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Philoxène de Mabboug

mercredi 27 mai 2020, par ljallamion

Philoxène de Mabboug (mort en 523)

Evêque syrien monophysite

Né vers le milieu du 5ème siècle à Tahal, ville épiscopale du Beit Garmaï [1].

Sa ville natale, Tahal, n’a pas été localisée ; elle se rencontre dans le Synodicon de l’Église de l’Orient [2] comme siège épiscopal dans la province de Kirkouk [3] entre le 5ème et le 10ème siècle. Elle se trouvait donc sur le territoire du royaume des Sassanides [4], d’ailleurs assez loin à l’est de la frontière. Pourtant, toute la carrière de Philoxène se déroule dans l’Empire romain d’Orient.

Il vint étudier à l’école d’Édesse [5], dite école des Perses, depuis 364 centre de formation du clergé de l’Église d’Orient, située sur le territoire romain.

On ne sait trop quand eut lieu cette scolarité, sans doute après la mort de l’évêque Ibas en 457. en tout cas Philoxène devint très tôt un tenant de la doctrine de Cyrille d’Alexandrie et un adversaire à la fois du symbole de Chalcédoine [6], et des options de l’école d’Édesse qui allaient bientôt être adoptées par l’Église de l’Orient.

Il se fit propagandiste de la théologie cyrillienne dans les monastères de la province d’Antioche [7], où le parti était dirigé par Pierre le Foulon . À la troisième intronisation de ce dernier, qui suivit l’adoption de l’Hénotique [8] par l’empereur Zénon, Philoxène fut nommé métropolite [9] d’Hiérapolis [10], en syriaque Mabboug [11], nomination non reconnue par les partisans du concile de Chalcédoine [12] le pape ayant condamné l’Hénotique en 484.

Il n’est pas exclu, mais non certain, qu’il ait joué un rôle dans la fermeture de l’école d’Édesse en 489. À partir de 498, il exprima une opposition de plus en plus virulente au patriarche Flavien II, qui acceptait le symbole de Chalcédoine. Il fit deux voyages à Constantinople [13] à ce sujet à l’invitation de l’empereur Anastase, et en vint à exiger une condamnation explicite de la doctrine des deux natures. En 511, des émeutes éclatèrent dans les rues d’Antioche, et un synode réuni à Sidon [14] fin 511, et un autre à Laodicée [15] en 512, des assemblées où Philoxène joua un rôle déterminant, décidèrent, avec le consentement d’Anastase, la déposition du patriarche Flavien II, exilé à Pétra [16], et son remplacement par Sévère en novembre 512.

À l’avènement de Justin 1er, en juillet 518, la politique impériale changea : toutes les nominations épiscopales depuis l’Hénotique furent annulées, et Philoxène, comme Sévère, fut chassé de son siège. Il fut exilé à la fin de l’année 519 à Philippopolis de Thrace [17], puis transféré à Gangres [18], où il se trouvait au printemps 521. Une légende prétend qu’il serait mort étouffé par de la fumée dans une pièce où il était enfermé ; en tout cas il mourut sans avoir renié ses convictions.

Il est un saint très important de l’Église syriaque orthodoxe [19], commémoré plusieurs fois au cours de l’année. Son crâne est vénéré comme relique à Midyat [20], dans le Tour Abdin [21], dans une église qui porte son nom.

Toute l’œuvre de Philoxène a été écrite en syriaque. Une bonne partie en est perdue, mais ce qui reste est assez important.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de André de Halleux (éd.), Commentaire du prologue johannique (Ms. Brit. Mus. Add. 14, 584), syriaque et français, CSCO 380-381 (Script. Syr. 165-166), Louvain, 1977.

Notes

[1] La région de Beit Garmaï, centrée sur Kirkouk, était une province métropolitaine de l’Église de l’Orient entre le 5ème et le 14ème siècle.

[2] L’Église de Perse ou Église de l’Orient, parfois appelée Église d’Assyrie ou Église de Mésopotamie, fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas. D’abord dans la juridiction de l’Église d’Antioche, elle proclama son indépendance en 424 en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon. Elle a connu plusieurs schismes au cours de son histoire et aujourd’hui plusieurs Églises, appartenant à des communions différentes, en sont les héritières directes

[3] Kirkouk est une ville du nord de l’Irak, capitale de la province homonyme. L’histoire de Kirkouk remonte à l’antique Mésopotamie. Elle s’est développée sur le site de l’antique Arrapha, une des principales villes de l’empire néo-assyrien. Le tell qui recouvre son site archéologique est surmonté d’une petite mosquée, Nābi Daniel, où la tradition voit la tombe du prophète Daniel. Au début du 16ème siècle, Kirkouk appartenait à la Perse séfévide. Elle est conquise en 1554 par les Ottomans qui en font la capitale d’une province, l’eyalet de Chahrizor, absorbé plus tard par celui de Bagdad.

[4] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[5] L’école théologique d’Édesse fut une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme et occupe une place importante dans l’histoire du christianisme de langue syriaque. À partir de 363, elle prit le nom d’École des Perses. En 432, l’école d’Édesse se déchire entre les partisans d’Ibas, chef de l’école (fidèle aux idées de Théodore de Mopsueste discréditées par le concile d’Éphèse) et ceux de Rabbula, évêque d’Édesse, qui soutiennent les thèses de Cyrille d’Alexandrie.

[6] Le Symbole de Chalcédoine est une formule de profession de foi datant de 451. Il fut adopté par le 4ème Concile œcuménique (Concile de Chalcédoine). Il définit l’union hypostatique des deux natures de Jésus-Christ

[7] Antioche, ou Antioche-sur-l’Oronte afin de la distinguer des autres Antioche plus récentes, est une ville historique originellement fondée sur la rive gauche de l’Oronte et qu’occupe la ville moderne d’Antakya, en Turquie. C’était l’une des villes d’arrivée de la route de la soie.

[8] L’Henotikon (acte d’union), parfois Hénotique en français, est un formulaire rédigé en 482 par Acacius, patriarche de Constantinople, à la demande de l’empereur d’Orient Zénon pour mettre un terme aux controverses christologiques entre Chalcédoniens et Monophysites.

[9] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque.

[10] Hiérapolis est une station thermale créée vers la fin du 2ème siècle av. jc par la dynastie des Attalides. Elle est située au sommet de la colline de Pamukkale, bien connue pour ses sources chaudes et ses concrétions calcaires, à 15 km de la ville de Denizli en Turquie. La cité antique de Hiérapolis atteste du rayonnement de la présence hellénistique, puis romaine en Asie Mineure.

[11] chef-lieu de province, avec douze évêques suffragants

[12] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont 4 seulement viennent d’Occident.

[13] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[14] Sidon ou Saïda en arabe est une ville du Liban. Elle fut dans l’antiquité la capitale incontestée de la Phénicie. La ville était construite sur un promontoire s’avançant dans la mer. Ce fut le plus grand port de la Phénicie sous son roi Zimrida, au 18ème siècle.

[15] Lattaquié est une ville de Syrie, chef-lieu du gouvernorat homonyme. Cette ville est établie sur un site très anciennement occupé, proche de l’ancienne Ougarit. La cité qui fut un chef-lieu de satrapie sous le royaume séleucide portait alors le nom de Laodicée de Syrie ou Laodicée de la mer parce qu’elle a été refondée par Séleucos 1er qui a donné à la ville le nom de sa mère Laodicé et de sa fille.

[16] Pétra, est une ancienne cité cananéenne de l’actuelle Jordanie située dans le Wadi Rum. Créée dans l’Antiquité vers la fin du 8ème siècle av. jc par les Édomites, elle est ensuite occupée vers le 6ème siècle av. jc par les Nabatéens qui la font prospérer grâce à sa position sur la route des caravanes transportant l’encens, les épices et d’autres produits précieux entre l’Égypte, la Syrie, l’Arabie du Sud et la Méditerranée.

[17] Plovdiv est la troisième ville de Bulgarie (derrière Sofia et Varna), chef-lieu de l’oblast de Plovdiv et unique territoire de l’opština Plovdiv-Grad, sur la Maritsa. Son aire d’influence s’étend sur une vaste région paysanne de la plaine de Thrace.

[18] Çankırı est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom. Connue sous l’Antiquité sous le nom de Gangra, puis Germanicopolis bien que Ptolémée l’appelle Germanopolis. Elle prit ensuite les noms de Changra, Kandari, ou encore Kanghari.

[19] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Elle tire son surnom de « jacobite » du nom d’un de ses fondateurs, Jacques Baradée. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[20] Midyat est un district de la province de Mêrdîn (Mardin). La population est principalement Syriaque. Située au centre d’une enclave chrétienne, la ville compte neuf églises syriaques orthodoxes, parmi elles St. Akhsnoyo. Certaines églises ont été abandonnées après l’émigration d’une grande partie de la population chrétienne à la suite du génocide assyrien, et il ne reste qu’environ 70 familles chrétiennes.

[21] Le Tur Abdin est une région montagneuse du Sud-Est de la Turquie. Elle est aujourd’hui habitée en majorité par des Kurdes. Elle est un des foyers historiques des chrétiens syriaques orthodoxes. Le Tur Abdin comprend la moitié orientale de la province de Mardin et la partie de la province de Sirnak située à l’ouest du Tigre. Il est bordé au sud par la frontière avec la Syrie.