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Priscillien

vendredi 11 août 2017 (Date de rédaction antérieure : 19 août 2011).

Priscillien (mort en 385)

Évêque d’Avila

Condamné pour hérésie, il est le premier chrétien condamné à mort et exécuté pour cette raison. Le priscillianisme [1] est une des premières hérésies condamnées par la jeune Église de Rome.

Ces croyances le poussent à des pratiques jugées suspectes, jeûne le dimanche, et surtout abandon de l’église pour des retraites en campagne. Le mouvement autorise des femmes à enseigner en son sein.

Celle-ci est condamnée une première fois au concile de Saragosse [2], le 4 octobre 380. 2 évêques, Ithace, évêque d’Ossonuba, et Hydace évêque de Mérida , demandent à l’empereur [Gratien] de sévir, ce qui constitue une première intervention du pouvoir séculier dans les affaires de l’Église.

Priscillien et ses disciples sont exilés, ils se rendent à Rome pour obtenir une grâce du pape Damase 1er, qui la refuse. Un fonctionnaire impérial les dispense de leur exil par un rescrit [3]. Priscillien revient triomphalement en Espagne fin 382.

Hydace fuit alors l’Espagne, et va trouver le nouvel empereur Maxime, d’origine espagnole, à Trèves. Celui-ci convoque Priscillien devant un concile à Bordeaux, mais l’évêque préfère être jugé par un tribunal séculier à Trèves. Il est néanmoins condamné avec ses disciples et Euchrétia, femme qui l’aurait accueilli avec trop d’empressement à Bordeaux.

Saint Ambroise de Milan refuse d’aider la secte en 382, lorsque Priscillien passe à Milan, en route pour Rome. Saint Martin de Tours est présent à Trèves [4] lorsque Hydace et Ithace demandent à Maxime la condamnation de Priscillien. Celui-ci est condamné au chef de magie. Rejoint par Ambroise de Milan, saint Martin de Tours demande la grâce de vie pour Priscillien.

Ambroise renonce, menacé de mort par l’empereur, Martin obtient que les disciples de Prisicillien ne soient pas poursuivis. Le pape Sirice s’éleva contre les procédés de Maxime. Par la suite, Martin de Tours refusa toujours de participer aux assemblées épiscopales, ce qui, avec ses efforts pour sauver de la mort Priscillien, le fit suspecter d’hérésie. L’empereur Théodose 1er déclara nulles les décisions de Maxime dans cette affaire. Ithace est déposé quelques années plus tard, et Hydace démissionne de sa charge de lui-même.

Les évêques priscillianistes font leur soumission au 1er concile de Tolède [5] en 400 et la doctrine est condamnée définitivement en 563 au 1er concile de Braga [6].

Les canons écrits par Priscillien contiennent une forte incitation à la piété personnelle et à l’ascétisme, notamment au célibat, et à la privation de viande et de vin. Il affirme aussi que l’esclavage est aboli entre chrétiens, et que les différences fondées sur le sexe n’ont pas lieu d’être, ce qui n’allait pas de soi dans la Chrétienté d’alors. Il affirme aussi que la Grâce divine se répand sur tous les croyants, et que l’étude des Écritures prime.

Comme beaucoup de chrétiens du 4ème siècle, Priscillien a beaucoup travaillé sur des écrits plus tard considérés comme apocryphes [7].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Pierre Thomas CAMELOT, « PRISCILLIEN (335 ou 345-385) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 août 2017.

Notes

[1] Le priscillianisme est une des premières hérésies condamnées par la jeune Église de Rome. Certains la rapprochent de celle des pauliciens.

[2] Le concile de Saragosse est un concile tenu en 380 pour condamner le priscillianisme qui prônait un évangile de virginité et d’abstinence. Il est présidé par Phébade d’Agen. L’évêque d’Avila, Priscillien, à l’origine de cette hérésie y fut excommunié.

[3] Un rescrit est un acte administratif donné par écrit (d’où son nom) par une autorité dans son domaine de compétence propre, qui fournit une réponse à une question écrite, posée par une personne (physique ou morale), et détaillant le contexte et les conditions précises du problème évoqué. Dans l’empire romain c’est un texte de l’autorité impériale ayant force exécutive, sous la forme d’une réponse de l’empereur romain à une question de droit sur laquelle il était consulté (par les magistrats, les gouverneurs de province, mais aussi des personnes privées).

[4] Trèves est une ville et un arrondissement d’Allemagne, dans le Land de Rhénanie-Palatinat. La ville est située sur la Moselle. Cette ville, ancienne colonie romaine, est fondée à l’époque romaine, en l’an 16 av. jc sous le nom d’Augusta Treverorum, sur le site du chef-lieu d’un peuple gaulois, les Trévires. Le pont romain en pierre qui franchit la Moselle est édifié en 45 ap. jc, en remplacement d’un premier pont de bois : c’est le plus ancien pont d’Allemagne encore debout. Colonie romaine et place forte très importante dans la défense contre les « Barbares », elle est dotée d’une enceinte abritant la plus grande surface urbaine de Gaule. Grande métropole marchande à partir du 2ème siècle, devenue l’une des capitales de la Tétrarchie à la fin du 3ème siècle et siège d’un atelier monétaire impérial à partir de 294, Trèves est alors qualifiée de « seconde Rome » ou Roma Secunda. De l’époque romaine subsistent la Porta Nigra (porte noire), le plus grand édifice romain sur le sol allemand, une basilique, où siège un tétrarque (aujourd’hui une église protestante), les restes d’un amphithéâtre, ainsi que des ruines de thermes romains. Au début du 5ème siècle, au cours des invasions germaniques, Trèves est attaquée et pillée plusieurs fois par les Francs. Peu auparavant, la préfecture des Gaules est transférée de Trèves à Arles

[5] Le premier Concile de Tolède s’est tenu à Tolède, dans l’actuelle Espagne durant l’année 400. 19 évêques hispaniques participèrent à ce concile parmi lesquels Lampius (ou Lampi), l’évêque de Barcelone sous la présidence de Patruin de Merida

[6] Le premier concile de Braga (ou Brague) eut lieu à Bracara Augusta (aujourd’hui Braga au nord du Portugal), capitale du royaume suève autorisé par Théodemir en 561 selon d’Aguirre, ou en 563 selon Baronius, ou 560 selon Carranza et le P. Pagi. Huit évêques y assistèrent à l’initiative de Lucrécius, archevêque de Brague soutenu par le pape Jean III. On y publia un total de 39 canons, les 17 premiers pour combattre les hérésies (notamment celles portées par Mani et Priscillien) et les 22 suivants concernant l’organisation de l’Église

[7] Se dit d’un texte qui n’est pas authentique ; faux : Testament apocryphe.