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Agathocle

dimanche 2 octobre 2016 (Date de rédaction antérieure : 24 juillet 2011).

Agathocle (361-289 av.jc)

Tyran de Syracuse de 317 à 304 av.jc-Roi de Syracuse de 304 à 289 av.jc

Agathocle Tyran de Syracuse de 317 à 304 av.jc

Il passa son adolescence à Syracuse [1]. Présenté par la plupart des sources antiques comme un tyran particulièrement cruel, n’hésitant pas à faire massacrer par ses troupes les habitants des cités désireuses d’échapper à son emprise, il est le seul tyran de Syracuse qui soit devenu roi de Sicile. Son ambition ne se limita d’ailleurs pas à cette île. Il se positionna nettement comme un imitateur d’Alexandre le Grand en Occident.

En Grande-Grèce, vers 325, la cité de Crotone [2] est attaquée par les Bruttiens [3] et demande l’aide de Syracuse. Il fait partie du corps de troupe syracusain. Mais, une fois la cité libérée et l’oligarchie locale réinstallée au pouvoir, il s’engage auprès de Rhégion [4] pour lutter contre l’aristocratie crotoniate. Ayant trahi à la fois l’oligarchie syracusaine et l’oligarchie de Crotone, il ne peut plus rentrer chez lui et reste en Italie où il se met au service de Tarente [5], vers 323.

En 317, les oligarques syracusains concluent une paix avec les Carthaginois. Il quitte alors le service de Tarente et se constitue une petite armée de mercenaires qu’il amène à Syracuse sous le prétexte d’y restaurer la démocratie. Son intervention déclenche une guerre civile au cours de laquelle il s’empare du pouvoir, fait exécuter une partie des oligarques syracusains et de leurs alliés, les survivants préférant l’exil à la mort.

Certains se réfugient même dans la partie punique de la Sicile, et notamment à Agrigente [6], cité grecque soumise à Carthage, d’autres s’enfuient à Messine [7] ou à Rhégion. Il prétend alors redevenir simple citoyen mais les Syracusains le nomment stratège [8] avec les pleins pouvoirs. Il promet d’abolir les dettes et de distribuer les terres aux pauvres. Puis, il renforce son armée pour soumettre d’autres cités siciliennes, Messine et Gela [9].

Le siège de Messine déclenche l’intervention des Carthaginois. La prise de cette cité libre constitue en effet une violation du traité conclu en 338 entre les Carthaginois et Timoléon. Les Puniques ne souhaitaient pas voir Syracuse prendre l’hégémonie en Sicile. Alors qu’Agrigente vient de voter l’entrée en guerre contre Agathocle, avec Gela et Messine, Hamilcar, le général punique chargé des troupes de Sicile, sert de médiateur pour la conclusion d’un traité de paix. Agathocle sera le chef suprême de la partie grecque de l’île où les cités devront former un gouvernement favorable au tyran de Syracuse, en contrepartie, la frontière entre l’épicratie punique [10] et le territoire dominé par Agathocle reste inchangés par rapport à 338. C’est un recul carthaginois que le Sénat de Carthage ne pardonne pas à Hamilcar.

En 312, il attaque Messine et Agrigente. La flotte punique intervient mais des navires carthaginois sont arraisonnés par les stratèges d’Agathocle. Le traité de 313 est ainsi rompu. Les Carthaginois envoient en Sicile une armée composée de 2 000 citoyens et mercenaires libyens, étrusques et baléares. Ils remportent une victoire en 311-310 à Himère [11], ce qui leur vaut le soutien de plusieurs cités grecques dépendant de Syracuse.

Agathocle fut assiégé dans sa cité et la guerre semble donc perdue pour lui.

C’est alors qu’il décida de porter la guerre en Afrique. Une telle expédition est inédite, aucun tyran sicilien luttant contre les Carthaginois n’aurait osé conduire la guerre outre-mer, ne serait-ce que parce que les Carthaginois avaient la maîtrise maritime. Mais il comptait justement sur l’inexpérience des Carthaginois à lutter sur leur propre territoire et espérait la défection des populations libyennes soumises à Carthage. Le 14 août 310, il débarqua au cap Bon [12] et conduit ses troupes vers une cité nommée Mégalopolis [13].

Ces derniers s’allièrent à Carthage mais il décida de porter la guerre en Afrique et mis le siège devant Carthage de 310 à 307. Celle-ci lui reconnut la possession de la Sicile orientale. Il pu y écraser alors l’opposition aristocratique et prit le titre de roi vers 304. Sa mort permit un retour de la puissance punique en Sicile.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de Agathocle, tyran de Sicile/Imago Mundi encyclopédie universelle/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p25

Notes

[1] Syracuse fut fondée au 8ème siècle av. jc par des colons grecs venant de Corinthe. Elle est aujourd’hui la principale ville de la province de Syracuse. Cicéron la présenta comme la plus grande et la plus belle des villes grecques.

[2] Crotone est une cité située dans le Bruttium sur la côte occidentale du golfe de Tarente sur un promontoire qui s’avance dans la mer Ionienne. Elle est fondée en 710 av. jc par des Achéens et des Spartiates. Assez rapidement elle devient prospère et s’oppose à Sybaris la grande rivale dont les mœurs relâchées contrastent avec Crotone. En 530 av. jc Pythagore crée son école de sagesse et donne des lois aristocratiques à la cité. Cependant vers 450 av. jc le parti démocratique s’impose. En 510 av. jc Crotone s’empare de Sybaris qui est détruite de fond en comble. Plus tard, à une date incertaine, elle est ravagée par Pyrrhus 1er roi d’Épire, et est prise par les Romains en 277 av. jc. En 194 av. jc, Crotone devient une colonie romaine. Les commissaires Cneius Octavius, L. Aemilius Paulus et C. Laetorius organisent l’installation d’un groupe de Romains sur les terres que les Bruttiens avaient prises aux Grecs. Le plus célèbre athlète de l’Antiquité, Milon de Crotone, était originaire de la cité.

[3] Les Bruttiens étaient une tribu antique, de langues osque et Grec ancien, issue du peuple des Lucaniens, eux-mêmes d’origine samnite. Cette tribu est à l’origine du nom de la région romaine du Bruttium, correspondant à la Calabre actuelle. C’est à partir du 4ème siècle av. jc que les Bruttiens apparaissent dans la pointe de la péninsule italienne, s’émancipant des Lucaniens auxquels ils étaient asservis et dont ils reçurent leur nom. Décrits comme un ramassis de toute espèce, d’esclaves fugitifs, de brigands nomades aux mœurs frustes, ils s’organisent progressivement et font pression sur les cités côtières de la Grande-Grèce continentale. Ils dominent peu à peu une partie de la côte Tyrrhénienne, depuis Pœstum jusqu’à Thurii sur les bords de la mer Ionienne. Ils affrontèrent Alexandre le Molosse, roi d’Épire, Agathocle, roi de Sicile et combattirent les Romains aux côtés de Pyrrhus. Soumis après l’intégration de la Grande Grèce dans le giron romain, ils furent les premiers à faire cause commune avec les Carthaginois lors de la deuxième Guerre punique. A la suite de la défaite des troupes d’Hannibal, ils furent déclarés indignes de servir dans les légions romaines et réduits aux fonctions serviles de courriers et de messagers publics.

[4] Reggio de Calabre, habituellement appelée Reggio Calabria, ou Reggio dans le sud de l’Italie, est le 1ère ville calabraise de par son ancienneté, sa superficie et sa population, ainsi que le chef-lieu de la province et le siège du Conseil régional de Calabre. Reggio a été une des cités les plus importantes de la Grande Grèce : elle détint un grand pouvoir politico-économique sous le gouvernement d’Anassile et exerça également une grande influence sur la cité de Zancle (Messine) qui lui faisait face. La polis eut également une grande renommée culturelle grâce à son école philosophique Pythagoricienne et ses écoles de sculpture et de poésie d’où sortirent des noms tels que Pythagore de Reggio et Ibique ; elle devint l’alliée d’Athènes lors de la guerre d’Archidamos et fut ensuite vaincue par les Syracusains de Denys l’Ancien en 387 av. jc.

[5] Tarente est un port du sud de l’Italie construit sur le golfe de Tarente. La vieille ville, la città Vecchia, ou encore Borgo Antico, héritière de la colonie spartiate qui fut dans l’Antiquité l’une des cités les plus riches de la Grande Grèce, a été établie sur une île rectangulaire qui commande le chenal d’accès à la rade, appelée Mare Piccolo.

[6] Agrigente est une ville, située en Sicile, elle fut fondée en 582 av. jc par la cité de Géla, sur le site de la ville actuelle. La cité connaît une expansion géographique au 6ème siècle av. jc sous la direction des tyrans. Le premier s’appelait Phalaris et l’apogée arrive avec Théron, victorieux des Carthaginois à la bataille d’Himère en 480 av. jc. La ville s’embellit grâce à la main d’œuvre capturée lors de cette bataille. La Vallée des Temples est entourée d’une muraille de 12 kilomètres. Agrigente s’enrichit dans le commerce du vin et de l’huile, notamment avec Carthage. En 406 av. jc, Hannibal assiège Agrigente : il interdit le relèvement des remparts, détruit le temple d’Athéna et massacre une partie des habitants. En 339 av. jc, les Carthaginois sont vaincus : Timoléon reconstruit la muraille et la ville. Pendant la première guerre punique (264-241 av. jc.), Agrigente fut prise par les Romains en 262 av. jc. En 211 av. jc, la ville tombe définitivement dans le giron de Rome.

[7] Messine est une ville italienne, chef-lieu de la province de même nom en Sicile. Messine est située à l’extrémité nord-est de la Sicile, sur la rive occidentale du détroit de Messine qui sépare la péninsule italienne (la pointe de Calabre) de la Sicile. La ville de Reggio di Calabria est située de l’autre côté du bras de mer.

[8] Un stratège est un membre du pouvoir exécutif d’une cité grecque, qu’il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l’Empire Byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine (19ème siècle jusqu’à nos jours), le stratège est un général et a le rang d’officier le plus élevé.

[9] Gela est une ville italienne de la province de Caltanissetta, située sur la côte méridionale de la Sicile.

[10] Epikrateia est un mot grec qui, appliqué à Carthage, désigne la domination punique sur un territoire, avec pression militaire. L’éparchie évoque en revanche le contrôle légal de Carthage sur la Sicile, le terme désigne le territoire administré par Carthage en Sicile, du 4ème siècle av. jc au 2ème siècle av. jc. Il est ensuite repris pour désigner la province romaine créée en Sicile en 237, après la première guerre punique

[11] Himère est une ancienne cité grecque située sur la côte septentrionale de la Sicile, à l’est de Palerme. Himère a été fondée par Zanklê (Messine) vers 648 av. jc. Carthage, qui tente de s’en emparer, y est vaincue en 480 av. jc par Gélon, tyran de Syracuse. Mais en 409 av. jc, la ville est prise par les Carthaginois qui massacrent la population et détruisent totalement la cité.

[12] Le cap Bon est un cap qui constitue la pointe nord-est de la Tunisie. Situé sur la mer Méditerranée, il ouvre le canal de Sicile et ferme le golfe de Tunis. Il est le territoire de quelques tribus berbères comme les Meaouin, les Ouled M’hamid et les Ouled Sidi Daoud.

[13] Mégalopolis ou Megalópoli est une ville de Grèce, dans le Péloponnèse, dans la vallée de l’Alphée. Elle fut fondée entre 371 et 368 avant notre ère par Épaminondas pour surveiller Sparte, et fut le siège de la ligue arcadienne. En 331, Agis III, roi de Sparte, fut tué lors de la première bataille de Mégalopolis, qui l’opposa à Antipater, un général d’Alexandre le Grand. En 235, le tyran Lydiadas fit adhérer la cité à la Ligue achéenne, à laquelle elle donna plusieurs hommes politiques de premier plan, dont Philopœmen, Lycortas et Polybe. En 227, le roi Cléomène III de Sparte y défit la Ligue achéenne ; il la détruisit ensuite en 222 av.jc, mais elle fut rebâtie.