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Aymeri VI de Narbonne

lundi 24 août 2020, par ljallamion

Aymeri VI de Narbonne (vers 1328-1388)

Vicomte de Narbonne de 1341 à 1388-Seigneur de Puisserguier-Amiral de France de 1369 à 1373

Fils du vicomte Aymeri V de Narbonne et de sa seconde épouse, Tiburge de Son, dame de Puisserguier, Aymeri VI devient vicomte de Narbonne [1] en 1341 sous la tutelle de sa mère après la mort de son demi-frère, Amalric III, le 28 février 1341. Le 16 février 1342, il prête serment de fidélité au nouvel archevêque, Gasbert de Valle , pour la moitié occidentale de la cité narbonnaise.

Le 14 décembre 1344, au château royal de Perpignan [2], le vicomte fait hommage au roi d’Aragon [3] Pierre IV le Cérémonieux pour ses terres du Roussillon [4], à la suite de la conquête de ce territoire quelques mois plus tôt par les Aragonais sur Jacques III de Majorque .

Aymeri VI est fait prisonnier à deux reprises par les Anglais, le 21 octobre 1345, à la bataille d’Auberoche [5], puis le 19 septembre 1356, à la bataille de Poitiers [6], où il est aussi blessé.

En 1358, il remplit brièvement la charge de gouverneur et capitaine général en Languedoc [7] pour le roi de France.

De 1381 à 1384, dans le contexte troublé de la révolte des Tuchins [8] et de l’opposition à la nomination de Jean de Berry comme gouverneur de Languedoc, menée par le comte de Foix [9] Gaston Fébus, le vicomte Aymeri VI, allié du duc de Berry, mène une violente guerre contre les consuls et les habitants de Narbonne, partisans du comte de Foix.

Le vicomte assiège Narbonne avec ses troupes et fait détruire le barrage sur l’Aude à Moussoulens*, ce qui empêche l’écoulement de l’eau dans la robine, privant ainsi les Narbonnais d’eau, empêchant le fonctionnement des moulins et asséchant les fossés des remparts. Selon une plainte des consuls, les hommes d’armes du vicomte auraient mis à mort plusieurs habitants de Narbonne qui travaillaient dans leurs champs et leurs vignes et qui ne purent se racheter, auraient torturé un vieillard en lui arrachant les dents, jeté dans les puits les corps de plusieurs de leurs victimes en les privant de sépulture chrétienne et se seraient emparés de plusieurs femmes de la ville pour les violer.

Vers 1385, le duc de Berry, alors lieutenant du roi en Languedoc, nomme Aymeri capitaine général dans la sénéchaussée de Baucaire [10].

Aymeri VI de Narbonne a été marié à quatre reprises

En 1ère noces, il épouse Béatrice de Sully, fille de Jean II, seigneur de Sully [11] et de son épouse Marguerite, fille de Louis 1er, duc de Bourbon [12].

En 2ème noces, il épouse en 1358 ou 1359 Yolande, fille d’ Amédée III , comte de Genève [13] et de Mahaut de Boulogne dite Mathilde d’Auvergne , et nièce du cardinal Guy de Boulogne .

En 3ème noces, en 1363, il épouse Béatrice d’Arborée , fille de Mariano IV , juge d’Arborée [14] et de Timbor de Rocaberti , la seule de ses épouses qui semble lui avoir donné une descendance.

En 4ème noces, il épouse après mai 1383 Guillema de Villademany, fille unique de Bernat de Vilademany et de Blanca de Vallgornera ; veuve de Pere III Galceran de Pinos, seigneur de Bagà.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de Maria Antonietta Brandas, « Alcune riflessioni sulla figura di Beatrice de Bas-Serra, viscontessa di Narbona », Donne e potere nella Sardegna medioevale, Cagliari, 2002,

Notes

[1] En 1447, les Tinières vendent la vicomté de Narbonne à Gaston IV, comte de Foix. Pour la maison de Foix, la vicomté narbonnaise n’est plus qu’une possession secondaire et la famille n’y réside pas. Gaston IV cède la vicomté à son fils cadet. Celui-ci, Jean de Foix, précise en 1500 dans son testament que la vicomté de Narbonne doit être utilisée pour liquider ses dettes. Selon le compoix de 1499, le vicomte ne possède plus alors à Narbonne qu’une maison et moins de cinq hectares de terre

[2] Perpignan est une commune du sud de la France, préfecture du département des Pyrénées-Orientales et quatrième ville la plus peuplée de la région Occitanie. Ancienne capitale continentale du Royaume de Majorque, la ville est annexée par le Royaume de France en 1659. Dernière ville française méditerranéenne importante avant l’Espagne, elle est marquée par une forte identité catalane. En 1344, Perpignan perd son statut de capitale par la réintégration du royaume de Majorque dans la couronne d’Aragon. Dès 1346 elle est durement touchée par la peste noire. La ville ne s’en remet pas pendant longtemps. Du 15 novembre 1408 au 26 mars 1409, Benoît XIII tient un concile à Perpignan. À la mi-septembre 1415, l’empereur Sigismond 1er se rend à Perpignan pour un pseudo-concile avec le roi d’Aragon Ferdinand 1er et l’antipape Benoît XIII. Il en repart le 5 novembre 1415 sans avoir convaincu ce dernier d’abdiquer. En 1463, Louis XI occupe Perpignan en confirmant leurs anciens droits, mais la ville se soulève contre les Français en 1473. Après un siège terrible, qui se termina le 2 février 1475, le titre de « Fidelíssima vila de Perpinyà » (Très fidèle ville de Perpignan) fut décerné par les rois d’Aragon. Plus tard, en 1493, Charles VIII restitua le Roussillon et la Cerdagne aux Rois catholiques, qui venaient de fonder l’unité d’Espagne, par le mariage entre la Castille et l’Aragon. Malheureusement, la rivalité franco-espagnole et les conflits qui suivirent devaient faire chuter l’économie de Perpignan, dotée par Philippe II, à cet égard, de puissantes fortifications. Devenue place avancée de la monarchie espagnole face à la France depuis 1479, Perpignan entre dans une logique militaire, enfermée dans des remparts puissants renforcés à toutes les époques (Vauban notamment), elle n’est plus qu’un enjeu entre les deux grandes puissances. Prise par les armées de Louis XIII en 1642, elle est annexée avec le reste du Roussillon au royaume de France par le traité des Pyrénées de 1659.

[3] Le royaume d’Aragon est une entité politique du nord-est de la péninsule Ibérique, née en 1035 de l’union des comtés d’Aragon, du Sobrarbe et de la Ribagorce et disparue en 1707 avec son intégration au sein du royaume d’Espagne par les décrets de Nueva Planta.

[4] Le comté de Roussillon est une ancienne principauté féodale située dans les Pyrénées orientales. Le comté de Roussillon serait né à l’époque wisigothique comme une subdivision administrative du royaume wisigoth. Ses limites correspondaient à la civitas Ruscinonensis antique (d’où il tient son nom), c’est-à-dire l’actuel département des Pyrénées-Orientales sans la Cerdagne ni le Capcir. Probablement détruit par l’invasion arabe de 721, le comté renaquit au moment de la reconquête carolingienne, et fut intégré à la Marche d’Espagne, puis au marquisat de Gothie. Le Roussillon est alors aux mains de comtes nommés ou reconnus par le pouvoir impérial, mais cette tutelle se fait moins forte au cours du 9ème siècle, et après la fin de la dynastie carolingienne, il est considéré comme un bien patrimonial qui passe au tout début du 10ème siècle aux mains de la dynastie d’Empuries. À ce moment, son territoire se réduit à la partie orientale de l’actuel département des Pyrénées-Orientales. La capitale de ce comté est d’abord Château-Roussillon, puis la ville de Perpignan. Le comté reste dans les mains de cette dynastie jusqu’en 1172, à la mort du comte Girard II de Roussillon, qui lègue son comté à son parent et suzerain le roi Alphonse II d’Aragon.

[5] La bataille d’Auberoche se déroule le 21 octobre 1345, au début de la Guerre de Cent Ans près du château d’Auberoche aux alentours de Périgueux. À l’époque, la Gascogne appartient à la couronne anglaise et son armée est localement composée en grande partie de natifs de la région. La bataille se déroule sur l’Auvézère, rivière qui sépare les terres relevant du royaume de France de celles détenues par le roi d’Angleterre.

[6] La bataille de Poitiers a été livrée au cours de la guerre de Cent Ans le 19 septembre 1356 à Nouaillé-Maupertuis, près de Poitiers en Aquitaine. Le roi de France Jean II le Bon cherche à intercepter l’armée anglaise conduite par Édouard de Woodstock, prince de Galles, qui est en train de mener une chevauchée dévastatrice. Par une tactique irréfléchie, Jean II conduit ses troupes, quoique numériquement très supérieures, au désastre et se fait prendre, ainsi que son fils Philippe et de nombreux membres éminents de la chevalerie française.

[7] Le Languedoc est un territoire du sud de la France traditionnellement divisé en Haut Languedoc, qui correspond approximativement à l’actuelle région Midi-Pyrénées, et Bas Languedoc, qui correspond approximativement à l’ancienne région Languedoc-Roussillon. Le Languedoc fait partie de l’Occitanie, vaste espace géographique de langue d’oc. Le territoire du Languedoc (région où l’on parle la langue d’oc) est rattaché au domaine royal au 13ème siècle à la suite de la croisade contre les Albigeois mettant fin au catharisme. Le territoire sous contrôle des États de Languedoc s’est ensuite progressivement réduit à l’ancienne province du Languedoc. C’est en 1359 que les villes des trois sénéchaussées de Beaucaire, Carcassonne et Toulouse concluent entre elles une « union perpétuelle » puis exigent des officiers royaux d’être « convoquées ensemble » et non plus séparément, par sénéchaussée. Vers la fin du 14ème siècle, pays des trois sénéchaussées, auquel le nom de Languedoc allait être réservé, désigne les deux sénéchaussées de Beaucaire Nîmes et de Carcassonne et la partie occidentale de celle de Toulouse, conservée au traité de Brétigny. Le pays de Foix, qui relève de la sénéchaussée de Carcassonne jusqu’en 1333 puis de celle de Toulouse, cesse d’appartenir au Languedoc. En 1469, le Languedoc est amputé de presque toute la partie de la sénéchaussée de Toulouse située sur la rive gauche de la Garonne. Le roi Louis XI détache les deux jugeries de Rivière (Montréjeau) et de Verdun (aujourd’hui Verdun-sur-Garonne) de la sénéchaussée toulousaine pour les incorporer au duché de Guyenne, apanagé à son frère, le prince Charles. En contrepartie, le roi incorpore au Languedoc quelques communautés d’habitants du diocèse de Comminges, situées sur la rive droite de la Garonne, connues comme le Petit Comminges

[8] La révolte des Tuchins ou Tuchinat est une série de révoltes survenues entre 1363 et 1384 en Auvergne puis en Languedoc, d’abord pour se défendre contre les méfaits des mercenaires qu’ils soient anglais, gascons ou français (routiers du duc Jean de Berry), puis contre les prélèvements fiscaux et le pouvoir centralisateur du royaume de France.

[9] Le comté de Foix est à l’origine un territoire du comté de Carcassonne détaché par le comte Roger Ier le Vieux en faveur de son fils cadet Bernard-Roger.

[10] La sénéchaussée de Beaucaire, de 1215 jusqu’à la Révolution française, fut une circonscription judiciaire qui étendit sa juridiction sur les actuels départements de l’Ardèche, du Gard, de l’Hérault et de la Lozère. Elle était placée sous la responsabilité des sénéchaux de Beaucaire, officiers au service du roi de France. Ils avaient leur résidence à Nîmes, ce qui les fait nommer quelquefois sénéchal de Beaucaire et de Nismes. Dans l’ancien comté de Toulouse, avaient été créées deux autres sénéchaussées : celle de Toulouse et celle de Carcassonne.

[11] Seigneurs de la ville de Sully-sur-Loire située dans l’ancienne province de l’Orléanais (dans l’actuel département du Loiret). Le château de Sully-sur-Loire est la demeure des seigneurs de Sully et le centre décisionnel de la baronnie de Sully. La baronnie est sous la dominance de plusieurs familles successives.

[12] Le duché de Bourbon, plus communément nommé Bourbonnais, est une région historique et culturelle française. Cette ancienne province a pour chef-lieu Moulins et son territoire correspond approximativement au département de l’Allier, mais certaines portions se trouvent réparties dans des départements voisins, comme le Puy-de-Dôme et le Cher (arrondissement de Saint-Amand-Montrond). La province comme la famille doit son nom à la ville de Bourbon-l’Archambault, qui est le berceau de la première Maison de Bourbon, maison féodale apparue au 10ème siècle. Le Bourbonnais entre dans la famille royale par le mariage, en 1272, de Béatrice de Bourgogne, fille de Jean de Bourgogne, avec Robert de Clermont, fils puîné de Saint Louis. En 1327, il est érigé en duché-pairie par le roi Charles IV. La position géographique du Bourbonnais, situé entre le domaine royal et les duchés d’Aquitaine et d’Auvergne, intéresse particulièrement le pouvoir royal. Les Bourbons sont de tout temps serviteurs du trône, ils sont des conseils des rois en exerçant diverses fonctions (chambriers, connétables, régents). Cette alliance constante et fidèle facilite l’essor et la prospérité du Bourbonnais. Déjà dauphins d’Auvergne, les ducs de Bourbon se voient donner en garde le duché d’Auvergne. En 1531, le duché de Bourbonnais est rattaché à la Couronne de France, à la suite de la défection du connétable de France, Charles III de Bourbon. Ce territoire devient alors un gouvernement, puis une généralité, dont Moulins est le siège.

[13] Le comté de Genevois désignait autrefois l’une des principautés du Saint Empire. Son territoire s’étendait aux terres autour de la cité de Genève, correspondant approximativement au canton homonyme et à la province actuelle du Genevois. Le comté est acheté, en 1401, par le comte voisin, Amédée VIII de Savoie.

[14] Le Judicat d’Arborée est un des quatre judicats qui naquirent en Sardaigne au 8ème siècle pour remplacer un Empire romain devenu trop lointain (celui de Byzance) et pour se protéger notamment des razzias arabes. L’Arborée se développa dans la partie centre-occidentale de l’île, riche en terres agricoles et pastorales (les autres judicats sont ceux de Logudoro ou de Torres, de Gallura, de Cagliari ou Pluminos). Le Judicat d’Arborée, comme du reste les trois autres judicats était un royaume souverain selon le principe juridique Superiorem non recognoscens, avec un territoire subdivisé en Curatorie, des districts dirigés par un curateur et comprenant des centres habités appelés « ville » (différent du mot français homonyme, du latin villa). Le judicat avait son propre Parlement, la Corona de Logu, composé des représentants des Curatorie. Il possédait son propre domaine public, le Rennu, votait les lois, avait des frontières et frappait monnaie. Son chef était le Judex ius dicens (celui qui dit la loi). Le juge tirait son autorité non seulement de l’hérédité mais également par la reconnaissance de son Imperium par la Corona de Logu.