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L’histoire pour le plaisir

Fergus de Galloway

jeudi 21 novembre 2019

Fergus de Galloway (mort en 1161)

Seigneur de Galloway jusqu’à sa mort

Il est le fondateur de ce sous-royaume [1] et à remis sur pied l’évêché de Whithorn [2]. Il devient légendaire après sa mort, bien que sa vie soit quelque peu mystérieuse.

Ses ancêtres sont inconnus mais il est probable qu’il est issu d’une dynastie implantée dans le sud-ouest de l’Écosse. Il apparaît pour la première fois lors de la consécration de la cathédrale de Glasgow [3] en 1136 accompagnée de son fils Uhtred né de son union vers 1120 avec une fille naturelle anonyme du roi Henri 1er d’Angleterre. De ce mariage il a également une fille Affreca, qui épouse Olaf Ier de Man , roi de l’île de Man [4].

Régnant sur un domaine stratégiques à la périphérie des pouvoirs des rois d’Écosse et d’Angleterre, Fergus est traditionnellement représenté comme un magnat semi-indépendent du monde Norvégien-Gaël de la mer d’Irlande et de la région des Hébrides [5].

Alors que la montée en puissance du pouvoir de la couronne écossaise tend à limiter sa liberté de manœuvre, Fergus réussit à écarter l’influence étrangère de ses domaines. L’abondance des ressources en hommes de son vaste domaine les féroces Gallowglasses*, lui vaut d’être courtisé par les deux royaumes, mais sa coopération ne leur est acquise que dans les limites d’un intérêt mutuel.

L’expansion vers le sud de l’autorité royale écossaise oblige Fergus à s’intégrer dans l’orbite du roi David 1er d’Écosse, et les Galwegians jouer un rôle important lors des campagnes du roi David contre Etienne d’Angleterre après 1136.

Les atrocités commises en 1138 sont attribués dans les récits contemporains de la campagne aux Gallowglass [6], et leur action indiscipliné lors de la bataille de l’Étendard [7] en cette même année a largement contribué à la défaite écossaise.

Fergus n’est plus impliqué dans des entreprises en Angleterre de David 1er après 1138, mais sa relation avec la couronne écossaise se poursuit. L’union de son fils et héritier, Uhtred, avec Gunnilda, la fille de Waltheof d’Allerdale [8], un important noble de Cumbrie [9] lié à David 1er comme descendant de son grand-oncle Maldred, resserre leurs relations. De même, le mariage d’ Affreca avec Olaf 1er de Man a une importance régionale dans le contexte de la sphère élargie de l’influence de la couronne écossaise.

Les tentatives du roi David 1er de libérer l’église écossaise des revendications à l’autorité métropolitaine de l’archevêque d’York [10] ne s’étendait apparemment pas à l’évêché de Whithorn, dont les liens étroits avec York remontent au 8ème siècle.

La renaissance de Whithorn et de la nomination de Gilla-Aldan sont souvent mises au crédit de Fergus mais il n’en existe aucune preuve, et l’archevêque Thurstan d’York qui avait besoin d’évêques suffragants fidèles pour à la fois renforcer ses prétentions en Écosse et repousser les défis à son statut de l’archevêque de Canterbury [11], est le candidat plus probable à cette renaissance.

Comme souverain de Galloway, Fergus doit cependant avoir été impliquée dans tout processus de la rénovation religieuse de Whithorn. Sa fondation de l’abbaye cistercienne de Dundrennan [12] en 1142, établie par des moines de l’abbaye de Rievaulx [13] dépendante de York plutôt que de l’écossaise abbaye de Melrose [14] en est la preuve.

L’implication du Fergus pendant la décennie 1150 dans les affaires écossaises est réduite. À partir de 1153 son attention est occupée par l’île de Man et les Hébrides, où l’assassinat de son gendre Olaf 1er a été suivi par une attaque sur le Galloway. Il n’y a cependant, aucune preuve que Fergus ait aidé son petit-fils, Godfred V de Man, dans sa lutte pour prendre le trône de Man, ou qu’il l’ait soutenu dans la guerre générale qui éclate dans les Hébrides contre Somerled d’Argyll après 1154.

Une réduction de son engagement en Écosse, n’implique cependant pas nécessairement une rupture avec le gouvernement du nouveau roi Malcolm IV d’Écosse. En effet, la capture et la livraison au roi à Whithorn en 1156 de Donald MacHeth [15], le fils de Malcolm MacHeth, prétendant au trône d’Écosse, prouve le contraire.

La restauration du contrôle anglais sur Carlisle [16] en 1157 marque un tournant dans les relations de Fergus avec l’écosse. L’influence du royaume d’Écosse dans la région du Solway Firth [17] diminue, et Fergus reprend peut-être sa liberté d’action dans un effort pour imposer son autorité à ses fils indisciplinés. Il semble que Fergus cherche à mettre à profit l’éloignement lié à la participation du Malcolm IV à l’expédition d’Henri II d’Angleterre contre Toulouse [18] en 1159 pour piller le territoire écossais afin aussi sans doute de faire taire l’opposition intérieure menée par ses fils indociles.

Le Retour de Malcolm IV dès 1160 à la suite du règlement rapide du conflit toulousain lui permet de faire face à Fergus : trois invasions du Galloway suivent dans le courant de l’année. Peut-être affaibli par la discorde entre ses fils Uhtred et Gille Brigte , Fergus est obligé de composer et il doit abandonner sa seigneurie et se retirer à l’abbaye d’Holyrood [19] à Édimbourg [20], où il meurt le 12 mai 1161.

Après la mort de Fergus ses domaines sont partagés entre ses fils, l’imposition par Malcolm IV d’un contrôle plus rigoureux sur le Galloway, est le début du mouvement destiné à placer la région sous la suzeraineté écossaise.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Richard Oram, Domination and Lordship. Scotland 1070-1230, Table 4 : « The Galloway family », (Edinburgh 2011).

Notes

[1] Sous royaume de l’Ecosse, le Galloway désigne aujourd’hui l’ancien comté de Wigtownshire (délimité par la côte à l’ouest, les collines de Galloway au nord, et le fleuve Cree à l’est) et la Stewartry of Kirkcudbright (qui s’étend du Nith au Cree, et est limité également par les collines de Galloway au Nord) dans le sud-ouest de l’Écosse, mais dont la taille a beaucoup varié au cours de l’Histoire.

[2] L’évêque de Galloway, ou évêque de Whithorn, est un ancien prélat écossais. Il était responsable du diocèse de Galloway, dans le sud-ouest de l’Écosse. Les premiers évêques de Whithorn connus sont des Anglo-Saxons de Northumbrie, attestés au 8ème siècle. On ne connaît pas de détenteur du siège après le début du 9ème siècle, probablement à cause des raids vikings. C’est à l’époque de Fergus de Galloway, au début du 12ème siècle, que des évêques de Galloway sont à nouveau attestés. Ils constituent une exception parmi les évêques écossais, puisqu’ils sont considérés comme des suffragants de l’archevêque d’York jusqu’en 1430, date à laquelle il devient comme les autres directement dépendant du pape (puis de l’archevêque de St Andrews à partir de 1472). Après la Réforme écossaise, l’évêché de Galloway continue à exister, mais il dépend dès lors de l’Église d’Écosse.

[3] La cathédrale de Glasgow, également appelée High Kirk de Glasgow ou cathédrale St Mungo, est aujourd’hui une congrégation de l’Église d’Écosse à Glasgow. La cathédrale est le titre honorifique et historique, datant de la période antérieure à la Réforme écossaise de par son statut de siège de l’Église romaine catholique et de l’archidiocèse de Glasgow.

[4] Le royaume de Man et des Îles était un royaume norrois qui exista dans les îles Britanniques entre 1079 et 1266. Ce royaume se divisait en deux parties : une constituée des îles du sud (les Hébrides et l’île de Man), nommée Sodor, et une autre des îles du nord (les Orcades et les Shetland), nommée Norðr. Les souverains portaient le nom latin de Rex Manniae et Insularum (« roi de Man et des Îles »). En 1164, il est divisé en deux royaumes : le royaume des Hébrides et le royaume de Man. Aujourd’hui encore, l’évêque de l’île de Man porte le titre d’« évêque de Sodor et Man ».

[5] Les Hébrides, sont un archipel du Royaume-Uni situé dans l’ouest de l’Écosse. Ces îles sont divisées en deux grands groupes séparés entre eux par le bras de mer baptisé The Little Minch et la mer des Hébrides

[6] Les Gallowglass étaient une classe de guerriers mercenaires d’élite issus principalement des clans écossais des Gall Gàidheal. Nombre d’entre eux se sont exilés en Irlande après avoir été du « mauvais côté » durant les guerres d’indépendance de l’Écosse. Les plus anciens et plus connus étant certainement le clan Sweeney, qui se sont mis au service de la dynastie O’Donnell vers le début du 14ème siècle.

[7] Elle opposa l’armée de David 1er d’Écosse à celles du roi Étienne d’Angleterre commandées par l’archevêque Thurstan d’York et Walter Espec, lord de Helmsley. Robert de Bruce, lord d’Annadale, l’un des leaders de l’armée anglaise, normand proche du roi écossais, fut envoyé pour le persuader de se retirer sans combattre contre ses anciens alliés. Il échoua à le convaincre, et dut briser son vœu de fidélité au roi écossais. La bataille se conclut par une défaite des Écossais qui mit fin à leur volonté de conquête du comté de Northumbrie, et aboutit au traité de Durham en 1139 qui pacifia la frontière anglo-écossaise. Le nom de cette bataille vient des bannières de Saint-Pierre de York, de Saint-Jean de Beverley et de Saint-Wilfrid de Ripon qu’arboraient les Anglais durant celle-ci.

[8] Allerdale est un district non-métropolitain et un borough de Cumbria, en Angleterre. Le conseil de district siège à Workington.

[9] la Cumbrie, plus tard les comtés de Westmorland et Cumberland

[10] L’archevêque d’York est le troisième personnage de l’Église d’Angleterre, après le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque) et l’archevêque de Cantorbéry (le primus inter pares de tous les primats anglicans).

[11] L’archevêque de Cantorbéry est, après le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque du Royaume-Uni), le chef de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane.

[12] L’abbaye de Dundrennan, à Dundrennan en Écosse, est un monastère cistercien de style roman, fondé en 1142 par des moines de l’abbaye de Rievaulx soutenus par Fergus de Galloway et le roi David 1er d’Écosse.

[13] L’abbaye de Rievaulx est une ancienne abbaye cistercienne située dans le village de Rievaulx, près de Helmsley dans le Yorkshire du Nord en Angleterre.

[14] L’abbaye de Melrose, située à Melrose en Écosse a été fondée en 1136 par des moines cisterciens venus de l’abbaye de Clairvaux à la demande du roi David 1er, roi d’Écosse. Aujourd’hui l’abbaye est sous la tutelle de l’organisme Historic Scotland. L’aile Est de l’abbaye a été achevée en 1146, les autres parties de l’édifice ayant été ajoutées dans les 50 années qui ont suivi. L’abbaye est construite sous la forme d’une croix de Saint-Jean (un style architectural gothique). La plupart des bâtiments sont aujourd’hui en ruines.

[15] Les MacHeth étaient une famille gaélique qui a organisé plusieurs rebellions face aux rois écossais-normands qui régnaient sur l’Écosse au 12ème siècle et 13ème siècle. On connaît mal leurs origines.

[16] Carlisle est une ville britannique située dans le Cumbria (Angleterre), à 15 km de l’Écosse. Les quatre siècles de présence romaine furent, pour Carlisle, suivis de cinq siècles de déclin, puis de quatre siècles de différends frontaliers et de guerre entre l’Angleterre et l’Écosse.

[17] Le golfe de Solway ou Solway Firth est un firth du Royaume-Uni constituant la frontière entre l’Angleterre et l’Écosse, entre les comtés de Cumbria et de Dumfries and Galloway. Il s’étire de la pointe de St. Bees qui se trouve juste au sud de Whitehaven en Cumbria, jusqu’au Mull of Galloway, à l’extrémité occidentale de Dumfries and Galloway. Le firth comprend une partie de la mer d’Irlande. Le littoral est caractérisé par des collines de faible altitude et des petites montagnes et souvent considéré comme le littoral le plus pittoresque des îles Britanniques.

[18] Le comté de Toulouse est un ancien comté du sud de la France, dont le titulaire était l’un des six pairs laïcs primitifs. Le comté de Toulouse est créé en 778 par Charlemagne, au lendemain de la défaite de Roncevaux, afin de coordonner la défense et la lutte contre les Vascons et intégré dans le royaume d’Aquitaine, lorsque celui-ci est créé trois ans plus tard.

[19] L’abbaye de l’ordre de Saint Augustin a été construite en 1128 à la demande du roi David 1er d’Écosse. La légende veut que David ait été attaqué par un cerf alors qu’il chassait, et dans un geste défensif, prenant le cerf par les bois, s’aperçut qu’il tenait un crucifix avant qu’il ne s’échappe. C’est pour montrer sa reconnaissance envers Dieu que David aurait fondé l’abbaye à cet endroit.

[20] Édimbourg est une ville de la côte est de l’Écosse au Royaume-Uni, et sa capitale depuis 1532. Elle est le siège du Parlement écossais, qui a été rétabli en 1999.