, il est situé à une altitude moyenne de 1 800 m. Il s’est élevé à l’ère tertiaire, avec la surrection du bouclier arabo-éthiopien (unité tectonique entre l’Afrique de l’Est et la péninsule arabique).