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Sévère d’Antioche

mardi 1er décembre 2015

Sévère d’Antioche (vers 465-538)

Patriarche d’Antioche du 18 novembre 512 au 29 septembre 518

Né à Sozopolis [1] en Pisidie [2]. Selon son contemporain et ami Zacharie le Rhéteur, qui lui consacra une biographie, il était issu d’une famille de rang élevé. Son père était membre du sénat de la cité de Sozopolis, et il descendait d’un autre Sévère, évêque de la même cité à l’époque du concile d’Éphèse [3]. Il avait deux frères plus âgés que lui, et tous trois furent envoyés étudier à Alexandrie par leur mère devenue veuve.

À cette époque, affirme Zacharie, il n’avait pas encore reçu le baptême chrétien car c’était la coutume, dans sa région natale, de n’être baptisé qu’à l’âge adulte. Après de brillantes études de rhétorique à Alexandrie, il alla poursuivre sa formation à l’école de droit romain de Beyrouth, ce qui était à l’époque le parcours typique d’un fils de bonne famille.

La biographie de Zacharie est une apologie destinée à défendre Sévère des accusations qui furent portées contre lui par ses adversaires religieux au moment de son accession au patriarcat d’Antioche en 512. On disait qu’il avait été un païen militant pendant ses années d’études, et qu’il avait notamment participé à des sacrifices clandestins à Beyrouth.

Zacharie, qui fut son condisciple aussi bien à Alexandrie qu’à Beyrouth, s’inscrit en faux contre ces accusations et en appelle au témoignage de nombreux autres étudiants de l’époque encore vivants au moment de la rédaction de l’ouvrage. À l’époque de leurs études communes à Alexandrie, vers 485, les écoles de la ville furent le théâtre d’affrontements violents, qui étaient restés dans les mémoires, entre les chrétiens et des professeurs et étudiants fidèles au paganisme.

Au début surtout intéressé par ses études profanes, Sévère aurait été attiré par Zacharie, à Beyrouth, dans une association d’étudiants chrétiens constituée autour de l’ascète Évagre de Samosate. Il reçut finalement le baptême en l’église Saint-Léontios de Tripoli, Évagre étant son parrain. À la fin de ses études, il fit un pèlerinage à Émèse [4], où on vénérait la tête de saint Jean-Baptiste, puis à Jérusalem, et renonçant à s’établir comme avocat dans son pays natal, il revêtit l’habit monastique dans le couvent fondé à Maïouma [5], par l’évêque monophysite Pierre l’Ibère .

Quelque temps plus tard, Sévère quitta cet établissement et se retira en compagnie d’un autre moine nommé Anastase d’Édesse dans le désert d’Éleuthéropolis [6], entre Gaza et Jérusalem, pour s’y livrer dans la solitude à l’ascèse la plus rigoureuse, dont il garda ensuite des séquelles physiques. Recueilli en piteux état dans le monastère de l’abbé Romanos, situé dans la même région et réputé pour l’extrême sévérité de sa règle, il y séjourna un temps, puis retourna à Maïouma où il vécut dans une cellule de solitaire. Quand il reçut son héritage, il en consacra une partie à la fondation dans la même ville d’un monastère dont il devint le supérieur. C’est à cette époque qu’il fut ordonné prêtre par Épiphane, évêque monophysite de Magydos en Pamphylie [7], privé de son siège pour son opposition à l’Hénotique [8]. Il se rattachait donc alors au courant des Acéphales [9].

À l’initiative notamment de Néphalios, un moine originaire d’Alexandrie, Sévère et ses compagnons furent accusés de monophysisme et chassés de leurs murs.

Sévère se rendit à Constantinople en 508 avec 200 moines pour défendre sa cause devant l’empereur Anastase. Reçu par celui-ci grâce à de puissants appuis, il acquit un grand ascendant sur lui et resta dans la capitale jusqu’à la fin de l’année 511. Revenu en Orient pour assister au concile provincial de Sidon [10], Sévère fut finalement élevé au patriarcat d’Antioche après la déposition de Flavien II , soupçonné de nestorianisme [11], en 512. Il fut intronisé le 18 novembre de cette année. Élie 1er , patriarche de Jérusalem [12], et d’autres évêques, refusèrent de le reconnaître. Cette élection, comme celle de Timothée 1er au siège de Constantinople, signifia pour beaucoup le ralliement d’Anastase au monophysisme.

Le patriarcat de Sévère ne dura que tant que vécut Anastase. Celui-ci, mort le 9 juillet 518, fut remplacé par Justin, partisan du concile de Chalcédoine, et Sévère, menacé d’arrestation par Irénée, comte de l’Orient, dut quitter Antioche dès le 29 septembre suivant pour se réfugier à Alexandrie, place forte des monophysites. En 535, il retourna à Constantinople à l’invitation de Justinien et sympathisa notamment avec le patriarche Anthime 1er, qui fut déposé pour monophysisme en mars 536, moins d’un an après son intronisation. Mennas, successeur d’Anthime, réunit un concile qui condamna Sévère, malgré l’appui que lui accorda toujours l’impératrice Théodora, qui l’avait rencontré dès le temps de son séjour en Égypte en 521. Arrêté malgré le sauf-conduit qu’il avait reçu, Sévère put s’échapper et retourner en Égypte grâce à l’impératrice. Il y finit sa vie, hébergé par des sympathisants, n’ayant jamais pu regagner Antioche, mais il fut considéré jusqu’à sa mort comme le patriarche légitime de cette ville par de nombreux fidèles. Il fut inhumé dans le village monastique de l’Énaton [13], et son tombeau fut bientôt un lieu de pèlerinage et de culte.

Sévère fut un écrivain abondant et n’écrivait qu’en grec. Mais à partir de 536, tous ses écrits furent voués au feu, et toute personne convaincue de les conserver pouvait avoir la main droite coupée. Il en résulte que seuls des fragments subsistent en langue grecque, mais beaucoup de textes, en revanche, ont été conservés en traduction syriaque. Un travail systématique de traduction de son œuvre en syriaque fut effectué de son vivant, entre 519 et 528, par son disciple syrien Paul de Callinicum .

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Venance Grumel, Traité d’études byzantines, « La Chronologie I. », Presses universitaires de France, Paris, 1958

Notes

[1] Uluborlu est une ville et un district de la province d’Isparta dans la région méditerranéenne en Turquie. Certains identifient cette ville avec la cité antique de Sozopolis de Pisidie, mais cette identification n’est pas prouvée.

[2] La Pisidie est une région historique de l’Asie Mineure, caractérisée par de grands lacs et située dans l’actuelle Turquie, entre la Lydie au Nord-Ouest, la Phrygie au Nord, l’Isaurie à l’Est, la Pamphylie et la Cilicie au Sud-Est, la Lycie et la Carie au Sud-Ouest, mais ses limites exactes ont évolué dans le temps. Les Pisidiens, montagnards réputés belliqueux et pillards, se maintiennent longtemps indépendants. Seuls les Romains parviendront à les soumettre.

[3] Le concile d’Éphèse, troisième concile œcuménique de l’histoire du christianisme, est convoqué en 430 par l’empereur romain de Constantinople Théodose II. Le concile condamne le 22 juin 431 le nestorianisme comme hérésie, et anathématise et dépose Nestorius comme « hérésiarque ».

[4] Homs appelée Émèse dans l’Antiquité, est une ville et un centre industriel et économique syrien de haute importance, en raison de sa situation géographique au centre du pays, alors que les frontières de son district touchent le Liban et l’Irak.

[5] le port de Gaza

[6] Beth Guvrin est une ancienne ville de la Shéphélah en Israël, entre la rivière Guvrin et la rivière Marésha, à proximité du kibboutz Beth Govrin. À l’époque romaine, elle est renommée Éleuthéropolis. Le site était déjà identifié comme Baitogabra dans la Géographie de Ptolémée. Les Croisés l’appellent Bethgibelin. Sous le règne d’Hérode le Grand, Beth Govrin remplaça Marésha comme capitale de l’Idumée, qui comprenait alors la Shéphélah et la région au sud du mont Hébron jusqu’à la vallée de Beer Sheva et Arad. Lors de la Grande révolte juive (66-77), la population juive de la ville est massacrée par les troupes de Vespasien.

[7] La Pamphylie est le nom donné dans l’Antiquité à une région historique du sud de l’Asie Mineure située entre la Lycie au sud, la Cilicie à l’est, la Pisidie au nord et la Phrygie à l’ouest.

[8] L’Henotikon (acte d’union), parfois Hénotique en français, est un formulaire rédigé en 482 par Acacius, patriarche de Constantinople, à la demande de l’empereur d’Orient Zénon pour mettre un terme aux controverses christologiques entre Chalcédoniens et Monophysites.

[9] Acéphales est le nom donné à un courant de chrétiens monophysites intransigeants qui se séparèrent des évêques qui les dirigeaient quand ceux-ci eurent signé l’Hénotique en 482, vivant désormais sans hiérarchie épiscopale.

[10] Sidon ou Saïda en arabe est une ville du Liban. Elle fut dans l’Antiquité la capitale incontestée de la Phénicie.

[11] Le nestorianisme est une doctrine christologique affirmant que deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, coexistent en Jésus-Christ. Cette thèse a été à l’origine défendue par Nestorius, patriarche de Constantinople de 428 à 431. Après la condamnation de Nestorius et de son enseignement, le nestorianisme devient une hérésie. Les Nestoriens rejettent les formulations dogmatiques issues du concile d’Éphèse et des conciles suivants. Le nestorianisme est une des formes historiquement les plus influentes du christianisme dans le monde durant toute la fin de l’Antiquité et du Moyen Âge à partir de l’Église d’Orient.

[12] primats de l’Église orthodoxe de Jérusalem

[13] Le monastère de l’Énaton (dit aussi laure de l’Énaton), appelé en arabe Dayr al-Zugâg (Couvent du Verre) ou Dayr al-Zaggâg (Couvent du Verrier), est un ancien établissement monastique chrétien situé près d’Alexandrie, en Égypte, en ruine depuis la fin du Moyen Âge.