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L’histoire pour le plaisir

Nicolas Rapin

vendredi 3 mai 2019, par ljallamion

Nicolas Rapin (1535-1608)

Militaire et poète français

Château de Terre-Neuve bâti entre 1584 et 1594 pour Nicolas Rapin, compagnon d'armes d'Henri IVNé à Fontenay-le-Comte [1]. Issu d’une riche famille terrienne du Bas-Poitou [2], Nicolas Rapin compte dans sa parenté nombre de gens de robe et de receveurs des taxes locales.

Condisciple de Scévole de Sainte-Marthe à Paris, il est contemporain de François Viète à l’université de Poitiers [3], mais aussi d’André de Rivaudeau, ou de l’historien Henri Lancelot-Voisin de La Popelinière .

Rapin, effectua un passage éclair au barreau de Paris vers 1561, puis revint à Fontenay-le-Comte, entre 1562 et 1585. Il y épouse Marie Poitier le 27 août 1562. Jusqu’en 1568, il se consacre à son activité d’avocat et à la gestion de ses biens.

Il est maire de sa ville, en 1569, quand, à cette date, la cité fut enlevée par les protestants. Rapin ne fut pas compris dans les personnalités graciées. Il s’évada, et ne quitta plus guère les armes. Il se fit remarquer au cours du siège de Poitiers par les huguenots, composa une élégie aux morts catholiques et gagna ainsi l’estime du roi Charles IX .

Le 30 décembre 1570, le roi le fit assesseur à Fontenay. Le titulaire protestant de l’office dont l’a pourvu Charles IX protesta. Rapin se rapproche pendant ce temps des milieux littéraires parisiens. Il publie en 1575 l“es Plaisirs du Gentilhomme champestre” dédiés à Guy du Faur de Pibrac . Le succès de son poème lui vaut d’être en 1576, pourvu de l’office de vice-sénéchal [4] de Bas-Poitou.

Ce juge botté, résidant à Fontenay ou à Niort, est alors d’une extrême sévérité contre les brigands, les déserteurs et les huguenots. Alors qu’il rime avec "La Puce de Madame des Roches", il menace vers la même époque Françoise de Rohan, car elle abrite sur ses terres des amis Protestants.

Après son exécution des arrêts criminels des Grands Jours de Poitiers en 1579, il est appelé à Paris. Il se lie à Jacques-Auguste de Thou , renforce son pouvoir, se lie au président Harley. Enfin, grâce à la protection de ce dernier, il est nommé en 1586, lieutenant de robe courte et grand prévôt de la connétablie. Il vend sa charge de sénéchal à Jean Tiraqueau.

Aux États généraux de Blois [5], il défend avec vigueur la royauté. Tout en se mêlant à la vie littéraire lors des funérailles de Ronsard ou par sa paraphrase des "Sept Pseaumes Pénitentiels", ou encore sa traduction des "Remédia amoris". Rapin s’oppose à la Ligue [6], par la plume, en dressant l’épitaphe du duc Anne de Joyeuse et par ses poèmes sur les victoires de l’armée royale.

Lors de la journée des barricades [7], jugé trop timide par le parti des seize [8], il est contraint de fuir et rallie le camp d’Henri III.

Prévôt de l’armée du Poitou, commandée par le duc de Nevers Louis Gonzague, en 1589, prévôt général des bandes, ou de la Connétablie et Maréchaussée de France, il fait partie de ceux qui, avec Jacques-Auguste de Thou réclame à Henri de Navarre de venir au secours d’Henri III.

Après l’assassinat de ce roi, Rapin combat à Arques [9]. Son ascension se fait sur les champs de bataille, à Ivry [10], ce qui lui vaut d’être anobli en octobre 1590. Chargé de missions de confiance comme la levée d’impôts arriérés, il est nommé Prévôt général en 1594.

Après l’attentat de Jean Châtel , il mène une lutte sans merci contre les Jésuites [11]. On le retrouve à Pougues en 1598 où il soigne sa gravelle, en Savoie, où il rend visite à Théodore de Bèze et enfin chargé du maintien de l’ordre pendant l’exécution du maréchal de Biron le 31 juillet 1602.

Parvenu à un âge où les combats le lassaient, Rapin résigne son office le 1er janvier 1605. Il prend sa retraite à Fontenay, dans un petit château, le Château de Terre Neuve [12], bâti pour lui en 1580, où il reçoit ses amis, dont Sully en 1604. Il y apprend le grec, compose des pièces de circonstance, s’adonne à des divertissements littéraires. À la fin de l’année 1607, l’hiver le surprend à Poitiers. Il rédige son Testament le 25 janvier 1608, et meurt le 16 février.

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P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean Brunel : Œuvres de Nicolas Rapin chez Droz à partir des travaux de Emile Brethe.

Notes

[1] Fontenay-le-Comte est une commune de l’Ouest de la France, sous-préfecture du département de la Vendée. Pendant le Moyen Âge, la ville est fortifiée par les comtes de Poitiers qui élèvent dans la ville un château fort, tour à tour propriété des Mauléon et des Lusignan. En 1242, sous l’autorité d’Alphonse de Poitiers, Fontenay-le-Comte devient la capitale du Bas Poitou. Elle connaît un développement économique important dès le Moyen Âge grâce à l’industrie du drap et du cuir. Éprouvée par les Anglais en 1361, puis reconquise 11 ans plus tard par les Français dirigés par Du Guesclin, la ville est fortement ébranlée pendant la guerre de Cent Ans. Après cela, elle conserve bien la protection royale. Ainsi, en mars 1472, par ses lettres patentes, le roi Louis XI confirme les privilèges des habitants. À la Renaissance, sa renommée est confortée par les trois foires royales annuelles, déplaçant des marchands de toutes nationalités, puis par une dimension intellectuelle telle que François 1er donne à la cité sa devise de « Fontaine et source jaillissante des beaux esprits ». La Renaissance est pour Fontenay-le-Comte une époque de splendeur avec la construction des plus beaux édifices de la ville : le château de Terre-Neuve, les hôtels particuliers et l’emblème de la ville : la fontaine des Quatre Tias. Mais Fontenay-le-Comte, ville protestante, est assiégée huit fois pendant les guerres de religion. L’un de ces sièges aboutit à la prise de la ville par le duc de Montpensier en 1575. Son château est démantelé en 1621. Au 17ème siècle, le déclin économique s’amorce et s’accélère avec la révocation de l’édit de Nantes qui ruine les industries protestantes de la ville.

[2] Le Bas-Poitou est l’ancienne division du Poitou, correspondant à sa partie occidentale. Elle représente approximativement la Vendée actuelle et l’ouest des Deux-Sèvres, la Gâtine (du vieux françique wōstinna) ; la Vendée y prend sa source.

[3] L’université de Poitiers est une des plus anciennes de France. Elle fut fondée en 1431 et voulue par le roi Charles VII pour récompenser la fidélité que lui avait toujours montrée le Poitou. Sa création tient donc aux circonstances de la guerre de Cent Ans, l’occupation de Paris par les Anglais ayant entraîné l’exil d’une partie de l’université de Paris. Le 29 mai 1431, une bulle du pape Eugène IV en autorisait la création, effective le 16 mars 1432 par lettres patentes du roi de France

[4] Un sénéchal est un officier au service d’un roi, d’un prince ou d’un seigneur temporel.

[5] Les États généraux de 1588-1589 (ou États généraux de Blois) sont une réunion extraordinaire convoquée par le roi de France Henri III, sur fond de lutte entre les différentes factions de la huitième guerre de religion (la Ligue catholique contre l’autorité royale, soupçonnée d’être plus compréhensive envers les protestants). Ils se déroulèrent à Blois entre le 16 octobre 1588 et le 16 janvier 1589. Ils furent marqués par l’assassinat du duc Henri 1er de Guise (Henri le Balafré) sur ordre du roi.

[6] La Ligue catholique, la Sainte Ligue ou la Sainte Union est le nom donné pendant les guerres de Religion à un parti de catholiques qui s’est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme. Son succès est tel qu’elle devient un danger pour la monarchie. En 1588, elle parvient à chasser le roi Henri III de la capitale. La Ligue décline petit à petit devant les victoires du roi Henri IV. Elle constitua un des plus grands dangers que connut la monarchie française avant l’avènement de l’absolutisme, avec la Fronde, au siècle suivant, dont les acteurs gardèrent présente à l’esprit la Ligue, comme modèle ou comme repoussoir.

[7] La journée des Barricades désigne le soulèvement populaire qui éclate à Paris le 12 mai 1588, durant la huitième guerre de Religion. Ce soulèvement est mené par le « Conseil des Seize » ainsi que par le duc de Guise. Ce soulèvement a pour cause principale l’animosité du peuple à l’égard du roi Henri III, soupçonné de vouloir désigner comme successeur Henri de Navarre (futur Henri IV), un protestant. Dès lors, le peuple de Paris se range derrière le duc de Guise, chef de la Sainte Ligue. Celui-ci est en effet, malgré l’interdiction royale, revenu à Paris. Dès lors, méfiant et craignant pour sa vie, Henri III fait venir dans la capitale plusieurs bataillons des régiments de Gardes suisses et de Gardes françaises. Le roi ayant violé un privilège qui veut qu’aucune troupe étrangère n’ait le droit de séjourner à Paris, et les Parisiens craignant de voir les chefs catholiques arrêtés, les esprits s’échauffent.

[8] Les Seize, également appelé conseil des Seize et faction des Seize, est le nom que portait un conseil formé de bourgeois ligueurs de Paris appartenant à la Ligue, lorsque celle-ci contrôlait la capitale, et qui exerça une influence toute puissante jusqu’en 1591.

[9] La bataille d’Arques eut lieu du 15 au 29 septembre 1589 entre les troupes royales de Henri IV et les Ligueurs dirigés par Charles de Mayenne.

[10] La bataille d’Ivry, le 14 mars 1590, est une bataille des guerres de Religion qui ensanglantèrent ponctuellement le royaume de France entre 1562 et 1598. Elle oppose l’armée royale commandée par Henri IV à l’armée ligueuse, renforcée de contingents espagnols, commandée par le duc Charles de Mayenne. Elle se déroule dans la plaine de Saint-André entre la ville de Nonancourt et la ville d’Ivry, ensuite renommée Ivry-la-Bataille en souvenir du combat. Malgré leur supériorité numérique, les ligueurs sont mis en déroute. L’arme de combat la plus utilisée lors de la bataille est l’arquebuse.

[11] La Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés « jésuites ». La Compagnie est fondée par Ignace de Loyola et les premiers compagnons en 1539 et approuvée en 1540 par le pape Paul III.

[12] Le château de Terre-Neuve est un château de la Renaissance situé à Fontenay-le-Comte. Le château a été bâti entre 1584 et 1594 pour Nicolas Rapin, compagnon d’armes d’Henri IV et écrivain. L’édifice est le deuxième château de la ville de Fontenay-le-Comte, le premier, un château fort, ayant été démantelé quelques années plus tard. Il est l’un des chefs-d’œuvre de la ville, bâti durant son apogée économique et intellectuelle, François 1er l’ayant qualifié de « Fontaine des Beaux Esprits ». À la suite de la mort de Nicolas Rapin, le château est transmis dans la famille avant d’être racheté par des missionnaires lazaristes au début du 18ème siècle.