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Ruggero da Fiore ou Rutger von Blum dit Roger de Flor

dimanche 23 août 2020, par ljallamion

Ruggero da Fiore ou Rutger von Blum dit Roger de Flor (vers 1267-1305)

Né à Brindisi [1], condottiere [2] et un chef des Almogavres [3].

Second fils de Richard von Blum, fauconnier de l’empereur germanique Frédéric II du Saint Empire, qui meurt en combattant contre Charles d’Anjou à la bataille de Tagliacozzo [4] en 1268 et à la suite de laquelle Charles d’Anjou fait confisquer les biens de tous ceux qui ont lutté contre lui.

Bien qu’issue de la bonne société de Brindisi, sa mère se retrouve alors sans ressources pour élever ses enfants. Alors qu’il a 8 ans, il arrive dans le port de Brindisi un chevalier français de l’Ordre du Temple [5] et capitaine de la nef “Le Faucon”, du nom de Vassall. Celui-ci prend Roger sous sa protection et se charge de son éducation afin d’en faire un futur moine templier et amiral.

Après avoir navigué durant plusieurs années, il est admis comme moine de l’Ordre du Temple au grade de sergent, inférieur à celui de chevalier, et participe à la dernière Croisade. Il se distingue en défendant Saint-Jean-d’Acre [6] et en évacuant les chrétiens lors de la prise de la ville par les Musulmans en 1291.

Par la suite, les Templiers l’accusèrent d’avoir détourné une partie de leurs trésors et l’expulsèrent de l’Ordre. Tirant profit de son expérience militaire, il devient mercenaire et se met au service du roi Frédéric II de Sicile, fils de Pierre III le Grand d’Aragon*.

Frédéric le nomme capitaine des compagnies d’Almogavres, mercenaires catalano aragonais qui avaient participé à la conquête de Valence [7] et de Majorque [8] pour le compte de la Couronne d’Aragon et qui aidèrent à consolider la présence aragonaise en Sicile contre la Maison d’Anjou.

A la paix de Caltabellotta [9] en 1302 entre Charles II d’Anjou et Frédéric II de Sicile, Roger de Flor propose ses services à l’empereur byzantin Andronic II Paléologue , pour l’aider à combattre les Turcs qui déferlent dans l’Empire grec et menacent d’assiéger Constantinople [10]. L’Empereur accède à sa requête et le capitaine arrive à la tête d’une expédition de 4000 Almogavres et de 39 navires, constituant la grande compagnie catalane. Il entre tout de suite en action et anéantit les Génois de Constantinople pour la plus grande joie de l’Empereur, irrité de leur tutelle.

Puis, en 1304, il passe en Anatolie [11] et prend les villes de Philadelphie [12], Magnésie [13] et Éphèse [14], repoussant les Turcs jusqu’en Cilicie [15], vers les monts du Taurus [16].

Pour le récompenser de ses services, Andronic, malgré certains abus des soldats catalans contre les Grecs, le nomme mégaduc [17], et lui donne la main de sa nièce Marie, fille de sa sœur Irène et du tsar détrôné Jean Asen III ou Ivan Asen III de Bulgarie . Mais l’Empereur est effrayé par les ambitions de Roger de Flor qui veut s’ériger en souverain des territoires qu’il a conquis en Asie Mineure.

Après négociations, Andronic lui concède le titre de César de l’Empire et la seigneurie des territoires byzantins d’Anatolie, à l’exception des villes.

L’ambition croissante de Roger de Flor et son influence grandissante finissent par indisposer Michel IX , fils aîné d’Andronic II, associé au gouvernement de l’Empire. Celui-ci l’attire à Andrinople [18] et le fait assassiner au cours d’un banquet, en même temps que 130 chefs almogavres le 5 avril 1305, dans l’intention de s’attaquer ensuite au reste de ses troupes. Mais il ne peut mener à bien son stratagème, car les Almogavres se choisissent de nouveaux chefs et se lancent dans de violentes représailles.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de Ramon Muntaner, Les Almogavres : l’expédition des Catalans en Orient, Éditions Anacharsis, 2002

Notes

[1] Royaume de Sicile

[2] mercenaire italien

[3] Les Almogavres étaient des soldats mercenaires ou miliciens au service de la Couronne d’Aragon, majoritairement catalans et aragonais, constitués en compagnies qui avaient vu le jour dans la péninsule Ibérique à l’occasion des guerres contre les Sarrasins, entre le 13ème et le 15ème siècle. La Reconquête achevée, ils participèrent ensuite à la Guerre de Sicile, au service du roi Frédéric II. Ils étaient réputés pour leur habileté et leur agressivité au combat. En terre ennemie, ils vivaient de pillage, mais en temps de paix ils causaient des problèmes en s’en prenant aux habitants des campagnes.

[4] La bataille de Tagliacozzo opposa, le 23 août 1268, les prétendants au royaume de Sicile Charles d’Anjou et Conrad de Hohenstaufen. En dépit de son infériorité numérique, Charles remporta la victoire grâce à une feinte. La capture et l’exécution de Conradin mirent fin à la lignée des Hohenstaufen. La bataille permit à Charles de conserver le royaume jusqu’en mars 1282.

[5] L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, dont les membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre fut créé à l’occasion du concile de Troyes, ouvert le 13 janvier 1129 à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les 12ème et 13ème siècles à l’accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête ibérique. Afin de mener à bien ses missions et notamment d’en assurer le financement, il constitua à travers l’Europe chrétienne d’Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l’ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l’époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux. Après la perte définitive de la Terre sainte consécutive au siège de Saint-Jean-d’Acre de 1291, l’ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissous par le pape Clément V le 13 mars 1312 à la suite d’un procès en hérésie.

[6] Palestine

[7] Valence ou Valencia en espagnol est une ville d’Espagne, située dans l’est du pays sur la côte méditerranéenne. Fondée en 138 av. jc par le consul romain Decimus Junius Brutus Callaicus sous le nom de Valentia Edetanorum, Valence devient, au Moyen Âge, la capitale du royaume de Valence.

[8] Le royaume de Majorque désigne d’abord de façon provisoire un gouvernement assez longtemps précaire créée lors de la conquête par le roi Jacques 1er d’Aragon de l’île de Majorque en 1229 dans le cadre de la Reconquista. Mais c’est le testament du souverain conquérant en 1262 qui lui donne un véritable sens politique dans la succession monarchique, en l’accordant au cadet de sa lignée l’infant Jacques ou Jaume alors que l’aîné Jacques obtient la couronne d’Aragon. À la mort de Jacques 1er d’Aragon en 1276 naît le royaume de Majorque. Les années 1343 et 1344, dates de reconquête militaire et d’annexion aragonaise ou le traité de 1347, voire les acquisitions par le roi de France de Carlat et Montpellier en 1348-1349 atteste la réunion définitive à la couronne d’Aragon qui clôt la page de l’indépendance, souvent précaire et houleuse.

[9] La Paix de Caltabellotta, qui fut signée le 31 août 13021, mit fin à la longue lutte opposant la Couronne d’Aragón à la Maison d’Anjou, appuyée par la papauté, pour la possession de la Sicile, après la mort héroïque de Manfred, fils naturel de Frédéric II, dans la bataille de Bénévent en 1266, et dont l’insurrection des Vêpres de Palerme du 31 mars 1282 fut l’un des épisodes les plus fameux. Les bonnes relations entre la France et Boniface VIII étant rompues, les Angevins décidèrent de se réconcilier avec leurs ennemis et reconnurent à Frédéric II de Sicile la souveraineté sur la Sicile, avec le titre de roi de Trinacrie, la Sicile devant passer après sa mort à Charles d’Anjou, lequel s’engageait à payer à Frédéric cent mille onces d’or, ou à faire en sorte que le pape lui permît de conquérir la Sardaigne ou Chypre. On décida également du mariage du roi de Trinacrie avec Éléonore, fille de Charles le Boiteux. Frédéric, quant à lui, laissait au roi Charles tout ce qu’il possédait en Calabre et dans le royaume de Naples. Ce fut l’occasion de libérer Philippe, prince de Tarente et fils de Charles le Boiteux, qui était prisonnier à Cefalù. À la suite de cette paix, Roger de Flor et les Almogavres, qui avaient combattu avec le roi Frédéric, se retrouvèrent sans emploi et offrirent leurs services à Andronic II Paléologue. Bernat de Rocafort, l’un des chefs des Almogavres, se fit remarquer en ne voulant pas rendre au roi Charles deux châteaux qu’il occupait en Calabre avant d’être payé de la solde qu’on lui devait. Cela lui attira la haine du roi Robert, fils et successeur du roi Charles II d’Anjou, qui le laissa mourir de faim dans ses oubliettes, lorsque Thibaud de Cepoy le lui remit, en 1309.

[10] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[11] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[12] Alaşehir ou Alacheur est un chef-lieu de district de la ville de la province de Manisa en Turquie, située en Anatolie. C’est une des premières villes à avoir porté le nom de Philadelphie. Fondée en 189 av.jc par le roi Eumène II de Pergame, qui la nomma par affection pour son frère et successeur Attale II, à qui la loyauté avait valu le surnom de Philadelphos (Philadephe), c’est-à-dire celui qui aime son frère. Elle est tenue par l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem jusqu’en 1390 avant de passer sous contrôle ottoman. La ville est connue pour être le site de l’une des sept Églises d’Asie citées dans l’Apocalypse. Elle est le siège d’un ancien évêché.

[13] Magnésie est un site archéologique de Turquie et une cité grecque d’Ionie fondée vers 530 av. jc non loin de Pergame. Aristote dit dans ses Commentaires, que les Magnésiens des bords du Méandre sont une colonie de Delphes. Ils offrent aux étrangers le logement, le sel, l’huile, le vinaigre, la lumière, les lits, les tapis et les tables. » Le site est près du village de Tekin dans le district de Germencik de la province d’Aydın au bord de la route D525.

[14] Éphèse est l’une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d’Asie Mineure, la première de l’Ionie. Bien que ses vestiges soient situés à près de sept kilomètres à l’intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l’Ouest de l’actuelle Turquie, Éphèse était dans l’Antiquité, et encore à l’époque byzantine, l’un des ports les plus actifs de la mer Égée ; il est situé près de l’embouchure du grand fleuve anatolien Caystre

[15] La Cilicie est une région historique d’Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située aujourd’hui en Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l’ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie. Elle correspond approximativement aujourd’hui à la province turque d’Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

[16] Les monts Taurus, ou simplement les Taurus, culminant dans les massifs de l’Aladağlar et des Bolkar Dağları, sont une chaîne de montagnes turques, formant la bordure sud-est du plateau de l’Anatolie. La chaîne s’étend en courbe du lac Eğirdir à l’ouest aux sources de l’Euphrate à l’est. Elle fait 600 km de longueur et culmine à 3 756 m. De nombreux sommets y ont entre 3 000 et 3 700 m d’altitude. Il s’agit d’une chaîne calcaire, qui s’est érodée pour former des paysages karstiques avec des chutes d’eau, des rivières souterraines et les plus grandes grottes d’Asie. Le Tigre prend sa source dans les Monts Taurus.

[17] grand amiral de la flotte impériale

[18] Edirne (autrefois Andrinople ou Adrianople) est la préfecture de la province turque du même nom, limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce. Elle est traversée par la Maritsa (Meriç en turc).