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Macédonius II ou Makedonios II

jeudi 2 juillet 2020, par ljallamion

Macédonius II ou Makedonios II

Patriarche de Constantinople de juillet 496 à août 511

Neveu de l’ancien patriarche Gennade 1er , sacristain [1] de la cathédrale Sainte-Sophie [2], il fut choisi comme successeur au patriarche Euphémius , déposé sous l’inculpation de trahison et exilé aux Euchaïta dans la province du Pont [3]. Il dut au moment de son intronisation adhérer expressément à l’Hénotique [4], ce qui lui attira l’hostilité des partisans du concile de Chalcédoine [5], notamment les monastères des Acémètes, de Dius, de Bassien, et le monastère féminin de Matrone [6].

En plus du pape, le patriarche Élie 1er de Jérusalem refusa d’entrer en communion avec lui, car il n’acceptait pas l’éviction de son prédécesseur. Quelques mois après son avènement, il réunit un synode qui réaffirma solennellement la validité du concile de Chalcédoine ; cette démarche ne suffit ni à apaiser la papauté, ni à rallier les monastères opposants. De plus, refusant comme son prédécesseur de rendre à l’empereur Anastase la promesse qu’il avait signée avant son couronnement de ne rien changer à la foi et de maintenir le concile, il s’était aussi attiré d’emblée l’hostilité du souverain.

À partir de 508, l’empereur Anastase, depuis toujours de sensibilité monophysite [7], tomba sous l’influence du moine palestinien Sévère d’Antioche, chassé de son couvent de Maïouma par le patriarche Élie 1er et venu avec 200 autres moines à Constantinople [8] où il resta 3 ans, et aussi de l’évêque Philoxène de Mabboug, chef du parti monophysite en Syrie du Nord. D’autres moines exaltés de la région d’Antioche [9] arrivèrent bientôt dans la capitale, et la situation y devint tendue.

Macédonius avait refusé de recevoir Philoxène invité dans la capitale par l’empereur, de même qu’il ne recevait pas les nonces du patriarche d’Alexandrie [10]. Pressé de répudier le concile de Chalcédoine, il n’avait qu’une réponse : seul un nouveau concile œcuménique, avec le consentement du pape, pouvait prendre une telle décision. Le patriarche fut la cible d’un attentat commis par un certain Eucolus, qui essaya de le poignarder. L’empereur lui-même se disant menacé prit des précautions ostensibles.

Les moines de l’entourage de Sévère, admis dans la chapelle du palais, intercalèrent dans le Trisagion [11], en chantant la messe, la formule qui fut crucifié pour nous de Pierre le Foulon  ; cet incident causa une grande émotion. Mais le lendemain, ils refirent la même chose dans la cathédrale Sainte-Sophie, provoquant un grand brouhaha, puis un commencement d’émeute dans les rues de la ville. Anastase prit peur, fit fermer les portes du palais et préparer des navires s’il fallait fuir.

Macédonius fut convoqué au palais, où il n’était plus reçu depuis un certain temps. L’empereur lui fit signer un acte par lequel il réaffirmait son adhésion à l’Hénotique et déclarait s’en tenir aux deux premiers conciles œcuméniques, sans mentionner celui d’Éphèse [12] ni celui de Chalcédoine. Le but de la manœuvre, atteint, était de brouiller le patriarche avec les moines chalcédoniens de la capitale.

Macédonius, ouvrant les yeux sur le faux pas qu’il avait commis, se rendit au monastère de Dalmatius et protesta solennellement de sa fidélité au concile de Chalcédoine. L’empereur envoya le maître des offices [13], Celer, réclamer au patriarche l’original des actes du concile. Macédonius refusa de le livrer, et pour plus de sûreté fit sceller le document dans l’autel de Sainte-Sophie. Mais l’économe de la cathédrale, nommé Calopode, le vola et le porta au palais.

L’empereur avait résolu de déposer une fois encore le patriarche. On interdit aux moines chalcédoniens, notamment aux Acémètes, l’accès de la ville, on s’assura des troupes par des largesses et des serments, on gagna ou on corrompit le clergé, on organisa une campagne de calomnies contre le patriarche et on l’attaqua même en justice pour pédérastie. Finalement, le 6 ou le 11 août 511, un synode réuni à cet effet le déposa. Le lendemain, le parti vainqueur envahit Sainte-Sophie et y célébra la liturgie. La nuit suivante, Macédonius franchit le Bosphore [14] et fut conduit dans le même lieu d’exil que son prédécesseur : les Euchaïta dans la province du Pont.

En 513, le général Vitalien, qui était le neveu de Macédonius, le fils de sa sœur, se révolta pour exiger son rétablissement. En 515, le pape Hormisdas déclara que sa déposition était illégale.

Mais rien n’y fit : Macédonius mourut en exil vers 517, à Gangres [15] où on avait dû le déplacer à cause d’une invasion des Huns [16].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Macédonius II/ Portail des chrétiens d’Orient/ Catégories : Patriarche de Constantinople

Notes

[1] Un sacristain est une personne (laïque ou religieuse), employée par le diocèse, chargée de la tenue de la sacristie et du bon déroulement matériel des célébrations. Le sacristain prépare notamment tous les objets liturgiques nécessaires pour la messe et se consacre à l’entretien des églises et de toutes les salles annexes. En ce qui concerne les services religieux, il met en place les fleurs, actionne la sonnerie des cloches et prépare les vêtements liturgiques. Il ouvre et referme les locaux et informe les enfants de chœur

[2] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’est plus un lieu de culte mais un musée.

[3] Le Pont est une région historique actuellement située dans le territoire de la Turquie et, selon les limites que lui accordent certains, de la Géorgie. Sa ville principale est, historiquement Trabzon, aussi connue sous le nom de Trébizonde ou de Trapézonte, mais Samsun (Amisos) en est aujourd’hui la plus peuplée. Ce territoire fut colonisé par les Grecs venus d’Ionie dès l’époque archaïque et demeura ainsi un foyer isolé de la culture hellénique sous une forme allogène jusque bien après la conquête turque du milieu du 15ème siècle. La région fut le centre de deux puissants États au cours de l’histoire : le Royaume du Pont (période hellénistique) et l’Empire de Trébizonde (bas Moyen Âge).

[4] L’Henotikon (acte d’union), parfois Hénotique en français, est un formulaire rédigé en 482 par Acacius, patriarche de Constantinople, à la demande de l’empereur d’Orient Zénon pour mettre un terme aux controverses christologiques entre Chalcédoniens et Monophysites.

[5] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont 4 seulement viennent d’Occident.

[6] dont la fondatrice, sainte Matrone, vivait toujours et se voyait attribuer de nombreux miracles

[7] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[8] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[9] Antioche est une ville historique située au bord du fleuve Oronte. C’était la ville de départ de la route de la soie. Après la conquête romaine en -64 par Pompée, elle devient la capitale de la province de Syrie et, loin de s’affaiblir, conserve le surnom de « Couronne de l’Orient ». Sous le règne de Tibère, la ville est étendue vers le nord, reçoit une enceinte unique et son centre de gravité devient une avenue d’environ 30 mètres de largeur comportant 3 200 colonnes, presque parallèle à l’Oronte, séparant le quartier d’Épiphanie du reste de la cité, et offerte par Hérode le Grand. Ce type d’urbanisme est ensuite imité par presque toutes les cités d’Orient. On la connaît aussi sous le nom d’Antioche sur l’Oronte afin de la distinguer des quinze autres Antioche créées par le monarque. Particulièrement bien située, à la charnière des voies conduisant vers l’Anatolie, la Mésopotamie et la Judée, et sur l’Oronte alors navigable, Antioche devient la capitale du royaume séleucide et l’un des principaux centres de diffusion de la culture hellénistique. La ville se pose très tôt en rivale d’Alexandrie.

[10] Le titre de patriarche d’Alexandrie est traditionnellement porté par l’évêque d’Alexandrie (en Égypte). L’Église d’Alexandrie est l’une des plus anciennes de la Chrétienté. Aujourd’hui, trois chefs d’Église, dont une catholique, portent le titre de patriarche d’Alexandrie. Le chef de l’Église catholique copte qui réside au Caire, le chef de l’Église copte orthodoxe qui réside à Alexandrie et le primat de l’Église grecque-catholique melkite, résidant à Damas en Syrie qui porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem des Melkites.

[11] Le trisagion est une série de trois invocations dans la liturgie byzantine utilisée par l’Église orthodoxe, les églises des trois conciles et les églises catholiques orientales, utilisée plus rarement dans le rite romain. Cette prière trinitaire trouve son origine dans le chant des anges révélé par le prophète Isaïe, et à nouveau par l’apôtre Jean dans son Apocalypse. À Constantinople le peuple priait pour la cessation des tremblements de terre qui dévastèrent la ville en 447 en chantant cette hymne ; mais le récit qui rattache l’origine du Trisagion à une révélation miraculeuse au moment de ce séisme est légendaire, et dû à une lettre apocryphe du patriarche Acace de Constantinople. Cette supplication fut rapidement intégrée à la liturgie byzantine, dans laquelle elle est depuis lors omniprésente.

[12] Le concile d’Éphèse, troisième concile œcuménique de l’histoire du christianisme, est convoqué en 430 par l’empereur romain de Constantinople Théodose II. Le concile condamne le 22 juin 431 le nestorianisme comme hérésie, et anathématise et dépose Nestorius comme « hérésiarque ».

[13] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Sous l’Empire byzantin, il devient une dignité, le magistros, avant de disparaître au 12ème siècle. Créé sous Constantin 1er vers 320, ce fonctionnaire est à un poste clé et est membre du consistoire sacré, ou conseil de l’empereur, et dirige la majeure partie de l’administration centrale. Il remplace le préfet du prétoire comme commandant de la nouvelle garde impériale, les scholæ palatinæ, et à la direction des fabriques d’armes. Il contrôle l’ensemble de l’administration impériale par l’intermédiaire du corps des agentes in rebus, chargés de mission qui acheminent les courriers et les ordres officiels, et qui enquêtent dans les provinces, surveillant les gouverneurs locaux, au point qu’on les surnomme les curiosi1. Enfin, il reçoit les ambassadeurs, et par extension, surveille les réceptions et les cérémonies officielles à la cour, et a une autorité disciplinaire sur le personnel du cubiculum, domesticité personnelle de l’empereur

[14] Le Bosphore est le détroit qui relie la mer Noire à la mer de Marmara et marque, avec les Dardanelles, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Il est long de 32 kilomètres pour une largeur de 698 à 3 000 mètres. Il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d’Istanbul.

[15] Çankırı est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom. Connue sous l’Antiquité sous le nom de Gangra, puis Germanicopolis bien que Ptolémée l’appelle Germanopolis. Elle prit ensuite les noms de Changra, Kandari, ou encore Kanghari.

[16] Les Huns sont un ancien peuple nomade originaire de l’Asie centrale, dont la présence en Europe est attestée à partir du 4ème siècle et qui y établirent le vaste empire hunnique. L’origine des Huns est disputée. Les Huns ont joué un rôle important dans le cadre des grandes invasions qui contribuèrent à l’écroulement de l’Empire romain d’Occident. Sous le règne d’Attila, l’empire est unifié mais ne lui survit pas plus d’un an. Les descendants et successeurs des Huns occupent encore diverses parties de l’Europe de l’Est et d’Asie centrale entre les 4ème et 6ème siècles, et laissent encore quelques traces dans le Caucase jusqu’au début du 8ème siècle.